Une avocate franco-camerounaise dans l'enfer des prisons de Yaoundé

Lydienne Yen Eyoum (via Facebook)
Le 8 janvier 2010, Lydienne Yen Eyoum, avocate au barreau de Douala (Cameroun), était interpellée chez elle par des dizaines de miliaires armés jusqu'aux dents, comme s'il s'était agi d'arrêter une dangereuse terroriste du réseau Al Qaeda.
Elle était placée en garde à vue pendant cinq jours puis à la prison de Konguendi de Yaoundé, au motif qu'elle se serait rendue coupable de détournement de fonds publics.
S'ouvrait alors une instruction faite en dépit du bon sens, à charge et uniquement à charge, menée par un magistrat sommé par avance de faire de Lydienne Yen Eyoum une coupable et de la maintenir en détention provisoire au-delà même des délais légaux en vigueur au Cameroun.
Des accusations injustes
Lydienne Yen Eyoum était jusqu'alors l'avocate de l'Etat camerounais et avait à ce titre recouvré des sommes colossales pour son client dans des dossiers opposant ce dernier à la filiale camerounaise de la Société générale.
Sous couvert de détournements de fonds publics, on lui reproche en réalité d'avoir perçu des honoraires pourtant convenus avec l'Etat, et d'avoir surtout tenté d'empêcher un arrangement véreux entre ce même Etat et son ex-adversaire, la banque. Il semble surtout qu'on lui reproche d'avoir, du temps de son mandat d'avocate, travaillé sous les instructions d'un ministre des Finances suspecté lui aussi de détournements de fonds publics, Polycarpe Abah Abah, incarcéré lui aussi depuis deux ans.
Ceci s'inscrit dans le cadre de ce qu'on appelle au Cameroun l'opération Epervier, officiellement destinée à lutter contre la corruption qui mine le pays. Cette opération, menée depuis cinq ans sous l'égide du président Biya, a été exigée par les bailleurs de fonds internationaux en échange de leurs largesses. Pour recevoir l'argent du FMI et autres banques mondiales, il était en effet indispensable que le pays fasse bonne figure et se montre déterminé à éliminer les réseaux quasi-mafieux qui le pourrissaient.
Système parfait en apparence, en apparence seulement car au prétexte d'arrêter des escrocs, c'est bien plutôt les opposants au régime qui ont fait les frais de cet Epervier, et plus largement ceux qui gênaient d'une façon ou d'une autre le fonctionnement de ce qui reste encore et toujours, aujourd'hui, l'un des régimes les plus corrompus de l'Afrique.
Française par son mariage
L'affaire de Lydienne Yen Eyoum, que nous défendons mon confrère Christian Charrière-Bournazel et moi-même, n'aurait pas d'incidence au-delà des seules frontières camerounaises si notre cliente n'avait acquis, en septembre 2010, la nationalité française par l'effet de son mariage avec un Français.
Elle est donc susceptible (bien que noire et d'origine africaine ! ) de recevoir la protection et l'intérêt des autorités françaises, au même titre qu'une Florence Cassez ou une Clotilde Reiss… Le code de procédure pénale camerounais (article 221) est d'une clarté limpide :
« Nul ne peut être détenu sous le régime de la détention provisoire au-delà de dix-huit mois, durée maximale sans prolongation possible, y compris lorsque les faits imputés au détenu – comme le détournement de fonds publics – sont qualifiés crime. »
Le droit pénal français est très clair lui aussi et énonce au moins deux choses :
- d'abord qu'un citoyen français (quelle que soit la date d'acquisition de sa nationalité française) victime d'une infraction pénale commise à l'étranger sur sa personne (une séquestration ou un enlèvement par exemple) peut déposer plainte en France et solliciter l'aide des juridictions françaises : c'est l'article 113-7 de notre code pénal ;
- ensuite, qu'une détention doit être fondée sur un titre judiciaire, toute détention sans titre constituant une séquestration arbitraire : article 432-4 du code pénal.
C'est exactement la situation dans laquelle se trouve notre cliente, et c'est la raison pour laquelle nous avons déposée plainte en août 2011 devant le doyen des juges d'instruction de Paris… qui a décidé d'ouvrir une information, visant la détention arbitraire et les actes de tortures et de barbarie.
Lydienne Yen Eyoum est en effet détenue sans titre, ce depuis le 8 juillet 2011, date à laquelle aurait dû s'achever sa détention provisoire si le code camerounais avait été respecté, soit au terme des dix-huit mois du code de procédure camerounais.
Des fers aux pieds, des rats, des serpents
Elle vit surtout depuis deux ans dans une succursale de l'enfer, avec dix-sept codétenues dont certaines portent les fers aux pieds, dans une cellule de 12 m2 ; les femmes y sont entassées sans la moindre hygiène, sans eau courante, souffrent de malnutrition et se battent contre les rats et les cafards. Il est fréquent d'y voir des serpents, la chaleur est insoutenable… Les mesures disciplinaires prises contre les détenues « difficiles » consistent à leur raser le crâne. Oui, il s'agit bien de torture et de barbarie.
Quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous apprîmes que le parquet français faisait appel de l'ordonnance ouvrant l'information… Quelle ne fut pas notre colère lorsque nous sûmes, le 17 janvier dernier, que la cour d'appel de Paris, à son tour, refusait au juge d'instruction la possibilité de poursuivre son information !
Il nous apparaît aujourd'hui très clairement que la France ne fait et ne fera rien pour débloquer cette situation dramatique. Ne nous reste plus qu'à espérer que la Cour de cassation, comme elle l'a fait au sujet de l'affaire dite des Français de Guantanamo, fasse enfin prospérer le droit… mais pas trop tard.
Quels intérêts financiers derrière cette affaire ?
C'est donc cela la Françafrique putride qui exhale ses parfums de connivence entre notre pays des droits de l'homme volontiers donneur de leçons et ses anciennes colonies ?
Comment se peut-il que des magistrats, du parquet ou de la cour d'appel de Paris, disposant des moyens juridiques nécessaires (les articles 113-7 et 432-4 du code pénal ainsi qu'une batterie de conventions internationales) laissent mourir cette femme à petit feu dans son cachot de misère au milieu des rats ? Pourquoi le Quai d'Orsay, mainte fois alerté, n'intervient-il pas pour faire cesser cette horreur ?
Quels intérêts financiers ou économiques sont en jeu qui paralysent à ce point et avec tant de force le jeu normal de nos institutions et de notre droit ?
Et pendant ce temps-là, Paul Biya, déclaré champion officiel de la lutte contre la corruption au Cameroun, prend les eaux à Genève à l'hôtel Intercontinental la moitié de l'année et passe une partie de l'autre à La Baule chez Lucien Barrière, il accumule les villas luxueuses sur la Côte d'Azur (Cagnes-sur-Mer et Roquebrune-Cap-Martin ont ses préférences), les pieds à terre à Gambais dans les Yvelines (78), et autres appartements avenue Foch à Paris, distribue des millions à ses copains de la secte de l'Ordre de la Rose-Croix…
Une seule vraie question demeure finalement : de qui se moque t-on ?
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jepensedoncjenesuispas
jepensedoncjenesuispas
Madame Wasserman, je ne connais en rien cette avocate dont vous assurez la défense et je n'ai absolument rien contre elle, ni contre vous d'ailleurs. Je peux, au surplus, comprendre que vos liens avec votre cliente justifient que vous fassiez tout ce qui est en votre pouvoir pour assurer sa défense au mieux de ses intérêts et, pas ce fait, que vous ayiez recours à une tribune d'un média de masse, face aux échecs repétés de vos initiatives judiciaires dont l'artisan serait, comme il est facile de le déduire de votre tribune, la françafrique qui corromprait même l'instance judicaire française. Une fois n'est pas coutume.
Par contre, ce que j'ai du mal à comprendre, c'est que, sous couvert de la défense de votre cliente, vous vous permettiez d'user de contrevérités et d'arguments qui rendent tout de suite moins sympathique cette dernière.
En effet, et si je reprends vos différents chapitres, votre cliente serait la victime d'un Etat corrompu dont elle aurait décidé de protéger les intérêts envers et contre lui, en touchant des honoraires pourtant convenus avec lui, le tout sous la houlette d'un ancien ministre, lui-même incarcéré pour détournement et dont la proximité avec votre cliente expliquerait en réalité l'incarcération. j'aurais aimé que vous précisiez, pour la bonne forme, le montant de ces honoraires et que vous compariez avec la moyenne en vigueur sur la place du cameroun et même, sur la place de paris, pour qu'on puisse tous se faire une idée.
Sur la nationalité de votre cliente, il aurait été plus honnête de votre part de préciser qu'elle est devenue française par mariage avec un français après son incarcération et, ce faisant, après le début de la procédure judicaire dont cette incarcération constitue m'une des étapes. ce qui, soit dit en passant, n'enlève rien à sa nationalité. Cependant, que serait le cameroun si ce pays traitait différemment ses ressortissants qui, une fois en butte son système judicaire, devenait français (le cameroun ne reconnait pas la double nationalité). A mon avis, la même justice pour tous, la vraie justice (si elle existe), c'est ce crédo que vous auriez dû entonner. Et le caractère de français ne confère aucune immunité, même au cameroun.
De même, faire ressortir ses conditions de détention en relation avec sa nouvelle nationalité est tout simplement écoeurant. Aucune commisération pour les détenues de nationalité camerounaise, seule la « française » devrait avoir droit à des conditions « correctes » d'incarcération telles qu'elles existent, on le sait tous, en france par exemple.
Enfin, affirmer de manière péremptoire que l'opération « épervier » est une opération d'épuration politique, alors pourtant que la plupart de ses victimes, comme l'ancien ministre proche de votre cliente en est un exemple patent, sont d'anciens très proches du président Biya, est, tout au plus une des lectures possibles.
La seule chose correcte et véridique qui ressort de votre pamphlet contre le cameroun est la non application des dispositions juridiques relatives à l'emprisonnement préventif, mais je ne suis pas juriste et je ne m'étendrai pas la-dessus.
Ce que je veux dire, en somme, c'est que votre cliente pourrais également être tout simplement coupable des actes qui lui sont reprochés, ni plus ni moins.




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