Réfugiés 21/02/2012 à 17h03

Des couleurs pour le plus grand camp palestinien de Beyrouth

Pascal Riché | Redchef Rue89


Lina Khoury à l’entrée du camp de Borj el-Barajné, Beyrouth (Liban), février 2012 (Pascal Riché/Rue89)

(De Beyrouth) Lina Khoury observe à travers ses grosses lunettes le mur sale, à l’une des entrées du camp. Elle s’interroge :

« Ce mur est pas mal, mais il y a ces affiches... »

Lina est une belle personne. Une jeune Libanaise, généreuse, active, au sourire communicatif. Assistante sociale dans les prisons dans la semaine, elle s’occupe le week-end des enfants du camp de réfugiés palestiniens de Borj el-Barajné, bénévolement. Ce sont des enfants piégés dans une réalité sordide, une situation immobile depuis des decennies, mais emplis de joie et d’énergie. Lina a monté l’association Kahkaha (« rire »). Sa dernière idée, c’est d’enrôler les enfants pour repeindre les murs du camp, de toutes les couleurs.

Avec deux Norvégiens un peu dingos

Mais les murs résistent parfois aux couleurs. Les affiches qui la turlupinent, sur celui-là, sont au nombre de quatre : Arafat jeune. Arafat plus vieux. Arafat et Saddam Hussein, assis. Et puis cet homme moins connu, un commandant du Fatah, avec une petite moustache blanche, Abu Madi.

« Celle-là est la plus sensible : Abu Madi est mort d’un cancer. Pour pouvoir peindre le mur, on va devoir enlever les affiches sans offenser ceux qui les ont mises. Il faudra interroger le voisinage. “


Les affiches d’Arafat et Abu Madi, mur du camp de Borj el-Barajné, Beyrouth (Liban), février 2012 (Pascal Riché/Rue89)

Apres une semaine passée à former des journalistes libanais à l’écriture web, je me suis rendu samedi matin dans ce camp situé non loin de l’aéroport de Beyrouth, une zone de la ville contrôlée par le Hezbollah.

Ce sont deux Norvégiens un peu dingos, Jorgen et Matias, qui m’ont invité à les suivre ici. Le premier est artiste, le second documentariste. Tous deux sont très drôles et amicaux. Ils viennent de traverser le Liban à pied, et ont raconté leur périple, en vidéo, sur leur blog.

Ce n’est pas la première fois qu’ils se rendent dans ce camp palestinien : ils sont même devenus des stars ici. Dans les rues, les enfants les apostrophent par des noms de super-héros qui leur ont été donnés le jour de Noël : ‘Ali Akhtar ! Ali Akhtar !’ (Ali vert) et ‘Zariaa Khodra !’ (grande plante).

Quand il pleut, le camp devient dangereux

Le camp, qui fait un kilomètre sur un kilomètre, était conçu au départ pour 10 000 réfugiés ; 25 000 y vivent aujourd’hui, dans des habitations d’un ou deux étages ne reposant sur aucun fondement.


Un électricien (Pascal Riché, Rue89)

Comme Sabra, comme Chatila, deux camps de réfugiés voisins, célèbres dans le monde entier depuis le massacre de 1982, c’est une zone à peine reconnue par le Liban. Ses ruelles ne figurent sur aucune carte. Aucun service public ne fonctionne : les Palestiniens sont obligés de voler eau et électricité, les autorités ferment les yeux. Tout le monde ferme les yeux.

Ce qui frappe le visiteur, au premier abord, c’est l’enchevêtrement de tuyaux d’eau et de fils électriques, toiles d’araignées omniprésentes qui surplombent chaque ruelle. Des boîtes de fusibles, ouvertes, sont posées à même la rue. Difficile de marcher sans toucher un seul fil. Quand il pleut, le camp devient dangereux. La nuit, on voit des étincelles, on entend le friselis des faux contacts.


Une ruelle plongée dans le noir, même en plein jour (Pascal Riché/Rue89)

Plusieurs personnes – une vingtaine en trois ans, selon l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) – meurent électrocutés chaque année. Les Palestiniens du camp en ont fait une blague : l’électricité est le second problème après le manque d’électricité. La plupart des morts sont des enfants : ils sont moins avertis du danger, ils sont plus souvent dans les rues boueuses. Sahar Serhan, coordinatrice de Social Support Society s’en désole :

‘L’eau et l’électricité, c’est une mauvaise combinaison. L’an dernier, six personnes sont mortes : deux adultes et quatre enfants.’

