Passage à l'acte 17/12/2011 à 15h05

Et si on achetait nos médicaments à l'unité ?

Flore de Borde | Journaliste, avec Reporters d'Espoirs


Morpheus (Laurence Fishburne) dans « Matrix » de Larry et Andy Wachowski, juin 1999 

Armoire à pharmacie qui déborde de médicaments périmés et qui finissent à la poubelle : en France, près d’un médicament remboursé sur deux ne serait pas consommé, selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales.

Pour Françoise Lalande, l’un des auteurs du rapport, « à part les antibiotiques pour lesquels on remarque une inflexion, les Français sont parmi les plus gros consommateurs mondiaux de médicaments ».

En cause, des prescriptions excessives, les patients qui ne terminent pas leurs traitements, notre système de remboursement... et le conditionnement individuel, de contenance standardisée des médicaments. Une piste à creuser ?

L’idée

Que les médicaments soient consommés ou pas, n’y change rien : l’Assurance maladie a fait ses comptes :

« Avec plus de 21 milliards d’euros en 2009, les remboursements de médicaments représentent le premier poste de dépenses des soins de ville. »

Canadienne installée à Paris, Gill Baillie, ne s’est toujours pas habituée au système français.

« Je suis atterrée chaque fois que je vais à la pharmacie. Je vois les gens ressortir avec des chariots de médicaments. C’est comme si vous alliez faire vos courses, que vous achetiez gratuitement d’énormes quantités. Et puis finalement, que vous en jetiez la moitié parce qu’il y en a trop.

Je n’ai jamais vu cela ailleurs. Au Canada les médecins prescrivent les médicaments à l’unité. »

Pourquoi ne pas s’en inspirer en France et autoriser les officines à vendre le nombre exact de médicaments, au détail donc, selon la quantité prescrite sur l’ordonnance ?

Comment la mettre en pratique

Installée à Auckland (Nouvelle-Zélande) depuis dix ans, Delphine David explique :

« En France, mon armoire à pharmacie était énorme. Ici, en Nouvelle-Zélande, elle est presque vide. Le médecin prescrit un traitement, le pharmacien le prépare.

Si je dois prendre dix jours d’antibiotiques, quatre fois par jour, le pharmacien me vend quarante pilules, pas une de plus. Je ressors avec des médicaments dans une petite boite recyclable sur laquelle est inscrit mon nom, le nom du médicament, la posologie. »

Un modèle que l’on retrouve aussi en Angleterre ou encore aux Etats-Unis, où vit Aurélia Chaudagne, à Chicago depuis un an.

« A la différence de la France, beaucoup de médicaments se vendent en libre service : paracétamol, sirops, crèmes cicatrisantes, etc... Ils sont en général vendus par boîtes. Seuls les médicaments prescrits par le médecin sont vendus en pharmacie et à l’unité. »

A la fin du traitement, « si les symptômes persistent parlez en à votre médecin.... » : un simple retour à la case consultation permet de prolonger le traitement mais sans risque d’auto-médication.

Ce qu’il reste à faire

En France, la politique de conditionnement est co-déterminée par l’administration et les industriels du médicament (L. 162-17-1-1 du code de la Sécurité sociale), le pharmacien est tenu de dispenser « les médicaments dans leur conditionnement d’origine ».

Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), n’est pas favorable à la vente à l’unité :

« Cela coûterait plus cher aujourd’hui de déconditionner. Vous imaginez la manutention que cela représenterait ? Et aussi les questions d’hygiène et de sécurité que cela poserait ? »

Sunil Kumar, pharmacien à Auckland, rêve, lui d’un système, à la française.

« Entre chaque prescription, je dois désinfecter ma table pour éviter un croisement de poudre. Nous ne sommes jamais à l’abri d’une erreur humaine. C’est peut-être plus économique pour le pays mais très contraignant pour nous. »

Il est difficile de comparer notre politique du médicament avec celle d’autres pays, où les médicaments sont en accès libre pour certains et en partie vendus à l’unité pour d’autres, mais non remboursés sauf si le patient souscrit à une assurance privée...

