Minorites.org 08/04/2012 à 12h46

Tribune : Descoings, homo pour les puissants, hétéro pour les autres

Minorités"
Patrick Thévenin | journaliste


Richard Descoings dans son bureau à Sciences-Po en 2008 (Florence Durand/Sipa)

J’ai lu pour la première fois le nom de Richard Descoings il y a quelques mois dans une interview de ce dernier dans Libération.

Le directeur de Science-Po, celui dont on raconte qu’il a donné une dimension internationale à l’institution, qu’il l’a ouverte aux minorités, qu’il a su lui donner un twist de modernité quitte à s’attirer les foudres de l’intelligentsia en supprimant l’épreuve de culture générale, répondait plutôt sèchement, et avec la morgue qu’ont les gens, qui comme lui se sentent supérieurs aux autres, à la polémique concernant ses émoluments :

« Quel exemple je ne montre pas ? Le fait que je sois payé comme je le suis est-il une atteinte aux valeurs ? Si je ne faisais rien, si je me battais pour rien, si je n’avais aucun résultat, on pourrait dire que ce n’est pas moral.

Comme mes amis conseillers d’Etat, j’aurais pu partir dans un cabinet comme partenaire, et on ne serait pas en train de discuter 25 000 euros. J’ai choisi de rester, sachant que je serai beaucoup moins payé. »

Le collectif Minorités

L’équipe de notre partenaire Minorités, dont Rue89 reprend régulièrement des textes, scrute le traitement qui est appliqué aux minorités (religieuses, culturelles ou de genre), les discours qui les définissent, les exclusions et discriminations dont elles font l’objet. Engagé pour les droits de ces minorités, leur site décrypte et dénonce les hypocrisies qui entretiennent racisme et homophobie. L’auteur de cet article, Patrick Thevenin, est journaliste, auteur du « Petit Livre rose », recueil de 400 phrases culte sur les homos (Nova éditions).

Qu’importe si le bilan de Descoings à la tête de Science-Po est plutôt positif et si ses anciens élèves la larme à l’œil tiennent mordicus à lui rendre hommage.

Ce qui m’intrigue dans cette sombre histoire, ce qui me met la puce à l’oreille et ce qui me choque est tout autre : l’annonce du cadavre de Descoings retrouvé nu dans une chambre d’hôtel de New York, avec de l’alcool et des médicaments à proximité, un certain désordre, des témoins qui disent avoir entendu des bribes de conversation, des « garçons » qui lui auraient rendu visite, un ordinateur portable et un téléphone jetés quelques étages plus bas…

N’importe quel gay, à l’annonce de ces quelques indices, sait très bien de quoi il en retourne. Même si on peut se tromper, évidemment.

La presse française marche sur des œufs

Bien sûr, comme toujours dans ces cas-là, et l’affaire François-Marie Banier l’a bien prouvé, la presse française s’est bien gardé de dévoiler le principal élément de l’histoire, qui, malgré ce que certains essaient de nous faire croire, a plus que son importance : Richard Descoings était gay.

Il faut avouer que depuis quelques années, celui dont on dit qu’il aurait un jour déclaré en amphi comme une boutade, « Je suis le premier pédé de Science-Po », a redessiné les cartes de son CV. Il s’est marié en 2004 avec sa collaboratrice, Nadia Marik, directrice-adjointe de l’école et mère de deux enfants.

Dans l’article de Libération dont il est question, alors qu’on ne lui pose même pas la question, il déclare, couteau entre les dents :

« Je refuse toute paranoïa. C’est possible, mais je préfère être naïf que conjurationniste. Ce que je vois, c’est qu’à un moment donné, on s’est mis à parler sexe, argent et culture générale. On a fait mon outing forcé dans les colonnes du Monde. Je ne vois pas ce que ma prétendue homosexualité a à voir. C’est en plus survenu à l’occasion de mon mariage.

Que répondre ? Que je ne suis pas homosexuel ? Non, rien. Lorsque vous n’êtes pas marié, personne n’a le droit de mentionner que vous êtes avec quelqu’un, c’est le secret de la vie privée.