Eclairer les ruelles avec de la peinture

Sahar Serhan gère un petit havre pour les personnes âgées qui viennent chaque jour jouer au backgammon ou boire du thé. Avec Lina Khoury, elle fait construire maintenant un jardin d’enfants sur le toit de son centre. Une fausse porte dorée a déjà été peinte, ainsi que des créneaux ; reste à poser des balançoires et un toboggan. Ce matin, des adolescents rigolards occupent les lieux. Lina recrute parmi eux des volontaires pour ses murs, sans difficulté.

Elle a eu l’idée des murs en regardant un documentaire à la télévision sur un projet mené à Naples par des architectes dans un quartier pauvre. Elle a commencé à faire repeindre les murs des ruelles les plus sombres en blanc : ‘C’est fou comme cela éclaire, le blanc.’

Pour loger tout le monde, les habitants du camp ont construit des pièces d’habitation entre les immeubles, de part et d’autres des ruelles, plongeant des parties entières du camp dans l’obscurité. Lina Khoury ajoute :

‘Le résultat, c’est que cela condamne aussi les fenêtres. Certains logements sont sans lumière. C’est un vrai problème sanitaire : cela entraîne des problèmes psychologiques et des problème de peau, notamment chez les bébés

Jorgen et Matias et la préparation d’un mur

A chaque entrée du camp, elle demande aux enfants de peindre des fresques colorées.

On va le faire à chaque entrée. Pour qu’on ne puisse pas dire, en passant le long de celui-ci : Pouah, c’est un enfer ici.’”

Un îlot, loin des klaxons de la capitale

Etonnamment, malgré la pauvreté, les fils électriques, l’obscurité, les problèmes sanitaires, le camp de Borj est loin d’être un enfer. C’est un îlot agréable et calme, loin des klaxons de Beyrouth. On y croise des petits commerces, coiffeurs, artisans, vendeurs de falafels. Les visages sont accueillants, les enfants sont joyeux et débordant d’énergie. Et les murs qu’ils repeignent en couleurs ressemblent finalement plus à leur village que les posters jaunis de guerriers en treillis militaires.


“Les enfants ont droit au respect”, fresque du camp de Borj el-Barajné, Beyrouth (Liban), février 2012 (Pascal Riché/Rue89)

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  • Mohamad
    Mohamad
    algérien
    • Posté à 18h41 le 21/02/2012
    • Internaute 161294
      algérien

    Ces enfants veulent rentrer chez eux et non pas colorer les murs de ces camps de concentration.

  • Mohamad
    Mohamad
    algérien
    • Posté à 18h57 le 21/02/2012
    • Internaute 161294
      algérien

    Dans l’affiche derrière, il y a la photo et l’appel de soutien pour un prisonnier palestinien (Adnane Khidr) qui a entamé une grève de faim depuis S.O.I.X.A.N.T.E. JOURS ! (60 jours) mais silence radio chez les médias « civilisés ». On préfère parler de celui qui a insulté le prophète ou de celui qui a publié la photo de sa comapgne nue !

  • lifka
    lifka répond à Mohamad
    • Posté à 20h09 le 21/02/2012
    • Internaute 37623

    Chez eux ? Mais c’est le Liban, chez eux.

    Imaginez ce qu’on dirait si en France on considérait que les descendants à la 4e génération née dans le pays de réfugiés arméniens, juifs ou africains n’étaient pas considérés comme chez eux en France et étaient contraints de vivre dans de telles conditions, derrière les murs d’un camp, sans les droits les plus élémentaires sous le seul prétexte qu’ils seraient destinés à (r)entrer un jour dans un pays que ni eux ni leurs parents ni leurs grands parents n’ont jamais connu ?

    Je vois déjà les manifestations des associations de droits de l’homme ! Il suffit de voir les hurlements à chaque fois qu’on veut renvoyer chez eux (et là c’est le vrai mot) des immigrants clandestins.

    Mais pour les associations de droits de l’Homme, il y a bel et bien deux poids et deux mesures : ce qui est valable pour le plus petit des immigré chez nous n’a pas à être appliqué pour les Palestiniens au Liban, ni même à Gaza ou en Cisjordanie où des centaines de milliers de gens sont parqués depuis 60 ans par l’ONU à la charge de la communauté internationale dans des « camps de réfugiés » alors même qu’ils vivent sur leur propre territoire.

    Le seul cas au monde où on peut être « réfugié » chez soi pendant 60 ans et ne surtout rien faire pour améliorer sa vie de peur de perdre ce statut !

    Cherchez l’erreur.

  • caro
    caro répond à Mohamad
    délinquante avérée
    • Posté à 23h04 le 21/02/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    une très bonne nouvelle, Khader Adnane va être libéré, il a arrêté sa grève de la faim. Voir le commentaire ici