témoignage 30/03/2012 à 10h32

Je suis binationale. Ça vous pose un problème ?

Laurence Lowenthal | Journaliste

Laurence vient de recevoir son second passeport. Elle raconte pourquoi elle a ressenti le besoin de « clamer » sa deuxième nationalité.


Mes deux passeports (Laurence Lowenthal)

Je viens de recevoir mon second passeport. Je suis ce qu’on appelle une binationale : j’ai toujours eu deux nationalités, mes parents étant eux-mêmes binationaux. Je suis née et j’ai grandi à l’étranger, mais depuis l’âge de 12 ans, je vis en France avec des papiers exclusivement français. Jusqu’à ce matin.

Pendant toutes ces années en France, je n’ai jamais ressenti le besoin de demander un second jeu de papiers. J’étais française, point. La question ne se posait ni pour moi ni pour mon entourage. Vous m’auriez demandé ma nationalité, il y a encore six mois, je vous aurais répondu française. Une évidence.

Lorsque je voyage, à l’étranger je me présente toujours comme française. J’aime Paris, le pot-au-feu, les côtes sauvages de Bretagne, Proust, Zola et Maupassant, Romain Gary, le Pommard, la garrigue provençale, le foie gras et le cinéma français. Et puis un jour, le doute est apparu.

1

Le renouvellement de mes papiers

La première alerte, c’était il y a quelques années. J’ai dû renouveler mon passeport et ma carte d’identité en même temps. Et là, on m’a dit non.

« Ce n’est pas si simple que ça ma petite dame, vous devez prouver que vous êtes bien française. »

Tout d’abord, je ne suis la petite dame de personne. Enfin, d’où sort cette idée que je devrais prouver quelque chose ? S’en suit un dialogue kafkaïen :

« Je suis française, regardez mon passeport et ma carte d’identité.
– Ils sont périmés.
– Je le sais bien puisque je suis là pour les refaire !
– Il me faut une preuve de votre nationalité.
– Mon permis de conduire, peut-être ?
– Ce n’est pas une pièce d’identité…
– Vous êtes née à l’étranger...
– Oui, je suis au courant.
– Où est votre certificat de naturalisation ?
– Je n’en ai pas pour la bonne et simple raison que je n’ai pas été naturalisée. Je suis née française.
– Prouvez-le… »

Voilà comment je me suis retrouvée à devoir justifier de quelque chose qui jusqu’alors était une évidence. Personne n’avait songé à le remettre en question.

« Ah, vous n’êtes peut-être pas française »

Vous vous êtes déjà posé la question de comment on prouve sa nationalité ? Moi, jamais. C’est la première fois que j’y étais confrontée. Première étape, remplir un formulaire à choix multiples. Vous êtes :

  • Naturalisé(e)

Réponse : Non, j’ai déjà expliqué pourquoi

  • Né(e) en France de parents étrangers

Réponse : Non, je ne suis pas née en France

  • Né(e) à l’étranger de parents français

Réponse : … de parents binationaux

Le verdict de la gentille dame de l’état civil derrière son guichet :

« Ah mais alors, vous n’êtes peut-être pas française ! »

Je regarde partout dans le bureau de ma petite mairie de quartier à la recherche d’une caméra cachée. Rien. Je tente de conserver mon calme et je reprends tout depuis le début. Réponse de la dame (qui a une solution) :

« Mais non ma petite dame, il n’y a que trois cases, si vous n’êtes dans aucune de ces situations, vous n’êtes pas française. Vous êtes mariée, n’est-ce pas ? Oui. Alors, vous pouvez faire une demande pour acquérir la nationalité française puisque votre mari est français. »

Les bras m’en tombent. C’est non, non et non. Plutôt crever. Il est hors de question de demander une naturalisation par mariage. JE SUIS française. Je suis née française, j’ai fais mes études en France, j’ai eu des enfants français en France, je paie mes impôts en France. Je suis française.

Beaucoup sont dans mon cas

Passons rapidement sur les semaines qui ont suivi, pendant lesquelles j’ai dû me déplacer, me bagarrer, me justifier, menacer, fournir tous les papiers en possession de ma famille depuis l’ère précambrienne. Et même avant.

Making of

Laurence ne préfère pas préciser sa deuxième nationalité : elle ne veut pas « trop incarner » ce témoignage. « L’idée, ce n’est pas qu’on parle de moi mais de la situation que tout un tas de gens vivent. »

« Profondément dérangée » par la teneur du débat en France, déçue par « la position de repli » de l’un de ses deux pays, elle a contacté par e-mail Rue89. E.B.

