Tribune 04/07/2012 à 17h20

Tribune : un revers pour la liberté d’expression en Tunisie

Amna Guellali | Human Rights Watch

Les violences récentes en Tunisie, déclenchées par la réaction de radicaux religieux à une exposition artistique qui, à leurs yeux, insulte l’islam, a ravivé le débat sur la diffamation de la religion et la liberté d’expression.

Ennahda, le parti islamiste qui constitue le groupe politique le plus important de l’Assemblée nationale constituante (ANC), a réagi en déclarant qu’il introduirait une loi pour pénaliser les atteintes à la sacralité de l’islam. De telles lois pourraient rapidement créer une nouvelle forme de censure sous couvert de la protection de la religion.

La Tunisie est considérée comme le pays qui réalise la transition démocratique la plus réussie de la région. Ce processus risque désormais d’avorter à cause de la réintroduction de lois répressives.

« Gloire à Dieu »

Tout a commencé le 10 juin, quand des dizaines de personnes ont manifesté contre quatre œuvres du Printemps des arts, une exposition organisée dans une propriété de l’Etat, un palais dans la banlieue nord de Tunis. Un tableau portait les mots « Sobhane Allah » (« Gloire à Dieu ») composés de fourmis.

Une autre œuvre d’art représentait la lapidation de trois femmes, et deux autres contenaient des caricatures de salafistes – les partisans d’une conception radicale de l’islam.

Les manifestants sont entrés par effraction dans le palais, de nuit, et ont vandalisé certaines œuvres d’art avant que la police ne parvienne à les disperser.

La situation a vite fait boule de neige. Le 11 juin, des émeutes ont éclaté dans plusieurs endroits du pays, où les manifestants – des groupes religieux ultraconservateurs aussi bien que des gangs criminels – ont mis le feu à des tribunaux, des postes de police et d’autres institutions, selon les déclarations du porte-parole du ministère de l’Intérieur. Une personne est décédée lors de ces violences et des dizaines d’autres ont été blessées.

Les manifestations ont atteint leur comble lorsque plusieurs Imams, officiant dans certaines mosquées, ont condamné l’exposition, certains appelant ouvertement leurs partisans à appliquer aux artistes le « hadd », la peine capitale islamique, pour apostasie.

Liberté d’expression « sans retenue »

Les violences se sont apaisées après que le ministre de l’Intérieur a imposé un couvre-feu et interdit les manifestations que divers groupes salafistes et Ennahda avaient programmées le 15 juin. En tout, environ 160 manifestants ont été arrêtés.

Tout en condamnant les attaques, le gouvernement et les partis de la coalition au pouvoir ont déclaré que la crise trouvait son origine, selon l’expression du porte-parole du gouvernement, dans « la liberté d’expression sans retenue » que les artistes avaient utilisée pour attaquer la « sacralité de l’islam ».

Par la suite, le groupe de Ennahda à l’Assemblée nationale constituante a déclaré qu’il proposerait de pénaliser les atteintes à la sacralité de l’islam dans la future Constitution. « La liberté d’expression et de création artistique, même si elles font partie des libertés qui ont notre approbation, ne devraient pas être absolues et sans contrôle », a déclaré dans un communiqué du 12 juin Sahbi Aatig, chef du groupe de Ennahda.

Lors d’une conférence de presse donnée le même jour, le ministre de la Culture a annoncé qu’il déposerait une plainte criminelle contre les organisateurs de l’exposition pour avoir présenté des œuvres d’art qui insultaient l’islam. Il n’a pas précisé quelle loi il comptait utiliser pour déposer cette plainte, étant donné que le code pénal tunisien ne contient aucun article définissant un tel délit.

Attaque contre la sacralité de l’islam

Le 13 juin, le Président, le chef du gouvernement et le président de l’Assemblée nationale constituante ont émis un communiqué commun condamnant toute attaque contre la sacralité de l’islam et déclarant que la liberté d’expression et d’opinion ne couvrait pas de tels délits puisque leur objectif était de provoquer et de diviser.

Ces réactions sont basées sur l’idée que la liberté d’expression devrait être limitée dès qu’il s’agit d’opinions liées à la religion. Cette position avait été mise en avant par l’Organisation de la conférence islamique (OIC), qui en 1999 avait introduit une résolution sur la diffamation de la religion auprès de la Commission des droits de l’homme de l’ONU.