Quand je publie mes bans de mariage, on peut dire des horreurs sur ma femme, personne d’une grande compétence, et sur moi. »

Les prétendues horreurs dont Le Monde s’est fait l’écho, excusez-moi, consistaient en ces quelques lignes, lors d’un portrait consacré à Nadia Marik :

« A la surprise générale elle l’épouse [Richard Descoings], lui qui n’avait jamais caché son homosexualité. »

En fait, le seul média à affirmer ouvertement que Richard Descoings était gay, à la suite de son décès, fut un site anglais. Rien d’étonnant : les British sont bien plus à l’aise que nous avec le fait de mettre les mots sur les choses, le communautarisme ne leur a jamais fait peur et le militantisme homosexuel non plus, merci Peter Tatchell

Pendant ce temps-là, la presse française marchait sur des œufs, il fallait fouiller loin sur le Web pour trouver une trace où Descoings parlait de son homosexualité dans un article (Le Point en 2006). Dans sa nécro, Libé le traitait d’iconoclaste (ah, ah, ah)…

Les principaux sites gay d’information quant à eux, se contentaient de reprendre les dépêches AFP, certainement angoissés par l’idée de donner une image pas très reluisante de l’homosexualité, mais surtout déboussolés par le parcours d’un pédé qui avait roulé plutôt à gauche jusque-là, vivait en couple avec un grand ponte de l’industrie, avant de s’inventer une virginité hétérosexuelle et de fricoter avec Sarkozy...

Des raisonnements ressortis de la naphtaline

Le plus fascinant dans cette nouvelle sordide, c’est que sur les réseaux sociaux, ou dans les commentaires relatifs à l’affaire, les homos eux-mêmes prirent le parti de défendre le droit de Descoings à cacher sa sexualité.

Ce qui, pour un homme à la tête d’une institution censée former les élites de demain, et payé avec nos impôts, a de quoi faire peur.

On se serait cru revenu aux années 80, avec les mêmes raisonnements ressortis de la naphtaline. Ce qui n’était guère étonnant : même surpris la tête dans leur caca, certains homos ont encore le culot de vous expliquer qu’ils ont glissé. On a donc eu droit aux arguments habituels de la dépouille encore fumante, du droit à la vie privée, du choix de ne pas avoir à déclarer sa sexualité, bla bla bla…

Certains osaient même sans ciller, déclarer que l’homosexualité de Descoings n’avait jamais été un mystère. Un ancien élève :

« Je me souviens l’entendre faire des allusions à ça dans des discours en petit comité à l’école. Il était engagé, et plus encore dans les dernières années. Je crois qu’il avait été sur le char de l’école durant une Gay Pride, et si je me souviens bien le journal de Sciences-Po l’avait relayé en référence direct à son homosexualité…

Nous savions aussi qu’il était marié [...], mais il n’y a pas nécessairement contradiction, si ? On peut dire des choses différentes à différentes audiences, certes, mais Descoings n’a jamais été planqué, tout le moins de mon point de vue. »

Gay auprès des puissants, hétéro ailleurs

Désolé les gars de vous décevoir là-dessus, mais oui, il y avait contradiction et non, Richard Descoings n’a jamais vraiment fait son coming-out, du moins de manière publique.

Que les choses soient claires : il présentait toutes les caractéristiques de la pédale planquée. Il était gay avec ses amis proches (ceux qui méritaient de savoir), il s’amusait à faire la folle avec ses étudiants, les soi-disant futures élites de la République, mais il n’était pas gay pour le « gros du peuple » (ceux dont il n’avait rien à foutre en fait).

Comme beaucoup de pédés blancs, friqués, haut placés dans l’ascenseur social, Descoings semblait parfaitement à l’aise avec la notion de coming-out à deux vitesses : « homo for those who know, hétéro for those who don’t need to know » (« homo pour ceux qui savent, hétéro pour ceux qui n’ont pas besoin de savoir »). Gay à la cour des puissants parmi ceux qui décident, straight dans le monde réel, au milieu de ceux qui subissent.