Arrêtons-nous un instant sur un détail, qui n’en est pas un : physiquement je ressemble à une gauloise. Je ne suis pas bronzée, mes cheveux ne sont pas crépus, mes yeux ne sont pas bridés, mon nez n’est pas épaté. J’ai fini par avoir gain de cause, mais que ce serait-il passé si j’étais née à Tunis, Phnom Penh ou Kinshasa ?

Je pensais être tombée sur une fonctionnaire faisant de l’excès de zèle. J’avais tort. Deux ou trois ans plus tard, quand mon père a eu lui aussi du mal à refaire ses papiers après un vol, j’ai découvert que le problème était plus vaste.

A la même époque, je l’ignorais, de nombreuses personnes étaient dans le même cas que moi. Des descendants de juifs polonais venus se réfugier en France pour fuir la barbarie ou des franco-algériens né avant l’indépendance de l’Algérie en 1962… Des témoignages diffusés dans la presse m’ont appris que certains binationaux, comme moi, avaient passé de nombreux mois sans aucun papier. Assignés à résidence faute de passeport, ils étaient dans l’incapacité de quitter le territoire. Certains d’entre eux ont du faire appel aux services d’un avocat. D’autres ont jeté l’éponge et redemandé des papiers dans leur « second » pays.

2

Un débat instrumentalisé

Le gouvernement français s’inquiète. Attention à ne pas se laisser envahir par des cohortes de binationaux assoiffés de sang et de prestations sociales. La question des binationaux revient régulièrement sur le tapis. J’y pense. Que se passera-t-il lorsque mon passeport viendra à expiration ? C’est reparti pour un tour ? Encore se justifier ? Encore prouver ? Je ne suis pas une vraie française ? Une française à moitié peut-être ?

Au printemps 2011, les binationaux refont la une des journaux :

  • quotas dans le football ;
  • sorties médiatiques d’Eric Zemmour ;
  • la candidature d’une Franco-Norvégienne pour 2012 fait parler ;
  • proposition d’amendement, par Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, stipulant que « l’acquisition de la nationalité française est subordonnée à la répudiation de toute autre nationalité » ;
  • Thierry Mariani (UMP), alors secrétaire d’Etat aux Transports, de suggérer la création d’un registre des doubles nationaux. Dans l’hypothèse où la France serait « un jour mêlée à un conflit interétatique ». Et pourquoi pas un serment d’allégeance aux armes de la France pendant qu’on y est ?

Houlà houlà, on se calme. Mais quel est le problème ? La perspective d’un conflit armé entre la France et le Luxembourg ? Un afflux de footballeurs australiens ? Qui veut la peau des binationaux ? Pourquoi ? La proximité des élections présidentielles peut-elle expliquer cette mobilisation ? Ça non, vraiment je ne peux pas le croire.

Mais de quels binationaux parle-t-on ? Tous ? Ou certains plus binationaux que d’autres ? Les Franco-Américains devront-ils répudier leur nationalité américaine ? Carla Bruni, Franco-Italienne sera-t-elle contrainte de signer le registre de Thierry Mariani ? Cette éventuelle limitation, voire suppression, de la double nationalité vise-t-elle les Franco-Suisses ? Suis-je moi-même une menace pour la société française ? Ou s’agit-il plus précisément des Franco-Maghrébins ? Des Franco-Subsahariens ? Voire des Franco-Musulmans ? On peut tout imaginer.

« Vous ne m’aimez pas, je me barre »

Alors voilà. Comme quatre à cinq millions d’autres français, j’ai deux nationalités. La mienne n’est pas très exotique et je ne suis pas directement visée par ces mesures à l’étude et autres effets d’annonce. Peu importe, je me sens concernée.

La France on l’aime ou on la quitte. Fort bien, moi c’est pareil. Vous ne m’aimez pas, je me barre. La France m’a payé des études, ma famille et moi-même avons pu nous soigner aux frais du contribuable, de mon côté je participe à l’économie du pays, je m’acquitte de mes impôts, mes enfants paieront pour vos retraites… mais si je ne suis pas suffisamment française pour vous, ça peut s’arranger. Il n’y a pas grand chose qui me retient dans un pays qui hiérarchise de la sorte ses citoyens.