Pourtant, après dix ans de lutte à l’ONU, cette approche a suscité une opposition grandissante et a plus tard été écartée par l’OIC à l’ONU, sur la base d’un consensus énonçant que les critères universels des droits humains protègent les individus, pas les idées abstraites ou les religions.

La résolution 16/18 de mars 2011 du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, adoptée par consensus, a abandonné toute notion de diffamation des religions comme limite possible à la liberté d’expression.

En droit international, le Comité des droits de l’homme de l’ONU, corps d’experts qui élabore l’interprétation définitive du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, a énoncé dans son interprétation détaillée de la liberté d’expression que « les interdictions de manifestations d’irrespect à l’égard d’une religion ou d’un autre système de croyance, y compris les lois sur le blasphème, sont incompatibles avec le Pacte », sauf les circonstances très strictes définies par le Pacte – telles qu’un plaidoyer pour la haine religieuse qui constituerait une incitation à la discrimination, l’hostilité ou la violence.

Il y avait de très bonnes raisons à cela.

La notion de « sacralité de la religion » est sujette à des interprétations trop générales. Le manque de définition de la signification exacte de cette expression mène inévitablement à accorder aux interprètes le pouvoir d’en juger, que ce soient les autorités, les procureurs ou les juges.

En outre, il offre aux autorités religieuses les plus radicales une large opportunité de jeter l’anathème sur toute œuvre ou tout discours qu’ils estiment contraires aux interprétations orthodoxes.

Etouffer les critiques des doctrines religieuses

Les exemples de la façon dont cette notion a été utilisée pour étouffer les critiques des doctrines religieuses sont nombreux dans l’histoire contemporaine du monde musulman.

En Egypte, la Cour de cassation a reconnu coupable de blasphème le penseur égyptien Nasr Hamed Abou Zaid, qui a écrit plusieurs livres contestant les interprétations orthodoxes de la charia, et a jugé qu’il était un apostat. Il a dû fuir aux Pays-Bas pour éviter qu’on le déclare divorcé de sa femme, étant donné que le tribunal pouvait juger qu’une femme musulmane ne pouvait être mariée avec un homme non musulman.

De même, le code pénal pakistanais définit comme un délit l’outrage aux sentiments religieux de n’importe quelle catégorie de citoyens du Pakistan, en paroles, par des écrits ou par des représentations picturales insultant la religion ou les croyances religieuses de cette catégorie. Insulter le prophète Mohammed ou n’importe laquelle de ses épouses, ses compagnons ou encore les califes est également interdit. Les punitions vont de l’amende à l’emprisonnement à vie – et même à la peine de mort.

Ces dispositions ont été utilisées pour condamner à la prison à perpétuité l’écrivain Younus Shaikh pour la publication de son livre, « L’Ecclésiastique satanique », en 2001, dans lequel il argumentait que la lapidation (« rajam ») comme punition de l’adultère n’était pas mentionnée dans le Coran.

En Tunisie, la proposition de promulguer des lois sur le blasphème risque de devenir un cheval de Troie qui réintroduira la censure dans une transition encore fragile vers la démocratie. De telles lois pourraient corrompre la liberté d’expression et bâillonner les opposants sous l’apparence du respect de la religion. Elles devraient être rejetées.

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  • Iv
    Iv
    Roboticien utopiste
    • Posté à 17h48 le 04/07/2012
    • Internaute 39192
      Roboticien utopiste

    Il nous aura fallu des Coluche, Desproges, Chauron et des moins connus pour se débarasser de nos salafistes à nous.

