Passage à l’acte 15/07/2012 à 18h37

Et si nos téléphones portables devenaient biodégradables ?

Reporters d'Espoirs | Agence de presse


Un téléphone portable dans l’herbe (Djpoblete09/Flickr/CC)

Aujourd’hui, seuls 16% des téléphones portables vendus en France sont recyclés [PDF]. Les autres sont donnés à un proche (16%), stockés (52%), revendus (2%) ou jetés (1%).

Certains sont tout simplement abandonnés dans la nature. Or, trois batteries suffisent à contaminer un volume d’eau équivalent à celui d’une piscine olympique. Et dans les décharges sauvages, les hommes qui travaillent à récupérer les métaux précieux des appareils, sans protection, endommagent durablement leurs reins et leurs os.

En revanche, concevoir le mobile de manière écologique dès l’origine permet de mieux réguler la question de son recyclage, cruciale depuis l’explosion de la téléphonie mobile, à l’aube des années 2000.

Et si l’on pouvait jeter nos téléphones après usage…

L’idée

L’écoconception (normes ISO 14040 et 14044) prend en compte le cycle de vie complet du produit, «  du berceau au berceau  » (« cradle to cradle »)  : tous les composants sont garantis « réintégrables » sur les marchés économiques, c’est-à-dire qu’ils peuvent servir de ressources à de nouveaux produits.

L’écoconception tient compte de l’environnement dès la conception et a pour objectif de réduire l’impact négatif à long terme. Cette solution est moins coûteuse que le recyclage et moins dangereuse pour l’homme et la planète. Les mobiles dits bio-assimilables ont également besoin de moins de matières premières et créent moins de déchets.

Plusieurs fabricants se sont déjà mis au vert :

  • Le designer Gert-Jan Van Breugel propose un Bamboo Phone biodégradable, réalisé avec du plastique bio à base de maïs et de bambou. En fin de vie et une fois la batterie, l’antenne et les circuits imprimés retirés, il suffit de le jeter dans le bac à compost et quelques semaines plus tard… germent des pousses de bambou, grâce aux graines contenues dans l’appareil ;
  • Nokia a élaboré un Remade, entièrement créé à partir de matériaux recyclés (cannettes en aluminium, bouteilles en plastique et en verre, pneus de voiture en caoutchouc) ;
  • Sony Ericsson propose un GreenHeart, politiquement correct, composé de bioplastique et de plastiques recyclés (issus de bouteilles de lait et d’eau) ;
  • LG a remplacé les substances dangereuses par des substituts plus sains. Sont bannis le nickel (risques pour la peau), les substances halogénées, le plomb, le cadmium ou tout autre matériau précisé dans la directive RoHS de l’UE ;
  • Les chercheurs de l’université de Warwick, dans le centre de l’Angleterre, ont mis au point une coque 100% écolo, avec la société britannique PVAXX Research et le fabricant américain Motorola. Elle est faite de polymères biodégradables, qui se transforment en poussières au contact du compost… et cachent une graine de tournesol nain ;
  • Pour son « natural year phone », le designer Je-Hyun Kim a aussi imaginé une coque composée de paille compactée, sans aucun plastique.

Les innovations portent également sur une diminution de la consommation en énergie des téléphones (cartes SIM en papier de SFR, films photovoltaïques, prises ou chargeurs écologiques…).

Comment la mettre en pratique

Pour être rentables, les idées des chercheurs et des designers doivent aussi se vendre… et donc être attractives. Pour trouver leur public et pas seulement plaire aux férus de dame nature. Plusieurs conditions sont donc requises :

  • Parvenir à un coût abordable pour l’usager ;
  • Offrir le même confort qu’un portable de dernière génération ;
  • Et surtout, suivre l’évolution rapide de la technologie et des goûts : aujourd’hui, l’utilisateur français change de mobile en moyenne tous les vingt mois.

A quand le téléphone jetable, voire à usage unique… qui suivrait l’évolution de nos envies ou de nos colères ?

Ce qu’il reste à faire

Pour inciter à l’écoconception de nos portables, plusieurs pistes existent :

  • Le bonus-malus : le Grenelle de l’environnement l’avait imaginé en 2008, concernant dix-neuf familles de produits. Le principe : taxer ce qui est néfaste pour l’environnement et accorder des primes aux « produits verts ». Le dispositif n’a été mis en place que pour les automobiles. Pour l’instant ;
  • L’empreinte écologique : la performance du mobile est évaluée selon son bilan CO2, son efficacité énergétique, sa limitation en substances dangereuses, sa réduction des déchets et sa préservation des ressources. Depuis 2009, tous les produits de téléphonie fixe ou mobile de l’opérateur Orange comportent des écoétiquettes, qui décrivent leur impact environnemental. Une opération réalisée avec l’appui du cabinet Bio intelligence service et du WWF ;
  • Les pouvoirs publics : l’Etat inciterait les industriels à « écoconcevoir » leurs portables, tout en garantissant qu’ils restent à la portée du consommateur moyen, demandeur de prix bas.

