Le naufrage du Costa Concordia, « la croisière de la mort »
C’est un accident aussi terrifiant qu’anachronique. Cent ans après le naufrage du Titanic, un paquebot de croisière, le Costa Concordia (dont la croisière « Douce Méditerranée » était toujours au catalogue ce dimanche à 14h30), s’est échoué en Italie dans la nuit de vendredi à samedi.
Ce lundi, les recherches se poursuivent et le bilan fait pour l’instant état de six morts, d’une quarantaine de blessés et de 14 disparus selon les autorités italiennes. De son côté, le Quai d’Orsay a expliqué ce lundi être sans nouvelles de 4 passagers français.
Le quotidien italien La Repubblica a appelé cet accident « la croisière de la mort » et Il Giornale raconte l’histoire d’un bateau inauguré sous le signe de la poisse. La bouteille de champagne jetée contre sa coque lors de son baptême en 2005 ne s’était pas brisée, signe de malheur pour les marins.
Sept ans plus tard, le vendredi 13, on sort de l’anecdotique. Cinq questions sur cette catastrophe maritime.
Que s’est-il passé ?
Dans la nuit de vendredi à samedi, le Costa Concordia, immense paquebot parti du sud de l’Italie, approche de la petite île du Giglio, au sud de la Toscane, quand il heurte un rocher.
L’accident se passe au moment du dîner, vers 21h45, lors de l’avant-dernière nuit d’une croisière jusque-là paisible pour les 4 229 passagers qui venaient de traverser la Méditerranée (Barcelone, Baléares, Sardaigne).
Le bateau empruntait son trajet habituel, sur la mer Tyrrhénienne, mais voguait trop près de la rive, à 1 500 m de la côte selon les premiers témoignages.
A qui la faute ?
Le procureur italien chargé de l’enquête, Francesco Verusio, a été très clair. Il a tout de suite pointé les erreurs commises par le commandant du bateau.
« Le commandant s’est approché de manière très maladroite de l’île du Giglio, a heurté un rocher qui s’est encastré dans son flanc gauche, faisant s’incliner [le navire] et embarquer énormément d’eau en l’espace de deux, trois minutes. »
Le procureur reproche aussi au commandant de s’être enfui avant les derniers passagers.
Celui-ci explique avoir heurté « un éperon rocheux » qui ne figurait pas sur les cartes nautiques. Mensonge, assurent les garde-côtes.
Le commandant du bateau, Francesco Schettino, ainsi que son second, Ciro Ambrosio, ont été incarcérés, accusés notamment d’homicides multiples et d’abandon du navire.
Les conditions climatiques étaient normales et le circuit de cette croisière existe depuis quarante ans. Interrogé par Nice-Matin, un rescapé dit avoir vu le commandant se cacher sous des couvertures dans l’heure qui a suivi l’accident.
La compagnie italienne Costa Croisières est extrêmement critiquée, accusée par beaucoup de rescapés de les avoir laissés se débrouiller seuls. Un passager bordelais annonce qu’il va porter plainte.
Où en sont les recherches ?
Le bateau transportait 4 229 personnes, dont plus de 3 000 touristes (une majorité d’Italiens, d’Allemands et 462 Français). Le bilan, deux après le naufrage : 6 morts (dont 2 touristes français) et une quarantaine de blessés (dont au moins 2 dans un état grave).
Ce lundi, 14 personnes restaient toujours disparues. Les recherches se poursuivent, retransmises en direct sur le site de La Repubblica.
Les sauveteurs n’ont qu’une crainte : que l’épave ne glisse vers le large, où elle pourrait couler à une centaine de mètres de fond.
Pourquoi une telle confusion ?
Selon les pompiers italiens, c’est la forte inclinaison du bateau, semi-immergé à 80 degrés, qui explique pourquoi les recherches sont si laborieuses et le bilan est encore plein d’incertitudes.
Pendant la nuit, les sauveteurs n’ont pu s’occuper de la partie immergée du paquebot. Les escaliers sont brisés et beaucoup de serrures électroniques des portes se sont bloquées suite à la panne de courant. Ce dimanche, un couple de Sud-coréens a été sauvé après avoir passé 24 heures coincé dans sa cabine.
Une cellule spécialisée en spéléologie a été dépêchée sur place. Et des vidéos sont utilisées pour explorer la partie immergée.
La comparaison avec le Titanic a-t-elle un sens ?
Quatre piscines, un théâtre, cinq restaurants, une longueur de 290 m pour une largeur de 36 m... Le Costa Concordia fait penser au Titanic, dont le naufrage a entraîné la mort de 1 500 personnes en 1912.
Même si le bilan est sans commune mesure, les circonstances ont quelque chose de similaire. Les rescapés racontent une coupure de courant, les objets qui valsent, un craquement, la sirène qui met plus d’une heure à retentir et les cris. Interrogé par Le Parisien, un Français de 66 ans décrit une panique générale :
« J’ai tout de suite vu que le pont se couchait. On a été livrés à nous-mêmes, c’était le sauve-qui-peut. Beaucoup ont ignoré la priorité aux femmes et aux enfants. »
Les premiers passagers ont pris d’assaut les canots de sauvetage tandis que d’autres se sont jetés à la mer peu après l’accident pour nager dans une eau à 10 degrés et rejoindre la côte.
Mais la comparaison s’arrête là. Au début du siècle, les paquebots servaient à se déplacer et non à de simples voyages d’agrément. Et le faste du Titanic, avec sa première classe, était éloigné du principe de la croisière de masse incarné par les immenses paquebots de Costa.
Le Titanic avait heurté un iceberg, loin de la côte, au large de Terre-Neuve, et la réglementation était alors bien moins stricte qu’aujourd’hui.
La catastrophe du Concordia a le mérite de rappeler, comme l’explique un spécialiste à BFM-TV (voir vidéo ci-dessous), que la navigation des paquebots de croisière (le nouveau France sortira des chantiers en 2015) peut être dangereuse, qu’elle demande une grande maîtrise du pilotage et qu’une défaillance humaine peut avoir des conséquences terribles.
- Sur repubblica.itLe sauvetage en direct sur La Repubblica
- Sur sudouest.frDes vidéos du naufrage, sur Sudouest.fr
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J’ai dis à mes fils de regarder cela bien attentivement. On ne reverra pas une chose pareille de notre vivant (surtout en temps de paix). Incroyable. Sidérant.
Paul Laurendeau
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