Témoignage 23/01/2012 à 19h09

Excellentes, les écoles de commerce ? Mon œil !

Clément Greux | Etudiant école de commerce

Mis à jour le lundi 23 janvier 2012 à 23h00
Les frais d'inscription sont de 7 000 euros par an, non par mois

Présentées comme les centres de formation des élites économiques, comme l’ultime bastion de la méritocratie au sein d’un système scolaire malade, les écoles supérieures de commerce jouissent d’un prestige aussi exceptionnel qu’injustifié.

L’auteur de ce témoignage

L’étudiant qui témoigne a 24 ans. Il a suivi une pépa au lycée Kléber de Strasbourg et a intégré une école supérieure de commerce du réseau Ecricome située dans l’ouest de la France. Il souhaite témoigner anonymement et ne pas citer son école pour deux raisons.

1. « Mes camarades de prépa ont intégré des écoles de niveaux variés de l’ESC Amiens à l’EM Lyon et TOUS partagent mon point de vue. Je ne souhaite donc pas stigmatiser une école en particulier. »

2. Le milieu des Business School est très concurrentiel. Les écoles sont attentives à leur image et n’hésitent pas à avoir recours aux juridictions pénales pour sanctionner toute mauvaise publicité. Les élèves de Skema qui s’étaient révoltés sur le compte Facebook de leur école auraient été sanctionnés.

Les médias, appuyés par les services communication des « business schools », dressent un portrait idyllique de ces établissements qui « cultivent l’excellence » et « constituent le vivier de recrutement privilégié des entreprises ».

On leur concède bien quelques défauts comme le montant des frais de scolarité (environ 7 000 euros par mois) mais cet argument est rapidement contredit par le niveau des salaires d’embauche des jeunes diplômés, qui permet de rentabiliser rapidement le coût de ces études.

Issu d’une famille modeste (mon père est ouvrier à la retraite, ma mère femme au foyer), j’ai intégré il y a trois ans une école de commerce qui truste chaque année une place dans le premier tiers des différents classements.

J’ai consenti des efforts importants pour poursuivre mes études au sein de cet établissement, espérant qu’il m’offre l’opportunité d’une véritable ascension sociale.

Extrêmement déçu par une formation qui doit s’achever prochainement, je souhaite, sans stigmatiser telle ou telle école, faire la lumière sur ce
qu’est réellement une école de commerce et déconstruire un à un les
arguments de vente censés justifier les frais de scolarité exorbitant de
ces structures.

1

Des enseignements loin de l’« excellence » revendiquée

La qualité de la formation académique est, de loin, le premier motif de déception pour les étudiants qui intègrent une école de commerce. Tout au long de notre scolarité se succèdent des cours à l’intérêt pédagogique extrêmement limité, justifiant d’une certaine manière l’absentéisme légendaire des étudiants de première année.

Les cours dispensés par des professionnels censés constituer une des plus values des formations « made in business school » se résument quant à eux de vulgaires opérations de communication, ne poursuivant qu’un seul objectif : nous convaincre d’aller faire des stages mal payés au sein des entreprises qui mettent des intervenants à disposition de l’école.

J’ai côtoyé au cours de mes différents stages des élèves qui suivaient une formation en management similaire à la notre. A la différence près que cette formation était dispensée par l’université et qu’à ce titre, elle était gratuite. J’ai pu constater à quel point leur connaissances académiques étaient supérieures aux nôtres.

Ce constat vaut également pour les étudiants étrangers qui ont pourtant dépensé des fortunes pour poursuivre leur scolarité en France.

2

A la sortie, des chômeurs et des débouchés décevants

Les études emplois sont formelles, les écoles de commerce garantissent un emploi valorisant et bien rémunéré à leurs diplômés. En ce sens, cette formation constitue un « investissement sur le long terme » : la lourde facture présentée au cours de la scolarité ne représente rien face aux revenus futurs que garantit notre diplôme.