    C’est une bataille de longue haleine. Il y aura des victoires, il y aura des défaites. La seule chose qu’il faut interdire à ces artistes, c’est de baisser les bras : vous avez fait réagir, vous avez lancé le débat. Bravo. Continuez à provoquer, continuez à montrer l’absurdité d’une « ligne rouge » dans le principe de la liberté d’expression

    • faded yasser
      faded yasser répond à Iv
      pour la justice
      • Posté à 01h44 le 05/07/2012
      • Internaute 155078
        pour la justice

      Il suffit de noter que font nos salafistes à nous pour limiter la liberté d’expression au nom d’une sacralité de conceptions et au nom de lignes rouges qu’il ne faut jamais dépasser : un grand philosophe français humaniste et mondialement connu et apprécié a été rejeté et refoulé avec son grand patrimoine philosophique et intellectuel car coupable selon une ligne de pensée dominante d’etre un héretique. Alors en condamnant les intégristes antilibertaires , antiintellectuels, anti artistes, anti créateurs, anti penseurs tunisiens , je me permets aussi de condamner tous les lobbies, tous les groupes de pression qui différencient nos intellectuels, nos artistes, nos hommes de théatre en bons et en méchants. Ma pensée va au grand Garaudy à quelques jours de sa disparition et au grand dieudonné le satan d’1 grande partie de notre intelleghenzia.

      • Iv
        Iv répond à faded yasser
        Roboticien utopiste
        • Posté à 10h08 le 05/07/2012
        • Internaute 39192
          Roboticien utopiste

        Même si je n’ai aucune sympathie pour les révisionnistes, je trouve en effet que nos lois condamnant des opinions (oui, des opinions, le poncif « c’est pas une opinion c’est un délit » est simplement ahurissant dans un pays libre) sont mauvaises et devraient être abrogées.

        Que les imbéciles puissent publiquement donner leurs opinions et ainsi être contredits par des spécialistes. Cela servira d’ailleurs la cause de leurs contradicteurs.

        Abrogeons les lois contre les discours racistes, pro-drogues et révisionnistes.

  • zygzornifle
    zygzornifle
    Poussière d'étoiles
    • Posté à 14h09 le 05/07/2012
    • Internaute 160367
      Poussière d'étoiles

    « Les violences récentes en Tunisie, déclenchées par la réaction de radicaux religieux à une exposition artistique qui à leurs yeux insulte l’islam, a ravivé le débat sur la diffamation de la religion et la liberté d’expression “
    Comme nous sommes des infidèles ils n’auront que la méditerrané à traverser pour nous mettre au pas......

  • Mike1789
    Mike1789
    chomaj
    • Posté à 18h16 le 04/07/2012
    • Internaute 152852
      chomaj

    Allez faire du tourisme chez les islamistes et dites merci à BHL !

