Revue de coms 21/07/2012 à 19h41

Accueil des étrangers : le fonctionnaire, complice ou lampiste ?

Yann Guégan | red. chef adjoint Rue89

Extrait des « Douze Travaux d’Astérix »

Repéré par Kritikeuse

Plus de 350 commentaires : vous avez été nombreux à réagir au témoignage d’Arnaud99, qui racontait comment les procédures ubuesques et l’accueil déplorable subis par sa femme, de nationalité étrangère, à la sous-préfecture de Boulogne-Billancourt, ont fini par persuader le couple de quitter la France.

Dossiers égarés, longues heures d’attente au petit matin, liste fluctuante de documents à fournir : ce récit a rappelé des souvenirs à beaucoup de riverains, qui racontent des expériences similaires à Bobigny, Montpellier ou Antony.

D’autres ont rappelé que l’accueil des étrangers peut être tout à fait correct, comme à Paris ou dans le Finistère, ou qu’il a tendance à s’améliorer, notamment à Grenoble ou à Lyon.

« On retrouve tous les clichés éculés »

Mais le débat s’est vite focalisé sur la responsabilité des fonctionnaires dans les services concernés. Ainsi, Feoh rejette un témoignage « très orienté anti-fonctionnaires, où on retrouve bien tous les clichés éculés » :

« Si vous en voyez de moins en moins dans les administrations, ça n’est pas [à cause de congés maladie abusifs] mais simplement parce que la population française crie pour avoir moins de fonctionnaires. Mais chacun rêverait d’avoir son agent attitré, jamais malade ou en vacances. [...]

Hélas, les fonctionnaires n’ont pas le droit de témoigner, leur hiérarchie les en empêche. Pourtant, j’aimerais également lire le récit d’un des agents de cette sous-préfecture, qui doit faire avec des textes inapplicables et des conditions de travail de plus en plus désastreuses.

Sans oublier le mépris émanant des 450 personnes que son service reçoit chaque jour et qui en profitent pour exprimer toute leur haine de ce système. »

Colère partagée par Afrikaviking :

« J’ai vécu dans six pays, dont quatre émergents [...] et je me suis baladé dans pas mal d’autres. Les rapports avec l’administration sont très variables, ça va parfois très vite, parfois très lentement, c’est parfois très absurde ou ça coûte plus ou moins cher. Il faut accepter la réalité de l’endroit où on vit. »

Comme plusieurs intervenants, Torquemadam a pointé le manque de moyens des administrations concernées :

« En gros, les fonctionnaires ou plutôt la fonction publique et l’administration doivent faire autant (si ce n’est plus) avec moins. [...] La situation est dure mais je ne crois pas que ce soit “l’administration de la honte” pour autant. »

Au guichet, « il faut se montrer ferme »

CitizenSim raconte avoir travaillé « auprès des usagers dans un service public » :

« Les comportements obtus peuvent s’expliquer par le manque de moyens. Plus les files d’attente sont longues, les e-mails nombreux, les appels téléphoniques incessants, plus il faut se montrer ferme, [sinon] on se fait manger. [...]

Des aventures similaires à celles que vous décrivez me sont arrivé chez France Telecom pour ouvrir une ligne, chez Carrefour pour obtenir un crédit, chez LCL pour ouvrir un compte, chez Dell pour acheter un PC... »

Les amateurs d’inventaires à la Prévert liront la liste des documents que Balala, très active dans la conversation, a dû fournir pour faire venir son fils adoptif en France.

Pour elle, c’est le système mis en place dans certaines villes qui est à l’origine de ces tensions : « Tout est fait pour que le demandeur se trouve en situation irrégulière. »

« Un couple est un fraudeur en puissance »

Cavaliere arrive aux mêmes conclusions, et note qu’à d’autres guichets, l’agent se fait arrangeant :

« Je pense particulièrement aux entreprises se lançant dans le dédouanement : les administrations fiscales les accompagnent et les aident.

Elles sont en concurrence avec leurs homologues européennes et ont une incidence sur les chiffres du commerce extérieur ou l’activité des ports. »

« Chaque couple binational est perçu comme un fraudeur en puissance potentiel » renchérit Aline Kocha :

« Ces fonctionnaires ne considèrent pas qu’ils rendent un service public à ses usagers, mais qu’ils maintiennent l’ordre en évitant les risques d’abus. »

Silsilsil pointe au passage un paradoxe : « Les dérives des services administratifs sont justifiées par la lutte contre l’immigration illégale, alors même que les étrangers auxquels ils ont affaire n’ont rien à voir avec des sans-papiers. »

« Pourquoi ne pas se mettre en grève ? »

EdkOb comprend ces arguments des défenseurs de la fonction publique, mais se demande pourquoi, face à des situations aussi scandaleuses, ces derniers ne réagissent pas :

« Si les conditions de travail les transforment à ce point, je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas beaucoup plus de mouvements durs de grève.

