Trierweiler, interview à domicile
On sait donc où passe la frontière de Normaland : au milieu du lit des Hollande. Si monsieur vient humblement sur les plateaux de télé, et visite le mémorial de Caen sans en faire expulser les touristes par ses sbires comme sous le règne précédent, madame, dans la meilleure tradition, convoque les journalistes à domicile.
Accordant à France Inter sa « première interview de première dame » (roulements de tambour de Patrick Cohen), elle avait choisi l’intervieweur (Cyril Graziani, l’« embedded » hollandais de la station) et le lieu : chez elle. Pas question de se déplacer, ni d’être interviewée par Pascale Clark, titulaire du créneau horaire. « C’est son droit », commente Cohen, avec une sobriété qui fait honneur au service public.
« Le cas de tous les journalistes »
De cette aimable conversation enregistrée la veille, il ressort (air connu) qu’elle ne regarde pas « Les Guignols » qui la campent en harpie, qu’elle se pose mille questions existentielles sur son appellation officielle et son rôle (merci de nous en informer en exclusivité dès le matin), qu’elle ne conseille pas son mari (qui eût imaginé l’inverse ?) et – mais on le savait déjà – qu’elle continuera à chroniquer pour Match (nous l’encourageons vivement) tout en conservant pied à terre et cabinet à l’Elysée (nous manifestons notre vive réprobation). « Mais ne serez-vous pas la journaliste la mieux informée de France, et celle qui en dira le moins ? » objecte Graziani. Oui oui, elle en convient. Et ajoute :
« Il y a des choses qu’on ne dit pas, c’est le cas de tous les journalistes. »
Il faut se répéter cette phrase plusieurs fois, pour apprécier la dose de poison qu’elle instille à toute la profession. Ne jouons pas aux hypocrites : c’est vrai. Il y a beaucoup de « choses » que les journalistes savent, et ne disent pas. Pour de bonnes et de mauvaises raisons, d’ailleurs. Bonnes : parce que ces « choses » ne sont pas vérifiées, parce qu’elles ne sont pas intéressantes, ou encore parce qu’elles pourraient provoquer des blessures ou des dégâts, hors de proportion avec les exigences de l’intérêt public.
L’autocensure, cet état « normal »
Mais aussi mauvaises : parce qu’il faut ménager les puissants, ne pas se griller avec ses sources, ne pas compromettre sa carrière, ou... parce qu’on est tellement impliqué que l’on finit par ne plus voir les scandales que l’on a sous les yeux. Tout cela existe. Mais ce devrait, ce doit être l’exception.
Le journaliste (pardon pour ce rappel élémentaire) est d’abord là pour apprendre des « choses », et en informer son public. En présentant cet état d’autocensure comme général, permanent et somme toute « normal », en surexposant son cas personnel et en en faisant une généralité, Valérie Trierweiler enfonce un peu plus une profession qui n’avait pas besoin de ce coup de bambou supplémentaire.
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Working class bléro
Working class bléro
Entre Trierweiler qui se regarde le nombril en nous le faisant savoir, et Schneiderlman qui regarde le nombril de sa corporation en nous le faisant savoir aussi, je me dis que mes soucis sont bien peu de choses face à ces graves questions pouvant remettre en cause l’avenir de la nation toute entière.




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