Dans le rétro 15/06/2012 à 12h35

Garaudy, philosophe respecté ayant sombré dans le négationnisme

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

Roger Garaudy est mort. Quoique : certains (gros malins) doutent de cette version officielle.

C’était un philosophe, penseur atypique, chrétien et membre du PCF, cherchant à concilier foi et marxisme, passionné par l’enjeu du tiers-monde. Il a mal tourné quand il a endossé les théories négationnistes, devenant l’une des figures de cette mouvance antisémite.

En 1933, lorsqu’il adhère au PC, il a 20 ans et il est un des responsables des étudiants protestants. Selon lui, la lutte pour le socialisme n’exclut pas la foi, mais l’implique. Au sortir de la guerre (pendant laquelle il participe à la Résistance), Garaudy est un militant communiste discipliné et stalinien.

Ses livres influencent alors de nombreux hommes de gauche, au-delà de la famille marxiste. François Mitterrand le citera ainsi comme l’un de ses auteurs préférés sur les questions liées au marxisme, aux côtés de Raymond Aron ou Maurice Clavel.

En 1969, dans un livre, « Le Grand Tournant du socialisme », il appelle le PCF (au bureau duquel il siège alors) à ne pas se laisser dicter sa ligne par le Parti communiste soviétique.

Des dents grincent place du Colonel-Fabien : les troupes soviétiques ont envahi la Tchécoslovaquie deux ans plus tôt, pour mettre fin au « printemps de Prague », ce qui a créé un certain émoi dans le monde communiste.

« L’antisoviétisme est un crime »

« On ne peut plus se taire », écrit-il dans son livre, tout en restant très prudent dans ses propos publics : « Il ne s’agit pas d’un désaccord », tente-t-il de plaider.

« Le socialisme que l’on veut en France n’est pas celui que Brejnev impose à la Tchécoslovaquie ».

Garaudy critique le PCF

A la tribune du 19e Congrès du PCF, en février 1970, Etienne Fajon, autre membre du bureau, lui reproche, sous les applaudissements nourris, de reprendre à son compte « les calomnies de la réaction » et d’appeler à la fraction. Il se défend ( « L’antisoviétisme est un crime » ) mais en vain. Le silence, quand il descend de la tribune est impressionnant. Pas un applaudissement.

Car son sort est déjà scellé : il est exclu du parti.

Garaudy accusé par le Congrès

Il appelle alors les communistes à s’affranchir du stalinisme et approfondit sa réflexion sur le tiers-monde et sa critique de la domination occidentale (« un accident ») sur le monde. Il se converti au catholicisme, vante la Théologie de la libération en Amérique Latine. Puis, en 1982, il se convertit à l’islam.

Le soutien de l’abbé Pierre

En janvier 1996, le scandale Garaudy éclate. L’intellectuel vient de publier un livre, « Les Mythes fondateurs de la politique israélienne » (ed. La Vieille Taupe) dans lequel il remet en cause l’ampleur du génocide des juifs au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Son ami l’abbé Pierre, personnalité préférée des Français, lui apporte son soutien, ce qui soulève la consternation dans les rangs des associations luttant contre l’antisémitisme.

L’abbé Pierre soutient Garaudy

Pour ses écrits, Roger Garaudy est jugé par la 17e chambre correctionnelle en 1998 pour « contestation de crime contre l’humanité ». Il est défendu par Me Jacques Vergès. Dans le public, Robert Faurisson, l’historien révisionniste.

Le procès de Garaudy

Garaudy plaide la distinction entre « antisionisme » et « antisémitisme », sans convaincre le tribunal. Il est condamné, et aucun des recours qu’il engage contre ce jugement (appel, cassation, Cour européenne des droits de l’homme) n’aboutit.

  • 18973 visites
  • 191 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • ysengrimus
    • Posté à 13h38 le 15/06/2012
    • Internaute 12674

    Les curés devenus cocos (Althusser, Garaudy), le cocktail nuisible par excellence.
    Paul Laurendeau

  • pablico
    pablico
    Co-NOBEL de la Paix
    • Posté à 13h42 le 15/06/2012
    • Internaute 14278
      Co-NOBEL de la Paix

    la vieillesse pour lui a été un sacré naufrage...

    normalement quand on devient vieux,
    - certains doutent de tout, ils ont tellement d’exemples vécus, et deviennent des progressistes relativistes.
    - d’autres font de l’anachronisme nostalgique (avant c’était l’idéal) et deviennent conservateurs
    - une poignée se mute en « philosophes » sages, et amusés de la relativité de la vie, des pensées et des actes.

    lui a voulu réécrire SON histoire et l’HISTOIRE idéalisée à sa façon.

  • caro
    caro répond à faded yasser
    délinquante avérée
    • Posté à 16h12 le 15/06/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    il ne faut pas s’étonner que Garaudy fut une « star au moyen orient », vu qu’un des livres les plus édités et lus soit « les protocoles des sages de sion ».
    Son antisionisme à lui est lié à la négation de la Shoah. Pour lui, les Juifs mourraient du typhus et ce ne sont que les cadavres qui étaient brûlés dans les fours.
    Il a été condamné en France pour « négationnisme et incitation à la haine raciale ». Il a tenté de porter cette affaire devant la cour européenne sans succès

    Son recours devant la Cour européenne des droits de l’homme, fondé sur la violation de l’article 10 (liberté d’expression) de la Convention européenne des Droits de l’Homme, de l’article 6 (droit à un procès équitable) de la Convention, de l’article 4 du Protocole no 7 (droit de ne pas être jugé ou puni deux fois) et des articles 9 (liberté de pensée, de conscience et de religion) et 14 (interdiction de la discrimination) de la Convention, a été déclaré irrecevable par la Cour, les juges européens déclarant :

    « Comme les juridictions nationales l’ont démontré, que le requérant a fait siennes les thèses négationnistes et a remis en cause systématiquement les crimes contre l’humanité commis par les nazis envers la communauté juive. [Ce livre, qui a] dans son ensemble, un caractère négationniste marqué, va à l’encontre des valeurs fondamentales de la Convention, à savoir la justice et la paix. (…) Aucun élément ne permet d’établir que M. Garaudy n’a pas bénéficié d’un procès équitable. »10
    wikipedia

    Garaudy comparait les Israéliens aux nazis.
    Il ne faut pas le confondre avec les antisionistes qui, disant que le sionisme est une idéologie » refuse l’existence d’un état israélien. Lui, niant la Shoah, crachait véritablement sur les juifs israéliens ou pas.

Verbes thématiques