Ouch 20/06/2012 à 22h32

Une erreur (bénigne) dans un intitulé du bac de français S et ES

Blandine Grosjean | Rédactrice en chef Rue89
Pascal Riché | Cofondateur Rue89

Infosignalée par
un internaute

Un riverain attentif a cru relever une erreur dans un des libellés du bac de français 2012 pour les séries S et ES (épreuve anticipée des premières) :

« Le poème “L’Enterrement” de Verlaine n’est pas extrait du recueil intitulé
“Poèmes saturniens” – comme l’énonce le libellé – mais du recueil intitulé
“Fêtes galantes”.

Un peu comme si on écrivait que madame Bovary est le principal personnage de “Bouvard et Pécuchet” ! De quoi scandaliser l’honnête
homme, et les candidats trompés ! »

Nous avons passé un peu de temps, en fin d’après-midi, à enquêter sur le sujet. Verdict : notre lecteur a raison, mais à moitié seulement. « L’Enterrement » n’est ni « saturnien », ni « fête galante ».

« Premiers vers »


Paul Verlaine en 1893 (Wikimedia Commons)

Ce mercredi matin, donc, les élèves des sections S (scientifique) et ES (économique et social) étaient invités à plancher sur un vaste sujet : « L’écriture poétique en quête du sens, du Moyen-Age à nos jours. »

Ils pouvaient s’appuyer sur quatre textes fournis, dont :

« Paul Verlaine, “ L’Enterrement ”, “Poèmes saturniens”, 1866. »

« Poèmes saturniens » est le titre du premier recueil de Paul Verlaine, publié en 1866 chez l’éditeur Alphonse Lemerre. « Fêtes galantes » a été publié trois ans plus tard.

Quant à « L’Enterrement »... on ne sait pas exactement quand il a été écrit...

« Une erreur philologique élémentaire »

Nous avons interrogé un spécialiste de Verlaine (et spécialement de ses premières œuvres), Arnaud Bernadet, professeur à l’université McGill, à Montréal. Il nous apprend que « L’Enterrement », du vivant de Verlaine, n’a jamais été publié que dans des revues, et de manière tardive (L’Echo de Paris en 1891 et La Plume en 1896).

« Il ne figure sûrement pas dans les “Poèmes saturniens”, encore moins dans “Fêtes galantes”. Cette pièce n’a jamais été colligée en recueil. Elle n’est pas précisément datée par les éditeurs, mais il est vraisemblable qu’elle ait été écrite entre 1864 et 1867, pour faire large, à l’époque saturnienne. »

Certes, les éditions de Cluny, en 1942, l’ont inséré dans les « Poèmes saturniens », dans une partie intitulée « Premiers vers ». Mais selon Arnaud Bernadet :

« Le rattachement au recueil vient en fait du biographe et ami de Verlaine, Edmond Lepelletier, qui assure que Verlaine avait projeté de l’y insérer pour l’en retirer ensuite. Peut-être. »

Le professeur de lettres conclut :

« Ce qui est certain, c’est que le goût macabre, la provocation très baudelairienne, la gaieté de l’enterrement, va dans le sens de la poétique du premier volume de Verlaine et s’accorde avec des thématiques morbides que l’on retrouve à la même époque dans certains de ses poèmes en prose, “Corbillard au galop”, “Jeux d’enfants” ou “Par la fenêtre”.

Verlaine parle de la grande pince-sans-rire qu’est l’horreur (de la mort)... Il fait allusion à “L’Enterrement” dans ses “Confessions” (I, ch. 13) en 1895.
Donc : les correcteurs du bac ont fait une erreur philologique élémentaire à l’évidence ; pour le reste, ils ne se trompent pas en ce qui concerne le type d’esthétique post-baudelairienne en jeu dans ce texte. »

« Les croque-morts au nez rougi par les pourboires »

Nul doute que les lycéens n’auront été que très peu perturbés par cette imprécision. Nous n’avons, pour notre part, pas perdu notre temps, puisque nous avons redécouvert avec bonheur le grinçant poème en question.

Vous non plus, espérons-le. Le voici :

« Je ne sais rien de gai comme un enterrement !
Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille,
La cloche, au loin, dans l’air, lançant son svelte trille,
Le prêtre en blanc surplis, qui prie allègrement,

L’enfant de chœur avec sa voix fraîche de fille,
Et quand, au fond du trou, bien chaud, douillettement,
S’installe le cercueil, le mol éboulement
De la terre, édredon du défunt, heureux drille,

Tout cela me paraît charmant, en vérité !
Et puis, tout rondelets, sous leur frac écourté,
Les croque-morts au nez rougi par les pourboires,

Et puis les beaux discours concis, mais pleins de sens,
Et puis, cœurs élargis, fronts où flotte une gloire,
Les héritiers resplendissants ! »

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  • ptitHom
    ptitHom
    petit et costaud
    • Posté à 00h16 le 21/06/2012
    • 182521
      petit et costaud

    Quand on apprécie les œuvres de Paul Verlaine comme je les apprécie, et quand -parallèlement- on estime que ce qui est précis est précieux, cette erreur n’est pas si (bénigne.)

  • MarxForEver
    MarxForEver
    Fioraso murdered Zola
    • Posté à 00h53 le 21/06/2012
    • Internaute 124072
      Fioraso murdered Zola

    Content : çà m’a permis de lire du Verlaine.

    Bien que je comprenne l’émoi des spécialistes, ce n’est pas une erreur aussi grave que l’an dernier.

    Au fait, la Corse est-elle toujours française cette année ?

  • Scarecrow1
    Scarecrow1
    Etudiant
    • Posté à 00h55 le 21/06/2012
    • 175984
      Etudiant

    Prochain sujet : Une erreur (bénigne) dans un article de Rue 89.

  • raudi
    • Posté à 07h58 le 21/06/2012
    • Internaute 2358

    Dans la Pléiade il est classé (avec quelques autres) parmi « les poèmes contemporains des poèmes saturniens et des fêtes galantes “ .

    Raudi

    La culture à Metz autrement

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  • Waldeck
    Waldeck
    Le désenchantement, c'est (...)
    • Posté à 09h42 le 21/06/2012
    • Internaute 36864
      Le désenchantement, c'est (...)

    C’est vrai qu’on peut faire l’erreur, je me souviens avoir eu ce bouquin en livre de poche où étaient rassemblés les 2 recueils, son titre :
    - « Poèmes saturniens, suivi des Fêtes galantes ».
    Cette erreur a permis d’exhumer cet enterrement, et c’est toujours ça de pris !

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