Sur le terrain 04/02/2012 à 13h10

On a entraîné un jeune UMP au meeting de LO

Marie Kostrz | Journaliste Rue89

Grégoire a bien voulu m’accompagner au meeting de Nathalie Arthaud à Montreuil. Il a été impressionné par les chants révolutionnaires, pas par le discours de la candidate.


Grégoire, militant UMP venu assister à un meeting Lutte ouvrière (Marie Kostrz/Rue89)

Un adhérent de la jeunesse UMP dans une meeting de LO ? L’idée n’a pas fait peur à Grégoire, qui a accepté de m’accompagner lors du rassemblement organisé à Montreuil vendredi. Il a 27 ans, étudie dans une école de commerce. Cela fait neuf ans qu’il a rejoint l’UMP, dont sa mère fait aussi partie.

Il a vu Nathalie Arthaud devant une foule en liesse, lors de son premier meeting. Avant que la candidate de Lutte ouvrière (LO) à la présidentielle n’entame son discours, son image défile déjà en boucle sur un écran géant. Grégoire a les yeux rivés dessus.

Jamais ce militant, originaire d’Alsace, ne s’était évidemment rendu à un tel rassemblement de l’extrême gauche. Il connaît Nathalie Arthaud seulement à travers les affiches que LO a placardé sur les murs de la capitale et de ses banlieues :

« Cela m’a choqué, car c’est de l’affichage sauvage. Ce ne sont vraiment pas des méthodes que nous employons en Alsace. J’ai toujours collé mes affiches sur des panneaux. »

Nougaro et Edith Piaf le laissent de marbre

Bon. On prend place dans la grande salle, près de l’écran géant. Grégoire jette un rapide coup d’œil dans l’assemblée. Pour lui, rien à signaler de particulier, le public est « tout à fait similaire à celui de l’UMP, où viennent des gens très différents ».

Je lui fais remarquer que le public n’est pas si diversifié : on n’y voit pas beaucoup de jeunes. Les classes supérieures, les cadres et les patrons n’ont pas l’air de se bousculer non plus. LO est un parti de « classe » (ouvrière). « Oui c’est vrai », reconnaît-il.


Un militant poing levé dans le public du meeting de Nathalie Arthaud (Marie Kostrz/Rue89)

Grégoire pèse ses mots, il n’a vraisemblablement pas envie de passer pour un militant condescendant. Et pas très pop. (Je réalise que je me suis fait berner par leur mémorable lipdub. J’imaginais un mouvement aux militants enjoués en toute circonstance. Je suis un peu déçue.)

On attend donc en silence l’arrivée de Nathalie Arthaud et d’Arlette Laguiller, qui préside la soirée. Les exclamations des militants motivés qui nous entourent et la compilation musicale Nougaro-Piaf qui chauffe la salle ont l’air de laisser Grégoire indifférent.

Le chant révolutionnaire : « Impressionnant »

Les voilà enfin qui arrivent. C’est parti pour un chant révolutionnaire endiablé, « La Jeune Garde », qui, lorsque la musique s’arrête, continue a cappella. Ici, tout le monde connaît les paroles et chante à gorge déployée – l’Internationale débitée lors des meetings de Jean-Luc Mélenchon, c’est un peu mou à côté. « Assez impressionnant, je ne sais pas quand je reverrai ça », reconnaît Grégoire.

Arlette Laguiller ouvre le bal. Elle espère que les ouvriers « s’empareront des idées » de LO « pour qu’elles deviennent une force » et que l’ordre établi entre classes soit renversé.

Une phrase qui fait écho à l’immense banderole déployée dans le fond de la salle, où sont inscrites les paroles de Karl Marx :

« L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. »

Ce qui ne fait pas rêver notre Jeune pop. « C’est un peu vieillot, Marx. »

« Grèves et blocages, pas les bons moyens »

Grégoire préfère enchaîner sur les « moyens plutôt critiquables » que LO utilise :

« Les partis républicains ont des valeurs de respect et de justice. LO n’en fait pas partie, c’est un parti extrême : les grèves, les blocages ne sont pas les bons moyens, car il y a toujours une possibilité de dialoguer. »

Je lui demande si parfois ce n’est pas une nécessité pour se faire entendre. On parle de l’usine Lejaby de Haute-Loire, qui a fermé et vient d’être reprise par un fournisseur de Louis Vuitton.

Il est persuadé que même sans leur grande mobilisation et le traitement médiatique qui a suivi, les employées du fabriquant de lingerie auraient reçu la même attention de la part de l’Elysée.

Autour des deux femmes de Lutte ouvrière, une rangée d’ouvriers de l’industrie automobile, des cheminots, un agent de sûreté. L’heure est à la défense des conditions de travail.

« Elle caricature les jeunes »

Grégoire reste indifférent au discours :

« Avec la réforme des retraites Nicolas Sarkozy a pris des dispositions spéciales pour ceux qui effectuent les travaux les plus pénibles. »

Une mesure qui, onze mois après son entrée en vigueur, n’est quasiment pas appliquée. Grégoire l’ignore : « Ah bon ça n’a pas encore été mis en place ? »


Nathalie Arthaud, candidate LO à la présidentielle, en meeting à Montreuil (Marie Kostrz/Rue89)

Puis c’est au tour de Nathalie Arthaud de faire chauffer le micro. Pendant tout le discours, Grégoire l’écoute attentivement, pianote de temps à autre sur le clavier de son téléphone. Au bout d’une heure et demie, il commence à regarder sa montre.

