Tribune 04/04/2012 à 15h42

Le fils d’Eva Joly fait la leçon à Aphatie, « par l’odeur du sang alléché »

Julien Joly | Architecte

Ce dimanche, à 22 heures, ma mère, Eva Joly chute et se blesse. Ma sœur et moi accourons. Nous sommes avec elle lorsqu’elle est admise à l’hôpital Cochin, sous le choc.

A 23 heures, par courtoisie, son équipe de campagne prévient depuis l’hôpital Jean-Michel Aphatie que ma mère n’assistera pas à son émission sur RTL, le lendemain matin à 7h50.

Par professionnalisme et pour ne pas froisser le grand éditorialiste, l’équipe cherche, depuis la salle d’attente, une alternative.

A 23h30, une solution de remplacement est trouvée pour Jean-Michel Aphatie : Jean-Vincent Placé, sénateur EELV de l’Essonne, viendra au débotté. Le journaliste fait la moue, mais accepte.

L’enregistrement aux urgences, les premiers examens cliniques, prennent de longues heures. Nous attendons, avec les plus proches de l’équipe de campagne, dans l’angoisse et l’incertitude.

Quand, à 00h04, Jean-Michel Aphatie publie sur son compte Twitter :

« Info RTL : Eva Joly hospitalisée, sa campagne est momentanément arrêtée. »

Aphatie aura tenu une heure

Personne ne sait rien, à ce moment, de l’état de santé d’Eva Joly et des éventuelles conséquences sur sa campagne. Les examens médicaux se poursuivent.

Soixante minutes, c’est le temps que Jean-Michel Aphatie aura tenu, seul possesseur d’une information inexploitable parce qu’incomplète.

En moins de soixante signes, Jean-Michel Aphatie improvise sur une info manquante, il l’invente, et la sentence tombe : la campagne est « momentanément arrêtée ».

Quelques minutes plus tard, la rédaction de RTL reprend l’info sur Twitter, et l’étoffe à son tour [aujourd’hui, on n’en retrouve trace que sur les pages « cachées » de RTL.fr, ndlr] :

« Sa campagne a été suspendue. Tous ses meetings de la semaine à venir ont été annulés. »

Incroyable : des journalistes d’une même rédaction qui s’auto-intoxiquent, et dopent leur scoop aux bobards.

Le fond de sauce de son interview matinale

Une fois la fausse information publiée, avec la caution et l’autorité d’Aphatie, Twitter s’affole.

Le grand journaliste peut attaquer sa courte nuit serein et soulagé. Le petit mensonge du dimanche soir annonce une belle semaine. D’une pierre deux coups : le vieux routier des plateaux offre un scoop aux « twittos » et écrit au surplus lui-même l’actualité du lendemain qui fera le fond de sauce de son interview matinale.

Pourquoi pas ? Après tout, les approximations initiales seront rectifiées dans la nuit, et ne restera au matin que l’information brute de l’hospitalisation d’une candidate, information d’un intérêt public indiscutable. Dans le tumulte de l’information en marche, le reste est peccadille.

Adieu déontologie, bonjour Twitter

Mais cette peccadille mérite qu’on s’y arrête. Car elle n’est pas le fait d’un anonyme soutier de l’information mais de Jean-Michel Aphatie.

Editorialiste multi-cartes (il est aussi sur Canal+), Aphatie est l’homme qui a érigé le professionnalisme en valeur cardinale du traitement de l’actualité.

Matin et soir, cinq jours sur sept, qu’il éreinte un politique ou un journaliste, Jean-Michel Aphatie ne parle jamais d’autre chose que de professionnalisme. A une époque où la peur de faillir est la chose la mieux partagée, la formule est efficace et draine quotidiennement des millions d’auditeurs.

Et c’est pourtant cet homme qui a publié dans la nuit de dimanche une information tronquée, sans la vérifier, sans la recouper, sans prendre la moindre précaution ni faire le moindre effort. Adieu déontologie, bonjour Twitter. Un coup de fil au directeur de campagne et il pouvait tout savoir sur le scoop qui lui brûlait les doigts.

Un stagiaire aurait fait mieux. Voilà donc un conseil : pourquoi Jean-Michel Aphatie ne s’offrirait-il pas un stage avec de vrais journalistes de terrain ? Le professionnalisme c’est aussi la formation continue.

Il y a quelques rédactions indépendantes, sur Internet notamment, qui pourraient lui apprendre que l’information en ligne n’oblige pas à confondre vitesse et précipitation.