Un coming out élitiste en somme ; comme tout ce que Descoings représentait et défendait si bien…

Comment expliquer alors que l’évocation de ce secret de polichinelle dans les colonnes du Monde ait tellement perturbé Descoings, qui a cru bon dégainer les grands mots de complot, horreur et de outing, lui « le premier pédé de Science-Po » ?

Le choix de rester caché (on ne sait jamais)

Mais surtout comment ne pas être dégoûté par tous ces homos qui croient bon de défendre les gays planqués quand ils sont riches et puissants en se retranchant derrière cette notion bâtarde de vie privée.

Alors qu’on sait très bien qu’il est tellement plus facile d’être ouvertement homosexuel quand on a le trio gagnant : éducation, argent et position sociale ou qu’on gagne plus de 25 000 euros (et je ne compte pas les primes) par mois comme Descoings !

Je me fous de savoir la manière dont Descoings est mort, si les causes sont naturelles ou non, s’il était partouzeur ou pas, si des escorts sont montés dans sa chambre d’hôtel.

Ce qui me terrifie le plus est de constater que les plus fidèles défenseurs de la vie prétendûment privée de Descoings sont eux-mêmes des pédés blancs, bourgeois, friqués, bien installés, qui vont voter à gauche alors que leur manière de se conduire est fondamentalement de droite.

Pas besoin de se pencher beaucoup pour attraper le fond de leur pensée dans la cuvette : tous ces homos qui se disent contre l’outing et pour le respect de la vie privée, ne pensent en fait qu’à leur gueule car dans leur petite tête, finalement ils font l’équation suivante :

« Si un jour, j’étais amené à avoir un poste haut placé, faudrait voir à ce qu’on sache pas trop que j’en suis une (de tapette, of course), on ne sait jamais, ça pourrait me jouer des tours… »

Comme par hasard, au moment même où Descoings n’était plus gay, il se murmure que le grand homme avait des ambitions ministérielles…

Je n’aurai pas aimé être le mec de Descoings

A tous ces gays nombrilistes, qui ont le don de rejeter leur propre violence et leurs contradictions sur les autres, et notamment sur les pédés comme moi qui se posent la question morale de l’entretien de la honte qui pèse sur nous par certains personnages publics, j’ai juste envie de répondre que je n’aurais pas aimé être le mec, voire l’ami, d’un mec comme Richard Descoings.

Que je n’aurais pas souhaité dans une épreuve aussi difficile qu’un deuil que les médias et la famille me présentent comme « un ami très proche ».

C’était ce qu’on disait dans les années 80, quand les pédés crevaient comme des mouches du sida. Qu’on en soit réduit à la même hypocrisie plus de trente ans après me fout la gerbe parce que tous ces mecs sont morts pour rien.

Mais aussi parce que comme le résume, mieux que je ne le ferais, mon amie Amélie Couture :

« Finalement l’attitude de Descoings équivaut à dire au monde, à la société, que les histoires homosexuelles ne comptent pas, que son couple ne comptait pas, que l’amour ne compte pas.

Je ne vois pas la vie privée protégée là-dedans, je vois une vie publique et une carrière protégée. »

Tout pour ma pomme, CQFD !

Publié initialement sur
Minorités
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  • Camille
    Camille
    Mauvais genre
    • Posté à 13h20 le 08/04/2012
    • Internaute 48427
      Mauvais genre

    Cet article est très intéressant mais (ou car) il pose plusieurs problèmes.
    On peut être comme Delanoë ou Labarrère ouvertement homos.
    On peut être comme d’autres en toute probabilité de faux hétéros (n’ayant pas vérifié moi-même, je ne m’aventurerai pas à outer qui que ce soit)

    mais je comprends qu’on ait le droit :
    - à l’indécision ou du changement de vie (quid d’être bi ? quand Palmade se marie avec Samson, ils n’ont pas le droit, c’est forcément un mensonge ?)
    - à ne pas vouloir militer. Or afficher sa vie sexuelle, c’est forcément militer.

