à lire sur LaTribune.fr 29/01/2012 à 18h04

La Tribune publie son dernier numéro : une rédaction cherche à faire son deuil

Alors que La Tribune vit ses dernières heures de quotidien national -le dernier numéro papier sort lundi matin-, c’est « au nom de toute une équipe atteinte dans sa dignité et lourde de chagrin » que Sophie Péters, l’auteure de la chronique « Mieux dans mon job », tente de tirer quelques leçons.

« Depuis le début de la crise, on n’échappe plus à l’équation chinoise crise = opportunité, tentant de trouver un coin de ciel bleu dans un horizon gris et plombé. L’exercice n’est cependant pas toujours si facile. Après avoir semé, semaine après semaine, quelques graines à faire pousser dans vos esprits pour considérer la vie au travail sur son versant le plus prometteur, voilà que ces “Mieux dans mon Job” sont en deuil. Vous le savez, La Tribune vit ses derniers jours de quotidien national économique. C’est toute une page de l’histoire du journalisme qui se tourne, un métier qui change de contours, une équipe qui va se séparer, non sans tristesse et douleur. “Cela n’arrive pas qu’aux autres”. C’est souvent ce que l’on se dit le jour où l’on fait l’expérience d’un traumatisme. L’actualité est de plus en plus féconde en plans sociaux. Nous en sommes aujourd’hui un exemple de plus. (...)

Il n’empêche. On ne se confronte pas impunément à ce qui relève de la perte, de la disparition, de la séparation et pour tout dire la mort. Alors oui, nous allons devoir faire un travail de deuil. Un deuil d’autant plus particulier qu’il ne touche pas seulement celui d’une entreprise, mais aussi celui d’un métier, fabriquer tous les jours un quotidien papier en vu dans les kiosques. Ici, à La Tribune, ce sont des dizaines de salariés qui vont dire adieu au métier de leur jeunesse. Celui qu’ils ont choisi avec cœur et dont le labeur jour après jour a construit leur fierté. Chagrin d’honneur donc. Car il relève de la perte de dignité de l’être et de son honneur, lié à ce que l’on fait, et de la reconnaissance par autrui de ses actes.

Chacun se voit alors dans l’obligation de revisiter ses référentiels, de réétudier ses besoins et ses marges de manoeuvre. Faire son deuil c’est pouvoir passer de la perte à l’adoption, franchir les cinq étapes définies par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross : le déni : “non, ce n’est pas possible”, la colère : “ce n’est pas juste”, le marchandage : “puisque c’est ainsi”, la tristesse : “rien ne sera plus comme avant” - étape décisive où intervient le rebond -, l’acceptation : “c’est difficile, mais la vie continue”. (...)

Ne reste plus alors qu’à tracer sa route en faisant preuve de sérendipité, c’est-à-dire en combinant intelligence des situations et attitude d’ouverture devant ce qui surgit. Il ne s’agit pas de “rebondir” comme on l’entend partout, comme si nous étions des ballons, des ballons de Baudruche. Mais de se (re)trouver et d’avancer. C’est l’occasion de penser notre rapport au travail et de le partager avec d’autres, de “revaloriser l’actuel”, comme disait Freud. Pas seulement avec Pôle Emploi. Parler de nos projets, de nos désirs, de nos envies est la première manière de les faire exister. En gardant à l’esprit que les plus grandes opportunités ne se présentent jamais là où nous les attendons et sous la forme que nous attendons. Prenons acte de la phrase de Mao : “quand la situation est bloquée ou dangereuse, agissez ailleurs”. C’est désormais ailleurs que nous allons agir. »

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  • Manuel Atréide
    • Posté à 18h52 le 29/01/2012
    • Internaute 17826

    Je comprends parfaitement la peine de ces journalistes et collaborateurs qui voient leur journal - version papier - disparaître. Que va devenir la Tribune ? Le média passe du coté des « pure-players » mais ces médias en ligne n’ont pas pour le moment développé un modèle économique pérenne.