Ce serait tout à leur honneur de refuser d’être les instruments d’une politique d’accueil et de renouvellement de documents aussi humiliante. »

Mais cette première volée de commentaires, s’en prenant à l’auteur du témoignage, a eu le don d’énerver Flannenberg :

« Comment est-il possible qu’un monsieur français en possession de tous les papiers nécessaires, ne présentant aucun problème particulier en termes d’insertion (au contraire, si l’on comprend bien), n’arrive pas à se faire établir des papiers pour sa femme étrangère avec laquelle il est marié depuis plusieurs années ?

Que pour le faire, il faut se lever à l’aube, faire la queue même enceinte sans accès prioritaire, et le refaire sans geindre un an après, après que cette même administration ait perdu pour la énième fois votre dossier ?

Bref, des faits ahurissants qui ne semblent pas provoquer chez beaucoup la mise en question de ce système. En revanche, ce récit apparaît comme une basse attaque idéologique contre la fonction publique ! On touche à la préfectorale ! »

Parmi les administrés qui doivent subir ces procédures se trouvent aussi des fonctionnaires, note d’ailleurs Paul Lagardenval :

« Je suis un petit fonctionnaire et ma copine est fille d’ouvriers, nous aussi on nous perd sans arrêt les dossiers ! Heureusement, dans notre département, les files d’attente ne sont pas de trois heures.

Ce que dénonce cet article c’est le foutoir total dans les pièces à fournir. Même avec des effectifs en baisse, [...] la hiérarchie administrative dans cette préfecture se fout de la gueule du monde ! »

« Américaine ? Alors tout va bien »

Rue75012 renchérit en retranscrivant « une scène vécue à la mairie de Vincennes lors de l’inscription pour notre mariage » :

« Madame est française ?
– Non
– Euuuhhhhhh... (long silence) Vous êtes quoi ?
– Américaine
– Ahhh d’accord tout va bien alors. »

Avant de permettre au débat d’atteindre son point Godwin, Rhetoric-killer s’est montré parmi les plus radicaux :

« Ces gens ont un pouvoir exorbitant sous leurs coups de tampons et s’en servent à longueur de carrière. Ils se permettent de bafouer les règles de droit les plus élémentaires et de dégueulasser la vie des gens.

En plus, dans le cas de l’administration de l’immigration, on se doute que c’est encouragé au niveau de l’encadrement, pour faire de la France le pays le plus répugnant à l’accueil ; ils croient que de cette façon le problème se réglera. »

« Je n’espérais pas un passe-droit »

Arnaud99, l’auteur, est intervenu dans le fil – j’en profite pour le remercier, pas facile de garder la tête froide quand sa propre expérience est l’objet d’un débat aussi vif :

« [Il y a] une chose que je trouve frustrante : en France, on est systématiquement taxé de riche blanc de droite dès lors que l’on critique son administration.

Rien de méprisant dans le ton de cet article (en tout cas ce n’était pas mon intention !), je suis simplement triste de voir qu’en France, nous ne parvenons toujours pas à mettre en place une culture du service, public comme privé d’ailleurs, ni à respecter de façon pragmatique des procédures en place.

Je n’espérais ni passe-droit, ni accueil privilégié (de quel droit ?) ; simplement qu’ils respectent ces mêmes procédures qu’ils nous demandent de respecter, et surtout qu’ils considèrent les étrangers avec humanisme !

Comme je le disais, j’ai effectué ces mêmes procédures dans cinq pays. Certains ne sont pourtant pas réputés “ faciles ” (je pense aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne ), mais a la différence de la France, ils sont rationnels, efficaces et humanistes.

