Tribune 15/03/2012 à 17h06

Santé publique et précarité : des politiques qui rendent malade

Jean-François Corty | Médecins du monde
Olivier_Bernard | Médecins du monde

Peut-on encore qualifier le système de santé français de meilleur au monde alors qu’il répond de moins en moins aux besoins des personnes précaires ? Médecins du monde (MDM) pose la question aux candidats aux élections présidentielles et législatives.

Si l’accès aux soins est un droit reconnu à tous, il n’est pas effectif pour tout le monde, même en France où le plateau technique médical est l’un des plus perfectionnés.

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Désormais, bénéficier de soins curatifs et préventifs semble relever de plus en plus du parcours du combattant dès lors que l’on a des moyens financiers limités, que l’on soit Français ou pas.

Les centres de MDM ne désemplissent pas. Les équipes mobiles multiplient les interventions auprès des publics qui ne se rendent pas dans les lieux de soins et dont les besoins vitaux les plus élémentaires – avoir un toit, à manger et un accès à l’eau potable – ne sont pas satisfaits.

Ces personnes accèdent de plus en plus difficilement au système de soins. Ou elles n’arrivent pas à faire valoir leurs droits à la couverture maladie sans une aide préalable – alors que les dispositifs de lutte contre les exclusions sont censée les protéger. Conséquence : près d’un quart de nos patients ont consulté de façon tardive, phénomène en nette hausse par rapport aux années précédentes.

Rougeole et tuberculose font leur retour

Les enfants, dont la fréquentation dans ces centres reste importante (12%) n’ont toujours pas accès, pour bon nombre d’entre eux, à la vaccination. Ni même à une simple couverture maladie alors que des épidémies à potentiel létal (rougeole, tuberculose) font leur retour en métropole et en Europe.

Il est certain que la crise économique mondiale contribue à l’aggravation des inégalités sociales de santé – avec la recrudescence du chômage, des emplois précaires et du surendettement. Mais c’est surtout la remise en cause de notre système de santé solidaire ainsi que les effets collatéraux de politiques sécuritaires sur les enjeux de santé publique qui concourent à la dégradation de l’accès aux soins des personnes précaires.

Les filets de protection sociale s’amenuisent au rythme des réformes restrictives de la Sécurité sociale. Elles mettent à mal, au nom d’une idéologie néolibérale affirmée, le principe de solidarité qui fondait pourtant le projet issu du Conseil national de la Résistance.

De fait, on assiste à une baisse des remboursements de l’assurance maladie, une augmentation des franchises, du forfait hospitalier et donc du reste à charge.

Des réponses publiques sécuritaires

Par ailleurs, 6% des assurés – soit quatre millions de personnes – n’ont pas de complémentaire santé. Parmi eux, certains ont des situations paradoxales : en raison d’un effet seuil, une partie se retrouve « trop pauvre » pour payer une mutuelle mais « trop riche » pour bénéficier de la Couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C). C’est le cas des personnes allocataires de certains minima sociaux comme l’allocation aux adultes handicapés ou le minimum vieillesse.

Ces éléments permettent de comprendre entre autre qu’en 2011, 30% des Français ont déclaré retarder ou renoncer aux soins faute de moyen.

Dans ce contexte s’ajoutent des réponses publiques souvent plus sécuritaires que sociales, notamment envers des populations à la marge que sont les personnes se prostituant, les usagers de drogue, les personnes à la rue et les migrants, qu’ils soient citoyens européens ou pas.

En effet, le délit de racolage passif (réintroduit dans la loi pour la sécurité intérieure en 2003) a eu pour effet de relayer les personnes se prostituant vers de lieux plus isolés, plus exposés aux violences et aux pratiques à risque. Dans ces conditions, les programmes de prévention contre le VIH sont moins efficaces.