A peine le discours achevé et l’Internationale chantée poing levé, il réagit :

« Je ne comprends pas pourquoi elle n’a consacré que cinq petites minutes à la jeunesse. Elle caricature les jeunes en ne parlant que de ceux qui habitent en banlieue ou qui sont diplômés et ne trouvent pas de travail. C’est caricatural, pas représentatif des jeunes de France. »

Le manque de propositions concrètes avancées sur ce thème l’étonne.

« Les riches consomment plus »

Place à la TVA sociale. La critique qu’en fait Nathalie Arthaud n’est pas du goût de Grégoire. L’injustice entre riches et pauvres, grand thème de LO, est pour lui injustifiée. Dialogue :

« L’augmentation de la TVA annoncé le 29 janvier ne concerne que les produits actuellement à 19,6%. Ça épargne les produits de première nécessité, donc les pauvres ne sont pas plus touchés. La hausse touche par exemple les produits technologiques.

- Ça veut dire qu’il sera encore plus difficile pour une personne modeste d’acheter par exemple un ordinateur que pour un client aisé...

- Ça veut dire que les riches pourront plus consommer et ce n’est pas une mauvaise chose.

- Mais l’ordinateur, c’est un outil de plus en plus nécessaire pour étudier par exemple. Ce n’est pas un peu problématique que son accès soit encore plus inégal ?

- Peut-être. Mais il faut voir ce qui est important en temps de crise. »

Grégoire ne dira rien de l’augmentation de la TVA de 5,5% à 7%, passée au 1er janvier 2012, qui concerne lui de nombreux produits de première nécessité.

Le communisme, « même eux n’y croient plus »

Grégoire est content d’avoir assisté au meeting. Conclusion : l’idéal communiste reste pour lui « un doux rêve », le discours de LO est lui anachronique.

Dans la salle, il remarque finalement la présence de nombreux militants grisonnants :

« A mon avis, il ne sont pas dupes, même eux n’y croient plus. »

Nathalie Arthaud, un peu plus tôt dans la soirée, semblait pourtant convaincue du contraire :

« Nos idées, elles touchent. Ne vous inquiétez pas, elles feront leur chemin. Tôt au tard, il y aura des réactions. »

MERCI RIVERAINS ! thierry reboud, GaiusMarius, Cot
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  • Maxmaxence
    Maxmaxence
    Etudiant
    • Posté à 13h30 le 04/02/2012
    • Internaute 120649
      Etudiant

    « les riches consomment plus »
    Même argument depuis 20 ans lancé à l’époque par Reagan, sophisme qui s’avère faux mais intellectuellement séduisant pour la classe dirigeante et sa théorie du « déversement ». Sauf que Keynes a théorisé ce que l’on appelle la « propension à consommer », qui explique que plus le revenu augmente, plus une part importante de ce revenu est épargnée.

    Ce qui veut dire donc que si tu donne 10000 euros à une personne, elle en consommera 5000 et épargnera le reste, tandis que si vous donnez 1000 à 10 personnes, elles consommeront 950 et épargneront le reste. Au final 950x10=9500>5000 Les « pauvres » consomment donc plus que les riches. CQFD.
    Voilà pourquoi garder une certaine égalité de revenu (avec un écart-type de 30%) est plus efficient dans pour une économie que de favoriser l’enrichissement à tout prix. Je vois que l’UMP est toujours aussi nulle en économie.

  • Pom-Pot le Rouge
    Pom-Pot le Rouge
    Nez en l'air
    • Posté à 13h33 le 04/02/2012
    • Internaute 165693
      Nez en l'air

    Amusant, deux idéologies fermées et n’acceptant aucune critique qui se jaugent.

  • Pierre771
    Pierre771
    Informaticien
    • Posté à 13h57 le 04/02/2012
    • Internaute 129648
      Informaticien

    Moi ce qui m’a amusé : en Alsace, on colle les affiches dans les panneaux, pas en-dehors ! Très germanique !

  • Alt-Z
    Alt-Z
    Dans le marigot Lepen89
    • Posté à 14h21 le 04/02/2012
    • Internaute 34267
      Dans le marigot Lepen89

    Curieux article, et drôle d’idée de vouloir traiter LO (pour la première fois...) en y mettant immédiatement les gardes-fous d’un militant UMP. Lequel est pour le moins insipide, mais ça va avec le job. D’ailleurs, je suis sûr qu’il n’a jamais lu Marx.

  • Yann Guégan
    Yann Guégan répond à Alt-Z
    Avec les doigts http://bit.ly/ (...) Rue89
    • Posté à 14h58 le 04/02/2012
      éditeur
    • Journaliste 1836
      Avec les doigts http://bit.ly/ (...)

    On tente des choses. Y a rien qui ressemble plus à un meeting de Lutte ouvrière en 2012 qu’un meeting de LO en 2007. A part un meeting de LO en 2002. Ou un meeting de LO en 1995 (ad lib). Du coup on essaie de varier le traitement.

  • Prospero26
    Prospero26 répond à Pierre771
    journaliste-reporter (à la (...)
    • Posté à 16h20 le 04/02/2012
    • Journaliste 114232
      journaliste-reporter (à la (...)

    J’habite en Alsace, donc :
    1) le jeune UMP confond l’affichage officiel (avec affiches lacérées) sur panneaux ad hoc, et l’affichage sauvage, et ça on le voit aussi en Alsace (clôtures de chantiers, murs, etc., notamment par les partis dits extrêmes).
    2) Je ne suis pas un Alsacien d’origine, mais ça me fait gerber de voir balancer toujours la « germanitude » dans les gencives des Alsaciens par les gens qui n’y habitent et n’en connaissent que peu.