Explicateur 10/07/2012 à 18h11

Banques : le scandale du Libor expliqué aux nuls

Pascal Riché | Cofondateur Rue89


Des personnes manifestent contre la Barclays et son ancien patron, Bob Diamond, à Londres le 4 juillet 2012 (WILL OLIVER/AFP)

Le nuage toxique du « scandale du Libor » contournera-t-il la France ? Le commissaire européen au Marché intérieur, Michel Barnier, a confirmé que les banques françaises entraient dans le champ de l’enquête visant à déterminer qui avait participé à la manipulation de ce taux d’intérêt interbancaire. Mais a précisé qu’il n’avait pas connaissance d’une éventuelle implication d’une banque française...

Bob Diamond part avec 3,1 millons de dollars
La banque Barclays a annoncé que son patron démissionnaire, Bob Diamond, partira avec 12 mois de salaires et autres avantages, soit environ 3.1 millions de dollars (2,5 millions d’euros) . De quoi se retourner ? Il renonce toutefois à 31 millions de dollars de bonus.

L’affaire est en tout cas assez grave pour que le commissaire parle de « trahison aux conséquences potentiellement systémiques ». Du fait de ces manipulations, des millions d’emprunteurs ont payé un taux d’intérêt faussé entre 2005 et 2009. Un tel scandale a au moins une vertu pédagogique : il vient rappeler qu’aucune réforme sérieuse n’a été engagée depuis la crise financière de 2008 pour mettre au pas la finance.

Pour la Grande-Bretagne, qui tire une grande fierté des activités financières de la City, cette affaire est vécue comme une catastrophe : elle révèle que le cœur de la City est pourri, que la cathédrale de la finance globale repose sur des mensonges. Le parlement britannique a ouvert une enquête et interroge depuis la semaine dernière les différents responsables.

Jusque-là, seule la banque Barclays a été directement impliquée dans le scandale : ses principaux dirigeants ont dû démissionner début juillet, à commencer par le patron Bob Diamond, un Américain. D’autres établissements européens pourraient être concernés. Une enquête a été ouverte en Allemagne par l’autorité allemande de régulation des marchés, la BaFin. La Deutsche Bank est dans le viseur des autorités.

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Qu’est-ce que le Libor ?

Le Libor, pour « London interbank offered rate » (« taux interbancaire proposé à Londres »), est le taux d’intérêt de référence auquel les banques, sur le marché de Londres, se prêtent entre elles (pour des prêts sans garantie et d’une durée de moins d’un an).

On parle du Libor, mais on devrait dire « les » Libor : il existe en effet des Libor pour dix devises différentes et, pour chacune d’entre elles, de quinze durées différentes, de un jour à douze mois. Il existe donc 150 taux Libor.

Ces taux sont publiés une fois par jour, à 11h45, par l’Association des banquiers britanniques. Ils sont calculés en fonction de ce qui se pratique dans un groupe de 18 banques, le « panel ». Le Libor est donc une moyenne, calculée à partir de transactions réelles réalisées par ces 18 banques et après avoir éliminé les taux les plus bas et les taux plus élevés, pour éviter les anomalies.

La fraude porterait sur le Libor mais aussi sur l’Euribor, un taux similaire calculé pour la zone euro, sur la base d’un panel de 57 banques.

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En quoi consistait la manipulation ?

Certaines banques du panel, à commencer par la Barclays, ont menti sur les taux pratiqués, faussant donc le Libor.

La Barclays a commencé en 2005, pour des raisons qui restent à élucider. Il s’agirait d’une fraude pure et simple, visant à générer des taux favorables aux positions prises par les traders de la banque.

En 2008, la manipulation a eu lieu pour cacher les fragilités de certaines banques.

