liberté 19/05/2012 à 10h30

Chine : le dissident aveugle Chen Guangcheng s’exile aux Etats-Unis

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Mis à jour le samedi 19 mai 2012 à 12h10
Réactualisé avec le départ de l'avion de Pékin à midi heure française

Chen Guangcheng lors de sa réapparition dans un hôpital de Pékin le 3 mai (Jordan Pouille/AFP)

C’est l’épilogue d’une saga qui a failli tourner au psychodrame diplomatique sino-américain : Chen Guangcheng, le dissident aveugle, a quitté légalement la Chine ce samedi pour un exil durable aux Etats-Unis en compagnie de sa famille.

Cette affaire est extraordinaire depuis le début. Chen Guangcheng est un juriste autodidacte, un « avocat aux pieds nus » comme on les appelle en Chine, qui s’est lancé dans la défense de femmes de sa région du Shandong, dans l’est du pays, victimes de stérilisations forcées dans le cadre de la politique de l’enfant unique.

Son activisme l’a conduit en prison pour quatre ans, mais c’est à sa sortie qu’il devient une « cause célèbre » de la dissidence chinoise. Violant toutes les lois chinoises, les autorités locales le placent en résidence surveillée, gardé par des vigiles agressifs qui s’en prennent violemment à tous ceux qui veulent approcher.

Coup de théâtre fin avril, lorsqu’on apprend que Chen Guangcheng, aveugle rappelons-le, a échappé seul à ses gardes, escaladant un mur d’enceinte, marchant des kilomètres en se blessant à la jambe, avant d’être récupéré par une militante des droits de l’homme venue d’une autre province.

Il réapparait à l’ambassade américaine à Pékin, à mille kilomètres de là, placé sous une protection qu’il pensait sûre. Mais, nouveau coup de théâtre le 3 mai : le dissident est conduit par l’ambassadeur des Etats-Unis en personne dans un hôpital de Pékin, où il retrouve sa famille, mais perd sa protection diplomatique.

Partie de dupe

Une énorme partie de dupe se joue alors, dans laquelle les Américains annoncent initialement comme une victoire le fait que le gouvernement central autorise Chen Guangcheng à vivre libre en Chine, dans une autre province que la sienne, et à reprendre des études.

Mais très vite, cette belle façade se lézarde, on parle de menaces sur la famille du dissident, et celui-ci, paniqué, demande à quitter la Chine pour les Etats-Unis pour des raisons de sécurité. Il multiplie les interviews par téléphone, et demande même à partir dans l’avion de la Secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, en visite au même moment.

Il faudra encore deux semaines, que le dissident passe à l’hôpital, pour que le deal de son départ se négocie en coulisses. Il finit par obtenir vendredi un passeport pour lui et sa famille, et, samedi, il a été conduit directement à l’aéroport international de Pékin pour embarquer à bord d’un vol pour les Etats-Unis.

Cet épilogue est un soulagement pour les amis de Chen Guangcheng, mais il est évidemment décevant pour la cause des droits de l’homme en Chine. L’annonce initiale selon laquelle le dissident aurait pu rester libre en Chine aurait constitué un véritable tournant s’agissant d’un homme qui a défié les autorités locales par son action, puis nationales en se réfugiant à l’ambassade américaine.

A l’arrivée, on retrouve le schéma classique du dissident contraint à l’exil, où les autorités espèrent bien qu’il sera vite oublié comme tous ceux qui l’ont précédé. Et la censure était à l’oeuvre, samedi, pour bloquer toute référence à son départ sur Weibo, le « Twitter chinois », surveillé de près.

« Pas la meilleure issue »

Cette ambivalence se retrouve dans ce tweet de Nicholas Becquelin, chercheur de Human Rights Watch basé à Hong Kong, qui se dit soulagé de la fin du calvaire de Chen Guangcheng, mais pense que ce n’était pas nécessairement la meilleure issue possible à cette affaire.

Un proche de Chen Guangcheng cité par le Los Angeles Times résume le sentiment général des activistes chinois :

« Il est triste que quelqu’un d’aussi bien que lui ne puisse pas vivre en Chine. »

C’est assurément un soulagement pour l’administration Obama qui se retire un sujet de polémique potentiel en année électorale, si le sort de Chen Guangcheng, un temps placé sous la protection des Etats-Unis, avait mal tourné.

