Délinquance étrangère : le constat de l'Observatoire de la délinquance
Il y a les chiffres, bruts, qui paraissent sans appel : entre 2006 et 2011, la part des étrangers parmi les mis en cause pour atteintes aux biens (vols et cambriolages) par la police ou la gendarmerie est passée de 12,8% à 17,3%.
Ces statistiques sont issues du dernier « Grand Angle » de l’Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale (ONDRP), publié mercredi 15 février, et consacré aux « Français et étrangers mis en cause par la police et la gendarmerie ».
Et puis il y a les précautions d’usage, peut-être encore plus nombreuses qu’à l’habitude.
Lire sur Blog de Laurent Borredon- 2086 visites
- 12 réactions















4








卑語
卑語
On peut comprendre les précaution d’usage supérieure à l’habitude : i « N’importe qui peut faire dire n’importe quoi aux chiffres, avait ainsi expliqué à TF1 Alain Bauer président de l’ONDRP, dont le coeur de métier est précisément le recueil et l’analyse statistiques des données policières.
Les statistiques délivrées sont tout sauf sans appel comme tous les chiffres sur la délinquance livrés par le gouvernement depuis le début.
Il y a une malhonnèteté dans le résumé que vous faites du blog qui dit à peu près l’inverse.
Du côté de la justice
Intéressons-nous aussi aux statistiques judiciaires, qui confirment que la structure de la délinquance des étrangers est globalement similaire à celle des nationaux. Toutefois, elles indiquent aussi que les étrangers sont plus lourdement sanctionnés que les nationaux, notamment plus souvent condamnés à des peines de prison, avec moins de sursis et des peines plus longues.
les étrangers sont donc particulièrement visibles dans le système pénal, davantage que ce que leur poids véritable dans les délinquances (qui reste à étudier sérieusement) justifierait. Utiliser des statistiques produites par le système pénal sans donner tous les éléments d’explication et d’interprétation que l’on vient de rappeler revient ainsi à faire un aveu : le but n’est pas de mesurer objectivement la part des personnes de nationalité étrangère dans les différentes délinquances, il est simplement de faire de la politique politicienne avec ce sujet.
Des consignes politiques et des pratiques policières qui ciblent les étrangers
Lorsque l’on connaît la matière, il est amusant de lire que le ministre a fait faire de “ nouvelles études ” à l’ONDRP, dont “ les conclusions arrivent peu à peu ”. En réalité, la seule et unique donnée utilisée par l’ONDRP (voir sa publication précédente sur le sujet) et par le ministre est toujours la même depuis le début des années 1970 : c’est le comptage des personnes “ mises en cause ” par les policiers et les gendarmes dans leurs enquêtes, qui a toujours donné trois informations de base : s’agit-il d’un homme ou d’une femme, d’un mineur ou d’un majeur, d’un Français ou d’un étranger. Comment faire du neuf avec de l’ancien... Et les problèmes d’interprétation de cette donnée policière sont également toujours les mêmes, rappelés par les chercheurs depuis bien longtemps.
Pour commencer, les “ mises en cause ” policières dépendent en amont de l’élucidation des affaires. Or la majorité des faits constatés ne sont pas élucidés et les taux d’élucidation sont de surcroît extrêmement variables selon les types d’infractions. En outre, l’élucidation dépend en amont des plaintes mais aussi des initiatives policières, en particulier les contrôles sur la voie publique. Or, c’est un fait que ces contrôles ciblent les étrangers en raison principalement de la couleur de la peau. C’est ce que l’on appelle couramment en France les “ contrôles au faciès ” et, à l’étranger, le “ profilage ethnique ”. Cette pratique s’est certainement encore renforcée ces dernières années, pour deux raisons. La première est que, depuis 2002, l’arrestation d’étrangers en situation irrégulière est l’un des moyens qu’ont trouvé les policiers et gendarmes pour répondre à l’injonction politique d’augmentation de leurs taux d’élucidation. La seconde est que, depuis 2007 et la création du ministère de l’Immigration, le gouvernement français a décidé d’organiser une “ chasse ” aux étrangers irréguliers, avec des quotas statistiques imposés aux policiers et aux gendarmes afin de “ faire du chiffre ” dans ce domaine également
Quant à l’ampleur de ces discriminations dans les contrôles de police, elle commence à être connue. A l’initiative d’une fondation américaine, une équipe de chercheurs français a pour la première fois, en 2008, testé scientifiquement l’existence de contrôles au faciès.
les résultats sont sans appel : le fait d’avoir la peau noire entraîne un risque d’être contrôlé 3 à 11 fois supérieur selon les sites, et le fait d’avoir le type Maghrébin un risque 2 à 15 fois supérieur selon les sites étudiés.
Un poids global qui diminue au fil des ans
Pour toutes ces raisons, l’on ne peut en aucun cas considérer que les personnes mises en cause par la police constituent un échantillon représentatif de la délinquance constatée, a fortiori de la délinquance réelle. En outre, lorsque l’on raisonne sur la part des étrangers parmi ces personnes mises en cause, il faut prendre en compte le fait que certaines infractions concernent par définition les étrangers. Ce sont ce que l’on peut appeler la “ délinquance administrative ”, constituée par les infractions à la police des étrangers, mais aussi les délits de faux documents d’identité et autres documents administratifs ainsi que le délit de travail clandestin. Pour calculer un taux d’étrangers parmi les mises en cause policières, il faut donc les soustraire.
Enfin, il faut avoir à l’esprit le fait que les étrangers mis en cause ne sont pas nécessairement des personnes résidant sur le territoire national. D’abord, la France est un pays carrefour pour la circulation des personnes et des marchandises ainsi qu’une des trois premières destinations touristiques dans le monde. Ensuite, certaines délinquances (trafic de drogue, proxénétisme...) sont par définition transfrontalières et certains ressortissants étrangers peuvent donc être arrêtés pour des délits commis en France lors même qu’ils n’y résident pas.
Tenant compte de tous ces biais, qu’en est-il de la délinquance des étrangers et de son évolution ces dernières décennies selon les statistiques de police ? Les atteintes aux biens sont stables sur l’ensemble de la période, de même que les infractions économiques et financières. Seules augmentent, surtout depuis le milieu des années 1990, les atteintes aux personnes. Mais ceci n’est pas propre aux étrangers, c’est le mouvement général qui concerne tout autant les nationaux.
En termes d’évolution, la part de la délinquance des étrangers dans les statistiques de police n’a cessé de diminuer d’environ 14 % des personnes poursuivies à la fin des années 1970 à environ 10 % de nos jours. A quelques rares exceptions près, comme les vols à l’étalage (délinquance des pauvres par excellence), la part des étrangers parmi les personnes mises en cause a baissé en trente ans dans quasiment toutes les catégories d’infraction. Ceci dément radicalement l’affirmation (volontairement floue) de Claude Guéant selon laquelle “ il y a une augmentation ”.




Partager