Islamophobie 31/07/2012 à 16h52

Sanctions pour ramadan : la mairie de Gennevilliers fait marche arrière

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Mis à jour le mardi 31 juillet 2012 à 19h00
Avec le recul de la mairie de Gennevilliers

La mairie communiste de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) est revenue sur sa décision de suspendre quatre moniteurs de colonie de vacances pour avoir observé le jeûne du Ramadan. La mesure était ouvertement discriminatoire et a provoqué de nombreuses protestations.

La mairie a annoncé qu’elle renonçait à obliger ses moniteurs de colonie de vacances à déjeuner, renonçant ainsi à « imposer l’application de l’article incriminé du contrat de travail », sur lequel elle fondait sa décision.

Mohamd Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman, s’est félicité sur RTL de la décision d’apaisement de la mairie :

« La mairie de Gennevilliers vient de se conformer à la loi. Elle n’avait pas à imposer une condition de portée générale et absolue, de surcroît lorsqu’il s’agit de cibler une pratique religieuse. Maintenant je pense qu’il faut rester vigilant. La pratique religieuse musulmane n’a jamais été un frein à l’exercice des activités professionnelles des uns et des autres. »

Dans un communiqué, la mairie PCF s’était initialement défendue en affirmant que les quatre moniteurs « n’ont pas respecté, en cours de séjour, les obligations de leur contrat de travail, pouvant ainsi mettre en cause la sécurité physique des enfants dont ils avaient la responsabilité ». Elle faisait référence à un incident, il y a deux ans, au cours duquel une monitrice qui respectait le jeûne avait eu un malaise et provoqué un accident.


Capture d’écran du compte Twitter de Marwan Muhammad (@Marwan_FX)

Le Comité contre l’islamophobie en France (CCIF) s’est dit solidaire des quatre moniteurs, et, sur son compte Twitter, le porte parole de cette organisation, Marwan Muhammad, a donné dix raisons pour lesquelles il condamnait l’attitude de la mairie.

Il s’est demandé en particulier si, en France, on va finir par demander aux « musulmans de choisir entre travail et foi ».

  • « 1. Le jeûne n’est pas en soi un facteur de moindre attention ni une pratique à risque d’un point de vue de la santé.
  • 2. C’est discriminatoire. Sinon, on organiserait des contrôles dans tous les centres de loisirs vérifier que les anim’ ont pris leur goûter.
  • 3. Toute clause venant instituer dans un contrat de travail une restriction juridique n’existant pas dans la loi est tout simplement abusive.
  • 4. Le maire ignore que les musulmans aussi s’hydratent et se nourrissent, matin et soir. Le métabolisme est régulé et le corps s’adapte.
  • 5. Tous les médecins s’accordent à dire que le jeûne pratiqué dans de bonnes conditions n’altère en rien les capacités de concentration ;
  • 6. Ce n’est pas parce qu’une femme a fait un malaise il y a deux ans qu’on peut l’imputer au jeûne. Mille autres causent peuvent intervenir. Grossesse, diabète, fatigue professionnelle, efforts sportifs, stress, problèmes conjugaux, etc. Pourquoi n’interdire que le jeûne ?
  • 7. Identifier le jeûne comme altérant le travail est une insulte aux musulmans : 1,5 milliard jeûnent et le monde continue de tourner.
  • 8. Si on doit interdire toutes les pratiques à risque, alors faut-il interdire le sucre, virer les femmes enceintes et arrêter le sport... ?
  • 9. Les implications de cette décision dépassent le cadre de Gennevilliers. Va-t-on demander aux musulmans de choisir entre travail et foi ?
  • 10. Si c’est la santé des animateurs qui est mise en cause, pourquoi ont-ils été virés sans voir le médecin du travail ? Faut-il instaurer une brigade spéciale chargée de vérifier que les animateurs ont bien fini leur assiette ? »

Vite éteinte, cette polémique montre que la société française n’a pas fini de « digérer » sa coexistence avec les pratiques religieuses liées à l’islam, devenu deuxième religion de France. Y compris dans une mairie communiste d’une commune populaire, où l’on se serait attendu à une approche moins confllictuelle de la question.

MERCI RIVERAINS ! thierry reboud, simla, Pierrestrato
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  • thierry reboud
    • Posté à 17h35 le 31/07/2012
    • Internaute 20923

    La dixième question que pose Muhammad est la seule qui vaille, et c’est l’objection la plus pertinente à la décision de la mairie de Gennevilliers.