Les conditions des prêts à court terme (« liquidités ») que s’accordent entre elles les banques dépendent de nombreux facteurs ; l’un d’entre eux est la confiance que l’on place dans la solidité financière de la banque emprunteuse. Si celle-ci présente un risque, le taux exigé d’elle est plus élevé. Pendant la crise financière, certaines banques ont vu leurs conditions d’accès aux liquidités interbancaires se durcir.

C’était le cas de la banque Barclays. Mais pour que ça ne se sache pas, elle a fait de fausses déclarations au panel du Libor, affirmant avoir obtenu des taux de refinancement plus faibles que dans la réalité.

La Barclays a agi au lendemain d’un coup de téléphone entre le patron de la banque Bob Diamond, et le numéro deux de la Banque d’Angleterre, Paul Tucker. Interrogé par la commission d’enquête parlementaire, lundi, ce dernier a nié vigoureusement avoir conseillé à Barclays de tricher, comme un document interne à Barclays peut le laisser penser. Selon ce document, Tucker aurait déclaré à Diamond qu’il n’était « pas toujours nécessaire » que Barclays affiche des taux « aussi élevés ».

A l’époque des faits (fin 2008), Barclays était si fragilisée que le gouvernement songeait à la nationaliser.

Mais elle n’est visiblement pas la seule banque du panel à avoir menti : l’enquête vise d’autres banques du cartel, qu’elles soient britanniques (Royal Bank of Scotland, Lloyds Bank...) allemande (Deutsche Bank...) américaines (Citigroup, JPMorgan Chase...), suisse (UBS)... en attendant d’éventuelles banques françaises.

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Quelles sont les conséquences de la fraude ?

Le Libor, c’est le cœur de la finance : il sert de référence à de très nombreuses transactions : prêts à la consommation, épargne, swaps, crédits immobiliers... Au total, la valeur des produits indexés sur le Libor se chiffrerait à plus de 350 000 milliards d’euros.

Si le Libor, censé être déterminé dans la transparence, est faussé, cela signifie que l’ensemble de la finance mondiale repose sur du sable. Et que les bilans des banques, leurs comptes de résultats, sont biaisés.

« Certaines banques manipulaient le thermomètre et se débrouillaient pour qu’il n’indique jamais de fièvre », résume Rama Cont, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des marchés financiers, dans une interview au Monde.

Cette fois-ci, c’est à Londres qu’éclate ce scandale, avec des preuves tangibles que le cœur du système est corrompu. Il y a dans ce scandale de quoi conduire à l’effondrement de la confiance entre les acteurs du système. D’où le « risque systémique » évoqué par Michel Barnier.

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Que risquent les banquiers ?

Les banques risquent d’être sanctionnées par des amendes : les autorités américaine et britannique ont déjà infligé la semaine dernière à la banque Barclays une amende de 350 millions d’euros.

Les dirigeants des banques, eux, risquent la démission forcée s’il est prouvé qu’ils ont trempé dans ces manipulations. Mais au-delà ? Théoriquement, des poursuites pénales sont possibles puisque, un peu tardivement certes, le Serious Fraud Office britannique a annoncé vendredi l’ouverture d’une enquête criminelle.

Mais il n’est pas certain que cette enquête débouchera sur des inculpations. Depuis le début de la crise de 2008, aucun patron de grande banque n’a encore été condamné au pénal, malgré les irrégularités qui ont été découvertes.

MERCI RIVERAINS ! Lalala
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  • Rebel Yell
    Rebel Yell
    Je pose une question.
    • Posté à 19h18 le 10/07/2012
    • Internaute 127333
      Je pose une question.

    Résultat net de la Barclays en 2009 : 15,17 milliards de dollars.
    L’amende de 350 millions d’euros en représente donc 2,83% (à 1,225 dollar pour 1 euro).
    C’est pas du bon gros foutage de gueule par hasard ?

  • -Candide-
    -Candide- répond à spleenlancien
    Jardinateur
    • Posté à 20h45 le 10/07/2012
    • Internaute 40778
      Jardinateur

    Tellement bien expliqué « pour les nuls » que l’on oublie qui en fait les frais.

