Mort de Vaclav Havel : treize autres ex-prisonniers devenus chefs d'Etat
Le leader de la « Révolution de velours » a passé près de cinq ans en détention entre 1977 et 1989. Mais Vaclav Havel, mort dimanche, n’est pas le seul chef d’Etat à être passé par la case prison.
Moncef Marzouki, Tunisie
Opposant à Ben Ali et nouveau président tunisien
Elu le 12 décembre, c’est le plus récent ex-détenu à accéder au pouvoir.
En 1994, il a passé quatre mois en détention pour s’être porté candidat à la présidentielle face à Ben Ali. En 2000, cette fois, il est condamné un an de prison : huit mois pour son appartenance au Conseil National pour les Libertés en Tunisie (CNLT) et quatre pour avoir critiqué la gestion du Fonds national de solidarité. Sa peine sera commuée en sursis.
Harcelé par le régime de Ben Ali, Moncef Marzouki raconte son expérience dans son livre Le mal arabe, entre dictatures et intégrismes : la démocratie interdite.
On peut toujours trouver une utilisation à n’importe quelle situation, aussi catastrophique soit-elle. Le premier bon usage de la prison ne va-t-il pas être tout simplement le repos et la guérison de tant de blessures encore vivaces ? […] La nouvelle situation offre un autre avantage. Quel magnifique champ pour assouvir ma grande passion : l’observation !
Nelson Mandela, Afrique du Sud
Leader de la lutte anti-Apartheid, prisonnier de 1962 à 1990
Nelson Mandela purgeait déjà une peine de cinq ans pour incitation à la grève, quand il a été condamné à perpétuité en 1964. Avec lui, dix-huit autres membres de l’African National Congress (ANC), ont été déclarés coupables de sédition. Le leader sud-africain est relâché en février 1990, sous les caméras du monde entier.
Quatre ans plus tard, Nelson Mandela est élu président de la République, un poste qu’il occupera jusqu’en 1999.
Jacob Zuma, Afrique du Sud
Membre de l’ANC, prisonnier de 1963 à 1973
Dans la prison de Robben Island, un certain Jacob Zuma a partagé le quotidien de Nelson Mandela. Condamné à dix ans de prison pour conspiration envers l’Etat, il est devenu très populaire auprès des autres détenus, comme en atteste ce témoignage d’un voisin de cellule, recueilli par RFI :
« Sa personnalité l’a rendu très populaire. C’est lui qui menait les chants de liberté. Nous l’envoyions aussi dans le bureau des officiels pour leur faire part de nos revendications. »
Le succès de Jacob Zuma au sein de ses co-détenus était le signe avant-coureur de son élection à la présidence en 2009.
Lech Kaczynski, Pologne
Victime du général Jaruzelski avant son accident d’avion
Quand le général Jaruzelski a promulgué sa loi martiale en décembre 1981, Lech Kaczynski a été interné car il était considéré comme « élément antisocialiste ». Libéré onze mois plus tard, il était l’un des conseillers de Lech Walesa en 1989. Elu en 2005, sa mort dans un accident d’avion en avril 2010 a bouleversé l’Europe.
Le retour de sa dépouille à Varsovie a attiré des dizaines de milliers de Polonais.
José Mujica, Uruguay
Le guerillero devenu Président
Dans les années 60-70, José Mujica a été l’un des leaders de la guérilla des Tupamaros, un groupe armé destiné à lutter contre les extrêmes droite et défendre les travailleurs agricoles.
Multirécidiviste, il a fait de nombreux passages en prison et s’est évadé plusieurs fois. A tel point que la junte militaire l’a laissé deux ans au fond d’un puits. Amnistié au retour de la démocratie en 1985, il a abandonné la lutte armée pour s’engager dans la voie électorale.
En 2007, alors qu’il est ministre, il affirme regretter son mode d’action :
« C’est un regret pour moi d’avoir pris les armes et de ne pas avoir empêché la dictature en Uruguay. Parce quand le peuple a manifesté, je n’étais pas dans la rue pour me battre avec lui. »
Le repenti deviendra Président deux ans plus tard.
Kim Dae-Jung, Corée du Sud
Le malchanceux de la politique
Artisan de la transition démocratique en Corée du Sud, Kim Dae-Jung a été Président de 1997 à 2003.
Qui l’eût cru ? Car sa carrière politique avait mal commencé. Député, il a perdu son poste après un coup d’Etat militaire. Candidat à la présidentielle, il a échappé de peu à une tentative d’assassinat maquillée en accident de la circulation.
Exilé au Japon, il a été enlevé par des agents du KCIA. Pour finir, il est condamné à mort en 1980 pour sédition et conspiration. Grâce au soutien des Etats-Unis, il s’en sort avec cinq ans de prison.