Autre exemple : l’épidémie d’hépatite C qui frappe près de 60% des usagers de drogue par voie intraveineuse, sans réponse adaptée du droit commun alors que l’Inserm recommande la mise en place de dispositifs innovants tels les salles de consommation supervisées qui ont fait leurs preuves à l’étranger.

Lutter contre l’instrumentalisation de la médecine

Par ailleurs, la fréquence accrue des expulsions des lieux de vie sans proposition de relogement, la remise en question de dispositif tels que l’aide médicale d’état (AME) et le droit au séjour pour les étrangers gravement malades (DASEM), empire les conditions de vie et d’accès aux soins des patients d’origine étrangère – une logique de nuisance délibérée pour les dissuader de rester sur le territoire français.

Cette mise en danger physique à court et moyen termes traduit donc une tension entre des enjeux sécuritaires et de santé publique, le plus souvent au dépend de ces derniers.

On l’aura compris, défendre un système de santé solidaire équitable et lutter contre l’instrumentalisation de la médecine dans des stratégies sécuritaires, c’est contribuer à un accès aux soins de meilleure qualité à moindre coût pour tous.

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  • Claude P.-
    Claude P.-
    Capitaliste Socialiste
    • Posté à 17h29 le 15/03/2012
    • 182348
      Capitaliste Socialiste

    Les besoins des personnes précaires ?

    Une France forte, pour garantir au mieux leur protection économique, sociale, sanitaire... !

    Remarquez, c’est vrai pour tous les autres, ne soyons pas mesquins.

    France forte pour tous !

    • Wildleech
      Wildleech répond à Claude P.-
      révolutionnaire en devenir
      • Posté à 20h13 le 15/03/2012
      • Internaute 81842
        révolutionnaire en devenir

      Une France insipide mais qui pue de loin, comme certains fromages ?

    • Captain Konstadt
      Captain Konstadt répond à Claude P.-
      tribun courtois
      • Posté à 10h11 le 16/03/2012
      • 178678
        tribun courtois

      Alors tentons de traduire ce qu’a voulu dire l’animal capitaliste socialiste :

      « Une France forte, pour garantir au mieux MA protection économique, DONC sociale et sanitaire.
      Remarquez, c’est vrai pour tous les autres, ne soyons pas mesquins.
      Un pour tous, tout pour MOI ! »

      J’ai bon ?

  • Delfi
    Delfi
    Enjaille la vie
    • Posté à 17h39 le 15/03/2012
    • 182451
      Enjaille la vie

    La santé ? Dés que vous êtes malades, les secours viennent vous chercher, peu importe si vous vous trouvez à l’étranger, et vous ramènent illico en France pour vous soigner, le tout étant couvert par les assurances.

    ...Ca ne marche que si on est fils de président ? : (

    En tout cas j’ai appris que ce n’est pas sous Sarkozy que ma santé sera en sécurité, entre les hôpitaux qui désemplissent en employé qualifiéss, le prix des médicaments et des consultations...

    • Captain Konstadt
      Captain Konstadt répond à Delfi
      tribun courtois
      • Posté à 10h59 le 16/03/2012
      • 178678
        tribun courtois

      oui et « désemplissent en employé » tout court.
      de plus il faut voir dans quelle détresse se retrouve le personnel très largement en sous-effectif dans le public, corvéable sur tout type de tâches, le rythme est carrément insoutenable, les jours de vacances sautent etc..
      les employés finissent par être ultra stressés voir dépressifs, et tout cela n’améliorera pas notre sécurité et santé non plus.

  • luminalbe
    luminalbe
    L'inconnu n'est pas dangereux, (...)
    • Posté à 17h45 le 15/03/2012
    • Internaute 68745
      L'inconnu n'est pas dangereux, (...)

    C’est la « France forte » construite en cinq ans par les UMPistes. Eux, ils s’en fichent de cette situation, ce ne sont pas leur oignons. Ils sont à l’abri, bien payés, bien logés, bien nourris.
    Incroyable comment ils ont reussi à dégrader la vie des Français, la vie des citoyens, la vie de toute une population. A vomir ! ! ! !