  • hasni
    • Posté à 14h42 le 05/07/2012
    • Internaute 37535

    Bonjour,
    Si la liberté d’expression en Tunisie est effectivement remise en cause sous couvert d’ordre moral contre les artistes (peintres, dessinateurs mais aussi rappeurs et « facebookers » comme ces deux personnes ayant pris 7 et demi d’emprisonnement pour avoir posté des caricatures du prophète), je pense que l’enchaînement des faits depuis le Printemps des Arts est inexacte et incomplète.
    Avant de venir saccager des œuvres, nos joyeux casseurs avaient annoncés la couleur. La police était prévenue bien en amont. Des témoins sur place ont vu des voitures remplis de « salafistes » passer devant les yeux de policiers qui ont laissé faire. Leur intervention a été tardive et poussive. On peut dire que la motivation n’était pas au rendez vous ou que des ordres ont été donnés pour cette inaction.
    Avant que les casseurs interviennent, ont été diffusées sur les réseaux sociaux la photo d’un tableau montrant le prophète sur un cheval et en train de survoler la Mecque. Une autre photo accompagnait celle ci et il s’agissait d’un string comme objet exposé au Printemps des Arts (oui je sais mais sans jeu mot - quoi que - plus la ficelle est grosse ...). Ces photos ont inondé les réseaux sociaux, non pas en quelques heures, mais en quelques minutes avec suffisamment de profils différents qui envoyaient et partageaient, qu’il était impossible de tracer la source de la diffusion.
    Ah ... pour la petite histoire. Le string n’a jamais été exposé (on s’en fout mais il signifiait l’insulte faite à la femme musulmane pour ses « détracteurs » et le tableau en question s’est avéré être en même temps dans un pays africain (sénégal, je crois).
    Pour l’effet boule de neige, il est effectivement, très surprenant qu’en même temps dans plusieurs endroits du pays, se révoltent contre l’atteinte au sacré des « salafistes » pour aller mettre le feu ici et vandaliser là.
    Là encore, les interventions policières ont trainé. Alors que l’information sur les risques était très clair. Il suffisait pour cela de scruter à nouveau les réseaux sociaux. La police de l’internet tunisien ayant et l’habitude et les moyens nul doute que les autorités étaient prévenues de la concomitance des saccages qui allaient se produire.
    Les arrestations quand elles ont eu lieu le furent après les actes de violence pour la plus grande partie.
    Les déclarations officielles des trois présidences (je n’invente rien, le chef du gouvernement est considéré comme co président) ont renvoyé dos à dos les artistes et les « salafistes », incriminant de facto les premiers et dédouanant de jure les seconds.
    La ficelle du string a tellement grossi qu’un lampiste a été arrêté et condamné, surtout à faire la une des journaux. Il s’agit de l’huissier de la Marsa qui est venu constaté, avec des représentants d’une association « salafiste » les atteintes au sacré. Il a été accusé d’avoir mis le feu aux poudres.
    J’insiste sur les guillemets que j’ai pu noter (j’espère ne pas en avoir oublié). Ces pseudo-salafistes sont surtout des personnes avec des fausses barbes (c’est une image), des gamins payés un billet pour aller mettre le bazar, des psychopathes ou autres tarés qu’on récupère ici ou là, des recyclés du RCD (ancien parti unique au pouvoir) et peut être un ou deux illuminés à vraies barbes pour donner le change.
    J’insiste sur la technique de manipulation des opinions notamment sur les réseaux sociaux, qui n’est pas sans rappeler le savoir faire de ce qu’on appelle en Tunisie, la cyberpolice.
    SI je ne crois pas un instant à la spontanéité de ces émeutes, je ne crois pas d’avantage à un mouvement salafiste suffisamment fort pour manipuler le net, la police, et ce qu’on appelle la Troïka (présidence, gouvernement et présidence de l’ANC) afin de créer un climat de terreur propice à une intervention musclée pour « rétablir l’ordre ».
    Je crois par contre qu’on focalise l’attention sur les atteintes au sacré car cela permet de ne pas regarder autre part, notamment du côté des travaux de l’ANC et de la constitution qu’ils sont censés rédiger ou encore du côté des accords internationaux signés pour plusieurs années par des autorités pourtant provisoires, ou encore (bis) du côté de la mise en œuvre d’accords économiques (et en particulier dans le domaine des énergies) internationaux signés sous Ben Ali et mis en œuvre aujourd’hui.
    Et puis quand je lis certains commentaires ici je me dis que servir sur un plateau l’extrémiste religieux est bien utile aussi en France.

  • Apollo13
    Apollo13
    no pasaran
    • Posté à 08h21 le 06/07/2012
    • Internaute 189369
      no pasaran

    « La Tunisie est considérée comme le pays qui réalise la transition démocratique la plus réussie de la région. »

    Avec le parti islamo-fasciste Ehnnada dirigé par Rashed Ghannouchi à la tête du pouvoir, vous êtes sûr de vouloir conserver cette phrase ?

    Pour rappel :

    Sur l’apostasie :

    Rached Ghannouchi a écrit en 1993 dans un livre : « L’apostasie, est le reniement [de l’islam] après qu’on l’a embrassé de plein gré ; un reniement, ou les formes lui ressemblant, des constantes de l’islam, tels ses dogmes, ses charia et ses rituels… Comme porter atteinte à la dignité de Dieu ou à la dignité du Prophète, l’autorisation de braver les interdits [de la charia] ou la négation des devoirs religieux, etc. Des versets du Coran ont énoncé à plusieurs endroits le caractère affreux de ce crime, et menacé quiconque s’en rend coupable du plus atroce des supplices, sans toutefois édicter une peine précise ici-bas. Quant à la tradition, la sunna, elle a exigé la mise à mort [conformément au hadith] : “ Tuez quiconque change de religion. ” »
    (Rached Ghannouchi, Les libertés publiques dans l’État islamique, Centre d’Études de l’Unité Arabe, Beyrouth, 1993, p. 48).

