Dans le rétro avec l’INA 08/08/2012 à 10h36

Mort de Michel Polac : il y a longtemps qu’il nous manque

Camille Polloni | Journaliste Rue89

« Pourquoi la télé d’aujourd’hui ne tolère-t-elle pas de nouveaux Polac ? » se demande Pierre Haski ce mardi matin dans un e-mail envoyé à Rue89 depuis ses vacances, où il a appris sa mort.

« Qu’est-ce qu’il pouvait bien avoir de spécial, ce Michel Polac ? » s’interroge en écho votre serviteur (votre servante ? Quelle horreur...), d’une autre génération, depuis son bureau.

Alors on a décidé de l’écouter un peu parler.

1

La jeunesse

« Les jeunes d’aujourd’hui ont le sens d’une responsabilité, d’un besoin de travailler immédiat »

A 26 ans, Michel Polac est interviewé par Pierre Desgraupes sur son premier roman, « La Vie incertaine ». Pas encore un habitué de la télé. Il parle de ses personnages, un peu plus jeunes que lui à l’époque : deux garçons de 20 ans. L’un décide de ne pas passer le bac, l’autre part à la recherche de son père.

« La majorité de la jeunesse n’est pas la jeunesse de Saint-Germain-des-Prés, c’est évident, ni la jeunesse de Paris. J’ai voulu montrer des adolescents aux prises avec une certaine incompréhension de la vie. Mes adolescents n’ont pas peur du monde. Ils ne le comprennent pas mais ils se lancent dedans.

Il y a une génération qui a pu s’amuser à faire une licence de lettres pour le plaisir de faire une licence de lettres, en se disant : “Plus tard je trouverai toujours quelque chose à faire dans les affaires de papa.” Je crois que c’est quelque chose qui disparaît : les jeunes d’aujourd’hui ont le sens d’une responsabilité, d’un besoin de travailler immédiat. »

Interview de Michel Polac par Pierre Desgraupes, 1957
2

La lecture

Micro-trottoir

« 58% de Français ne lisent jamais de livre. Nous avons tellement honte que nous sommes prêts à en donner à ceux qui voudront passer dans les 42% de Français civilisés. »

L’inscription dans la vitrine du libraire sert de prétexte au micro-trottoir de Michel Polac sur la lecture. Il interroge les passants sur cette phrase pour leur faire commenter leurs pratiques littéraires.

Michel Polac interroge les passants sur leurs lectures, 1966
3

Dans le port avec Jacques Brel

Avec un bateau en toile de fond, Michel Polac discute avec Jacques Brel. « Je crois qu’il faut assumer comme on est », commence le journaliste sur le ton de la conversation. On dirait un moment volé, c’est la mise en bouche d’une interview.

Michel Polac et Jacques Brel, 1968
4

La télévision

« Je voudrais dire à ces messieurs les politiques que ce sont des cons. Ils ne font que des conneries »

En 1989, Michel Polac prend sa retraite de la télévision (mais en fait pas vraiment) dans la bibliothèque baroque de Bernard Rapp. Il est content de « laisser sa place aux autres » même s’il n’exclut pas de revenir : « Je n’ai jamais fait ce que j’ai prévu de faire. »

« Je suis arrivé au stade où je suis désespéré et ça me fait éclater de rire de le dire. Chaque génération suscite des naïfs qui mettent quarante ou cinquante ans à comprendre que le monde n’est pas aussi joyeux qu’on le croit.

Je suis quand même effaré de voir que le XXe siècle a inventé la télévision pour en faire des jeux où l’ont doit deviner le juste prix d’un objet par exemple.

Là les socialistes sont revenus depuis un an et je suis catastrophé de voir que rien ne change, que ça s’aggrave même carrément. Les programmes, la culture, les hommes politiques n’y comprennent rien. Je voudrais quand même dire à ces messieurs les politiques que ce sont des cons. Ils ne font que des conneries. »

Ses adieux à la télé, 1989
5

Le passage de témoin

« Je r’garde plus la télé »

D’une génération télévisuelle à une autre, Michel Polac se retrouve sur le plateau de Thierry Ardisson en 1999. Interrogé sur la cérémonie des « 7 d’or », il ne connaît aucun des présentateurs et des émissions sur lesquels on lui demande de donner son avis.

« Et Julien Lepers, vous connaissez Julien Lepers ?
– Non. Je l’ai aperçu, il a les yeux bleus là, il est pâlichon. »

Michel Polac chez Thierry Ardisson, 1999 

« Je r’garde plus la télé », confesse le vieux journaliste en secouant la tête. Moi non plus, mais on dirait que la sienne avait de la gueule.

