« Tel un bagnard » 06/01/2012 à 20h23

Un passager attaché avec des cordes : le Paris-Lomé se révolte


Infosignalée par
un internaute

Aéroport Paris-Charles de Gaulle : le vol DL8538 en direction de Lome (Togo) devait décoller à 13h50 ce vendredi. Il a finalement quitté le sol français à 16h08. Deux passagers installés dans l'avion ont raconté à Rue89 le récit de ce retard, un embarquement contrarié, sur fond de violence et d'indignation.

Alors que les passagers s'apprêtent à monter dans le bus qui les conduira dans l'avion, ils remarquent une voiture de police et des forces de l'ordre en train de discuter avec des agents de l'aéroport. Sans savoir de quoi il retourne. Le bus les conduit normalement à bord de l'appareil.

Pieds et mains liés avec des cordes

A peine installés sur leurs sièges, ils voient la voiture de police s'approcher. Cette fois, un homme africain escorté par deux agents sort de cette dernière. Les passagers remarquent immédiatement que l'homme n'est pas menotté, il est attaché « tel un bagnard ». Ses pieds et ses poings (dans le dos) sont liés avec des cordes.

Il n'embarque pas - comme les autres voyageurs - par l'avant mais par la porte arrière de l'avion. Stupéfaits de constater que les policiers ont sérieusement l'intention de faire voyager le « prisonnier » attaché de la sorte, ces derniers se questionnent. L'homme est-il un dangereux criminel ? Les hôtesses interrogent les policiers, son crime abominable est... d'être en situation irrégulière, et doit être rapatrié. C'est du moins la réponse qui leur est donnée.

Commence alors un vent de protestation. Plusieurs passagers s'en mêlent et crient au scandale. Hors de question de laisser un homme voyager dans ces conditions, attaché avec des cordes noires. Le ton monte, les policiers appellent au renfort, le spectacle du hublot continue.

Cinq cars de police débarquent

Cinq cars de la police des frontières débarquent et la force civile envahit l'endroit, 10... 15... le témoin parisien – qui s'apprête à partir en vacances au pays – ne compte pas le nombre d'agents, mais s'étonne d'un tel dispositif. A cause de la ressemblance des uniformes, il les prend pour des CRS.

Les voyageurs continuent de prendre le parti de l'homme. Des coups partent, du côté des forces de l'ordre et des passagers. En réponse à cet accroissement de violence, trois d'entre eux - des hommes, africains - sont arrêtés. Menottés (avec de vraies menottes), le décollage est encore retardé, il faut également évacuer leurs bagages...

A 16h08 ce vendredi, le vol Paris-Lomé peut enfin décoller.

« Tentative volontaire d'entrave à la circulation d'un aéronef »

Philippe Dormoy, de la cellule de communication de l'état-major de la police aux frontières (DCPAF), nous affirme que l'homme, contrairement à ce qu'ont cru les passagers au moment des faits, n'était en réalité pas reconduit pour irrégularité, mais suite à une décision de justice : c'était une « mesure d'éloignement », dont la cause est inconnue.

Il ajoute que ce dernier s'était violemment opposé à son rapatriement, au point de blesser un agent de police, ce qui expliquerait les pieds et poings liés par les cordes.

Quant aux trois passagers, ils pourraient être poursuivis pour « entrave à la circulation d'un aéronef », qui selon l'article L. 282-1 du Code de l'aviation civile, est passible de cinq ans de prison et d'une amende de 18 000 euros.

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  • Autist Reading
    Autist Reading
    Plus fort que Brogilo
    • Posté à 22h16 le 06/01/2012
    • Internaute
      Plus fort que Brogilo

    Mes hommages aux passagers qui ont résisté.

    Ce serait bien que Rue89 se rencarde sur ce qu'il advient des trois passagers arrêtés.

  • Toupidek
    Toupidek
    citoyen du monde, citoyen (...)
    • Posté à 12h42 le 07/01/2012
    • Internaute
      citoyen du monde, citoyen (...)

    Juste une observation : non, une « mesure d'éloignement » n'est généralement pas une décision de justice. Il s'agit presque toujours d'un arrêté préfectoral (une simple décision administrative) sous forme d'obligation de quitter le territoire sans délai, ou de reconduite à la frontière. L'étranger peut parfaitement être mis dans l'avion sans avoir jamais été entendu par un juge ! C'est beau, c'est efficace, le pays des droits de l'homme...

    Certes, il peut exister certaines décisions, moins fréquentes heureusement, prononcées par la justice, telles les interdictions du territoire français (les fameuses « doubles peines », car la personne a purgé sa peine, le bannissement vient « en plus » et n'existe de façon discriminatoire que pour les non-français), sauf que, même là, la loi a été aggravée en juillet pour créer des « interdictions de retour sur le territoire français », prononcées... par la seule administration, et pas par la justice.

    Certes, aussi, après 5 jours de « rétention administrative » (comprendre : d'enfermement sans jugement), un juge des libertés et de la détention (JLD) doit se prononcer sur le maintien en rétention (mais par sur la légalité de l'expulsion ! ) ; ce délai était précédemment de 48 h, il a été rallongé à près d'une semaine, ça permet effectivement d'expulser plus facilement sans voir de juge. Il est aussi possible que, suite à un recours de l'étranger contre la décision administrative d'éloignement (et, contrairement au droit français où on dispose de deux mois pour déposer un recours, l'étranger en rétention doit faire cette démarche sous 48 h maxi...), un tribunal administratif ait confirmé celle-ci.

    Mais l'essentiel est bien de savoir qu'on, peut, en France, aujourd'hui, priver une personne de liberté et la forcer à monter dans un avion pour être expulsée, sans que jamais la justice ne se soit prononcée.

    Honte à ce gouvernement qui met en oeuvre l'idéologie du front national pour caresser la bête dans le sens du poil.

  • TheRV
    TheRV
    A
    • Posté à 13h13 le 07/01/2012
    • Internaute
      A

    Je voudrais bien voir la réaction de certains si cet homme n avait pas été attaché et aurait commis des violences ou pire à bord de l'avionique...

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 18h42 le 07/01/2012
    • Internaute
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « Hors de question de laisser un homme voyager dans ces conditions, attaché avec des cordes noires. Le ton monte, les policiers appellent au renfort, le spectacle du hublot continue ».

    Quand on pense que des sourds-muets ou des paralyés ont déjà été refusés à l'embarquement, au prétexte que leur propre sécurité - (peuvent pas réagir aux consignes données) - était menacée, et qu'on ne pouvait pas prendre ce risque là...

    Que fera un type ficelé comme un saucissont en cas de crash, je vous le demande !

    Le commandant de bord pouvait de plein droit refuser de décoller.
    ...mais c'est sûr : Il y a plusieurs sortes de Commandants de bord !