Les pays membres travaillent actuellement sur une révision des directives européennes de 2002 relatives aux déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE). L’Union européenne pourrait aussi jouer un rôle moteur.

Olympia Nemet

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  • 20 réactions
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  • abns
    • Posté à 19h00 le 15/07/2012
    • Internaute 101879

    « Aujourd’hui, seuls 16% des téléphones portables vendus en France sont recyclés [PDF]. Les autres sont donnés à un proche (16%), stockés (52%), revendus (2%) ou jetés (1%). »

    Il faudrait préciser ce que vous entendez par « recyclés », parce que « donnés à un proche » et « revendus » me semblent être des options de recyclage tout à fait pertinentes, et même bien plus économiques et moins polluantes que n’importe quel processus de démontage/récupération.

    On arrive donc à 34% de téléphones recylés, et non 16%.

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 19h23 le 15/07/2012
    • 49273
      Petit agité

    Et si on fabriquait des portables qui ne tombent pas en panne ni ne sont obsolètes au bout de 6 mois. Peut-être qu’ils ne se retrouveraient pas par milliers dans la nature.

    Il y a dix ans une copine m’avait refilé celui-ci ou un modèle similaire, qu’elle avait déjà utilisé plusieurs années, il a marché impeccablement 4 ou 5 ans de plus. L’année dernière j’ai dû en acheter 4 qui m’ont tenu chacun un mois maximum (bon c’étaient des tout pourris à 15€, mais c’est pas une raison bordel).

    • Jean-Jacques Louis
      • Posté à 00h28 le 16/07/2012
      • Internaute 2277

      Mon 3310 de 1999 fonctionne toujours et je ne suis pas pressé d’en changer. Et votre remarque à propos des appareils actuels n’est pas faite pour m’encourager à le remplacer.

      Mais reconnaissez que des mecs comme vous et moi, c’est pas bon pour le CAC-40 !

    • Sebek
      Sebek répond à Deamon7
      Assis debout
      • Posté à 05h12 le 16/07/2012
      • Internaute 148937
        Assis debout

      Si les téléphones sont obsolètes au bout de 6 mois, c’est uniquement à cause des utilisateurs - qui s’estiment has been parce que le nouveau téléphone a un meilleur microprocesseur. Pas des fabriquants. Un téléphone, vieux ou récent, si on en prend soin, il dure très longtemps.

      C’est comme pour les téléviseurs, les ordinateurs, et autres. Là où certains voient de l’obsolescence programmée partout, en gros.

      Sent from a 2006 MacBook qui ronronne.

      • Appleseed
        Appleseed répond à Sebek
        Mangeur de Twix
        • Posté à 11h26 le 16/07/2012
        • Internaute 11691
          Mangeur de Twix

        Mais 2006 c’est déjà du oldschool qui fonctionne longtemps :)

        Je confirme pour les téléphone récents, même en y faisant attention ils s’éuisent plus vite que les anciens je trouve, j’étais moins soigneux à 16 ans que je ne le suis maintenant, et mon 3310 qui à bourlingué fonctionne encore, j’en ai changé pour des raisons de commodités (gps intégré etc...) et j’ai déjà tué 2 tactiles en un an... Sans rien faire de particulier, ils ont juste cessés de fonctionner correctement, les appels qui ne sonnent plus, le réveil également, des « freeze » du téléphone qu’il fallait redémarrer, voir même enlever la sim et la batterie puis les remettre pour que le téléphone daigne redémarrer...

        Je ne parle aucunement des ordinateurs pour lesquels je ne trouve pas une aussi flagrante différence dans la durabilité des anciens et des nouveaux.

        Bref, c’était mieux avant ^^

  • Leonard Evolution
    Leonard Evolution
    En progression
    • Posté à 19h27 le 15/07/2012
    • Internaute 188830
      En progression

    L’Homme est biodégradable ; Pourquoi pas ce qu’il produit !
    A creuser !

  • ptitHom
    ptitHom
    petit et costaud
    • Posté à 19h43 le 15/07/2012
    • 182521
      petit et costaud

    De bien nobles idées qui doivent bien faire se marrer ceux dont la première préoccupation est de se nourrir.

  • destroyedlolo
    destroyedlolo
    Skieur fou
    • Posté à 19h55 le 15/07/2012
    • Internaute 96738
      Skieur fou

    > A quand le téléphone jetable, voire à usage unique… qui suivrait l’évolution de
    > nos envies

    Ouaaaaa, l’evolution, comme le crayons, le briquet, l’appareil photo ... Geniale comme idee.
    En fait non, completement STUPIDE : la fabrication de l’ecran et des composants electroniques sont beaucoup plus poluant que le reste, donc plus la duree de vie de l’appareil est coute, plus il pollua.

    Et comme l’a dit ABNS, trouver une seconde vie a un objet est dans tout les cas beaucoup moins polluant que n’importe quel recyclage !

    > ou de nos colères ?

     ? ? ? ? Ca ne merite aucun commentaire !