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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  • DISASTROUS
    DISASTROUS
    artiste assez maladroit
    • Posté à 11h04 le 08/08/2012
    • Internaute 89589
      artiste assez maladroit

    Une génération courageuse et couillue (passez moi l’expression) s’étiole. Hier c’était Chris Marker et aujourd’hui Polac. D’autres, plus jeunes, sont tout aussi talentueux et intransigeants, mais les médias de « grande écoute » leur sont verrouillés. On a l’impression que l’intelligence et son corollaire, la pensée créative, forcément subversive, se doit d’être éradiquée par un liberalisme obtus et triomphant, arrogant. Comme, paradoxalement, ce fut le cas en Union Soviétique, en Corée du Nord...
    Enfin, j’enfonce de tristes portes béantes, mais il faudra un jour reprendre notre dû ; c’est le nôtre et il a droit à l’existence, autant que Michel Drucker, Thierry Ardisson et d’autres lamentables dresseurs de poissons morts

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 11h16 le 08/08/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    Droit de réponse, quand j’avais vingt ans... était la seule émission que je regrettais de manquer. Et comme c’était le samedi soir, j’en ai manqué pas mal.
    Mais Choron, Siné, Coluche, Reiser je crois même, dans la petite lucarne, en live et sans censure face à quelques représentants des forces réactionnaires, ca valait le coup.
    Rien que pour cela, le Père Polac mérite le respect : Passeur de subversif, d’alternatif, ou de méchante ironie, mais de culture, d’idées toujours.
    Après, il était souvent de mauvaise foi, provocateur, bougon voire imbuvable vers la fin, bref tout ce qu’il ne faut pas être pour être médiatique aujourd’hui, ca ajoute un peu de charme supplémentaire à la liberté du personnage, qui ne prenait pas quatre chemins pour dire qu’un livre était une daube, qu’un tel une crapule. et à l’inverse, encensait d’autres un peu trop haut.
    Une belle vie d’homme, quoi, de coups donnés et de coups reçus au conformisme grégaire qui nous guette depuis toujours.

  • _BaN_
    _BaN_
    Chasseur de mutants
    • Posté à 11h25 le 08/08/2012
    • Internaute 191041
      Chasseur de mutants

    J’ai une séquence qui me revient toujours en tête à propos de Michel Polac, elle date de 1982 et il s’agit de l’interview du chanteur-poëte-militant Emile Le Scanff, plus connu sous le nom de Glenmor. Dans le cadre d’une émission sur les minorités régionales ou nationales.

    Glenmor était dans les années 70 - 80 l’un des fers de lance d’un renouveau culturel en Bretagne, qui, loin de se renfermer, épousait l’idéal révolutionnaire communiste et se rapprochait d’autres mouvements de libération nationales. Au même titre qu’un Alan Stivel - mais bien plus engagé - ou qu’un Xavier Graal (les correspondances Glenmor / Graal sont d’ailleurs des petits bijoux de poésie), il est à l’origine d’une certaine vision de la Bretagne.

    Et pour l’anecdocte, c’était également un proche de Jacques Brel. Ce dernier lui a d’ailleurs dédié les vers suivants, dans le Moribond :

    « Adieu l’Emile je t’aimais bien,
    Adieu l’Emile je t’aimais bien tu sais
    On a chanté les mêmes vins
    On a chanté les même filles
    On a chanté les même chagrins
    Adieu l’Emile je vais mourir
    C’est dur de mourir au printemps tu sais
    Mais je pars aux fleurs la paix dans l’âme
    Car vu que tu es bon comme du pain blanc
    Je sais que prendras soin de ma femme »

    Dans la vidéo ci-dessus, Glenmor interprête, de façon assez surréaliste, le Kan Bale an ARB (Chant de Marche de l’Armée Révolutionnaire Bretonne), devant un drapeau français, puis répond aux questions du journaliste, médusé, presque apeuré, par un discours tout sauf « politiquement correct ».

    En apprenant la mort de Michel Polac, je me suis posé la question du militantisme des artistes. Où sont les artistes réellement engagés ? Pourquoi nous ne les entendons plus ? Est-ce qu’ils n’existent plus, ou est-ce qu’il n’y a plus de journaliste de la trempe de Monsieur Polac pour les recevoir et les interviewer ?

    my 2 cents :)

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 11h28 le 08/08/2012
    • Internaute 5775
      Dessinateur de presse

    hommage

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