Sanctions pour ramadan : la mairie de Gennevilliers fait marche arrière
La mairie communiste de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) est revenue sur sa décision de suspendre quatre moniteurs de colonie de vacances pour avoir observé le jeûne du Ramadan. La mesure était ouvertement discriminatoire et a provoqué de nombreuses protestations.
La mairie a annoncé qu’elle renonçait à obliger ses moniteurs de colonie de vacances à déjeuner, renonçant ainsi à « imposer l’application de l’article incriminé du contrat de travail », sur lequel elle fondait sa décision.
Mohamd Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman, s’est félicité sur RTL de la décision d’apaisement de la mairie :
« La mairie de Gennevilliers vient de se conformer à la loi. Elle n’avait pas à imposer une condition de portée générale et absolue, de surcroît lorsqu’il s’agit de cibler une pratique religieuse. Maintenant je pense qu’il faut rester vigilant. La pratique religieuse musulmane n’a jamais été un frein à l’exercice des activités professionnelles des uns et des autres. »
Dans un communiqué, la mairie PCF s’était initialement défendue en affirmant que les quatre moniteurs « n’ont pas respecté, en cours de séjour, les obligations de leur contrat de travail, pouvant ainsi mettre en cause la sécurité physique des enfants dont ils avaient la responsabilité ». Elle faisait référence à un incident, il y a deux ans, au cours duquel une monitrice qui respectait le jeûne avait eu un malaise et provoqué un accident.
Le Comité contre l’islamophobie en France (CCIF) s’est dit solidaire des quatre moniteurs, et, sur son compte Twitter, le porte parole de cette organisation, Marwan Muhammad, a donné dix raisons pour lesquelles il condamnait l’attitude de la mairie.
Il s’est demandé en particulier si, en France, on va finir par demander aux « musulmans de choisir entre travail et foi ».
Le @ccif est solidaire des victimes de #Gennevilliers. Argumentaire en 10 points qui démonte la position de la mairie à suivre.
— Marwan Mυнaϻϻad (@Marwan_FX) Juillet 31, 2012
- « 1. Le jeûne n’est pas en soi un facteur de moindre attention ni une pratique à risque d’un point de vue de la santé.
- 2. C’est discriminatoire. Sinon, on organiserait des contrôles dans tous les centres de loisirs vérifier que les anim’ ont pris leur goûter.
- 3. Toute clause venant instituer dans un contrat de travail une restriction juridique n’existant pas dans la loi est tout simplement abusive.
- 4. Le maire ignore que les musulmans aussi s’hydratent et se nourrissent, matin et soir. Le métabolisme est régulé et le corps s’adapte.
- 5. Tous les médecins s’accordent à dire que le jeûne pratiqué dans de bonnes conditions n’altère en rien les capacités de concentration ;
- 6. Ce n’est pas parce qu’une femme a fait un malaise il y a deux ans qu’on peut l’imputer au jeûne. Mille autres causent peuvent intervenir. Grossesse, diabète, fatigue professionnelle, efforts sportifs, stress, problèmes conjugaux, etc. Pourquoi n’interdire que le jeûne ?
- 7. Identifier le jeûne comme altérant le travail est une insulte aux musulmans : 1,5 milliard jeûnent et le monde continue de tourner.
- 8. Si on doit interdire toutes les pratiques à risque, alors faut-il interdire le sucre, virer les femmes enceintes et arrêter le sport... ?
- 9. Les implications de cette décision dépassent le cadre de Gennevilliers. Va-t-on demander aux musulmans de choisir entre travail et foi ?
- 10. Si c’est la santé des animateurs qui est mise en cause, pourquoi ont-ils été virés sans voir le médecin du travail ? Faut-il instaurer une brigade spéciale chargée de vérifier que les animateurs ont bien fini leur assiette ? »
Vite éteinte, cette polémique montre que la société française n’a pas fini de « digérer » sa coexistence avec les pratiques religieuses liées à l’islam, devenu deuxième religion de France. Y compris dans une mairie communiste d’une commune populaire, où l’on se serait attendu à une approche moins confllictuelle de la question.
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La dixième question que pose Muhammad est la seule qui vaille, et c’est l’objection la plus pertinente à la décision de la mairie de Gennevilliers.
Le fait de ne pas se nourrir ou de ne pas boire est évidemment, par nature, une pratique privée, comme le fait de se nourrir ou de boire. Les motivations des quatre moniteurs pour observer ce régime n’ont pas à être prises en compte.
Imagine-t-on le tollé si un employeur privé décidait de son propre chef qu’une personne séropositive est inapte à faire son métier ? Tout le monde hurlerait à très bon droit : c’est une question de droit du travail, pas une affaire religieuse.
Toutefois, cela passe aussi par un examen un peu fouillé de ce fameux « article 6 » que mentionne la vigie de Rue89 et que je n’ai pas retrouvé dans l’article du Figaro.




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