Tribune 19/05/2012 à 08h30

Réponse à « votre électeur FN » : frustré, je n’ai pas choisi la haine

Safwan Andalousy | Riverain

Suite à la publication de la tribune signée Hordalf Xyr, et intitulée « Je suis une erreur dans votre système, je suis votre électeur FN », nous avons reçu une réponse d’un riverain « issu de l’immigration », qui se dit « très affecté » par cette lecture et propose une autre approche de la société. Le débat continue.


Un panneau signalant une école (Mychele Daniau/AFP)

Un jeune de banlieue, normalement et selon Nadine Morano, c’est un jeune qui met sa casquette à l’envers et parle un sabir que seuls ses camarades d’infortune comprennent. Un jeune à la démarche nonchalante qui se meut en bande et affiche ostensiblement les marques les plus caricaturales de sa sous-culture, celle qui effraie la mamie du XVIe et fait froncer les sourcils de Jean-Pierre Pernault.

Je ne suis rien de tout cela. J’ai grandi en banlieue (pas à Neuilly-sur-Seine, vous l’aurez deviné) et j’aurais pu côtoyer notre ami l’erreur du système. J’ai vécu au milieu de gens d’origines diverses, dans un quartier où les « autochtones » étaient peu nombreux et ou les allogènes étaient légions. Bref, j’ai vécu comme ont vécu des millions de filles et fils d’immigrés depuis des décennies.

J’ai fréquenté l’école publique et républicaine, celle qui reproduit et sanctifie les inégalités en rendant chacun responsable de son échec. Dans mon collège, pour intégrer les meilleures classes, il fallait prendre options tennis. Vous vous doutez bien que parmi les miens, qui n’avaient jamais tenu une raquette de leur vie, il y avait beaucoup d’appelés et très peu d’élus.

Réalité objective

L’école, pourquoi faire, me disais-je ? J’avais parfaitement intériorisé mon destin de fils d’ouvrier et je n’avais, en fait d’aspiration, que ce que la réalité objective de mon milieu d’origine me permettait d’avoir. En cela, les professeurs étaient d’accord avec moi : le lycée général, c’était pour les autres, les manants. Aux roturiers de ma cité, les filières techniques et les travaux manuels.

J’ai vécu le mépris de certains professeurs dont l’appréciation de ma scolarité était influencée par l’image qu’ils se faisaient de moi et de mon milieu d’origine. Quand l’école, institution qui détermine en amont la réussite sociale, disqualifie certains, ces personnes en retour tentent de disqualifier celles qu’ils jugent responsable de leur échec futur. Le niveau d’études est un marqueur de résussite sociale. L’école demeure tout de même, à mes yeux un bon moyen d’intégration. Mais aussi de désintégration.

A la fac, j’ai fréquenté des élèves d’autres horizons, ces enfants bien nés qui sont persuadés qu’ils sont là parce qu’ils ont une intelligence supérieure ou parce qu’ils le méritent.

Et puis, d’autres élèves qui venaient du même milieu que moi et qui avaient un parcours assez similaire au mien. Des rescapés, des erreurs statistiques, des grains de sable dans les rouages du système de reproduction sociale. Les deux groupes se mélangeaient peu ou pas.

Certains de ces jeunes habitants des ghettos pour riches que sont Neuilly et Chatou n’avaient sans doute jamais fréquenté de noirs et d’arabes. Ils en avaient sûrement déjà vus à la télé, dans les reportages de TF1 ou de M6.

Banlieue, pays lointain...

Mais pour eux, ma banlieue devait sans doute être un pays lointain où l’on accède muni d’un passeport ou d’un sauf-conduit. La méfiance (réciproque) se lisait dans les regards ; le mépris parfois aussi. Et plus anecdotique, la difficulté d’admettre que des jeunes basanés de banlieue puissent avoir de meilleurs résultats scolaires qu’eux ajoutait à leur dédain.

Les bons résultats scolaires n’épargnent pas la galère du stage quand on manque d’entregent. Les entretiens, quand par chance j’en décrochais un, ne m’ont pas laissé de souvenirs impérissables. Je finis, tant bien que mal, par décrocher un stage.

J’ai, comme notre ami, un Master. Mais je ne me prends pas pour autant pour le sel de la terre. La réussite scolaire est une chose, l’intelligence en est une autre. Notre électeur du Front National a viré sa cuti à la suite de brimades, d’humiliations, de comportements qui ont fait naître chez lui frustration et rancœur.

