pour/contre 21/05/2012 à 18h18

Pour ou contre Audrey Pulvar intervieweuse sur France 2 ?

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

Le numéro deux du PS Harlem Désir était samedi soir l’invité de « On n’est pas couchés », une émission animée sur France 2 par Laurent Ruquier. Pour l’interviewer, comme d’habitude, le tandem droite/gauche Natacha Polony et Audrey Pulvar.

Audrey Pulvar interviewe Harlem Désir

« On n’est pas couchés », France2

Comme d’habitude ? A la nuance près que le compagnon d’Audrey Pulvar, Arnaud Montebourg, est devenu entre-temps ministre du Redressement productif. Une telle situation est-elle tolérable dans une démocratie ? L’UMP a publié lundi matin un communiqué pour dénoncer la situation. Mais le parti d’opposition n’est pas le seul à s’émouvoir.

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Contre

Un problème déontologique

« En interviewant samedi soir des responsables politiques, dont un leader socialiste, dans le cadre de la campagne des élections législatives et sur une chaîne de télévision du service public, Audrey Pulvar a démontré à quel point elle n’avait aucune déontologie », écrit Geoffroy Didier, secrétaire de l’UMP dans son communiqué. L’UMP reproche à Pulvar de poursuivre ses interviews politiques alors qu’elle s’est « affichée dans des réunions politiques ».

Il y a donc là un clair conflit d’intérêts. En avril 2006, Arnaud Montebourg lui-même avait dénoncé le maintien de Béatrice Schoenberg comme journaliste politique de France 2, alors qu’elle était la compagne de Jean-Louis Borloo : « Il y a un conflit d’intérêts évident », déclarait-il à Télérama, ajoutant même :

« Dans le monde politico-médiatique actuel, ceux ont le pouvoir se permettent de piétiner les règles du jeu. Il est temps que cela change. »

Le syndrome de la connivence télé/pouvoir

Jean Quatremer, journaliste à Libération et auteur d’un livre sur les liens entre presse et pouvoir (« Sexe, mensonge et médias », éd. Plon, mars 2012), place le débat sur le terrain de la connivence.

Il s’en est pris samedi à Pulvar sur Twitter, ce qui a donné lieu à un « tweetclash » avec la journaliste :

@Quatremer Un socialiste interviewé par la compagne d’un ministre socialiste ? Cool. #connivence ».

@Audrey_Pulvar « La constance avec laquelle vous me critiquez n’a rien à voir avec vos conflits avec A.Montebourg ? [...] Ne me faites pas un procès que vous ne voudriez pas que l’on vous fasse [...] Vous tweetez quand, pour vous scandaliser de la présence de votre patron parmi les VIP du PS le 6 mai ? »

Le nombre de couples journaliste/politique est selon lui le symptôme d’une situation française déréglée . Rien que dans le gouvernement actuel, on compte trois ministres mariés ou vivant avec des journalistes, sans même parler du président de la République. Le problème n’est pas nouveau, le summum ayant été atteint quand le chef de l’Etat François Mitterrand avait été interviewé en 1992 par les femmes de deux des ministres du gouvernement (Anne Sinclair et Christine Okrent)...

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Pour

L’argument féministe

En novembre dernier, au moment de la primaire socialiste, i>Télé avait déjà suspendu Audrey Pulvar, qui animait alors une émission politique sur la chaîne. Sur son blog, le socialiste Julien Dray condamnait ainsi cette décision :

« Cet acte, qui réduit une femme à son compagnon, relève en fait d’un machisme très surprenant pour une chaîne de télévision qui se veut jeune et moderne. »

Sous Nicolas Sarkozy, Christine Ockrent, directrice générale de France 24, avait catégoriquement refusé de démissioner, malgré la nomination de Bernard Kouchner aux Affaires étrangères. Ses arguments étaient semblables :

« Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on est incapable de penser toute seule et de conduire son parcours professionnel en toute indépendance. [...] Je ne vois pas au nom de quoi lui ou moi devrions décider de nos choix professionnels en fonction du calendrier de l’autre. »

L’argument du professionnalisme

C’est celui d’Audrey Pulvar, qui jure qu’elle sait faire « la part des choses », étant « viscéralement journaliste, avant tout ». Au moment de son éviction d’i>Télé, elle déclarait :

« Si j’instrumentalisais l’antenne à des fins politiques, ça se verrait assez vite. »

L’argument du « professionnalisme » est le même que celui qu’utilisent les journalistes qui acceptent les « voyages de presse » financés par des entreprises et qui sont très probablement majoritaires dans notre profession : il n’y aurait pas de conflit d’intérêts parce que les intérêts seraient clairement distincts dans leur tête, ils seraient capable de faire « la part des choses ».