MERCI RIVERAINS ! Marielb
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  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 16h20 le 04/04/2012
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout

    Je comprends que vous soyez particulièrement réactif, vu la manière dont votre mère est brutalement traitée, autant par la presse, que par son propre camp, qui l’a pourtant élue !
    Toutefois, sans défendre spécialement Aphatie, je ne crois pas qu’il livre dans son texto quoique ce soit de terrible ou d’infamant. Le fait qu’Eva Joly soit hospitalisée est un fait important dans la campagne dont elle est une candidate, non ?
    A ce titre, il s’agit bien d’une information, et on ne peut pas reprocher à Aphatie de l’avoir exploitée. A la rigueur la discussion pourrait porter sur sa promptitude : quel était le délai de décence ? Mais là encore, si on convient qu’il s’agit d’une information, comment ne pas admettre que ce délai était réduit par nature ? Si Aphatie avait attendu le lendemain, on peut être certain que l’info aurait fuité ailleurs. Aphatie a profité d’une information privilégiée... bon ! Ce n’est pas non plus un délit d’initié. Il ne fait que son boulot, d’une certaine manière.
    En revanche il me semble que là encore Eva Joly et son équipe font preuve d’amateurisme et de naïveté. Au vu de l’incident, aussi anodin soit-il, il eut été plus judicieux de lancer elle-même l’information afin de la maîtriser. A la place de quoi vous vous retrouvez à faire un papier (j’ai envie de dire un fromage), pour un événement somme toute anecdotique. Même si je vois que vous êtes touché, je crois que c’est politiquement une maladresse de plus, parce que vous allez contribuer à faire un bruit parasite au combat difficile que mène votre mère.

  • Venera84
    Venera84
    http://vallesmarineris. (...)
    • Posté à 16h23 le 04/04/2012
    • Internaute 125864
      http://vallesmarineris. (...)

    Emouvant.
    Sinon, Sarkozy se fait insulter tous les jours depuis son entrée en campagne.
    Eh oui, la politique, c’est pas gentil.

    PS : le rôle d’un journaliste consiste à révéler des informations « tout court ». Et non pas des informations qui plaisent à une équipe de campagne (tiens, en parlant de professionnalisme...).

    Bon rétablissement à votre mère, certainement bien trop intègre pour ce job...

  • flixp
    flixp
    Aboyeur
    • Posté à 16h30 le 04/04/2012
    • Internaute 34063
      Aboyeur

    Julien, vous n’aimez pas M. Apathie je pense. Ne me dites pas que c’est la première désinformation au sujet de Mme Joly.

  • FDCraie
    FDCraie
    Censuré.
    • Posté à 16h30 le 04/04/2012
    • Internaute 121689
      Censuré.

    En même temps j’aime pas Apathie, mais techniquement ce qu’il dit est vrai....

    Elle est hospitalisé, et comme elle ne fait pas campagne du fond de son lit d’hôpital et qu’elle annule sa participation à l’émission du lendemain, sa campagne est momentanément arrêtée...

    Pour le reste, tant qu’on aura pas foutu en taule les mecs qui « twittent » des conneries faut pas attendre grand chose de cette version 2.0 des ragots de village.

  • Seingalt
    Seingalt
    amateur professionnel
    • Posté à 17h19 le 04/04/2012
    • Internaute 166244
      amateur professionnel

    On peut quand même féliciter Apathie pour ce minutieux travail d’enquête, sa constante présence sur le terrain, la connaissance profonde des tenants et aboutissants de son sujet, les risques pris au service de l’information du public qui a le droit de savoir. Un scoop n’arrive jamais tout seul, il se mérite. Si demain il marche sur une crotte, il en fera sûrement un tweet.

  • Kelimp
    Kelimp
    Eco-citoyen
    • Posté à 18h03 le 04/04/2012
    • Internaute 99354
      Eco-citoyen

    Pas étonnant de la part de ce journaliste imbu de lui-même. Il suffit de l’écouter pour se rendre compte de la jouissance intérieure qu’il éprouve quand il s’apprête à poser une question piège à un interlocuteur. Même à travers la radio, on a l’impression qu’il se pourlèche les babines par avance...
    Il est, malheureusement, le prototype du journaliste qui pense être un bon journaliste mais qui ne peut masquer son aversion pour tout ce qui touche à l’écologie...