    Cette question n’est pas anodine car la presse n’est pas une industrie déconnectée de l’économie privée, la presse doit être rentable pour vivre. La tentation de la subvention publique n’est pas une solution pérenne, elle entraine logiquement à privilégier les médias existant au détriment des petits nouveaux. Or, ces petits nouveaux Ont aussi des idées non seulement pour fabriquer l’info différemment, mais aussi fabriquer une info différente. Que voulez vous, tout ceci dépend de nous, lecteurs, c’est par nos choix que nous aidons la presse à vivre, donc à évoluer.

    Elle n’est pas anodine non plus car pour le moment, les journalistes - au sens collectif - n’ont pas trouvé de solution à la crise de leur secteur d’activité. Le Web a contribué a déstabiliser les médias, mais il n’est pas le seul facteur. Or, les journalistes ont vis à vis des changements, notamment technologiques, un regard et une attitude de défiance. Même l’actualité numérique est trop souvent vue comme accessoire, un peu anecdotique. Je ne voudrais rappeler qu’une seule chose : la première valorisation boursière au monde est Apple et Internet a été à l’origine d’un emploi sur quatre en France depuis 1995. Je ne porte aucun jugement de valeur sur ces faits, je dis simplement qu’ils montrent l’importance de ces sujets.

    Alors, la Tribune ? J’aimerais dire à ces gens (qui sont tout de même des collègues) une petite chose : cette crise grave qui vous touche, malgré l’angoisse qu’elle génère, peut - et doit - être le bon moment pour repenser votre métier et votre média. Le monde de l’information dans lequel nous vivons a besoin, plus que jamais des médias. Réflechissez, osez, testez. Vous trouverez. Il y a des solutions. Pas une, mais plusieurs. Courage !

  • Grégory
    • Posté à 20h53 le 29/01/2012
    • Internaute 12569

    Je n’étais pas un lecteur de la Tribune mais je suis presque sûr que si j’ouvrais des numéros au hasard sur n’importe quelle année de publication je trouverais régulièrement de ci de là des rapports de licenciement d’importances évoqués avec moins de compassion et d’humanité que ci-dessus, voir un guilleret commentaire sur l’intérêt évident d’un tel effort de restructuration.

    C’est ballot : au moment où il fallait comprendre en profondeur ces réalités et en rendre compte, ça leur échappait ; maintenant c’est trop tard puisqu’ils ne seront plus publiés quand ils le diront. Peut être que la tribune manquera à quelqu’un, mais peut être aussi qu’à chaque fois qu’une rédaction meurt ça aide les autres à comprendre le réel et à en rendre un peu mieux compte. Voilà pour mon propre commentaire guilleret sur ce bel effort de restructuration des métiers de la presse.

  • thorkil76
    thorkil76
    Le viking vert
    • Posté à 15h12 le 30/01/2012
    • Internaute 71214
      Le viking vert

    Bonjour,

    « Qui a vécu par le glaive périra par le glaive »

    Je n’ai aucune compassion pour ces journalistes qui ont été les vecteurs de communication (comme les rats pour la peste) des idées économiques mainstream de ces dernières décennies.

    Finalement le système social français qu’ils ont tant décrié va leur servir d’amortisseur et payer la soupe qui les nourrira.

    Aucune larme non plus pour la presse papier en générale ; les journaux qui font un vrai travail de journalisme, se financent uniquement grâce à leurs lecteurs et n’appartiennent pas à des groupes affiliés à l’Etat , comme le Canard, eux survivent et même vivent bien.

    Je trouve donc au final presque rassurant la disparition de ce journal propagandiste. Comme quoi « lèche c... » ça eu payé mais ça ne paie plus »

    Si au moins cela pouvait faire réfléchir les autres...

    Reste Les Echos, Le Fig, L’express...

    Je fais donc comme Lao Tseu (à la différence prêt que moi je m’assoie sur les bords de Seine) : « Si quelqu’un t’a offensé, ne cherche pas à te venger. Assieds-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer son cadavre. »
    Lao-Tseu

    Ma A Salama

    Le viking vert

  • MChris
    • Posté à 06h05 le 31/01/2012
    • Internaute 125126

    Et oui ... Tous les licenciés d’une boite où ils étaient bien ont connu ça.