Une émission « de divertissement »

France 2 rappelle qu’ Audrey Pulvar « collabore en tant que polémiste à une émission de divertissement et non à une session d’information » et qu’elle « jouit à ce titre d’une liberté de ton qui est le propre de l’exercice ».

Prudente, la chaîne a toutefois annoncé la suspension des interviews politiques le temps des législatives. Après, il y aura l’été. Et peut-être des changements dans la formule d’« On est pas couchés »...

MERCI RIVERAINS ! bee.caroline
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  • Fantomax
    Fantomax
    génie du mal
    • Posté à 18h30 le 21/05/2012
    • Internaute 157606
      génie du mal

    Pour rétablir l’équilibre il faut marier Polony avec Jean François Copé.

    Ils iront très bien ensemble, en plus.

  • llll
    llll
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    • Posté à 18h41 le 21/05/2012
    • 185962
      - - - - - - - -

    Y a quand même un côté très hypocrite, quand on voit le Dîner du siècle, le nombre de journalistes reçus à l’Élysée, déjeunant avec avec des hommes politiques etc, la c’est juste une forme plus « poussée », ou plus « directe », par la mise en couple, mais c’est un épiphénomène par rapport à la globalité des champs médiatiques et politiques qui sont totalement imbriqués l’un dans l’autre.
    Par rapport à la question féministe, c’est à la fois vrai, (machiste et sexiste de juger une femme à la profession de son conjoint), mais à la fois, ca pose un autre problème qui est que toutes les relations de ce type dont on a parlé vont dans le même sens, Anne Sinclair, Audrey Pulvar, Valérie Trierweiller, les compagnes de Borloo et Sapin, Christine Ockrent...... C’est toujours des femmes journalistes avec des hommes politiques, la question féministe serait plutôt de réfléchir aux positions de pouvoirs occupées selon le genre, aux diverses socialisations genrées etc (ou, d’avoir une explication essentialiste à la Zemmour, mais la pour le coup c’est bien réac et complètement con)

  • C@ssoulet
    C@ssoulet
    glandeur
    • Posté à 18h44 le 21/05/2012
    • Internaute 62746
      glandeur

    Interviewé par la femme de mon copain
    Interviewé par le pote salarié de mon ami.

    Quelle différence ?

  • denis-m
    denis-m
    ingénieur
    • Posté à 18h53 le 21/05/2012
    • Internaute 49772
      ingénieur

    L’interdire de travailler, c’est violemment sexiste. Ce fut le cas pour d’autres (Béatrice Schönberg)

    C’est aussi très hypocrite : n’est il pas préférable que les auditeurs aient les clefs pour décoder le point de vue du journaliste ? Savoir qu’un ou une éditorialiste soutien les options de tel parti ou de tel autre, cela permet de mettre en perspective ce qui est dit.

    Jean-Pierre Elkabbach ou Jean-Pierre Pernaut sont sans opinions politiques d’après vous ? C’est risible... Tant que c’est pas dit, le journaliste reste en place...

    Je serai plutôt favorable à ce que les journalistes déclare quels sont leurs options politiques.

  • Samuel_A
    Samuel_A
    Expat'
    • Posté à 20h27 le 21/05/2012
    • Internaute 112135
      Expat'

    Mouais, de toute façon c’est se prendre la tête pour pas grand chose :

    - L’émission de Ruquier est hebdomadaire et diffusée tard le soir.

    - L’élection est toute fraiche et ils n’avaient pas forcément le temps de se retourner.

    - Elle va pas conduire des masses d’interviews puisque, comme dit par l’article, il y a les législatives (interviews politiques interdits à ce moment là), et ensuite les vacances.

