Le fils d’Eva Joly fait la leçon à Aphatie, « par l’odeur du sang alléché »
Ce dimanche, à 22 heures, ma mère, Eva Joly chute et se blesse. Ma sœur et moi accourons. Nous sommes avec elle lorsqu’elle est admise à l’hôpital Cochin, sous le choc.
A 23 heures, par courtoisie, son équipe de campagne prévient depuis l’hôpital Jean-Michel Aphatie que ma mère n’assistera pas à son émission sur RTL, le lendemain matin à 7h50.
Par professionnalisme et pour ne pas froisser le grand éditorialiste, l’équipe cherche, depuis la salle d’attente, une alternative.
A 23h30, une solution de remplacement est trouvée pour Jean-Michel Aphatie : Jean-Vincent Placé, sénateur EELV de l’Essonne, viendra au débotté. Le journaliste fait la moue, mais accepte.
L’enregistrement aux urgences, les premiers examens cliniques, prennent de longues heures. Nous attendons, avec les plus proches de l’équipe de campagne, dans l’angoisse et l’incertitude.
Quand, à 00h04, Jean-Michel Aphatie publie sur son compte Twitter :
« Info RTL : Eva Joly hospitalisée, sa campagne est momentanément arrêtée. »
Info #RTL Eva #Joly hospitalisée sa campagne est momentanément arrêtée
— jean-michel aphatie (@jmaphatie) Avril 1, 2012
Aphatie aura tenu une heure
Personne ne sait rien, à ce moment, de l’état de santé d’Eva Joly et des éventuelles conséquences sur sa campagne. Les examens médicaux se poursuivent.
Soixante minutes, c’est le temps que Jean-Michel Aphatie aura tenu, seul possesseur d’une information inexploitable parce qu’incomplète.
En moins de soixante signes, Jean-Michel Aphatie improvise sur une info manquante, il l’invente, et la sentence tombe : la campagne est « momentanément arrêtée ».
Quelques minutes plus tard, la rédaction de RTL reprend l’info sur Twitter, et l’étoffe à son tour [aujourd’hui, on n’en retrouve trace que sur les pages « cachées » de RTL.fr, ndlr] :
« Sa campagne a été suspendue. Tous ses meetings de la semaine à venir ont été annulés. »
Incroyable : des journalistes d’une même rédaction qui s’auto-intoxiquent, et dopent leur scoop aux bobards.
Le fond de sauce de son interview matinale
Une fois la fausse information publiée, avec la caution et l’autorité d’Aphatie, Twitter s’affole.
Le grand journaliste peut attaquer sa courte nuit serein et soulagé. Le petit mensonge du dimanche soir annonce une belle semaine. D’une pierre deux coups : le vieux routier des plateaux offre un scoop aux « twittos » et écrit au surplus lui-même l’actualité du lendemain qui fera le fond de sauce de son interview matinale.
Pourquoi pas ? Après tout, les approximations initiales seront rectifiées dans la nuit, et ne restera au matin que l’information brute de l’hospitalisation d’une candidate, information d’un intérêt public indiscutable. Dans le tumulte de l’information en marche, le reste est peccadille.
Adieu déontologie, bonjour Twitter
Mais cette peccadille mérite qu’on s’y arrête. Car elle n’est pas le fait d’un anonyme soutier de l’information mais de Jean-Michel Aphatie.
Editorialiste multi-cartes (il est aussi sur Canal+), Aphatie est l’homme qui a érigé le professionnalisme en valeur cardinale du traitement de l’actualité.
Matin et soir, cinq jours sur sept, qu’il éreinte un politique ou un journaliste, Jean-Michel Aphatie ne parle jamais d’autre chose que de professionnalisme. A une époque où la peur de faillir est la chose la mieux partagée, la formule est efficace et draine quotidiennement des millions d’auditeurs.
Et c’est pourtant cet homme qui a publié dans la nuit de dimanche une information tronquée, sans la vérifier, sans la recouper, sans prendre la moindre précaution ni faire le moindre effort. Adieu déontologie, bonjour Twitter. Un coup de fil au directeur de campagne et il pouvait tout savoir sur le scoop qui lui brûlait les doigts.
Un stagiaire aurait fait mieux. Voilà donc un conseil : pourquoi Jean-Michel Aphatie ne s’offrirait-il pas un stage avec de vrais journalistes de terrain ? Le professionnalisme c’est aussi la formation continue.
Il y a quelques rédactions indépendantes, sur Internet notamment, qui pourraient lui apprendre que l’information en ligne n’oblige pas à confondre vitesse et précipitation.








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Sur Rue89Eva Joly reprend sa campagne après sa chute et son hospitalisation - Sur www.rtl.frLa réponse d'Apathie
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D'actualité, de dessin surtout
D'actualité, de dessin surtout
Je comprends que vous soyez particulièrement réactif, vu la manière dont votre mère est brutalement traitée, autant par la presse, que par son propre camp, qui l’a pourtant élue !
Toutefois, sans défendre spécialement Aphatie, je ne crois pas qu’il livre dans son texto quoique ce soit de terrible ou d’infamant. Le fait qu’Eva Joly soit hospitalisée est un fait important dans la campagne dont elle est une candidate, non ?
A ce titre, il s’agit bien d’une information, et on ne peut pas reprocher à Aphatie de l’avoir exploitée. A la rigueur la discussion pourrait porter sur sa promptitude : quel était le délai de décence ? Mais là encore, si on convient qu’il s’agit d’une information, comment ne pas admettre que ce délai était réduit par nature ? Si Aphatie avait attendu le lendemain, on peut être certain que l’info aurait fuité ailleurs. Aphatie a profité d’une information privilégiée... bon ! Ce n’est pas non plus un délit d’initié. Il ne fait que son boulot, d’une certaine manière.
En revanche il me semble que là encore Eva Joly et son équipe font preuve d’amateurisme et de naïveté. Au vu de l’incident, aussi anodin soit-il, il eut été plus judicieux de lancer elle-même l’information afin de la maîtriser. A la place de quoi vous vous retrouvez à faire un papier (j’ai envie de dire un fromage), pour un événement somme toute anecdotique. Même si je vois que vous êtes touché, je crois que c’est politiquement une maladresse de plus, parce que vous allez contribuer à faire un bruit parasite au combat difficile que mène votre mère.




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