  • caynou
    caynou
    médecin
    • Posté à 18h01 le 15/03/2012
    • Internaute 52743
      médecin

    La mise en pratique des textes de lutte contre la fraude a fait augmenter les obstacles administratifs rencontrés par les personnes ayant droit à la CMUc. Je m’explique : entre 2007 et 2011 la part des personnes (suivies en accompagnement santé) ayant des difficultés avec la CPAM pour obtenir leur droit est passée de 22% à 57% . En même temps les refus de soins et les difficultés financières ont augmenté. Nous assistons à un grignotage régulier du droit à accéder aux soins. Et cela n’a pas l’air de passionner nos candidats. Ne reste-t-il qu’à signer les pétitions ?

    • Wildleech
      Wildleech répond à caynou
      révolutionnaire en devenir
      • Posté à 20h17 le 15/03/2012
      • Internaute 81842
        révolutionnaire en devenir

      FdG : soins remboursés à 100%, entre autre.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 18h13 le 15/03/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Belle tribune de MdM
    C’est vrai. Que les populations précaires françaises ou étrangères ne puissent plus se soigner, c’est tôt ou tard, une énorme épidémie possible qui touchera tout le monde, car les enfants continuent à aller à l’école, les parents fréquentent des lieux comme les services publics, les magasins, etc, où ils sont en contact avec des centaines de personnes.
    Empêcher l’accès aux soins est donc extrêmement dangereux et si les politiques actuels (qui est ministre de la santé que l’on n’entend pas ?) ne se rendent pas compte, ils seront directement responsables de ce qui peut arriver.
    Parfois, prévenir c’est guérir.

    • caynou
      caynou répond à caro
      médecin
      • Posté à 18h21 le 15/03/2012
      • Internaute 52743
        médecin

      Les risques de contagion sont la pointe de l’iceberg : le vrai problème (politique) est le creusement des inégalités de santé dans notre république.

      • caro
        caro répond à caynou
        délinquante avérée
        • Posté à 18h28 le 15/03/2012
        • Internaute 6484
          délinquante avérée

        oui, je parle des conséquences possibles des inégalités de santé. Si ça pouvait faire réfléchir ceux qui ne pensent que : santé = gros sous

  • Le Renifleur
    Le Renifleur
    loin d'ici
    • Posté à 18h27 le 15/03/2012
    • Internaute 136986
      loin d'ici

    Faites circuler !

    Pacte pour une Santé Égalitaire et Solidaire
    A l’attention des Candidats à la présidentielle 2012

    La pérennité de notre système de santé solidaire est aujourd’hui menacée même si ses résultats restent encore, en moyenne, globalement bons. Elle est menacée à la fois par l’accroissement des coûts restant à la charge des patients avec une augmentation du montant des primes d’assurances complémentaires et par l’aggravation continue des inégalités sociales et territoriales. Près de 4 millions de français n’ont pas de couverture complémentaire et trente pour cent renoncent à des soins pour des raisons financières. Les maladies des pauvres, comme la tuberculose, réapparaissent.

    C’est pourquoi nous proposons pour la mandature les mesures suivantes :

    La suite ICI

    Bonne santé à tous et à toutes

    Le Renifleur

    • salengro
      salengro répond à Le Renifleur
      quand le verbe se fait chair, (...)
      • Posté à 20h07 le 15/03/2012
      • Internaute 107017
        quand le verbe se fait chair, (...)

