Tribune 17/12/2011 à 15h52

Le droit de vote aux étrangers, une « citoyenneté au rabais »



Une personne en train de voter (Jorge Lopez/Reuters)

Comme souvent avec le Parti socialiste (mais pas que lui), les meilleures intentions finissent souvent par déboucher sur des monstruosités : ainsi de cette proposition de la majorité sénatoriale d’accorder le droit de vote aux étrangers non-communautaires pour les élections locales (municipales et cantonales).

L’argument le plus souvent mis en avant pour le défendre me paraît d’une faiblesse insigne : puisqu’ils paient leurs impôts, ils devraient avoir le droit de vote. C’est incontestable qu’ils paient leurs impôts dans leur commune de résidence, mais enfin le droit de vote n’est plus censitaire en France depuis 1848.

A force de mettre cet argument en avant, je me demande combien de temps il faudrait pour que certains beaux esprits finissent par se poser la question de la légitimité du droit de vote des citoyens non-imposables (le cas des fraudeurs fiscaux systématiques étant évidemment très différent).

Le risque d’une demi-citoyenneté

D’autre part, l’antienne selon laquelle accorder ce droit de vote aux étrangers améliorerait leur « intégration citoyenne » me semble un périlleux rideau de fumée. Ce qui serait accordé dans ce cas, ce serait une citoyenneté au rabais, une demi-citoyenneté. Electeurs mais pas éligibles, électeurs à certaines élections mais pas à d’autres, alors même qu’ils paient tout aussi bien leurs impôts en France ou dans leurs régions que dans leurs villes ou leurs cantons : il faudra m’expliquer pourquoi ce qui vaut pour les maires et les conseillers généraux (par ailleurs grands électeurs des sénateurs) ne vaut plus pour les députés ou le président de la République. Je dois bien avouer que la perspective de côtoyer différentes catégories de citoyens dans mon pays n’a pas grand chose pour m’enthousiasmer.

Surtout, il me semble qu’on ne voit pas se dessiner le grand danger ouvert par cette proposition de loi : celui qui découple la citoyenneté de la nationalité. Que resterait-il alors pour fonder l’acquisition de la nationalité ? C’est vite vu : le droit du sang, ce qui, faut-il le rappeler, n’est jusque là demandé que par le Front National (et, mezzo voce, par certains olibrius de l’UMP).

Pas besoin de faire un dessin, ce serait une catastrophe pour tous ceux qui sont attachés à l’identité proprement républicaine de la France. Voilà pourquoi je crois qu’accorder le droit de vote aux étrangers, c’est en fait prendre la question de la citoyenneté par le plus mauvais bout.

J’ignore quelle proportion des étrangers résidant en France est réellement désireuse d’obtenir ce droit de vote étriqué, mais il y aurait un moyen de le savoir : offrir à ces étrangers une nationalité pleine et entière, aussi entière que la citoyenneté qui va avec, c’est-à-dire offrir à ces étrangers la possibilité de devenir des Français de plein droit et de plein exercice. Or c’est là que le bât blesse aujourd’hui, comme l’atteste le récent exemple d’Hernando Calvo Ospina.

Retrouver l’esprit de la République

Plusieurs gouvernements successifs se sont donné un mal de chien, ces dernières années, pour restreindre l’accès à la nationalité, et les tartufferies de Fillon n’y changeront pas grand chose. C’est ce délire juridique qu’il faut détricoter d’urgence pour revenir à des principes républicains.

Ce qui, selon moi, serait véritablement de gauche, ce serait de s’accorder sur un nombre restreint de critères, faciles à remplir et faciles à vérifier, pour que tout étranger le désirant puisse acquérir la nationalité sur simple demande. Il serait fait obligation à l’Etat de refuser sous un délai relativement bref, l’absence de refus étant considéré comme une acceptation. Mais, surtout, ce refus devrait être motivé et, évidemment susceptible de recours devant les tribunaux.

Sous la Révolution française, il suffisait pour être député de déclarer son attachement aux valeurs de la République, ces valeurs étant aujourd’hui inscrites dans la Constitution, et bien entendu pas dans je ne sais quel débat minable sur l’identité nationale. La signature d’un acte en mairie déclarant cet attachement me paraîtrait amplement suffisante. Là, nous aurions de véritables citoyens. Là, nous reviendrions à des traditions plus conformes (selon moi) à l’esprit de la République. Et le plus beau, c’est que je crois bien que ce serait plus facile à réaliser.