Pour la première fois depuis mes 12 ans, je me suis rapprochée de l’ambassade de mon « deuxième pays ». Au service de la nationalité j’ai expliqué le sens de ma démarche. Pour la première fois depuis mes 12 ans, j’ai ressenti le besoin de clamer que j’avais une seconde nationalité. Et que ce n’était pas grave. Comme Joséphine Baker, j’ai deux amours. J’ai deux pays. J’ai deux cultures. Et c’est tout sauf un problème. C’est une richesse.

  • 76687 visites
  • 620 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • SABRINA SANMARTIN
    SABRINA SANMARTIN
    Y a t il une planète pour les (...)
    • Posté à 11h48 le 30/03/2012
    • 184190
      Y a t il une planète pour les (...)

    C’est une première pour moi de réagir, mais je me reconnais (à moitié) dans votre article, donc je réagis car je suis (tirs à moitié) dans le même cas.

    Je m’explique :
    Née à Strasbourg en 1979 d’un père espagnol, et d une mère née Luxembourgeoise mais française lors de ma naissance... Mais c’est la qu’est le problème...
    Je me reconnais à moitié car je n’ai jamais eu de double nationalité, mon père m’y avait pousse mais insouciante je ne l’ai jamais fait.

    Il y a 11 ans ( j’étais tirs jeune et insouciante...) je demande un renouvellement de PI. La mairie de mon petit village Alsacien, me demande suite à l’envoi de mon dossier un certificat de nationalité française... Un quoi ? ? ? moi 21 ans, fraichement dans la vie active, comprenant pas tout ce qu’on me demande je laisse un peu trainer voir complètement mais c’était sans compter sur mon père qui ( toujours espagnol avec carte de séjour ) pete un plomb, prend mon ancienne carte d’identité et pars en préfecture faire un scandale. Scandale puisque a l’époque période électorale et moi à qui on demandait de justifier de sa nationalité j’avais voté ! Et ma mère aussi d’ailleurs ... passons. Il fait donc son petage de plombs en préfecture et on lui fait dans les 5 min mon passeport...

    Mars 2012. Moi 32 ans , 3 enfants je me rends compte que mon passeport à expiré l’an passé. Zut... je m’attends au pire... et je vais en mairie. Je rempli les documents.

    Comme prévu, on me demande un certificat de nationalité française délivré par le tribunal. Hallucination des employés de mairie qui ne comprennent pas pourquoi ( comme il y a 11 ans d’ailleurs). Avant de me déplacer j’appelle pour connaitre les différents papiers à emmener. Etat civil intégral pour moi et pour ma mère.
    Déjà, branle bas de combats pour retrouver ma mère, mais on réussi à l’avoir auprès de Nantes.
    Je vais donc au tribunal, mais la, on prend mes documents et on me dit :
    « - Ah mais non ça ne va pas, comment votre mère est elle devenue française ?
    - Je sais pas trop, ma grand mère s’est mariée avec un français en 1972, ça doit venir de la.
    - Ah mais moi je n’en sais rien. Votre cas n’est pas simple, ça va être long.
    - Je ne comprend pas, je suis la seule de cette famille à qui ont demande de se justifier
    - Vous savez chère Madame, si les autres ne font pas le boulot ce n’est pas de ma faute.
    - Bon Ok, mais il vous faut quoi ?
    - Acte de naissance intégral de votre grand père et acte de mariage »

    Je m’en vais et fait les demandes auprès des différentes mairies ( Colmar et Thionville) via ma tante puisqu’a moi on refuse de me donner les éléments intégraux.

    Deuxième aller retour au Tribunal.

    « - Votre arrière grand père est né en 1915.
    - Oui et alors ? Vous me parlez de gens que je ne connais même pas.
    - Le dpt 68 était encore considéré comme allemand jusqu’en 1918.
    - Oui et ?
    - Ah ben il faut un acte de réintégration. »

    Mon histoire s’arrête la pour le moment car j’attends cette acte que j’ai fait demandé par la mairie de la commune ou j’habite. J’attends....

    Qu’on me demande des papiers je veux bien le comprendre, mais ce que j’aimerai surtout comprendre c’est pourquoi MOI ?
    Ma mere a refait sa PI française sans aucun problème en 2007.
    Mon frere a fait sa pièce d’identité en 2007, sans aucun problème
    Ma tante (née également au Luxembourg) n’a jamais eu aucun problème.