On peut avoir la politique qu’on veut (limiter le nombre de titres, etc.), il n’empêche que pour moi ces valeurs devraient demeurer... »

Enfin, AntoineL a tenté une – méritoire – synthèse du débat :

« Ne confondons pas tout : les règles de droit (qui proviennent des textes votés et pris par le gouvernement), le régime des fonctionnaires (qui [ont des congés et des RTT] comme les salariés du privé) et leur manière de servir (qui peut être améliorée parfois). »

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  • yoaken
    yoaken répond à silsilsil
    学生
    • Posté à 03h55 le 22/07/2012
    • Internaute 189971
      学生

    En plus de l’indéniable facteur humain, il y a aussi l’organisation du service, des procédures. Les Japonais arrivent à fournir un service parfait à l’immigration en un temps record (10 min chrono pour obtenir un permis de ré-entrée sur le territoire, avec le temps de descendre chercher un timbre fiscal vendu au RDC inclu), mais nous on en est incapables. Il y a certainement quelque chose à faire à ce niveau là.

  • Natalye
    Natalye
    Employée
    • Posté à 09h32 le 22/07/2012
    • Internaute 155218
      Employée

    Je suis à l’accueil, service contentieux d’une administration.
    Accueil des étrangers ou accueil d’autres usagers : c’est la même chose.

    Avec la fonte des effectifs, nous ne sommes plus que 3 pour recevoir, sans discontinuer, des personnes aux problèmes divers, qui nécessitent une compétence large et précise.
    Les motifs de plainte des usagers sont essentiellement l’attente( qui est longue) mais lorsque vient leur tour, naturellement ; ils estiment avoir le droit de prendre leur temps, de raconter leur vie, étaler leurs opinions politiques etc.....Nous nous savons que d’autres attendent encore et le SEUL moyen d’abréger la conversation c’est d’être ferme, de ne montrer aucune empathie particulière et de régler au plus vite le problème administratif pour lequel vient cet usager.
    C’est terrible à écrire, mais si vous souriez à une petite mamie , elle va vous raconter la varicelle de sa petite fille et VOUS N AVEZ PAS LE TEMPS.
    Les gens veulent moins de fonctionnaires MAIS un fonctionnaire souriant, disponible , qui les écoute , qui compatit à leurs divers problèmes quand ILS se présentent. Ce sont deux exigences INCOMPATIBLES depuis bien 2 ou 3 ans. ( et je le déplore car comprenez bien que c’est également beaucoup beaucoup plus agréable pour nous !)
    L’autre motif de plainte, c’est le traitement même du problème qui les amène dans le service.
    Ecrire que le fonctionnaire qui reçoit a pris la décision de ci ou de ça est parfaitement ridicule. Le nombre de fois où j’ai entendu les gens me reprocher de ne pas avoir accepté telle ou telle demande : je ne compte plus, c’est presque tous les jours.
    L’agent qui reçoit l’usager n’a AUCUN pouvoir. Il applique des textes de loi ou execute des décisions administratives découlant de ces textes et qui lui sont imposées par sa hierarchie.
    L’agent en front-office est la plupart du temps un agent C : ne pas l’oublier !

    Il m’arrive d’appliquer des textes que je trouve injustes mais ce n’est pas à moi d’en juger, je n’ai que le droit , comme chaque usager,comme chaque citoyen, de voter selon mes convictions aux élections qui décideront des parlementaires qui pourront modifier cette loi.
    Les usagers qui me reprochent, parfois en termes très incorrects et en faisant usage de violence verbale, d’être injuste, je les invite à écrire à leur député. Leur député qui vote les lois et qui est donc responsable de leur situation.
    Je suis persuadée qu’aucun ne le fait.(nous n’avons d’ailleurs que de très très rares retours des cabinets concernés)
    C’est plus simple de penser que le fonctionnaire lambda est responsable de tous les maux plutôt que de se responsabiliser, de devenir un citoyen actif, en écrivant à son député.

    Le mythe du fonctionnaire qui boit son café pendant des heures ou qui utiliserait ses petits pouvoirs de base pour pourrir la vie de gens dont il ne sait rien perdurera car c’est une vision basique et simpliciste qui évite de se poser les vraies questions et qui convient au cerveau de base de la plupart des gens.

    Moi, ce que je vois, c’est l’épuisement qui s’écrit sur le visage de mes collègues, ce sont mes migraines de plus en plus fréquentes, ce sont mes enfants qui me reprochent de ne plus être partante pour rien car quand je rentre chez moi je suis sur les genoux.

  • Balthus
    Balthus répond à kestucroa
    Vacancier de force
    • Posté à 13h31 le 22/07/2012
    • Internaute 190297
      Vacancier de force

    Une bonne fois pour toutes, il n’y a pas de fonctionnaires, ni à la CAF, ni à la Sécu, ni à Pôle Emploi. Tous ceux qui y travaillent sont sous un régime de droit privé !

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