Pour le docteur Marie-Laure Alby, la délivrance des médicaments à l’unité serait non seulement un retour en arrière sur le plan de la sécurité sanitaire mais irréaliste au regard de notre système de soins actuel :

« Par contre, il faudrait une vraie politique pour le rationaliser. On dispose d’une marge de progression énorme pour l’adapter aussi bien aux petits traitements qu’aux traitements chroniques. Cela existe déjà pour certaines classes de médicaments comme les somnifères. »

Habitué à déchiffrer les ordonnances, Gilles Bonnefond fait une recommandation d’usage :

« Il faudrait, entre autres, éviter que l’industrie pharmaceutique développe des manœuvres industrielles en faveur des grands conditionnements. »

« Et stopper l’innovation à outrance », tient à préciser Françoise Lalande.

En France, le conditionnement n’est qu’un des éléments de la politique du médicament. Sans même chercher à révolutionner le système, pour le docteur Alby le diagnostique est simple :

« Nous manquons d’une politique cohérente qui responsabilise l’ensemble des acteurs. »

Reste à savoir comment cela se soigne.

MERCI RIVERAINS ! GaiusMarius
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  • framboise92
    framboise92 répond à piquette
    essayons pour voir.
    • Posté à 19h12 le 18/12/2011
    • Internaute 24519
      essayons pour voir.

    Merci pour votre post.

  • Crepitus
    Crepitus
    Retraité
    • Posté à 12h59 le 18/12/2011
    • Internaute 85789
      Retraité

    « Cela coûterait plus cher aujourd’hui de déconditionner. Vous imaginez la manutention que cela représenterait ? Et aussi les questions d’hygiène et de sécurité que cela poserait ? »
    C’est une plaisanterie ? Le changement de conditionnement doit se faire en amont, c’est-à-dire dans les laboratoires.

  • Noun
    • Posté à 13h06 le 18/12/2011
    • Internaute 5295

    Je ne comprends les arguments hygiénistes défendus par les pharmaciens français.

    1) A supposer que les médicaments unitaires soient réellement vendus en vrac dans de grands flacons de verre comme des bonbons...quels dangers pour la santé à les distribuer ainsi ?
    Des tonnes de denrées alimentaires le sont tous les jours de cette manière, elles sont ingérées de la même façon que des médicaments (par la bouche donc) et ça ne pose de problème d’hygiène à personne.
    Pourquoi serait-ce différent pour des gélules ou des comprimés (qui en plus constituent certainement un terrain moins favorable au développement bactérien que les aliments) ?

    2) Et quand bien même...Il y a longtemps que le milieu hospitalier fonctionne évidemment à la distribution de médicament à l’unité. Du coup les formes hospitalières sont de plus en plus constituées de médicament conditionnés en blisters uniques (avec toutes les mention utiles -nom, DLU, etc...sur chaque blister unique).
    Pourquoi ne pas légiférer sur une obligation de conditionnement en blister unitaire et l’étendre à la distribution de ville, ce qui semblerait résoudre tout problème d’hygiène non ?

  • Popman
    Popman
    online
    • Posté à 13h06 le 18/12/2011
    • 177716
      online

    Ne vous inquietez pas, avec une officine sur 2 proche de la faillite à paris et près d’une sur 3 en procinve, ces saludsdepharmaciensquisefontdugrassurledosdesgentilstravailleurs ne seront bientôt plus là, ni pour les grosses boites, ni pour les gélules à l’unité.
    Problème résolu.

    • Noun
      Noun répond à Popman
      • Posté à 13h07 le 18/12/2011
      • Internaute 5295

      Source ?