Mais quel crédit doit-on porter à des études le plus souvent réalisées par les juniors entreprises de l’école, pour le compte de l’école, auprès d’une part non représentative des anciens de l’école ?

Je ne compte plus le nombre de diplômés qui continuent de hanter les locaux de mon école en attendant d’intégrer le monde du travail.

Ces diplômés n’apparaissent pas dans des statistiques, refusant de les alimenter notamment en raison de la prégnance, dans le microcosme des écoles de commerce, des discours qui tendent à imputer aux chômeurs la responsabilité de leur situation.

La nature des postes occupés par les jeunes diplômés pose également problème. Oubliez les postes de responsables des ressources humains (RRH) ou de chefs de produits : dans la vraie vie, la majorité des « sup de co » sont contraints d’accepter des postes traditionnellement occupés par des personnes dont le niveau scolaire est bien en deçà du bac+5.

Ainsi, les diplômés spécialisés en marketing s’orientent par défaut massivement vers des postes de commerciaux terrain, de chargés de clientèle en agence bancaire ou des postes de managers de rayon dans la grande distribution.

Ceux qui souhaitent travailler dans le domaine des ressources humaines iront, eux, grossir les rangs des agences d’intérim. Et si ces postes peuvent constituer le point de départ de très belles carrières, ils semblent bien éloignés des ambitions des étudiants de classe préparatoire.

3

La vie étudiante : alcool, drogues, sexisme et homophobie

Sur ce point, les écoles sont fidèles à leurs réputations. Chaque année, les week-ends d’intégration sont émaillés d’incidents plus ou moins graves, le plus souvent liés à la surconsommation d’alcool ou de produits stupéfiants.

Au cours de ces événements, les élèves de première année sont soumis à des pratiques dégradantes, empreintes d’un virilisme primaire, qui s’articulent le plus souvent autours de « jeux » à forte connotation sexuelle.

Souvent issu de vieille famille bourgeoise, les étudiants des écoles de commerce véhiculent les valeurs réactionnaires qui prévalent dans leur milieu. Au cours de ma scolarité j’ai entendu un nombre incalculable de réflexions sexistes, racistes et homophobes sans parler du mépris de classe dont font preuve certains étudiants de l’école.

Je pourrais également revenir sur l’absence totale de mixité sociale et culturelle des écoles de commerce, de la pertinence des logiques économiques qui nous sont enseignées mais ces éléments sont déjà bien connus de l’opinion publique.

Mon propos peut surprendre tant il contraste avec les discours hagiographique dont font l’objet les écoles de commerce d’habitude. Pourtant, en interne, tous les élèves s’accordent à dénoncer les faiblesses d’une formation dont tous s’accordent à penser qu’elle est « très inférieure à leurs attentes ».

Paradoxalement, dès qu’il s’agit de présenter l’école aux prépas le discours change et les contempteurs les plus vindicatifs se muent bizarrement en défenseurs zélés de l’image de leur école. Ce doit être ça l’esprit école…

  • 62076 visites
  • 217 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • Lokiel
    Lokiel
    ex-étudiant
    • Posté à 19h18 le 23/01/2012
    • Internaute 129379
      ex-étudiant

    Alors j’ai pas fait d’écoles de commerce mais un autre type de grande école et j’approuve des deux mains : c’est vrai partout. Ceci dit, après une brève incartade de quelques mois en université (brève car je me suis enfui en courant) , je peux vous assurer que c’est malheureusement pire chez eux.

    Juste deux remarques cependant : à titre personnel, j’ai toujours trouvé les cours des intervenants extérieurs comme étant d’une qualité dont ne s’approchent même pas vaguement les professeurs normaux. Cela dit, ça change peut être selon le type d’école.

    Quant au problème de l’employabilité c’est parce qu’il faut savoir que les profils recherchés se font rarement dans une seule école. Il faut savoir jouer sur les ponts : faire une école de commerce puis d’ingénieur, sciences po puis une école de commerce ou une école d’ingénieur puis ...