  • lolo-java
    lolo-java
    charcutier-zingueur
    • Posté à 21h08 le 15/07/2012
    • Internaute 81093
      charcutier-zingueur

    Avant de fabriquer des téléphones Portables Biodégradables, ils feraient mieux de se pencher sérieusement sur le danger potentiel que représente cet objet.
    Danger causé par les ondes électromagnétiques ! Depuis peu, l’OMS a déclaré l’utilisation du portable comme potentiellement cancérogène ! Ça bouge en Europe à ce sujet mais seul la France semble mettre des oeillères ou faire l’Autruche !

    • non renseigné
      non renseigné répond à lolo-java
      ici et maintenant
      • Posté à 21h27 le 15/07/2012
      • Internaute 188652
        ici et maintenant

      L’OMS nous annonçait une pandémie mondiale de grippe tueuse il y a quelques années. Je pense que ce coup-çi ils veulent se couvrir. Du reste, la clope est assurément cancérogène et disponible librement, mais je ne sais pas si l’OMS s’en est déjà soucié.

    • ptitHom
      ptitHom répond à lolo-java
      petit et costaud
      • Posté à 10h30 le 16/07/2012
      • 182521
        petit et costaud

      Pour aller plus loin, voici un aide-mémoire de l’OMS qui date de juin 2011 (je n’ai pas trouvé de document plus récent)

      On y lit notamment que :
      « Il existe quelques signes d’un risque accru de gliome pour les 10% d’usagers dont le nombre d’heures cumulées d’utilisation était le plus élevé, bien qu’aucune tendance systématique de risque accru n’ait été établie pour une plus longue durée d’utilisation. Les chercheurs ont conclu que les biais et les erreurs limitent la validité de ces conclusions et ne permettent pas une interprétation de causalité. Se fondant en grande partie sur ces données, le CIRC a classé les champs électromagnétiques de radiofréquence dans la catégorie des cancérogènes possibles pour l’homme (Groupe 2B), catégorie utilisée lorsqu’on considère comme crédible un lien de cause à effet, mais sans qu’on puisse éliminer avec une certitude raisonnable le hasard, un biais ou des facteurs de confusion. »

      À lire en entier, évidemment...

  • A déménagéle 14-12-2012
    • Posté à 23h09 le 15/07/2012
    • Internaute 119490
      Etudiant

    « le designer Gert-Jan Van Breugel propose un Bamboo Phone biodégradable, réalisé avec du plastique bio à base de maïs et de bambou. En fin de vie et une fois la batterie, l’antenne et les circuits imprimés retirés »

    En gros y a rien de biodégradable sauf la coque, qui n’est pas du tout le problème principal, et j’ai l’impression que c’est la même chose pour les autres « solutions ».

  • phil135
    phil135
    normal
    • Posté à 23h39 le 15/07/2012
    • 179105
      normal

    sympa les pousses de bambou ... à part qu’ici je le vois comme une plante invasive

    d’autre part, il ne suffit pas de réaliser un prototype et le présenter sur un salon.

    il faut que les performances soient au moins aussi bonnes que celles des modèles précédents et que ça soit industrialisable au même prix

    mais le plus polluant de cette histoire est la fabrication des composants électroniques

  • Jean-Jacques Louis
    • Posté à 00h35 le 16/07/2012
    • Internaute 2277

    Biodégradable, c’est le début d’une bonne idée mais, tant qu’à faire il faut aller plus loin : la vraie solution, c’est le téléphone comestible.

    Idem pour les CD. Quand vous avez un fichier confidentiel à transmettre, gravez le sur un CD comestible et le destinataire n’aura qu’à le manger après lecture du message.

  • goom
    goom
    citoyen désabusé
    • Posté à 09h06 le 16/07/2012
    • Internaute 19294
      citoyen désabusé

    Si déjà on ciblait le porte-monnaie des entreprises en leur faisant supporter le coût du recyclage des produits qu’elles vendent on aurait déjà fait un bon bout de chemin et faisant en sorte que les produits vendus soient recyclables (et soient même réparables - ce qui veut dire lutter contre l’obsolescence programmée)

    Deuxième axe la législation qui doit évoluer pour favoriser le recyclage et le réemploi. Ceci veut dire qu’il faut encourager le passage des déchets en matières premières (combien de normes ne sont conçues que pour des matériaux « neufs » et excluent de facto la possibilité de recyclage ?).

    Enfin il faut informer, informer et informer le consommateur aussi bien pour lui faire prendre conscience de l’impact de ses achats et aussi des possibilités de recyclage / réemploi de ce qu’il achète (pour autant que les filières existent, soient encouragées)

    • GFmanaic
      GFmanaic répond à goom
      • Posté à 20h10 le 16/07/2012
      • Internaute 187729

      Réparation et obsolescence programmée n’ont presque rien à voir.
      C’est un phénomène ultra marginal, y compris dans les imprimantes.

      D’autre part vous décrivez le code de l’environnement quand vous parlez d’éco participation ou de restriction de matériaux :
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