    Sabrina

  • Aristée
    Aristée
    Vagabond
    • Posté à 11h49 le 30/03/2012
    • Internaute 113722
      Vagabond

    Bonjour,

    Je trouve que l’article n’est pas mal. Il montre simplement qu’il y a officiellement des citoyens de seconde zone. Les mêmes péripéties sont arrivées à une amie française d’origine turque qui a dû fournir le certificat de naissance de ses grands parents qui viennent du fin fond de l’Anatolie. De mon côté je suis marié avec une Canadienne. Elle est vraiment super au passage. Elle doit renouveler son visa de conjoint de français et je dois l’accompagner à chaque fois pour montrer que c’est pas du toc. La secrétaire de préfecture ne nous a pas demandé de nous embrasser devant elle, ou plus, pour le prouver. Bref, j’ai regardé par curiosité comment on devenait Canadien. En gros il faut résider dans le pays plusieurs années et payer beaucoup de frais de dossier (2 ou 3000 dollars en tout si je me souviens bien). Le pire est qu’il faut prêter serment d’allégeance à la reine d’Angleterre. Je crois qu’il faut aussi pleurer à chaque anniversaire de la mort de Lady Di (mais je ne suis plus certain de ça). Du coup, je suis juste Français ce qui est suffisant. Avoir à faire avec l’administration de deux pays différents ne me tente pas. Finalement être binational(e) n’a pas grand intérêt sinon de susciter des commentaires stupides du genre « oh c’est super ! T’as deux cultures ! ». La culture n’est pas innée les amis : elle s’acquiert en voyageant, en lisant, en étudiant, etc, ce qui peut se faire en étant mono-national. Au risque de me contredire, je conclurai en avouant que je suis d’un père charentais et d’une mère limousine, et que, moi aussi (comme l’auteur), j’ai deux amours : le pineau et la viande rouge !

  • Cosette
    Cosette répond à Dav
    Délinquante amoureuse
    • Posté à 12h02 le 30/03/2012
    • Internaute 33774
      Délinquante amoureuse

    Je suis croisée « porte fenêtre ».....d’une maman Italienne et d’un père Français , c’est une catastrophe pour refaire ses papiers.

    Mon frère (né en France) a eu le malheur de perdre sa carte d’identité,ça a été le PARCOURS du COMBATTANT pour prouver sa nationalité française !
    Mon père étant décédé,ma mère a fait des démarches inimaginables pour prouver la nationalité française de mon frère.
    Elle a été méprisée et accusée par la Préfecture de ne pas être française....
    Cette situation ubuesque a duré presque 6 mois,il a fallu se battre et fort pour rétablir cette situation.
    On en riait quelque fois en se demandant si on n’allait pas retourner en charter on ne sait ou....( sans manquer de respect aux sans-papiers).

    Pour moi qui suis née à l’étranger,je dois toujours me justifier de l’endroit ou je suis née,j’en ai marre d’être suspecte.
    Je ne referais pas ma carte d’identité (au plus grand désespoir de ma mère..) et j’ai décidé de devenir une sans-papiers....

    Je rajoute qu’une employée de mairie odieuse m’a dit un jour :
     » Que je devais le respect à mon pays d’accueil. »...... (faut le faire).

    Ca donne vachement envie d’aller refaire ses papiers...

  • Laurence Lowenthal
    Laurence Lowenthal répond à instant-evasion
    Auteur(e) de l'article Journaliste
    • Posté à 12h28 le 30/03/2012
    • 183976
      Journaliste

    La binationalité des mes parents a coincé car le droit de la nationalité est très complexe et il a fallu prouver qu’ils avaient bien « conservé » leur nationalité tout en en ayant une seconde (car on peut perdre sa nationalité dans certains cas, comme le mariage par ex). Et l’administration exige de remonter sur 3 générations.

  • Bretagne
    Bretagne
    Sceptique
    • Posté à 12h38 le 30/03/2012
    • Internaute 74906
      Sceptique

    Pour ma part je suis Franco-Suisse, et je trouve la Suisse très accueillante, l ’administration n’est pas aussi mesquine qu’en France et la liberté d’entreprendre est grandement facilité. le cosmopolitisme et la culture enrichissent également ce pays très ouvert vers le monde.

    Je paie mes impôts dans un petit village du canton du valais, en bon citoyen.

    De plus , étant mobilisable en France , je peux retourner en Suisse pendant le temps d’un conflit : guerre ou évènements politiques...

    La France devrait faire quelques efforts pour nous attirer vers elle !