    Vous reprochez à R Descoing de ne pas avoir milité pour « l’homosexualité sans honte ». Je pense qu’on n’a pas à obliger quelqu’un à militer pour un sujet. D’autant qu’on ne peut pas l’accuser d’avoir eu une politique homophobe non plus.

  • thierry reboud
    • Posté à 14h05 le 08/04/2012
    • Internaute 20923

    Ah ben c’est sûr que ça change tout... C’est quoi, l’information dans le fait qu’il homo ou hétéro ? En quoi le fait de ne pas dire quelque chose sur sa vie privée valide les préjugés de certains ? Les puissants et les autres, je ne sais pas, mais je suis prêt à parier que 99% de tout le monde n’en a rien à taper.

  • stephanie9
    stephanie9 répond à huutaa
    Enseignante
    • Posté à 14h13 le 08/04/2012
    • Expert 118475
      Enseignante

    Ce qui le plus écœurant, c’est qu’on puisse encore, en 2012, au « pays des droits de l’homme », se demander si être gay, lesbienne, transgenre ou bi, peut vous défavoriser professionnellement.

    Notre sexualité, et ses variations, notre identité et ses variations, ça devrait être aussi important que de préférer la viande au poisson ! Or la réalité nous enseigne que ce n’est pas le cas : il y a encore des hétéros discriminants en France, surtout des hommes d’ailleurs.

    C’est ça que cet article, si discutable et si choquant qu’il soit (celui qui traite les autres de tapette et de pédale* se mérite une bonne baffe !), révèle. Si on discute des droits à ne pas révéler son homosexualité, c’est bien que ça présente des risques (bien moins qu’avant, ceci dit ! En plus, ça a un gros avantage : ça nous évite de faire semblant de trouver les homophobes sympathiques !).

    Car la vraie question, c’est celle-là : vous avez déjà vu, vous, un hétéro ou une hétérotte dissimuler ses goûts sexuels ? Ils font tous leur coming out, matin, midi et soir : -)

    Allez, encore un effort , chers Riverains, et on finira par devenir civilisés : -)

    * Les gays ont tellement intériorisé l’insulte homophobe qu’ils en viennent à s’auto-insulter ! Il est temps d’en finir avec cette honte de soi, cette concession inadmissible aux homophobes. Tous les êtres humains sont libres et égaux en droits. Point à la ligne.

  • Pi.K
    Pi.K répond à thierry reboud
    Vilain Parisien
    • Posté à 15h10 le 08/04/2012
    • Internaute 105016
      Vilain Parisien

    L’effort de Descoings pour se donner des airs d’hétéro valide les préjugés homophobes en ce ça sous-entend « pour être normal, je dois me donner des airs d’hétéro ». Autrement dit, il a supposé (à tort ou à raison) que, dans les yeux des « autres », la normalité était hétérosexuelle — donc qu’il y avait des gens qui ne s’en foutaient pas de savoir si Descoings était homo ou bi ou amateur de tartines au Nutella (ah non ça c’est moi). Qu’un homophobe classique s’acharne sur les homos, les traite de déviants, de contre-nature et autres foutaises du même goût, on peut s’y attendre, mais qu’un homo essaie de se dissimuler (alors qu’on ne demande habituellement pas aux hétéros de se dissimuler : quand je me promène avec ma copine, je ne dissimule pas vraiment le fait que je suis hétéro), comme s’il se traitait lui-même de déviant, c’est un peu embêtant. À titre personnel, je me fiche complètement de l’homo/bisexualité de Descoings (et dans le milieu Sciences-Po et compagnie, plus ou moins tout le monde s’en foutait aussi).

    Après, la distinction vie privée/vie publique pose problème dans la mesure où la frontière est floue. Exemple : mes préférences en matière de vêtements relèvent du « privé » ; mais l’expression de ces préférences est publique. N’importe qui me croisant dans la rue peut connaître mes goûts en la matière. De même, le fait que je sois hétéro relève du privé, mais quiconque me croisant en public quand je me promène avec ma copine peut savoir que je suis hétéro. Je me demande dans quel monde il peut être nécessaire de dissimuler son homosexualité.