    - Il est probable qu’elle ne sera pas là à la rentrée prochaine.

    - De toute façon ça a toujours été le principe de cette émission : un intervieweur ouvertement de gauche, et un intervieweur ouvertement de droite.

    - Accessoirement, on ne peut vraiment pas dire qu’elle ait été tendre avec Harlem Désir. Elle ne lui a franchement pas ciré les pompes, l’honnêteté implique au moins de le dire.

    Bref, beaucoup de bruit pour rien. La polémique pour le plaisir de la polémique.

  • Yaumegui_from_Paris
    Yaumegui_from_Paris
    « Il ne suffit pas d'être (...)
    • Posté à 20h48 le 21/05/2012
    • Internaute 8001
      « Il ne suffit pas d'être (...)

    Est-ce qu’un journaliste politique aurait les mêmes soucis s’il était en couple avec une femme politique ? Clairement non, à mon avis.
    Pulvar s’assume de gauche, Polony de droite, l’équilibre est respecté, non ?
    Enfin, Pulvar a osé avec Copé ce qu’aucun journaliste homme n’a osé et ce que l’UMP ne lui pardonnera jamais, c’est-à-dire lui exprimer de manière direct le malaise (pour employer un euphémisme) que chaque citoyen républicain devrait ressentir face à un élu républicain, un ministre, invité à plusieurs reprises par un trafiquant d’armes notoire. Sans évoquer la Rolex offerte puis perdue.
    Elle est là la connivence, chaque journaliste devrait systématiquement interroger Copé sur ses liens avec Takieddine et l’attentat de Karachi. Mais ils ne le font pas, ils lui laissent dérouler sa logorrhée d’éléments de langage.
    Dans n’importe quelle démocratie scandinave Copé aurait été viré de la vie politique en attendant un éventuel procès. En France, non, il est devenu le chef de l’opposition et Pulvar est une journaliste dans la connivence.

  • TheJaffle
    TheJaffle
    Patron
    • Posté à 22h57 le 21/05/2012
    • Internaute 187638
      Patron

    Dieu sait que A.P. a le don pour être exaspérante et que son départ me remplirait d’aise. Mais il faut avouer que pour l’interview de A.D. de samedi, elle savait qu’elle serait sous les projecteurs et qu’elle a devancé les critiques en étant particulièrement agressive avec lui. Faut dire que ce n’était pas bien difficile, A.D. ayant décidé de nous raconter sa soupe sans se préoccuper le moindre du monde des questions qui lui étaient posées, ce qui a le don de faire monter A.P. dans les tours. Bref pour l’instant on ne peut pas lui reprocher d’être tombée dans le copinage et donc la sanctionner avant que la faute ne soit commise ne me semble pas en accord avec un état de droit. Si on se met à virer tous les journalistes ayant des idées politiques arrêtées, on va vite devoir réduire la longueur du 20 heures ...

  • angus70
    • Posté à 00h04 le 22/05/2012
    • Internaute 39555

    C’est désolant... au nom de quel « déontologie » allez vous priver une femme dont le metier est d’être journaliste de son emploi ? Au nom de quelle « déontologie » allez vous museler la carrière professionelle de cette femme ?
    La « déontologie » qui voudrait qu’on ne dise pas à Copé qu’il a bien profité de la piscine de son pote Takkiédine pour ne pas le froisser ?
    Il y a plusieurs « règles » absurdes comme celle-ci. Notamment celle qui impose à un ministre battu à une éléction de démissionner du gouvernement...comme si le fait d’avoir été battu en faisait une personne moins compétente.

  • candide44
    • Posté à 12h24 le 22/05/2012
    • Internaute 36409

    Le problème posé par les relations maritales entre journalistes politiques et ministres en exercice, n’a pas grand chose à voir avec l’objectivité du journaliste. Depuis quand demanderait on aux journalistes de ne pas avoir d’opinions politiques et/ ou d’en faire fi ?

    En revanche, cela a tout à voir avec les conflits d’intérêt potentiels. De par sa vie commune avec le ministre, la journaliste peut avoir connaissance de faits qui faussent ou rendent problématiques certaines interviews qu’elle mènera. Cela, à mon sens, justifie qu’elle soit écartée, durant le mandat de son compagnon, du journalisme politique.