Les aurorités de Pékin, pour leur part, ont choisi le moindre mal, redoutant surtout tout précédent qui servirait d’encouragement aux dissidents qui manifestent de plus en plus d’audace en Chine. Une source d’embarras en cette année politiquement délicate de transition au sommet, et, aussi, de scandale de vaste ampleur avec l’éviction de Bo Xilai, membre du Bureau politique du parti communiste chinois.

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  • TienTien
    TienTien
    impavide devant les ruines de (...)
    • Posté à 14h31 le 19/05/2012
    • Internaute 86881
      impavide devant les ruines de (...)

    Selon différentes notes de l’AFP reproduites sur le site du Figaro ces 2 dernières semaines, ce « pauvre martyr » conversait depuis sa chambre d’hôpital avec plusieurs membres du congrès US... Quand il ne donnait pas d’interview à plusieurs agences de presse !
    C’est fou les facilités téléphoniques et autres offertes dans cet hôpital pékinois, non ? Et le tout sous un régime « dictatorial et très très méchant »....

    • benieming
      benieming répond à TienTien
      aspirant journaliste
      • Posté à 16h22 le 19/05/2012
      • Journaliste 84284
        aspirant journaliste

      On peut savoir ce que vous sous-entendez, précisément ? Que ce sont les médias occidentaux qui surjouent (ou inventent, même ?) toute cette histoire ? Pour votre gouverne, le fait que Chen ait été autorisé à téléphoner de son hôpital ne signifie pas grand chose, puisque les autorités avaient de toute façon déjà décidé de le laisser partir. En revanche le fait qu’après un procès plus que douteux, il ait été condamné à 4 ans de prison pour avoir voulu faire appliquer la loi, cela est avéré. Qu’à sa sortie, il ait été assigné à résidence sans même de procès cette fois, sans aucune base légale non plus, et avec sa femme et sa fille de six ans qui plus est, cela est aussi avéré. Après, libre à vous de trouver normal que des officiels qui piétinent la loi de leur pays soient laissé en liberté alors qu’un avocat qui entendait la faire appliquer (il ne demandait pas plus, comme beaucoup de militants chinois) se retrouve privé de liberté et persécuté de façon totalement arbitraire, et sa famille avec lui. Renseignez vous avant d’écrire des conneries.

      • TienTien
        TienTien répond à benieming
        impavide devant les ruines de (...)
        • Posté à 16h43 le 19/05/2012
        • Internaute 86881
          impavide devant les ruines de (...)

        Calmez vous ! Vous risquez des aigreurs d’estomac.
        Je commence chaque journée en lisant le Figaro en ligne et ne faisais donc que résumer -fort brièvement- les différentes dépêches consacrées à cette affaire de ces 2 dernières semaines.
        Par ailleurs, je connais « un peu » la Chine car j’y ai vécu la bagatelle de 11 ans et + ....

         
        • benieming
          benieming répond à TienTien
          aspirant journaliste
          • Posté à 17h31 le 19/05/2012
          • Journaliste 84284
            aspirant journaliste

          ous résumez, certes, mais vous sous-entendez surtout, et le but de mon commentaire était de vous faire expliciter votre pensée. Mais si votre seul argument que vous daignez avancer est que vous avez vécu en Chine, on ne risque pas d’aller bien loin.

        1 autres commentaires
  • kodiak
    kodiak
    myope
    • Posté à 15h10 le 19/05/2012
    • Internaute 148655
      myope

    C’était pas gagné que la plupart des protagonistes institutionnels de haut vol de cette sotte affaire réussissent à s’en sortir sans « trop » perdre la face. Merci Hillary ! Le bon côté de l’histoire est la remontée du taux d’adrénaline du président US et, qui sait, une occasion pour nombre de gogos occidentaux de publier les délires qui s’emparent de la plupart d’entre eux dès qu’il s’agit de la Chine. (je ne parle pas ici du papier ci-dessus, soyons clairs : -). Si on fait le décompte global des zones terrestres qui aujourd’hui nécessiteraient un coup d’arrêt aux mesures coercitives inutiles et aux massacres quotidiens (et vite, avec une ONU qui joue - mal - les caches-misères) je pense que l’humanité n’a jamais été aussi mal depuis le milieu des années 60.

  • Daydee
    Daydee
    Observateur
    • Posté à 15h29 le 19/05/2012
    • Internaute 154430
      Observateur

    Depuis le début - « l’évasion » - cette histoire sent l’enfumage de haute intensité. Pas un détail qui n’en soit suspect au point de rendre ridicule l’ensemble de cette fable. Ce conte de fées est une insulte à l’intelligence des lecteurs.