  • asozial
    asozial
    Bobo Hipster from Gentrified (...)
    • Posté à 15h29 le 08/04/2012
    • Internaute 2273
      Bobo Hipster from Gentrified (...)

    à lire pas mal de commentaires, je me demande si, de la même façon que le féminisme et la laïcité sont devenus les caches misères du racisme et de l’islamophobie pour des gens qui s’accommodent sans problèmes des lobbys chrétiens et des inégalités hommes-femmes, le respect de la vie privée et la tolérance sexuelle sont de bons prétextes pour ne pas essayer de comprendre le sens de cet article...

  • Corbeyran de Saint-Fiacre
    Corbeyran de Saint-Fiacre
    La religion ? Elle ne passera (...)
    • Posté à 15h58 le 08/04/2012
    • Internaute 100358
      La religion ? Elle ne passera (...)

    Bonjour à tous,

    Beaucoup d’entre vous font fausse route dans leurs commentaires, en toute bonne foi j’en suis sûr.
    Le plus intéressant dans cet article ne porte pas sur l’homosexualité réelle ou supposée de Descoing mais sur le traitement, par les médias français, de cette information.
    On comprend qu’ils sont partagés entre le désir d’informer et le devoir qu’ils s’imposent de ne pas faire allusion à son éventuelle homosexualité. Un scrupule qu’aucun d’entre eux n’aurait eu pour sous-entendre son hétérosexualité si on avait vu sortir des femmes de sa chambre d’hôtel.
    Tout cela en dit long sur l’homophobie intériorisée des journalistes français. Envisager, je ne dis même pas prouver, l’homosexualité d’une personne en vue est beaucoup plus une « atteinte à la vie privée » que lui prêter des aventures féminines. Il y a donc une hiérarchie dans la pudeur.
    Et c’est bien cet hyper-respect de la vie privée à l’attention des homos qui a inspiré le traitement de l’information lors de l’affaire Banier / Béttencourt.
    On trouve dans l’article de Thévenin quelques illustrations de cette pudeur démesurée qui guide les journalistes français quand l’homosexualité d’une personne publique devient ne serait-ce qu’une possibilité. Une délicatesse dont personne ne se préoccupe quand c’est dans le cadre de relations hétérosexuelles qu’arrive une mort suspecte ou un scandale.
    A force de sur-jouer de façon aussi ciblée le respect de la vie privée on entretient les tabous existants et on en crée de nouveaux.
    Pour ce qui est du courage de Descoing retenons surtout qu’on ne retrouve pas dans le militantisme LGBT français l’équivalent des grandes figures du féminisme et de l’anti-racisme décomplexés. Thévenin a raison, si un jour l’orientation sexuelle n’est plus source de discrimination en France ce sera essentiellement, et à quelques exceptions près, grâce au courage des anonymes et de militants si souvent décriés. Et malgré la chape de plomb que le conformisme des médias français fait peser sur tout ce qui ressemble, de près ou de loin, aux évènements importants de la lutte contre l’homophobie.
    Pour illustration voici quelques informations qu’aucun média généraliste ou presque n’a relayé :

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  • Le loup de Dionysos
    • Posté à 16h14 le 08/04/2012
    • 175063
      pacs

    De la conscience de ses actes dans la recherche de son identité.

    La question de la sexualité de R. Descoings n’est pas en soi un sujet d’actualité tout autant que celle de Michel Foucault ou de Pasolini. La vie est belle dans la liberté.

    Toutefois la question de son identité sexuelle pose la question de la liberté des hommes dans l’espace public et privé, et de celle ... des Grands serviteurs de l’Etat ... La question est celle de l’influence et de l’image des Marquis, riches parfois, puissants quelquefois, « médiatiques » souvent, de ceux qui se cachent, pour se protéger, notamment depuis le début de l’épidémie du sida au nom du respect de la vie privée et de la confidentialité.

    De ceux qui se cachent pour avoir une vie sociale. Quelle tristesse dans ce repli, dans ce déni de soi méme de peur d’une société intolérante, qui porte la haine parfois entre ses dents.