    En sous-estimant/surestimant les montants de leurs transactions du jour pour influer sur les transactions futures, la Barclays spolie avant tout les acteurs du marché financier, donc principalement les autres banques.

    A l’image d’un concessionnaire auto qui mentirait toujours un peu sur le montant de ses achat/ventes de voitures d’occasion de manière à influer sur l’argus.
    Pour le particulier, cela génère un biais à la hausse comme à la baisse, mais globalement il n’y perdent pas grand chose. En revanche pour les autres concessionnaires qui font de l’achat et vente régulière, ils sont systématiquement en décalage.

    En écrivant
    « Les dirigeants des banques, eux, risquent .... » au lieu de
    « Les dirigeants de ces banques indélicates, eux, risquent ... »
    c’est omettre (plus ou moins volontairement) que dans le cas présent c’est certains banquiers qui en ont manipulé d’autres, et que pour les particuliers, c’est globalement transparent.
    (plus long à expliquer, mais si le biais était toujours dans le même sens, la Barclays aurait très très vite été identifiée. Ce n’est donc pas un thermomètre qui n’indique pas la fièvre, mais un thermomètre qui parfois en indique trop et parfois pas assez - nuance importante)

    « Un tel scandale a au moins une vertu pédagogique : il vient rappeler qu’aucune réforme sérieuse n’a été engagée depuis la crise financière de 2008 pour mettre au pas la finance. »
    J’aimerai savoir ce que « mettre au pas » veut dire.
    Dans tous les métiers il y a des brebis galeuses qui sont à la limite de la légalité, parfois au delà, quand ce n’est pas la règlementation qui est mal faite.
    Est-ce que parce que l’on trouve certains produits avariés dans certains restaurant, il faut « mettre au pas » la restauration ?
    Est-ce que parce qu’il y a eu certains abus médicaux, il faut « mettre au pas » la médecine ?
    Est-ce que parce qu’il y a eu certains prêtre pédophile, il faut « mettre au pas » la religion ?

    Qu’il y ait des paroles de campagnes pour exacerber les troupes, on peut le comprendre. Mais on est aussi en droit d’attendre qu’un journaliste qui tente de nous expliquer les choses soit un peu moins vague.
    P.R., qu’attendez vous comme mesure pour « mettre au pas » la finance ?
    Revenir au Glass-Steagall Act par exemple ? Ben, les british sont plus en avance que nous sur le sujet pour l’instant.

  • zorbeck
    zorbeck répond à -Candide-
    • Posté à 09h44 le 11/07/2012
    • Internaute 9110

    Qui a été lésé ? Tous ceux qui avaient un intéret dans des taux variant dans le sens contraire de ceux qui ont été manipulés. Ca implique donc quelques centaines de miliards d’emprunts ou prets directs suivant la direction des taux. Mais le plus gros morceau reste quand meme les produits dérivés basés sur les taux. Je m’étais toujours demandé comment certains traders arrivaient à amasser des fortunes sur des options autour des taux, maintenant j’ai compris.
    Si vous voulez des exemples, en voici : Lien

  • I.P
    I.P répond à xaxa
    Il manque Hulk en baskets
    • Posté à 12h03 le 11/07/2012
    • Internaute 25391
      Il manque Hulk en baskets


    Donc des financiers arnaqués par des financiers. Vous venez juste de confirmer ce que Candide présentait.

    Car il est bien connu que les « financiers » vivent dans une bulle qui n’a aucune conséquence dans le monde réel.

    Lisez donc le lien de Zorbeck, rien qu’un exemple :

    « Unambiguously, state and local government agencies lost money because of the manipulation of Libor, » said Mr. Shapiro, who is managing director of the Swap Financial Group and is not involved in any of the lawsuits. « The number is likely to be very, very big. »

    Et devinez qui comblera le trou ?

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