    ––––––––––––––––––––––––––––––
    Sur la charia comme « source principale de legislation » :

    « Comment ne pas stipuler l’islamité d’un chef de l’Etat, dont la tâche essentielle est d’accomplir la religion, d’orienter la politique de l’Etat dans les limites de l’islam, d’éduquer l’umma selon l’islam, d’être son imam pour la prière, de la prêcher ex cathedra et d’être pour elle l’exemple à imiter ? Le Coran a tranché. Il a stipulé que le souverain devait être musulman : “ Ô vous qui avez cru ! Obéissez à Dieu, obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent le pouvoir ” (sourate IV, verset 59).
    Il est absurde, et cela revient à demander l’impossible, de demander à un non musulman d’assumer le dépôt [la magistrature suprême], de veiller sur la religion et la gestion des affaires d’ici-bas – ce qui est la fonction du chef de l’Etat –, et nous, dit M. Ghannouchi, pour la clarification théorique, nous affirmons l’islamité du chef de l’Etat. Car au niveau pratique, le pouvoir islamique que nous réclamons se trouve dans les pays islamiques, et la majorité de ceux qui y habitent sont des musulmans. [Et M. Ghannouchi d’ajouter, dans une note de bas de page : “ Il est à noter que la plupart des constitutions arabes, y compris la constitution tunisienne, ont stipulé l’islamité du chef de l’Etat, il s’agit en effet d’une stipulation abusive et vide de contenu, tant que ces constitutions ne contiennent pas d’articles imposant la charia comme source principale de toute législation, et tant qu’elles ne contiennent pas non plus d’institutions constitutionnelles contrôlant la constitutionalité des lois. Aussi bien le chef de l’Etat lui-même et le degré de son engagement à respecter, dans sa vie publique et privée, la loi et les normes morales, pour ne pas donner le mauvais exemple de ce qui ne plaît ni à Dieu, ni à ses créatures soumises. ”] (Rached Ghannouchi, Les libertés publiques dans l’État islamique, Centre d’Études de l’Unité Arabe, Beyrouth, 1993, p. 54)

    ––––––––––––––––––––––––––––––
    Sur la laïcité :

    A une question d’un quotidien algérien : “ Quelle est la place de la laïcité dans la société islamique ?”, M. Ghannouchi répond : “ La société islamique est fondée sur l’interprétation des valeurs organisant la vie des individus et des communautés. De plus, elle organise le côté spirituel de ces derniers. C’est pourquoi on ne saurait concevoir de société islamique laïque, ou de musulman laïc que si ce n’est en renonçant à ce qui est essentiel en islam. Car la foi en Dieu n’est pas essentielle en islam ; l’essentiel, c’est la foi en l’unicité de Dieu. Par conséquent, toute législation qui s’inspire d’autres sources pourrait porter atteinte à cette unicité. Une société ne saurait être islamique qu’à condition de ne pas être laïque et d’accepter l’unicité de Dieu. ”
    (Interview accordée par M. Ghannouchi au quotidien algérien “Algérie actualité” du 12 octobre 1989).

    Les critiques émises par M. Ghannouchi à l’encontre des anciens manuels de philosophie pour le baccalauréat :
    “ L’enseignement de la philosophie devient, si nous ne définissons pas notre appartenance culturelle, non seulement inutile pour traiter les problèmes dont nous souffrons, mais aussi un élément de sabotage et de destruction dans le domaine psychologique et social, comme c’est le cas aujourd’hui [1989]. ” (Rached Ghannouchi, “ La génération perdue ”, revue Forqan, février 1989, Casablanca).

    Ghannouchi et le psychopathe Youssef El-Qaradhawi :

    Sur le site internet Ashihab, Ghannouchi a donné une interview où il encense un cheikh connu pour enseigner le meurtre des apostats et des homosexuels, partisan des attentats du Hamas contre des civils israeliens, en le qualifiant ainsi : “le savantissime prédicateur le cheikh Youssef El-Qaradhawi” (R. Ghannouchi, “ J’ai voué ma vie à la défense de la liberté ”, interview conduite par Ala Iddin Al-Rachi, 5 octobre 2005).

