Derrière la crise franco-turque, deux teigneux qui se détestent
Entrée de la Turquie dans l’UE, voile intégral, guerre de Libye... Nicolas Sarkozy s’écharpe sur presque tout avec Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre turc.
Le Premier ministre turc accuse la France d’avoir commis un génocide en Algérie ; il ajoute que le père de Nicolas Sarkozy y a été « légionnaire dans les années 40 » (ce que ce dernier dément) : violente, la réaction turque à l’adoption de la loi pénalisant la négation des génocides est emblématique des relations tendues qu’entretiennent le Président et Recep Tayyip Erdogan depuis plus de quatre ans.
L’entrée de la Turquie dans l’Union européenne
Avant même sa victoire à la présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy se démarque des positions de Jacques Chirac, conformément à sa volonté de « rupture ». Il se déclare fermement opposé à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Bien que des négociations soient en cours depuis 2005, il a toujours fait preuve d’intransigeance sur cette question.
En mars 2007 sur le plateau de « A vous de juger “, il déclare à Arlette Chabot :
‘Je demande la suspension des négociations avec la Turquie [...]. La Turquie étant en Asie mineure, elle n’est pas en Europe. La place de la Turquie n’est pas à l’intérieur de l’Union européenne [...]. Faisons avec elle un marché commun économique mais n’intégrons pas la Turquie parce que l’Europe, pardon de le rappeler, c’est fait pour les Etats européens.’
Cette prise de position tranchée n’a pas facilité les rapports entre les deux hommes, Recep Tayyip Erdogan étant un fervent défenseur de l’entrée de son pays dans l’Union européenne. En avril 2010, lors de sa visite à Paris, le Premier ministre turc a ainsi considéré que ‘Sarokzy dit parfois des choses que la raison ne saurait accepter’.
Première visite de Sarkozy en Turquie : cinq heures top chrono
Preuve de cette distance entre les deux pays, le président de la République n’a effectué sa première visite officielle en Turquie qu’en février 2011. Express, le déplacement a déclenché des interrogations côté turc. Assia Shihab, correspondante de France 24 à Istambul, a commenté :
‘Il va effectuer une visite très courte, cinq heures, alors que les Turcs auraient souhaité un déplacement plus long et puis qu’il vienne en tant que président français et non pas président du G20.’
Ce voyage chronométré a été perçu comme un véritable affront par Recep Tayyip Erdogan, qui a réagi :
‘Je pense que ce n’est pas une visite à la hauteur de l’amitié entre la France et la Turquie. La Turquie et les relations franco-turques méritent bien plus que cela.’
La loi sur l’interdiction du port du voile intégral
La riposte ne s’est pas faite attendre. Un mois plus tard, Recep Tayyip Erdogan s’en est pris directement à la France lors d’une séance au Conseil de l’Europe.
Suite à l’adoption de la loi qui interdit le port du voile intégral en France, il se lève en pleine assemblée et accuse la France de violer la liberté de culte.
Le Premier ministre s’en prend ensuite à une député française Muriel Marland-Militello (d’origine turque, mais il ne le sait pas), en ajoutant qu’en turc, on dit ‘il est français’ pour signifier que quelqu’un est à côté de la plaque.
L’intervention en Libye, bataille pour l’influence au Proche-Orient
Opposés sur la question européenne, Nicolas Sarkozy et Recep Tayyip Erdogan ont un point commun : la volonté d’affirmer l’influence de leurs pays respectifs au Proche-Orient, où les rapports de force sont mouvants depuis les révoltes arabes. L’intervention armée de l’Otan en Libye a cristallisé ces rivalités.
Avant tout opposé à l’ingérence étrangère dans le pays nord-africain, le Premier ministre turc, dont le pays est membre de l’Otan, a ensuite voulu utiliser son veto pour limiter les frappes contre les infrastructures libyennes.
Fin mars, la France a elle oublié de convier la Turquie au sommet international sur la Libye organisé à Paris. Didier Billon, spécialiste de la Turquie à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), expliquait à France 24 :
‘L’exécutif français a tendance à se méfier des Turcs, dont il n’apprécie pas la montée en puissance et les prises d’initiative dans la région.’
Leader d’une formation politique qui allie religion et libéralisme économique, Recep Tayyip Erdogan a connu une popularité grandissante au Proche-Orient grâce à ses prises de position ouvertement hostiles à la politique israélienne.
Le 15 septembre, Nicolas Sarkozy s’était empressé de se rendre à Tripoli pour une première visite de la Libye libérée de Kadhafi : le Président redoutait de se faire voler la vedette par le Premier ministre turc. Recep Tayyip Erdogan était sur le point d’achever son tour des capitales du printemps arabe en se rendant le 16 septembre dans la capitale libyenne.
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Un teigneux qui déteste Sarkozy ne peut pas être totalement mauvais.




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