  • marchenchuches
    marchenchuches
    Ouvreur d'huitres au Niger
    • Posté à 19h31 le 23/01/2012
    • Internaute 42407
      Ouvreur d'huitres au Niger

    La première activité d’une école de commerce, bien avant la formation, c’est de faire du commerce.
    A de rares exception près, ce sont ni plus ni moins que des marchands de diplôme dont le marché repose sur les étudiants bien souvent médiocres mais argentés.
    Je dis bien à de rares exceptions près, tant pour les écoles que pour les étudiants.
    Je ne crache pas quelque venin que ce soit.
    Etant ancien chef d’entreprise, ayant pris un stagiaire école de commerce, une seule fois, j’ai eu le loisir de mesurer la morgue instillé par le corps professoral. D’un individu certes, mais les potes qui venaient le voir étaient coulés dans le même moule.

  • Fred1384
    Fred1384
    de Marseille
    • Posté à 19h47 le 23/01/2012
    • 179877
      de Marseille

    Ancien d’une Sup de co, je ne peux me prononcer sur le niveau actuel de formation. Il y a 15/20 ans, il était à la fois léger dans les matières « littéraires » communication, marketing, RH, langues et poussé dans les matières plus techniques, finance, gestion, comptabilité, ...
    Ce qui est sûr, c’est que ces écoles forment le cerveau des étudiants à être autonome et rapidement opérationnel.
    Ma compagne prend régulièrement des stagiaires bac +5, et il n’y a pas photo en terme de productivité, d’efficacité, d’autonomie et de prise de responsabilité entre les sup de co et les étudiants sortant de master à la fac.
    C’est le gros plus de ces écoles avec le réseau des anciens...

  • TFE
    TFE
    stagiaire
    • Posté à 19h50 le 23/01/2012
    • Internaute 87746
      stagiaire

    j’ai fait une ecole de commerce et ne me retrouve pas du tout dans ce temoignage. deja ce « environ 7 000 euros par mois » est a corriger, il s’agit evidemment de 7000 euros par an.

    ensuite, 30%-40% des diplomés d’école de commerce trouvent un job a l’étranger, et c’est ça qu’on veut. car bosser en france ne sert a rien, surtout a paris. les echanges universitaires a l’étranger sont parfois tres bons, mais on ne paye toujours que le prix français, un gros avantage, surtout si on va aux US.

    et surtout, certes les ecoles de commerce françaises sont mediocres par rapport a ce qui se fait outre manche ou outre atlantique, mais elles sont bien moins cheres, et surtout il ne faut pas oublier à quoi on les compare.... aux universités publiques françaises... ou on vous donne votre diplome meme si vous n’avez eu que 2mois de cours dans l’année a cause de greves... ou meme quelqu’un qui n’a pas eu son bac peut entrer... ou les profs eux memes ne viennent pas toujours en cours... et Hollande veut encore augmenter davantage le taux de diplomés bidon... ou les eleves sont incapables d’aligner trois mots en anglais... ou les amphi de 200 personnes sont remplis par 400 eleves.... mais qui n’ont que 10h de cours par semaine... ou il y a un videoprojecteur pour 1000 eleves...

    bref une ecole de commerce française, oui c’est médiocre par rapport à ce qui se fait a l’étranger, mais ça reste 100x mieux qu’une université publique française. sauf bien sur dans les beaux quartiers de paris, ou l’etat-providence se montre genereux avec ses elites qui peuvent payer un metre carré a 8000€ ou plus... et d’ailleurs ça marche pareil pour les lycés publiques payés par l’état ou tout le monde est fils de haut fonctionnaire (henri IV parfait exemple) pendant ce temps bien sur les classes moyennes
    doivent payer lycée privé en province de peur que leurs enfants se fasser racketés, poignardés, violés, brulés vif, etc.