Il raconte sa vie derrière les barreaux dans un film sur les peines de mort en Corée du Sud.
Dilma Rousseff, Brésil
Emprisonnée de 1970 à 1973 par les militaires
La protégée de l’ex-président Lula a elle aussi fait un passage par la case prison et l’épreuve de la torture. Cétait en 1970. A l’époque, Dilma Rousseff militait au sein du commando de libération nationale. Elle a été torturée pendant 22 jours puis condamnée à trois ans de prison par un tribunal militaire.
En 2008, un sénateur de droite l’accuse d’avoir menti sous la torture. Elle réplique :
« J’avais 19 ans, sénateur, j’ai été sauvagement torturée, et je peux vous dire que mentir sous la torture n’est pas facile. Et j’en suis fière car j’ai sauvé la vie de mes compagnons. »
La vidéo de leur affrontement a fait le tour du Web.
Une photo de Dilma Rousseff devant le tribunal militaire de Rio de Janeiro vient de refaire surface. Elle avait 22 ans.
Asif Ali Zardari, Pakistan
Soupçonné de corruption et de meurtre
Asif Ali Zardari a toujours échappé aux condamnations. Il a été emprisonné trois ans pour corruption en 1990 mais s’est fait libérer après le retour au pouvoir du Parti du peuple pakistanais de son beau-père.
Promu ministre des Investissements, il a été destitué et emprisonné une nouvelle fois de 1997 à 2004 pour abus de pouvoir et corruption.
Le veuf de Benazir Bhutto était soupçonné du meurtre de son beau-frère. Mais aucune preuve n’a justifié son maintien en détention. Au Pakistan, les rumeurs courent toujours. Ce qui n’a pas empêché Asif Ali Zardari d’être élu Président, un poste qui lui assure notamment l’immunité pénale.
Hugo Chavez, Venezuela
Leader de la révolution bolivarienne, emprisonné de 1992 à 1994
Hugo Chavez a passé deux ans en prison après sa tentative de coup d’Etat avorté contre le gouvernement d’Action démocratique de Carlos Andrés Pérez en 1992.
Il a profité de sa détention pour appeler à l’insurrection.
A sa sortie, une foule de convaincus l’attendait, laissant présager son élection quatre ans plus tard.
Hamid Karzaï, Afghanistan
Emprisonné en 1994, libéré par un tir de roquette
Hamid Karzaï doit son court passage en détention au commandant Massoud. Le « lion du Panshir » l’a jeté en prison en 1994 car il le soupçonnait d’être un agent du Pakistan.
Un tir de roquette sur le mur de sa cellule a permis à Hamid Karzaï de s’échapper et rejoindre les talibans. Il les quittera en 1999 après l’assassinat de son père, pour se faire élire, cinq ans plus tard.
Les frères Castro, Cuba
La prison avant la révolution
Fidel et Raul castro ont été condamnés à quinze ans de prison pour l’attaque armée de la caserne de Moncada le 26 juillet 1953 en réponse au coup d’Etat du général Fulgencio Batista. Lors de son procès, le « leader Maximo » a prononcé une plaidoirie devenue célèbre dans laquelle il pose les bases de son programme politique.
« Me voici au terme de ma défense. Je ne finirai pas en demandant l’acquittement de l’accusé, comme le font toujours les avocats. Je ne puis le faire, alors que mes compagnons souffrent dans la prison ignominieuse de l’île des Pins. Envoyez-moi auprès d’eux partager leur sort ; c’est normal que des gens honnêtes soient tués ou emprisonnés dans une République dont le Président est un voleur et un criminel. Condamnez-moi, peu importe. L’Histoire m’acquittera. »
Les deux frères ont passé vingt-deux mois en prison avant d’être libérés lors d’une vague d’amnistie en mai 1955. L’aîné a pris la direction de l’île en février 1959 devant une foule hysterique.
Jamais loin, Raul Castro assurera la présidence par intérim de 2006 à 2008 avant d’être à son tour élu chef de l’Etat par l’Assemblée nationale.
Laurent Gbgabo, Côte d’Ivoire
Le syndicaliste gênant
Syndicaliste actif, Laurent Gbagbo a été emprisonné de 1971 à 1973. Il a été de nouveau condamné en 1992, piégé par une loi anticasse promulguée quelques heures avant une manifestation par... Alassane Ouattara. Il y a vingt ans naissait donc l’animosité qui les verra s’affronter pendant plusieurs mois cette année 2011.
Détenu, Laurent Gbagbo avait lancé cette phrase :
« On peut partir de la prison au palais de la République et du palais à la prison. »
Prémonitoire alors qu’il comparaît devant la Cour pénale internationale ?
- 8287 visites
- 61 réactions


















18

Aboyeur
Aboyeur
héhé




Partager