115 du particulier : plein d'« amis » et autant de remous
Le groupe Facebook, qui depuis une semaine en appelle à monsieur Tout-le-monde pour héberger, réchauffer ou nourrir les sans-abri, enthousiasme et embarrasse.
Depuis sa création le 3 février sur Facebook, le 115 du particulier fait parler de lui et prend de l’ampleur : le groupe a gagné près de 4 500 membres en six jours.
Avec la vague de froid qui perdure, la mobilisation citoyenne et alternative continue à recenser, sur le réseau social, hébergements, repas, et vêtements, en plus d’une multitude de petits services (dépannage de fuel, covoiturage, etc.) offerts aux personnes à la rue par des particuliers.
Brann du Senon, 51 ans, et Cédric Lebert, 41 ans, sont deux anciens SDF à l’origine de l’initiative. Ils voient dans le 115 du particulier « un nouvel outil alternatif » qui « ne bride pas le don » et tente, avec des moyens modestes, de « rassembler toutes les bonnes volontés et de les coordonner ».
Aujourd’hui, les membres s’organisent en sous-groupes régionaux pour mieux traiter les offres de monsieur Tout-le-monde. Une nouvelle page est aussi dédiée aux débats et discussions parfois houleux suscités par l’initiative.
« Entre 60 et 80 cas traités »
« On est un peu dépassés par l’ampleur du mouvement », concède Brann du Senon. Depuis le 3 février, il n’a pas beaucoup dormi et administre la page Facebook « en caravane, dans les bois, du côté de Nemours » (Seine-et-Marne), où il vit « avec pas grand-chose ».
« On n’a pas trop le temps de comptabiliser les résultats, on répond aux
demandes au fur et à mesure. Ce qui est sûr, c’est qu’on a traité entre 60 et 80 cas, dont une vingtaine de logements.Là, je m’occupe d’une femme qui dort dans une voiture avec ses deux enfants. »
Brann a proposé sa caravane sur le mur Facebook du 115 du particulier dès la création du groupe :
« J’ai accueilli un SDF samedi dernier. Quelqu’un m’a contacté, pour me mettre en relation avec lui. L’homme était en sous-location et se retrouvait dehors. J’ai posté un appel sur le mur Facebook, car je n’avais pas la possibilité d’aller chercher cette personne là où elle se trouvait.
Quelqu’un s’est proposé, mais n’avait pas d’oseille pour l’essence. Je lui ai donné un petit biffeton. Depuis, la personne sans-abri est chez moi. Il a 47 ans et un problème d’addiction. En attendant, il n’a pas bu une goutte d’alcool depuis qu’il est là. »
Sur le mur, Ma Ryline donne des nouvelles de son « hébergé » :
« Seb est chez nous au chaud pour le week-end avec son chien et son vélo à la cave. Il ne va jamais en foyer. C’est un itinérant “branché” : il connaissait déjà le mouvement du 115 du particulier grâce à Facebook auquel il a accès. »
On trouve enfin le témoignage de Jessica, 20 ans :
« Sur le moment, je n’y croyais pas trop mais une heure après, j’ai reçu un message de Marie, une des bénévoles, [qui me disait] qu’elle avait une solution pour moi. [...] Grâce [au 115 du particulier], j’ai pu avoir une aide et une prise en charge très rapide (toit, chauffage, nourriture), ce qui va me permettre de pouvoir refaire mes papiers et d’avoir une “réelle situation” [...]. Le 115 du particulier [...] agit de A à Z en concrétisant leurs actions sur le terrain... »
Des recteurs de mosquée en renfort
Brann du Senon :
« Aujourd’hui, le Secours populaire nous donne un coup de main en nous ouvrant leur plate-forme téléphonique pour relayer nos offres. On a aussi des recteurs de mosquée qui nous ont entendus. Ils relaient notre appel et proposent d’ouvrir certaines mosquées aux sans-abri. »
Sélim Al Sabbah représente le collectif de citoyens musulmans qui s’est agrégé au 115 du particulier. S’inspirant du cas de la Belgique, il contacte les recteurs pour « ouvrir toutes les mosquées et salles de prière la nuit aux hommes, femmes et enfants, quelles que soient leurs confessions ou leurs opinions, privés de toit et de nourriture ». Il invite « les autres confessions à suivre cet exemple ».
« N’importe qui arrivant, par exemple, à la mosquée de Gennevilliers [Hauts-de-Seine, ndlr] après la prière de 20 heures peut être hébergé : homme, femme, enfant... musulman ou non musulman », assure-t-il.
Sur Facebook, le collectif Les Morts de la rue s’inquiète du « risque de prosélytisme ».
Sélim Al Sabbah rassure :
« L’initiative des musulmans que je représente est purement fraternelle [...]. Nous ne voulons aucun remerciement politique ni aucune récupération partisane, nous ne souhaitons que faire un geste humaniste. »
Le Samu social, peu loquace sur le sujet
Par son existence même, le 115 des particuliers souligne les manquements des pouvoirs publics en matière d’hébergement d’urgence. Le Samu social est peu loquace sur le sujet. Par voie d’AFP, Stefania Parigi, directrice générale du Samu social de Paris, reconnaît qu’il « peut y avoir de la bonne volonté dans cette initiative mais derrière, il peut aussi y avoir une réalité qui dépasse les gens qui accueillent les sans-abri ».
« Quand on s’engage auprès de quelqu’un pour l’aider, on doit aller jusqu’au bout. Au Samu social, on a une charte de non abandon », ajoute-t-elle.
« L’exclusivité de la misère sociale »
« Le 115 de Paris, par exemple, reçoit des centaines de demandes sans pouvoir les honorer », rétorque Brann du Senon.
« Certains membres du 115 se permettent de nous moraliser au sujet des hébergements temporaires que nous proposons grâce à ce mouvement citoyen de plus de 5 000 “amis”, en nous culpabilisant sur le fait de les remettre à la rue le lendemain. Que font, dans ce cas-là, les centres d’hébergement affiliés au 115 national ? [...]
En somme, vous voulez l’exclusivité de la misère sociale, même si votre politique cultive les dommages collatéraux. »
- Sur Rue89115 du particulier : révolutionnaire ou fausse bonne idée ?
- Sur facebook.comLa page Facebook du 115 du particulier
- Sur marianne2.frHébergement d'urgence : deux ex-SDF créent le 115 des particuliers
- 19691 visites
- 33 réactions



























we are legion...
we are legion...
j’aime




Partager