  • FranckyB
    FranckyB
    Etudiant
    • Posté à 14h21 le 22/05/2012
    • Internaute 154574
      Etudiant

    Assurément, contre. C’est bien une spécificité française, cette connivence entre politiques et journalistes. Rappelons-le, le journalisme à proprement parlé est né à la cour de Versailles, avec La Gazette de Renaudot. Audrey Pulvar se doit de quitter son poste de chroniqueuse politique si elle apporte une si grand importance à sa profession.
    Après, ce qui me sidère, c’est qu’on fait tout un pataquès sur cette affaire et qu’on ne parle pas de la Première dame, journaliste et compagne du Président de la République. On est au sommet de la connivence, excusez-moi. Elle qui souhaite rester indépendante, pour continuer à faire carrière. Tout le monde applaudit. Soit, c’est salutaire. Or, elle est journaliste et là sa pose un problème. Très bien, elle a arrêté son émission politique, mais « le mal est déjà fait “ si l’on peut dire. D’ailleurs, elle est toujours sous contrat à Direct 8. Elle a les contacts, les relations. Comment France 2 aurait-elle pu avoir des images dans le bureau de François Hollande, quelques minutes avant les résultats, une mise en scène orchestrée en somme ? La vidéo avec Thomas Hollande au téléphone le soir du deuxième tour, qui franchement était scandaleuse de la part de France 2 (d’ailleurs, Thomas Hollande l’a avoué après coup) ? Les bises entre ‘journalistes’ dans les locaux de France télévision ? On peut dire que le nouveau président est bien entouré. Je crois qu’il s’agit effectivement encore d’une spécificité typiquement française ...

    Quels médias auront le courage de remettre en question ces choses là, eux qui sont si attachés à la profession de journaliste ?

  • watashi_baka
    • Posté à 15h23 le 22/05/2012
    • Internaute 47330
      ...

    Bon que les chéri-e-s de nos ministres soit journalistes, je ne vois pas ce que ca change par rapport a l’époque ou ces journalistes fréquentaient les cador de l’opposition.

    Par contre à chaque fois que je suis allé aux UDT du PS à la Rochelle il y a toujours eu un mélange de genre qui me gène,
    On dine avec l’attaché parlementaire, qui invite son pote journaliste qui était à Science Po avec lui,
    Le Samedi soir il y a la grosse fiesta Militants et journaliste se croise sur la piste de dance, lorsqu’il ne finissent pas la soirée ensemble.
    Bref le problème est plutôt de ce coté là.

  • Kritikeuse
    • Posté à 15h59 le 22/05/2012
    • Internaute 187661

    Parmi les problèmes que cette situation sucite, il y a que la crédibilité de Pulvar va être complètement mise à sac par les opposants au PS... Qu’elle instrumentalise l’antenne ou pas, elle va être accusée de le faire ! On peut donner tous les arguments qu’on veut pour dire que ce n’est pas vrai (le professionnalisme, le féminisme...) elle sera accusée de le faire, ça fait partie de la peopolisation de la politique : aujourd’hui en France, on tape sur les conjoints si on en a l’occasion, ça donne l’impression de marquer des points !
    Et aujourd’hui les rumeurs se répendent à une telle vitesse et peuvent prendre tellement d’ampleur sur la toile, que, d’ici quelques mois, je ne donne pas cher de sa carrière dans le journalisme politique, voire de sa crédibilité en tant que journaliste tout court...

    Il vaut peut-être mieux qu’elle s’éloigne de l’échiquier politique (tout en continuant le journalisme télévisé, il y a d’autres aspects quand même), au moins tant que son compagnon est au gouvernement. C’est ce qui arrive quand, dans un couple, l’un des deux trouve du boulot qui les oblige à déménager dans une autre région : l’autre met en suspend sa vie professionnelle le temps de trouver à son tour quelque chose qui lui convienne.
    Et ne venez pas me dire que c’est anti-féministe : je viens de faire 2 fois le coup à mon homme en 2 ans et il m’a suivie à chaque fois ! ! !

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