    • kodiak
      kodiak répond à Daydee
      myope
      • Posté à 15h31 le 19/05/2012
      • Internaute 148655
        myope

      J’ai pas vu beaucoup de fées. Je pars revisiter mon bréviaire de la mythographie chinoise sur le champ !

      • Daydee
        Daydee répond à kodiak
        Observateur
        • Posté à 16h16 le 19/05/2012
        • Internaute 154430
          Observateur

        Pas beaucoup de fées ? par exemple, les fées qui l’ont guidé au long des mille kilomètres depuis son village jusqu’à Pékin, sachant que même doués de sens supérieurement développés, les aveugles ont quand même besoin qu’on leur tienne le bras pour traverser la rue.
        Alors, traverser la Chine, après avoir trompé la vigilance de ses gardes hostiles et agressifs, après avoir sauté d’un mur de deux mètres de haut (rien que ce détail est accablant : comment apprécier la fiabilité de l’aire de réception avec une canne blanche pour s’assurer qu’il n’y a aucun objet dangereux style ferraille ou parpaings) ; puis, une fois à Pékin, demander le chemin de l’ambassade US au premier pékin venu sans pouvoir vérifier qu’il ne porte pas l’uniforme de la police ? Tout en conservant sur soi l’indispensable chargeur du téléphone cellulaire nécessaire pour appeler les médias internationaux et les « congressmen » américains... Non, par quelque détail qu’on l’examine, cette histoire est abracadabrantesque. Je sais bien que les mystiques disent « Credo quia absurdum », mais précisément, ce sont des mystiques, pas des journalistes.

  • boboland
    boboland
    bobologue
    • Posté à 15h32 le 19/05/2012
    • Internaute 104841
      bobologue

    Ce Chen n’est pas un cadeau pour les pays de la Liberté....
    Cette histoire relève plus de troubles de la personnalité que des Droits de l’Homme. L’un n’empèche pas l’autre.
    Dans les six mois les américains vont s’en apercevoir

    • benieming
      benieming répond à boboland
      aspirant journaliste
      • Posté à 17h38 le 19/05/2012
      • Journaliste 84284
        aspirant journaliste

      N’importe quoi... Argumentez au moins quand vous balancez de telles énormités.

  • benieming
    benieming
    aspirant journaliste
    • Posté à 16h14 le 19/05/2012
    • Journaliste 84284
      aspirant journaliste

    « Il finit par obtenir vendredi un passeport pour lui et sa famille » – Faux, il l’a obtenu aujourd’hui, à l’aéroport, peu avant de monter dans l’avion.

    • TienTien
      TienTien répond à benieming
      impavide devant les ruines de (...)
      • Posté à 16h47 le 19/05/2012
      • Internaute 86881
        impavide devant les ruines de (...)

      J’ose espérer que le visa US y figure en bonne place et que le NED lui offrira le champagne en 1ère classe.

  • Michel Fang Zang
    Michel Fang Zang
    retraité
    • Posté à 17h42 le 19/05/2012
    • Internaute 54074
      retraité

    Haski reprend du service ! J’étais inquiet,je trouvais ses convictions anti-chinoises un peu diminuées depuis la vente de Rue89 au nouvel Obs...

  • franco-chinois
    franco-chinois
    chercheur
    • Posté à 18h40 le 20/05/2012
    • Expert 45793
      chercheur

    Autodicdacte, « avocat aux pieds nus », touchant.

    « Les pieds nus » de l’époque Mao, n’avaient pas la chance de recevoir, des bons conseils de ... Prof. Jerome Cohen, comme cet autodicdate, depuis 2003 :

    « Jerome Cohen advises activist lawyer Chen Guangcheng in negotiations with China

    As the story of blind, activist lawyer Chen Guangcheng’s April 22 escape from confinement and subsequent negotiation with Chinese authorities unfolds, Professor Jerome Cohen has been advising Chen behind the scenes. After taking refuge in the U.S. embassy in Beijing, Chen requested to speak with Cohen, and on the morning of April 30, Cohen found himself on the phone with Ambassador Gary Locke, State Department Legal Advisor Harold Koh, and eventually Chen himself. Cohen has also invited Chen to be a visiting scholar at NYU, either in New York or at one of the university’s other global sites.

    Cohen, a prominent expert in Chinese law, first met Chen in 2003.... »

    Lien

    Vous n’étiez pas au courant de ce « potential Gandhi figure for Chinese society. », M Haski ? Confondant.

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