      « Les maladies des pauvres, comme la tuberculose, réapparaissent. »

      à rapprocher peut-être du fait que le BCG ne soit plus obligatoire.
      La raison officielle ? Que la maladie avait disparu
      Nonobstant que la vaccination généralisée ait pu y être pour quelque chose
      En vérité ? Faire des économies
      Du genre « à la con » puisque à long terme, si d’aventure la maladie réapparait au point de devoir multiplier les traitements, ce n’en seront pas.
      Apparemment, mieux vaut guérir que prévenir

    • Wildleech
      Wildleech répond à Le Renifleur
      révolutionnaire en devenir
      • Posté à 20h18 le 15/03/2012
      • Internaute 81842
        révolutionnaire en devenir

      CF. le front de gauche.

  • momo la salade
    • Posté à 22h43 le 15/03/2012
    • Internaute 110276
      foutus

    je confirmes mais j’en ais une bonne a se sujet , j’ais un petit problème je vous donnes les noms j’en ais rien a foutre au rayon gastro a l’hopital cochin ou je traines depuis des mois, j’ais la sécu j’ais une mutuelle depuis + de 10 ans et ça me parait abrakadabresque cochin faisant partie des AP HP ne reconnait pas et me demande d’avancer les tikets modérateurs pour chaques interventions alors qu’a st joseph ou a st antoine qui est aussi AP HP elle est valable et je n’ais rien a avancer bref une histoire. La suite me parait plus dingue je devais démarrer un traitement pour une durée d’un an on me fait l’ordonnance on me convoque munit des fameux medocs j’arrive la bas pas fier pour démarrer cette affaire changement de programme ce traitement et un peu tres dur et il me faut une prise en charge a 100 % spécial mon problème pas grave l’assistante social se pointe met se dossier en piste et j’attends cette fameuse prise en charge résultat des courses on m’a fait prendre pour plus de 1000 euros 1 mois de traitement inutile au frais de la mutuelle et de la sécu pour nada (j’avance pas la pharmacie) puisque on veut me foutre dans un protocole sois disant moins astreignant j’veux bien parrais que j’ais de la chance , ils les fourgues a tout le monde leurs protocoles mais là je vois pas ce que la sécu et la mutuelle vienne foutre là dedans c a la charge de ses putes de labos puisque le dernier qu’on m’a proposé on me payait 1000 euros pour 10 jours naaadine ma peau pour 1000 dollards bref je dois y retourner fin mars je me dis que je suis pas si malade que ça bien que je sois HS et a la flotte depuis aout pour conclure j’ais été client de medecin du monde il y’a un peu plus de 10 ans j’ais été bien pris en charge a tous les niveaux que ce soit humain et médical je me retrouve dans une situation sois disant confortable , dans un milieux impitoyable ( rapport a dallas) j’oubliais cette mutuelle me coute 51euros la mairie m’en rembourse 30 et quelques j’ais la chance d’être en invalidités suite au prochain épisode je plains sinçèrement celui qui n’a rien possible qu’il soit doublement malade j’mexcuse de raconter ma vie pas sur que ça fasse avancer le schmilblik par contre je m« excuse pas pour les fautes

  • affreuxjojo
    • Posté à 22h41 le 15/03/2012
    • Internaute 29421

    S’il n’y a plus d’argent pour soigner correctement, par contre, il ne faut pas facher les industries de la santé.
    Pour vous rendre à une dialyse régulière, pas question de prendre le train ou le bus. La sécu ne rembourse pas. Par contre, elle paie sans sourciller l’ambulance même 10 fois plus cher.
    Pour un problème ponctuel (genre entorse), la sécu ne rembourse pas la simple location de béquilles. Par contre, elle rembourse l’achat de béquille qui finiront dans un placard.
    Il y aurait quantité d’exemple du même genre qui montre que la sécu n’est plus une assurance santé universelle, mais la vache à lait de lobbys aussi divers qu’influents.

  • phildefer
    phildefer
    glandeur à la retraite
    • Posté à 07h44 le 16/03/2012
    • Internaute 28363
      glandeur à la retraite

    Lisez l’édito de Patick Pellloux dans Charlie Hebdo de cette semaine !
    Edifiant

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