    Le fait de ne pas se nourrir ou de ne pas boire est évidemment, par nature, une pratique privée, comme le fait de se nourrir ou de boire. Les motivations des quatre moniteurs pour observer ce régime n’ont pas à être prises en compte.

    Imagine-t-on le tollé si un employeur privé décidait de son propre chef qu’une personne séropositive est inapte à faire son métier ? Tout le monde hurlerait à très bon droit : c’est une question de droit du travail, pas une affaire religieuse.

    Toutefois, cela passe aussi par un examen un peu fouillé de ce fameux « article 6 » que mentionne la vigie de Rue89 et que je n’ai pas retrouvé dans l’article du Figaro.

  • racourci
    racourci
    étudiant
    • Posté à 17h44 le 31/07/2012
    • Internaute 136620
      étudiant

    Pour avoir été animateur en centres de vacances et colonies de vacances j’ai souvenir que le rythme de travail est très élevé (de 6 heures jusqu’à 3 heures du matin le lendemain en colonie de vacances avec un seul jour de congé par semaine).

    De plus si on prend en compte la responsabilité énorme qui pèse sur les animateurs et leurs supérieurs ( la direction+ la mairie dans ce cas), parce que bon on parle de garder des enfants (8 ou 12 par animateur selon l’âge) donc il faut éviter le moindre accident je comprend la décision de la mairie.

    Pour moi jeûner avec de tels responsabilités que se soit pour des raisons religieuses ou non me signe irresponsable, et puis si c’est stipulé dans leur contrat (qu’ils ont signé sans être forcés) qu’il n’ont pas le droits de jeûner et bien s’ils rompent les règles du contrat c’est leur problème pas besoin d’en faire un drame.

  • Jupiter Capitolin
    • Posté à 17h59 le 31/07/2012
    • Internaute 189743
      Burp

    Tiens, pour une fois, je suis d’accord avec des bigots. Je ne vois vraiment pas en quoi le ramadan dans ce cadre pose problème. C’est discret, cela ne marque pas une action de prosélytisme envers les enfants. Il est évident qu’on peut jeûner tout en travaillant.
    Bref, on s’en tape de ce que mangent ces moniteurs. Cela n’a rien à voir le voile.
    Il est évident qu’il est stupide en soi de suivre le ramadan, mais on va pas interdire tout ce qui est stupide.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 18h06 le 31/07/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Ah, ce fameux concept qui précise - comme si nous étions tous des imbéciles - que le « Risque zéro n’existe pas » : Belle trouvaille en vérité....
    ...une trouvaille qui permet tous les abus et justifie les lois liberticides.

    Le risque zéro n’existe pas : Bon OK ... alors restez chez vous !

    - couper le gaz et l’eau courante : risque ou d’intoxication ou d’inondation,
    - Allongez vous sur votre canapé ou votre lit et surtout n’en bougez pas
    - Restez quand même éveillé, l’apnée du sommeil ne prévient pas
    - Fermez volets et fenêtres, une usine dans le coin peut se mettre à suinter
    - N’allumez pas de clopes, vous pourriez mettre le feu à votre matelas
    - Pas d’appareils allumés... un téléviseur modèle ancien pourrait imploier.
    - N’envisagez pas de passer le palier, vous pourriez glisser et vous casser la patte
    - Déconnectez votre téléphone, les radiations émises ne sont pas innocentes

    MAIS VOUS POUVEZ POUSSER ENCORE PLUS LOIN :
    - Changez de logement, car le votre pourrait ne pas résister à un séïsme
    - Choisissez un caisson renforcé, si possible, enterré....pour parer aux irradiations en cas de guerre nucléaire subite, ou chute d’un avion ou météorite

    Bref : Prenez dès maintenant votre concession au cimetière.
    Allongez vous y dans une boite capitonnée, dans un silence royal.

    Si ces contraintes vous paraissent exagérées, évitez donc de naître, ça sera plus simple, et il n’y a pas meilleure précaution contre le danger que d’être absent.

    Le risque ZÉRO n’existe que pour ceux qui ne sont pas nés et ceux qui sont déjà morts. Pour eux, les Maires idiots n’auront pas besoin de « pondre » des lois.

    PS : Le Jeûne d’un repas de midi n’a jamais mis la vie de personne en danger.
    ( qu’ils arrêtent leur char, ces abrutis qui se baignent avec la panse pleine )
    ....car c’est en effet là que le danger existe : risque de renvoi et d’étouffement.