  • Laurence Lowenthal
    Laurence Lowenthal répond à balala
    Auteur(e) de l'article Journaliste
    • Posté à 14h12 le 30/03/2012
    • 183976
      Journaliste

    C’est vrai. Outre le « coup de gueule » le second passeport me servira également à ne pas être coincée dans mes déplacements à l’étranger en cas de re-pépins lors du renouvellement prochain.

  • plastic quidam of universe
    plastic quidam of universe répond à Kaliayev
    J'en suis comme deux ronds de (...)
    • Posté à 14h35 le 30/03/2012
    • 183735
      J'en suis comme deux ronds de (...)

    Kaliayev,

    Interprétation erronée, archi-erronée, hélàs.

    Né à l’étranger d’un couple mixte, j’ai dû changer de régime de sécu il y’a quelques années - on m’a alors octroyé un nouveau numéro de SS qui commence par la lettre 3....1 c’était pour les mâles dans mon souvenir et 2 pour les nanas, mais 3 ? En fouillant dans les arcanes de l’administration, il apparaît que c’est une mesure « conservatoire » pck je suis né en Europe centrale et que trop de ressortissants de « ces pays » viennent effectuer des travaux saisonniers dans le secteur d’activité en question (agriculture).

    - De plus chaque renouvellement de pièce d’identité ou chaque démarche un peu hard au près des administrations étatiques m’obligent à produire des pièces telles que certificat de nationalité (acquise par naturalisation) de mon padre et plusieurs autres docs du même tonneau. Ces paperasses ont en général un délai de péremption à haut coefficient de biodégradabilité = genre il faut que ça ait moins de 15 jours/un mois...

    Toutes ces joyeusetés ont effectivement commencé au moment de l’instauration de la CId inviolable. Mais, depuis Zoltan, ce qui était des chicaneries est devenu une norme et la ligne d’application obligatoire.

    Si je pouvais comme l’auteur(e) de l’article faire établir des papiers auprès des autorités de mon pays de naissance et obtenir le rétablissement de mes droits à la double nationalité pleine et entière. Mes gamins sont grands.
    Je partirais.

  • Danielle Bleitrach
    Danielle Bleitrach
    écrivaine, sociologue
    • Posté à 15h05 le 30/03/2012
    • Internaute 159158
      écrivaine, sociologue

    ce que vous racontez m’est arrivé, je suis aussi descendante de juifs polonais oui mais voilà mon père était né à Metz en 1916, donc il était allemand. Même pas puisque pour les allemands il y a le droit du sang et un fils de Polonais ne peut pas être allemand sans se naturaliser. Donc personne ne voulait me donner la nationalité française, j’en avais besoin non pas pour refaire des papiers mais pour être intégrée à l’éducation nationale comme enseignante-chercheur, soit universitaire... Mon père avait fait la guerre avait ses papiers militaires, on l’a donc in fine accueilli avec un statut de légionnaire. Il est vrai que l’affaire se compliquait parce que mon grand père non seulement était né en Pologne à côté d’Auschwitz en galicie ou mon oncle Léon Blajtrach dit bleitrach est sur le fronton, avec un certain nombre d’autres Bleitrach partis ailleurs en fumée et dans l’incapacité totale de récupérer le moindre papier, donc mon grand-mère lui s’était réfugié àCuba et avait pris la nationalité cubaine. La préposée à l’attestation au dit certificat de nationalité me regardait comme une extra-terrestre, je suis aussi blonde et de type caucasien mais j’imagine que trop la situation si j’avais eu le teint un peu plus bronzé. Résultat cette expérience plus celle de la fuite devant les nazis en tant que toute petite fille juive, fuite d’une maison marseillaise sur laquelle une main errante la nuit avait inscrit : « il y a des juifs cachés ici » m’ont déterminé sur deux point : je ne supporte pas que l’on manifeste le moindre racisme quant aux origines de qui que ce soit... Et je ne supporte pas plus le négationnisme... En ce moment la situation est dure parce qu’une certaine confusion est en train de s’organiser entre l’extrême-droite et l’extrême-gauche sur le négationnisme et la haine du juif... Donc je passe ma vie à faire le grand écart entre ma dénonciation de ceux qui détestent les immigrés et ceux qui détestent les juifs. Par parenthèse pour que le portrait soit complet j’ai toujours combattu pour que le peuple palestinien ait une patrie et je me suis toujours sentie française. Mais tous ces gens qui me poussent vers la sortie me sont insupportables.
    Danielle Bleitrach

Verbes thématiques