« Imagination » contre « mépris » : vos récits des manifs au Québec
Depuis l’entrée en vigueur de la loi « 78 » en fin de semaine dernière, les manifs deviennent deviennent de plus en plus tendues au Québec. Dans la nuit de mercredi à jeudi, 400 personnes ont été interpellées dans une manifestation déclarée illégale.
La province est chahutée depuis trois mois par des manifestations étudiantes contre la hausse des frais de scolarité. Le ministre de l’Education du gouvernement libéral de Jean Charest, a conçu la loi « 78 », pour permettre aux cours de reprendre. Las, les étudiants sont de plus en plus nombreux dans la rue ; le semestre se terminera exceptionnellement en septembre, pour rattraper le retard accumulé.
Rue89 a demandé à ses riverains québecois de raconter leur « printemps érable ». Vous pouvez continuer à nous envoyer vos témoignages par e-mail (contact[@]rue89.com) ou laisser un commentaire sous cet article.
- « Vous en connaissez beaucoup des démocraties où on enseigne à coups de matraque ? »
- « A la une de la Presse, un détournement surréaliste »
- « On n’arrête pas l’imagination »
- « La violence de la répression renforce leur détermination »
- « Il y a dans ce conflit une contestation des valeurs néolibérales »
- « Je manifeste peu. J’ai un peu honte »
- « Le mépris de Charest a envenimé la situation »
- « Le combat est médiatique »
Pascale Dufour, professeure au département de science politique de l’Université de Montréal :
« Mes étudiants sont dans la rue depuis le 1er mars dernier. La hausse des frais de scolarité a entrainé un mouvement de contestation sans précédent par sa durée, le nombre d’étudiants en grève (300 000 le 22 mars, encore 155 000 aujourd’hui), les réponses gouvernementales et les conséquences pour les étudiants, les établissements scolaires, les professeurs, le climat social et le rapport aux institutions de toute une génération.
Comment voulez-vous donner un cours et penser enseigner dans un climat de tension sociale ? Vous en connaissez beaucoup, vous, des démocraties ou on enseigne à coup de matraque ?
Et la relation pédagogique dans tout cela ? Le lien de confiance avec nos étudiants ? Vous me voyez donner un cours en septembre (période prévue de rattrapage) à une classe vide ou partiellement vide dont ceux qui seront à l’intérieur seront rentrés sous la protection de la police alors que les autres seront dehors en train de se faire arrêter pour non-respect de la loi, outrage au tribunal, que sais-je... ça promet d’être très agréable comme ambiance.
La loi stipule que profs et enseignants conservent leur droit de grève (ah, merci, c’est gentil !), mais qu’ils ne peuvent pas participer à des actions concertées de soutien aux étudiants en grève... Pardon ? Je n’ai plus le droit de manifester ? Depuis quand les intellectuels doivent se retirer du débat public ? Belle démocratie !
Et nos jeunes ? On les éduque à la démocratie depuis la maternelle, on leur apprend à prendre des positions, à être des êtres critiques, qui pensent, qui sont articulés, on leur enseigne dès le plus jeune âge à prendre la parole, à ne pas se laisser faire et puis là, tchack ! , prend un coup de matraque, rentre dans le rang, ne trouble pas l’ordre public avec tes manif, donne-moi ton parcours à l’avance et j’ai le droit de le changer si ça me tente, bref, ferme-là et retourne à l’école. Vous pensez vraiment qu’ils vont se laisser faire ?
Et même s’ils le font, qui va recoller les pots cassés ? Comment je vais leur parler moi à mes étudiants l’an prochain ? Comment je vais leur enseigner la science politique ? Qu’est-ce que je vais leur raconter ? Qu’il faut voter, faire confiance à ses élus, aux institutions ? Que la police est là pour les protéger ?
Le climat social pour finir : opinion publique qu’on nous étale à coup de sondage contre gréviste ; Montréal contre le reste du Québec ; la droite contre la gauche ; la loi spéciale jusqu’en juillet 2013 ; la possibilité d’un été très chaud en ville avec violence à la clef, déjà qu’il y a eu des blessés graves… Comme me disait une amie ce matin, on a déjà l’impression de n’être plus tout-à-fait dans le même pays. »
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Bravo la jeunesse québécoise tout mon soutien et mes encouragements




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