MERCI RIVERAINS ! thierry reboud
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  • domino78
    • Posté à 00h12 le 18/12/2011
    • Internaute 14379

    Un autre article à lire sur le blog de Yohan Duval qui reprend les mêmes arguments que Thierry Reboud en ajoutant d’autres : Lien

    Il termine par une citation d’Emmanuel Todd :
    « On ne se rend pas compte que le débat est un peu dépassé. Parce que la posture républicaine, c’est se mettre dans une situation où on continue de faire comme si le droit de vote des citoyens français était très important. Mais la réalité de l’Europe qui se fabrique, c’est que les citoyens français sont dépossédés de leur droit de vote ! L’enseignement du référendum de 2005, auquel les gens ont voté non à 55%, c’est qu’on s’est assis dessus avec le traité de Lisbonne. Ce qui se passe en Grèce et ailleurs, c’est la mise sous tutelle du droit de vote et des institutions nationales. Je pense qu’on a un petit train de retard, là. La posture républicaine de Wauquiez est soit naïve, soit hypocrite, parce que le programme de soumission à l’Allemagne, à la Banque Centrale Européenne, c’est la suppression du droit de vote de tous les citoyens français ! »

    Tout est important et tout est dit dans cette citation.
    Le PS au lieu de jouer dans la corde du laxisme avec EELV aurait mieux fait de ne pas s’acoquiner avec l’UMP pour s’asseoir sur le vote des français lors du référendum du traité de Lisbonne.

  • Sylvain Reboul
    Sylvain Reboul
    Professeur honoraire de (...)
    • Posté à 10h32 le 18/12/2011
    • Expert 22220
      Professeur honoraire de (...)

    « Surtout, il me semble qu’on ne voit pas se dessiner le grand danger ouvert par cette proposition de loi : celui qui découple la citoyenneté de la nationalité. Que resterait-il alors pour fonder l’acquisition de la nationalité ? C’est vite vu : le droit du sang, “

    Incompréhensible : dissocier le droit de citoyenneté de la nationalité c’est précisément refuser le droit du sang au profit du seul droit du sol, puisque la citoyenneté de dépendrait plus de le prétendue nationalité...

    Vous semblez, sans le dire tout en le disant, considérer que la nationalité serait liée à la citoyenneté par un lien que vous ne définissez pas, mais que l’on soupçonne comme étant de dépendance de la seconde à la première, oubliant du même coup que la citoyenneté relève d’un droit universel de l’homme au contraire de la nationalité qui est par nature particulariste et discriminante .

    Je propose au contraire de faire de celle-ci une particularité sociale et culturelle infra-politique comme la religion ou le genre, du reste contestables. C’est jouer me semble-t-il sur les mots d’identifier la nationalité que vous ne définissez du reste pas, sauf à refuser celle du nationalisme communautariste, voire ethnique, à la capacité de voter sur le plan national et vous avez sans doute raison de dire que si l’on fait des immigrés des citoyens il faut alors leur accorder le droit de voter et de se présenter à toutes les élections.

    Mais on peut voir aussi la proposition de la gauche comme une première étape destinée à faire tomber le tabou fantasmatique et mystificateur de type religieux (religion civile) de la nationalité qui n’a d’autre signification que de résister à l’expression universaliste du droit de citoyenneté comme droit de l’homme. Cette incohérence apparente d’une demie citoyenneté locale ne serait que le fait d’une tactique transitoire pour faire accepter cette dissociation du lien de dépendance que vous cherchez à maintenir, sans pouvoir le justifier autrement que par l’argument d’une prétendue tradition républicaine que vous ne justifiez pas, entre nationalité et citoyenneté , au même titre que les immigrés européens (dont vous ne parlez pas) qui eux ont déjà ce droit de vote local.

    Tant que l’on maintient ce lien symbolique confus, le FN est un danger politique contre lequel il est difficile de résister, ce qu’illustre, selon mon analyse, votre article et cela me semble-t-il, à votre corps défendant( ?)

  • rakosky
    rakosky
    CITOYEN
    • Posté à 19h01 le 18/12/2011
    • Internaute 44531
      CITOYEN

    Un de mes souvenirs les plus humiliants,ce sont les heures d’attente avec ma mère,lorsque l’on allait renouveller la carte de séjour
    On aurait dit que les employés étaient sélectionnées pour leur méchanceté et elles nous parlaient comme j’ai jamais parlé à mon chien
    Ceci dit ,je partage totalement votre point de vue,cette citoyenneté au rabais me fait penser au deuxième collège des sinistres temps coloniaux
    Un autre aspect de la question est le fait que ce qui se met en place est une citoyenneté sans souveraineté,une souveraineté confisquée par l’union européenne ,,le FMI et la BCE
    Que l’on restaure cette souveraineté ce sera déjà une grande chose

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