    Youssef El-Qaradhawi, ami intime de Said Ramadan (père de Tariq mort en 1995) est sûrement le cheikh contemporain le plus influent du monde sunnite. Voici ce qu’a affirmé Qaradawi le 28 janvier 2009 sur Al-Jazeera TV :

    “Tout au long de l’histoire, Allah a imposé aux [Juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. Avec tout ce qu’il leur a fait - et bien qu’ils [les Juifs] aient exagéré les faits -, il a réussi à les remettre à leur place. C’était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des musulmans. (…) Pour conclure mon discours, je voudrais dire que la seule chose que j’espère est qu’à l’approche de la fin de mes jours, Allah me donne l’occasion d’aller sur la terre du djihad et de la résistance, même sur une chaise roulante. Je tirerai sur les ennemis d’Allah, les Juifs, et ils me lanceront une bombe dessus et ainsi, je clorai ma vie en martyr. Loué soi Allah, Roi de l’univers. Que la miséricorde et les bénédictions d’Allah soient sur vous.”

    M. Ghannouchi est membre du Conseil européen de la fatwa et de la recherche que Qaradhawi préside, institution de production juridique de l’Union des organisations islamiques d’Europe, dont l’UOIF est la branche française. Vu l’âge et la santé chancelante de Qaradhawi, Ghannouchi est devenu le président de fait.

    Sur une visite de Jean-Paul II :

    A propos de la visite officielle du Pape Jean Paul II en Tunisie en Avril 1996, M. Ghannouchi écrivit : “ Ce qui me transperce le coeur aussi que le coeur d tout Tunisien c’est que la visite du chef d l’Eglise catholique coïncide avec la réception du représentant commercial de l’entité sioniste à Tunis ; que comprennent les Tunisien de tout cela ? Peuvent-ils chasser de leurs esprits qu’il y a une invasion croisée et sioniste de leur pays ?”
    (R.Ghannouchi, l’hebdomadaire islamiste marocain ARRAYA du 23
    Avril 1996).

    à l’UOIF :

    “l’Islam est une religion suprême par rapport à toutes celles qui l’ont précédé. C’est Dieu qui en a décidé ainsi et il en est le garant. [...] Il est écrit que cette religion l’emportera inéluctablement sur toutes les autres religions. [...] Il ne faut pas croire ceux qui vous disent que la politique ne doit pas se faire dans l’enceinte de la mosquée. Où se fait donc la politique ? La mosquée est le siège du gouvernement islamique.[...] N’est-ce pas dans la mosquée que la justice est rendue, l’enseignement dispensé et même l’entraînement ainsi que la conduite des opérations militaires ? [...] Les musulmans luttent partout et l’Islam connaît un état de grâce sans précédent. Au siècle dernier, les musulmans étaient au nombre de 20 à Paris. Aujourd’hui, ils sont plus de deux millions. [...] Les mosquées, les établissements et les quartiers musulmans ont connu, depuis une vingtaine d’années, une expansion vertigineuse en France. [...] L’lslam politique avance en Jordanie, au Pakistan, au Yémen, en Turquie, en Russie, en Bulgarie. [...] La formidable révolution islamique en Algérie est sans précédent. [...] Priez pour qu’elle soit bénie.[...] N’oubliez surtout pas que vous êtes ici des immigrés au sens de l’immigration du Prophète avec ses compagnons pour étendre l’Islam. [...] Faites en sorte que pas un seul franc ne tombe ailleurs que dans la poche d’un musulman.”
    Rached Ghannouchi, leader du parti Ennadha - Le Bourget, Congrès annuel de l’UOIF 1992.
    ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––-

    Ghannouchi était encore il y a quelques mois au congrès du Bourget de l’UOIF, organisation de l’extrême-droite radicale rattachée aux Frères Musulmans :
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    Son souhait est de fonder sur le long terme un Califat, c’est-à-dire un état islamique basé sur la charia sans aucune opposition politique :
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    Le premier ministre Hamadi Jebali ne dit pas autre chose, il veut fonder le 6ème Califat :
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    Les femmes célibataires vivant seules risquent de perdre bientôt tous leurs droits : (En droit islamique (charia), une femme est soit mariée, soit en famille, elle n’a pas le droit de vivre seule avec ses enfants)
    Déclaration d’une élue tunisienne du parti islamique Ennahda, Souad Abderrahim qui qualifie les mères célibataires :
    “d’‘infamie pour la société tunisienne’. ‘Elles ne devraient pas aspirer à un cadre légal qui protège leurs droits’, a-t-elle renchéri, avant de conclure qu’‘éthiquement, elles (les filles mères) n’ont pas le droit d’exister’
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