  • Basileus
    Basileus
    Master en Alternance
    • Posté à 19h52 le 23/01/2012
    • Internaute 141681
      Master en Alternance

    Après un BAC ES a 10.5 de moyenne sans réelle motivation ou plutôt perspective, j’ai entamé comme beaucoup une année de fac, AES.
    Au bout de quelques mois, ennui, non intérêt et non encadrement, faisant j’ai décroché comprenant que cela n’était pas ma voie.
    J’ai attendu un an et demi avant d’intégrer un BTS en Commerce International dans un petit établissement. Je l’ai complété avec un Bachelor en alternance toujours dans le même établissement.
    Je n’ai découvert le mot ESC qu’en arrivant à la Fac je n’en avais JAMAIS entendu parlé avant. Pendant mon BTS puis mon Bachelor, on me vendait l’école ou je suis aujourd’hui comme l’élite uniquement réservée aux élèves de prépas, gros travailleurs avec de fortes capacités intellectuelles.
    Souhaitant continuer sur un Master j’ai postulé à une de ces ESC pas mal cotée (qui est en train de fusionner en ce moment).
    Admis en parcours en alternance : mon entreprise me paie pour venir en cours et pour aller à mon travail alors que mes amis paient 7000 euros pour aller en cours.
    Satisfait de mon expérience professionnelle en alternance, je suis complètement dépité par le non-professionnalisme de l’Ecole et la qualité médiocre d’une grande partie de ces cours.

    Néanmoins j’aurais mon BAC+5 avec mon expérience professionnelle, (tout en ayant alimenté mon PEL) et c’est bien ce que mon prochain recruteur veut non ?

    Donc en ESC y’a de tout, de gros fils à papa et vraiment ! Mais également des gens de tous milieux, comme moi, qui galèrent avec plusieurs boulots...

  • 22decembre
    22decembre répond à Lokiel
    Social-libéral... C'est pas (...)
    • Posté à 20h01 le 23/01/2012
    • Internaute 137595
      Social-libéral... C'est pas (...)

    Je viens de sortir de l’université avec un master de génie civil.
    Dans les faits, je suis donc « ingénieur » sauf que j’ai pas le droit au titre... Mais tout le monde s’en fout !
    Par contre, mes compétences sont acceptées et reconnues, je suis bien considéré comme un ingénieur. J’en ai la paye notammant.
    Donc l’université forme bien, comme le dit l’article. Peut-être faut-il se mefier des généralités. Vous avez peut-être séjourné dans une mauvaise université...
    Ah aussi... Mon père est électricien, mes deux parents n’ont pas le bac.
    Pourtant, je travaille au sein d’un organisme français de rennomée internationale. Ceci moins de 6 mois après la fin officielle de mes études.
    On peut donc s’élever socialement, pour peu qu’on soit disposé à en chier, à être patient et à se défendre pour pas se faire marcher sur les pieds...

  • Brachamul
    Brachamul répond à Gosseyn
    Multi-Taskeur
    • Posté à 22h05 le 23/01/2012
    • Internaute 94825
      Multi-Taskeur

    La mienne est a 12000...

    Et pourtant, même constat que Clément. Je suis rentré en école en septembre 2010, directement en master 1, ayant préalablement fait une licence à l’étranger.

    Une partie des cours est inspirante. Environs 20%, en étant généreux.

    Je relaie volontiers deux des points que Clément souligne : la qualité des cours ne correspond pas du tout à ce qu’elle devrait être, et l’ambiance gosse de riche qui fait la fête est vraiment lourde.

    Pas de problème au niveau de l’emploi de mon côté, ça dépend probablement beaucoup des spécialisations.

    Ce qui me frappe le plus, par rapport à mon université anglaise, c’est l’absence TOTALE de réflexion sur la pédagogie. Il n’y a aucune remise en question. C’est logique, vu que le « rang » est d’abord déterminé par la sélection : plus l’école est bien classée, plus elle a la possibilité de recruter les « meilleurs ».

    Rien ne pousse donc les écoles à améliorer leur enseignement, CQFD.

    La prétention des équipes pédagogiques dépasse d’ailleurs l’entendement.

Verbes thématiques