  • zigorhizomatique
    zigorhizomatique répond à racourci
    Docte tueur
    • Posté à 18h25 le 31/07/2012
    • Internaute 139140
      Docte tueur

    1. la règle du contrat est illégale.
    2. le maire aurait pu suspendre les animateurs sans faire référence à la religion des personnes incriminées. Ainsi, il n’aurait pas violé la loi sur la laïcité.
    3. Parmi les 10 raisons évoquées par le CCIF, nombreuses sont celles qui soulignent l’arbitraire avec lequel le maire a agi (pas de visite médicale, pas de suspensions pour d’autres raisons envers d’autres membres, etc.).

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 23h15 le 31/07/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    il ne faut pas se voiler la face (c’est le cas de le dire) jeuner du lever au coucher du soleil pendant 1 mois fatigue l’organisme. Affirmer le contraire serait un non sens.
    Quand je travaillais dans une mission locale, un jeune était venu me demander s’il pouvait arrêter son travail (il avait un contrat dans le bâtiment) pour toucher le chômage pendant le Ramadan, parce qu’il n’arrivait plus à travailler comme il faut...
    Est-ce qu’il faudra adapter les pratiques professionnelles, surtout celles qui peuvent être dangereuses pour soi même et pour autrui en cas de fatigue due au jeûne ?
    à lire Influence du Ramadan vécu sur la vigilance des professionnels de santé au Maroc

    ou Évaluation de l’impact du jeûne du mois du Ramadan sur la charge physique de travail

    On peut donc vraiment se poser des questions sur les pratiques religieuses et leurs conséquences possibles.

  • crawl
    crawl répond à Celan1971
    formation
    • Posté à 23h41 le 31/07/2012
    • Internaute 48766
      formation

    j’ai déjà bossé dans l’animation avec des collègues qui faisaient ramadan, on a jamais eu de soucis, ils bossaient comme nous autres. Il arrivait sur certaines activités qu’ils mettent la « pédale douce » ou prennent une pause, mais pas plus que nous sur d’autres jours ou d’autres moments. Je n’ai jamais eu le sentiment qu’ils aient abusé ou nous aient surchargés !
    De toutes façons, le problème n’est pas là, mais plutôt de savoir, en cas d’accident grave par défaut de surveillance, inattention ou erreur de jugement, comment se partagent les responsabilités ?
    Un gosse décédé, qui est poursuivi ? L’anim, sans aucun doute, ainsi que son ou ses collègues qui participaient à l’activité, son directeur, très probablement et la mairie ?
    C’est là qu’il devient difficile de se prononcer. Il ne faut pas plus de 30 secondes d’inattention pour qu’un gamin se noie ou chute, quelques secondes pour faire une sortie de route en voiture...Il est évident que le jeûne, et la déshydratation en particulier peut poser problème, le soucis est de savoir si la personne est apte ou pas à assumer son rôle, or je ne vois pas comment moi ou un directeur de centre pourrait « interdire » à un anim de faire son ramadan ! (en colo, les rotations sont limitées, on a pas vraiment de marge de manœuvre pour avoir un « volant ») Cela reviendrait à lui dire qu’il est une mauviette... Je ne vous raconte pas le cinéma derrière !
    Conclusion : qu’il ait le droit de faire ramadan n’est pas contestable, mais quid lorsque le gars présume de ses forces ou n’est pas conscient de ses limites ?

  • AutistReading
    AutistReading répond à Fred24
    Au snack elle prend pas de kebab
    • Posté à 00h53 le 01/08/2012
    • 184876
      Au snack elle prend pas de kebab

    Ils n’ont pas été licenciés parce qu’ils ont gueulé.

    Aucune déshydratation n’a été constatée.

    Ils sont réintégrés parce qu’ils ont gueulé.

    Et on trouve des gens pour soutenir ceux qui obligent les autres à gueuler pour que leurs droits soient respectés....

  • Pierre Haski
    Pierre Haski répond à Julie79
    Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
    • Posté à 08h14 le 01/08/2012
      éditeur
    • Journaliste 9
      Cofondateur

    Les commentaires n’ont pas été virés. L’article précédent est toujours là, signalé en lien au pied de celui-ci. Mais l’article précédent etait une « vigie », c’est-à-dire un lien vers un autre site (en l’occurence Le Figaro), et ne pouvait donc pas être développé pour inclure des informations d’autres sources. D’où la nécessité, cette information évoluant en cours de journée, d’en ouvrir un autre. Ne cherchez pas toujours des explications sinistres à des choses simples...

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