J’ai moi aussi des raisons de me révolter, d’en vouloir à la gauche, à la droite (et même à Bayrou). Je pourrais moi aussi trouver ma voie dans l’extrémisme qu’il soit ethnocentriste, religieux, politique, nihiliste, communautariste. Mais notre ami qui a eu 20/20 en histoire devrait savoir qu’en d’autres temps, d’autres en ont « eu marre » et avaient sans doute de bonnes raisons pour cela. Et les cérémonies annuelles sont là pour nous le rappeler.

Se venger des affronts ?

L’électeur du Front National a décidé, pour se venger des affronts subis dans sa jeunesse, de s’évertuer à pourrir la vie de millions de concitoyens qui comme moi ne sont déja pas favorisés. Il a décidé qu’au lieu de construire un avenir et un destin commun avec l’autre, il fallait mieux rendre la vie plus difficile. Ainsi pense-t-il s’être vengé.

J’ai décidé de m’investir dans des structures d’aide à la scolarité et à l’intégration professionnelle des jeunes. Car la question centrale reste celle de l’éducation : ceux qui ont un emploi, une logement, une famille, bref, ceux qui ont quelque chose à perdre, ne cassent, ne volent ni n’agressent.

On ne détruit pas le système qui favorise notre réussite. On détruit celui que l’on juge responsable de notre échec. Face à cela, j’ai fait le choix d’aider pour que de moins en moins de jeunes aient des raisons de détruire.

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  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 09h09 le 19/05/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « Un jeune à la démarche nonchalante qui se meut en bande* et affiche ostensiblement les marques les plus caricaturales de sa sous-culture,
    celle qui effraie la mamie du XVI° »

    * Ne pas confondre « la bande » et « la bandaison », bien sûr !

  • Shire djavoon
    Shire djavoon répond à Sebek
    ایرونی
    • Posté à 09h58 le 19/05/2012
    • Internaute 106204
      ایرونی

    Mais ceci n’est même pas une réponse, les idées avancées par l’électeur FN ne sont en rien contrecarrées ici. Au contraire, il décide d’apporter des réponses consensuelles à des questions auxquelles il est si plaisant de répondre par les mêmes arguments.

    Ce texte était juste une attaque en bonne et due forme de l’angélisme de gauche, de son relativisme, de son abandon des valeurs fondamentales de la République. Et de tout ça, point de réponse. Dommage.

    Et puis, arrêtons, de grâce, avec cette image d’Épinal des jeunes « Neuilly sur Seine », bon sang ! Ils sont une minorité, ils ne représentent en rien ni les étudiants de fac, ni ceux des grandes écoles ou des prépas.

  • malvinodette
    malvinodette
    Debarassée des Obligations (...)
    • Posté à 10h05 le 19/05/2012
    • Expert 163517
      Debarassée des Obligations (...)

    Je vous lis ce matin et vous ensoleillez ma journée...
    Merci pour ces mots de fraternité.

  • lulutopic
    lulutopic
    petit calomniateur
    • Posté à 10h06 le 19/05/2012
    • 185070
      petit calomniateur

    Merci de nous avoir livré ce témoignage « de l’autre côté », parce que ces derniers temps on n’a droit qu’aux tribunes d’électeurs FN décomplexés (enfin « décomplexés » pas vraiment, vu qu’ils passent leur temps à se justifier d’être racistes tout en se défendant de l’être), et je crois que cette parole de rejet qui se normalise doit être extrêmement blessante pour les populations stigmatisées.

    Ici on ressent la tristesse d’une personne qui n’aspire qu’à vivre en paix, discrètement, sans faire de vagues, et qui est sans cesse montrée du doigt par ces aigris qui ont besoin de boucs émissaires. Pourtant : pas de révolte, pas d’extrémisme, dans ses propos. Juste un engagement social, un message d’apaisement, un désir de dialogue.

    Combien de temps cela va durer ? Combien de temps la majorité silencieuse sans arrêt pointée du doigt va rester silencieuse ? Comment font-ils pour tenir le coup ?

    Je redoute le jour où la poudrière va exploser. Que ceux qui auront mis le feu aux poudres ne fuient pas leurs responsabilités ce jour-là.

  • caro
    caro répond à Platonique-
    délinquante avérée
    • Posté à 11h59 le 19/05/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    je suis « blanche », française non de souche, je n’ai jamais eu à subir de racisme de la part de mes concitoyens « bronzés ». Suis-je anormale ?

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