  • A déménagé le 26.11.2012
    • Posté à 18h21 le 04/04/2012
    • 184325

    Les réseaux sociaux ne servent qu’à trois choses : rire, draguer, et renverser des dictatures. Quiconque en faisant un autre usage s’expose tôt ou tard à des remontrances.

  • Tuxy
    Tuxy
    victime de la ploutocratie
    • Posté à 19h11 le 04/04/2012
    • 178477
      victime de la ploutocratie

    Mr Aphatie aurait dû « vérifier » plutôt que « recouper, sans prendre la moindre précaution ni faire le moindre effort.’ » C’est certain.
    Mais, cet article ne fait pas mieux car :
    1. ce n’est pas Twitter qui s’affole. Tout comme ce n’est pas la pelle qui tue ou qui creuse mais l’humain derrière. Twitter est un outil utilisé par des humains, de l’information chaude, de la masse, de la longue traine, incontrolable par définition.
    Ce mr aurait dû attendre les résultats des médecins (qui sont quand même les premiers à devoir être écouté... grands absents de cet article. Décidément ils sont rares les journalistes à écrire de façon utile et chronologique), Mme Joly elle-même et les conseillers de son parti.
    2. Faute de démenti rapide j’ai annulé mon déplacement pour aller écouter le meeting de Joly. J’espère que cela ne lui portera pas préjudice. Cette femme est grande, intelligent, souhaite nous apporter beaucoup avec sincérité et à long terme. Absente ou pas, sa volonté et les gens qui l’entourent apportent leur mieux pour construire la société de demain avec un pays en lambeau.

  • Gringo65
    Gringo65
    Rabatteur de merlus
    • Posté à 19h11 le 04/04/2012
    • Internaute 93849
      Rabatteur de merlus

    « Avec le sang du monde on fait du boudin d’actualité » comme dit le journaliste grolandais...

  • wanatoctoumi
    wanatoctoumi
    soixante-huit... tard
    • Posté à 20h33 le 04/04/2012
    • Internaute 38079
      soixante-huit... tard

    Pierre Lazareff (patron de France soir) avait dit : « Une fausse information, un jour et un démenti le lendemain, ça fait deux informations ! »

  • Julien Joly
    Julien Joly
    Auteur(e) de l'article Architecte
    • Posté à 15h53 le 05/04/2012
    • 184528
      Architecte

    Je ne veux pas épiloguer trop longtemps sur ce sujet.

    Si Jean-Michel Apathie lit attentivement la tribune que j’ai publiée, il verra que je ne lui reproche nullement d’avoir divulgué cette histoire, mais bien de l’avoir épicée.

    Les éléments qu’apporte Jean-Michel Apathie ne dissipent malheureusement aucune des critiques de méthode que je pouvais lui faire, bien au contraire.

    Il dit avoir contacté des « dirigeants écologistes » qui lui auraient dit que…
    Je veux bien que dans son esprit, ce mouvement soit une armée mexicaine, mais dans une campagne, la candidate désigne des personnes habilitées à s’exprimer en son nom, dans le cas qui nous occupe, ses porte-parole et son directeur de campagne. M. Apathie, si soucieux de la « position institutionnelle » de ses invités, ne peut l’ignorer.

    Je sais également de bonne source que les « dirigeants » contactés par M. Apathie affirment avoir été informés de la situation ….par M. Apathie, ce qui ne les qualifiait pas vraiment pour recouper son information.

    La question reste donc entière de savoir pourquoi M. Apathie s’abstient d’aller chercher l’information à la source, lorsque c’est si facile.

    Par ailleurs, M. Apathie confirme dans sa réponse qu’il a investigué pour le compte de la rédaction de RTL. Aussi, lorsque cette même rédaction affirme …
    « La campagne [d’Eva Joly] a été suspendue. Tous ses meetings de la semaine à venir ont été annulés. »
    …c’est bien M. Apathie qui est l’auteur des erreurs factuelles contenues dans ces deux phrases.

    La distance qu’il prend ensuite avec la rédaction en affirmant n’avoir fait que reprendre l’information sur Twitter est donc assez surréaliste et peu confraternelle

    C’est le privilège professionnel des éditorialistes que d’avoir toujours le dernier mot.

    M. Apathie émet l’hypothèse que les critiques que je lui ai adressées se fondent sur mes « émotions ». Je laisse aux lecteurs le soin d’apprécier qui s’est laissé emporté par ses émotions dans cette affaire.

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