Embarquement interdit 14/04/2012 à 16h59

Des militants propalestiniens interdits de vol par Israël

Laurent Mauriac | Cofondateur Rue89

Mis à jour le dimanche 15 avril 2012 à 13h30
Ajout des photos à l'aéroport de Bâle, des chiffres d'annulation et du témoignage d'Olivier Le Cour Grandmaison.
Infosignalée par
un internaute

Ils devaient être 1 500 – dont 500 à 600 Français – et se retrouver ce dimanche à Bethléem pour inaugurer une école et manifester contre les restrictions de déplacement vers et depuis les territoires occupés. Des dizaines de militants propalestiniens se sont vu refuser la possibilité d’embarquer dans plusieurs villes européennes et ne pourront participer à ce rassemblement organisé par le mouvement Bienvenue en Palestine.

Selon Nicolas Shashahani, l’un des organisateurs de Bienvenue en Palestine en France, environ 350 Français ont ainsi vu leur billet annulé. Une quarantaine ont pu s’envoler et se sont fait arrêter à leur arrivée en Israël.

Dans la plupart des cas, leur compagnie aérienne (Air France, Lufthansa, easyJet ou Jet2.com) les ont informés la veille de leur vol que leur billet était annulé à la demande d’Israël.


Des militants propalestiniens empêchés d’embarquer manifestent à l’aéroport de Bâle, en Suisse, le 15 avril 2012 (Romain Lauferon)

L’un des militants, qui devait embarquer en Suisse, nous a ainsi transmis l’e-mail envoyé vendredi par easyJet :

« Nous avons le regret de vous informer que les services israéliens de l’immigration nous ont informés que votre entrée sur le territoire israélien vous était refusée et nous ont donné comme instruction de vous refuser le transport. Nous n’avons donc d’autre choix que d’annuler votre réservation [...].

Vous recevrez un remboursement complet de votre réservation [...]. Ne vous rendez pas à l’aéroport où les services israéliens de l’immigration nous ont donné comme instruction de vous refuser le vol. »


Des militants propalestiniens empêchés d’embarquer manifestent à l’aéroport de Bâle, en Suisse, le 15 avril 2012 (Romain Lauferon)

Puis easyJet cite la réglementation l’obligeant à suivre les consignes des autorités israéliennes avant de renvoyer son passager vers l’ambassade d’Israël pour toute autre question.

« Dans le cadre de la convention de Chicago, Air France refuse d’embarquer tout passager non admissible par Israël », a déclaré une porte-parole d’Air France, précisant que la liste des passagers lui avait été fournie par Israël.

Günter Grass, persona non grata

L’historien Olivier Le Cour Grandmaison s’est présenté ce matin au comptoir de Roissy où il devait embarquer sur un vol Lufthansa :

« La compagnie nous a remis un document certifiant que nous nous sommes présentés à l’embarquement pour pouvoir être remboursés et un texte de l’Etat israélien précisant que nous représentions une menace pour l’ordre public. »

Ayant participé à des actions publiques de soutien à la cause palestinienne en France, mais pas en Israël, il se demande, comme d’autres, comment les autorités israéliennes ont ajouté son nom.

L’an passé, en juillet 2011, Israël avait aussi donné des consignes aux compagnies aériennes pour empêcher l’embarquement de militants propalestiens. 124 militants, la plupart français, avaient malgré tout réussi à se rendre à Tel Aviv. Ils avaient alors été arrêtés et expulsés.

Dans un registre semblable, Israël a déclaré dimanche dernier l’écrivain allemand Günter Grass persona non grata, après la publication la semaine précédente dans le quotidien Süddeutsche Zeitung d’un poème en prose dans lequel le prix Nobel de littérature affirmait que l’Etat hébreu menaçait la paix mondiale en disant vouloir frapper l’Iran préventivement.


Des militants propalestiniens empêchés d’embarquer manifestent à l’aéroport de Bâle, en Suisse, le 15 avril 2012 (Romain Lauferon)

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  • sebk2
    sebk2 répond à Atlantis
    • Posté à 00h18 le 15/04/2012
    • Internaute 105821

    Selon moi le poblème n’est pas qu’Isarel refuse d’accueillir ces militants, et les renvois chez eux

    Mais le fait que les compagnie aérienne étrangère (et de facto les autres pays) obéisse sans broncher.

  • caro
    caro répond à sebk2
    délinquante avérée
    • Posté à 00h39 le 15/04/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    article 7 de la convention de Chicago sur le transport aérien autorise les états à dresser une liste de personnes indésirables sur leur sol et demander qu’elles n’embarquent pas. Si elles embarquent quand même, le retour est aux frais des compagnies, après le refus de l’état de les débarquer.

  • thierry reboud
    • Posté à 13h10 le 15/04/2012
    • Internaute 20923

    Essayons de recadrer un peu parce que, là, je viens de lire une bonne partie des commentaires, et il me semble que ça s’égare un tantinet.

    Qu’Israël empêche des personnes jugées hostiles à la politique israélienne de venir en Israël, cela ne me choque pas particulièrement. On peut trouver ça dommage, voire peu démocratique, mais il faut rappeler que la pratique est courante dans d’autres démocraties beaucoup moins moyen-orientales : je crois me souvenir que la France, l’Italie ou l’Allemagne l’ont fait à l’encontre de citoyens européens désireux de manifester à l’occasion de G8 divers. On peut donc trouver la chose regrettable , elle n’en est pas moins habituelle.

    Le problème dans le cas d’espèce, c’est qu’Israël n’empêche pas des gens de se rendre en Israël. Israël empêche des gens de se rendre en Palestine, alors qu’ils ne sont pas jugés indésirables par les autorités palestiniennes. Ce sur quoi cette histoire met le doigt, c’est la mainmise israélienne sur la Palestine, pas sa mainmise sur Israël (que personne, dans ces passagers refoulés, ne semble contester).

    Parmi les militants désireux de se rendre en Palestine, beaucoup préfèreraient ne pas avoir à passer par la douane israélienne, ne serait-ce que parce que l’entrée et la sortie en Israël sont sources de revenus pour le budget israélien du fait de la taxe de passage. Si c’était possible, je veux bien parier que la plupart de ces militants préfèreraient atterrir directement en Palestine... sinon que le seul aéroport international palestinien était celui de Gaza, peu commode pour aller à Bethléem... et de toute façon bombardé et détruit pas les Forces de Défense d’Israël.

    Après ce genre d’opération, Israël peut bien raconter à qui veut l’entendre qu’il souhaite la création d’un état palestinien, la démonstration sera faite qu’Israël n’est prêt à accepter qu’un état palestinien dépouillé de ses attributions.

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