    Tous ces hommes, tout grand philosophe qu’il soit, ou grand serviteur de l’état n’ont pas pu etre libre dans leur vie d’hommes, dans leurs désirs.

    Revons d’un monde ou les Marquis peuvent etre libres. Parce que leur silence a pu justifier les silences de l’Etat sous la gauche comme sous la droite face au fléau du sida dés les années 80. Au nom de la confidentialité et de peur de stigmatiser les homosexuels certains ministres d’état ont refusé des campagnes de préservatifs pendant longtemps, trés longtemps.

    Il est vrai que le soutien d’hommes comme Foucault ou peut etre R. Descoings dans la clarté de la vie publique et privée auraient pu en France changer le cours de la vie de centaines d’autres personnes. Ces hommes dits influents auraeint pu traverser le silence de l’Etat face à l’épidémie.

    Certains marquis au nom de la vie privée, du respect de la vie privée et de confidentialité de leur identité sexuelle ou de leur maladie ont permis aux pouvoirs publics de garantir le silence de l’Etat sur ces conflits privés et d’éviter que les conflits privés ne deviennent des conflits publics.

    Le silence des Marquis a garanti le silence des autorités face au fléau du sida. Quelques associations comme Act up ont su détourner ce silence des pouvoirs, des autorités, de ses « fameuses élites » de l’état ...

    Il est vrai que leur engagement dans la sphère privée et publique aurait changé le cours de la vie sociale et publique face à ce fléau qu’est le sida.

    Je me rappelle d’un congrés sur le sida à Paris dans un trés grand hotel parisien au début des années 90, soutenu par un trés grand mécène français, ou en fin de soirée, un jour, une équipe est arrivée, entourant un homme public tandis que tous les portes étaient fermées afin de garantir sa vie privée et le respect de son engagement auprès des malades ... selon les termes des organisateurs

    Depuis cet homme public a su, alors que le sida était devenu fréquentable avec les trithérapies, devenir un élu de la République de premier plan en mettant en avant son outing !

    Je me rappelle seulement le silence des rideaux qui étaient tirés sur les portes, après son entrée dans la salle du congrés. J’ai gardé un gout amer de sa présence comme s’il niait ma propre présence et celle de tous ceux qui témoignaient par leur présence leur engagement pour les droits des homosexuels et des hétérosexuels malades dans la lutte contre le sida.

    Enfin j’espère, qu’en ce jour de Paques, la vie est belle pour beaucoup, malades ou pas, homos ou pas homos, étrangers ou pas étrangers, migrants ou pas migrants ! La vie peut etre belle en etre humain conscient de ses actes dans la recherche de son identité.

    Avec les Marquis, nous somme loins de la vie dure des migrants qui sont aux portes de l’Europe sur la frontière turque et grecque sur l’Hébros en Thrace mais aussi nous sommes loins des migrants du Maghreb et de l’Afrique qui survivent au sida dans nos périphéries marseillaises, parisiennes

    L’image des élites, blanches, occidentales est à l’image de nos etats d’ames de nantis. Nous sommes si loins d’une société multicolore, métissée. Nous sommes loins de la résolution des conflits publics quand les Marquis confisquent la parole et couvrent les questions d’éthique de leur silence au nom de la vie privée.

    Bernard Escudier

  • Olivier Favier
    Olivier Favier
    On ne dormira jamais
    • Posté à 23h20 le 08/04/2012
    • Internaute 138854
      On ne dormira jamais

    Votre article me rappelle un autre que Carlo Bordini a écrit peu de temps après la mort de Pier Paolo Pasolini. Article qui cherchait à dire quelque chose lui aussi de l’état d’une société à un moment donné, au-delà même des véritables raisons d’un décès -qui ont été révélées bien plus tard, même si tout le monde s’en doutait. Là aussi, il me semble, la vérité apparaîtra par couches, et à mon sens, comme dans le cas de Pier Paolo Pasolini, toutes proportions gardées, elle se reconstituera par le biais d’une conjonction de causes...

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