      • Popman
        Popman répond à Noun
        online
        • Posté à 13h49 le 18/12/2011
        • 177716
          online

        Salut,
        Lien
        J’ai le rapport coface. 1/4 c’est la province. À Paris on est proche de une sur 2.
        Je reconnais que la professions à sans doute trop bien vécu, mais depuis le début des années 2000, c’est finit. Aujourd’hui l’élastique leur pète carrément à la tronche.
        On est pas loin des 16% de chômage chez les jeunes diplômés...
        L’emploi de pharmaciens dans les officines étant soumis au C.A, qui s’effondre depuis quelques années, il y a de plus en plus de chaumage...

         1 autres commentaires
  • Popman
    Popman
    online
    • Posté à 13h49 le 18/12/2011
    • 177716
      online

    Doublon.

  • setori
    setori
    retraité
    • Posté à 12h05 le 19/12/2011
    • Internaute 43503
      retraité

    Dans mon enfance la plupart des médicaments étaient vendus à l’unité et pour certains ,ils étaient fabriqués sur place dans l’officine où existait encore la profession de préparateur .Mais le médicament est devenu une matière première et cela changea tout...Difficile de revenir en arrière ,trop d’intérêts en jeu...

  • ph7
    ph7
    en bas , à gauche au fond de la (...)
    • Posté à 12h27 le 19/12/2011
    • Internaute 147668
      en bas , à gauche au fond de la (...)

    Ne mettre sur le marché que des médocs à l’efficacité prouvée et le problème de l’usine à gaz sera solutionné .
    L’éventail des professions de santé laissant de la marge aux amateurs de porsche cayenne , ces derniers , pourront sans peine se trouver une autre spécialité .

  • Francesco1976
    • Posté à 13h08 le 19/12/2011
    • Internaute 25428

    Un mail envoyé sur le sujet au au PM il y a..... 6ans...toujours sans réponse....

    ––-Message d’origine––-
    De : francesco1976
    Envoyé : mercredi 12 octobre 2005 21 : 55
    À : premier-ministre@premier-ministre.gouv.fr
    Objet : Une piste pourrésorber le déficite de la CQ

    Message adressé au Premier Ministre

    Message : Monsieur le premier ministre, Bonsoir,

    Je voudrais vous soumettre une piste pour réduire la quantité de médicaments achetés par nos concitoyens. Vous avez pu sans doute constater par vous même que, lorsqu’un médecin vous prescrit un traitement, nos pharmaciens se retrouve souvent dans l’obligation de nous fournir une quantité supérieure à la dose prescrite du fait du packaging réalisé par nos amis les industriels de la pharmacie. Je me suis rendu récemment dans un pays anglo-saxon, où, lorsque vous allez acheter vos médicaments, la dose EXACTE de votre traitement vous est délivrée ! (dans de petite boite jaune individuelle ou figure votre posologie et votre nom)

    Je trouve que ce système permet de ne pas acheter des médicaments qui resterons immanquablement dans la boite à pharmacie familiale jusqu’à échéance et, par là même, de mieux maîtriser les dépenses de santé. D’autre part, nous réaliserons une bonne action pour l’environnement en rejettent moins d’emballage...

    Ce système implique sans doutes de que les pharmaciens ne soient plus de « simple vendeurs » derrière leur étalage mais qu’ils participent eux aussi à l’effort national nécessaire à cet objectif (au même titre que vous nous demandez des efforts : 1 euros par acte l’année dernière et 18 euros cette année pour l’hospitalisation). Enfin, et c’est je crois le plus dure à réaliser, ne pas céder aux pressions du lobbying pharmaceutique qui, immanquablement, hurlera à la mort... (peut être pourriez vous faire valoir les contrat que vous avez passez avec eux dans le cadre d’une hypothétique, mais non moins réaliste, pandémie chez l’homme de la grippe aviaire)

    Cordialement,

    ET LA REPONSE :

    Monsieur,

    Votre courriel du 12 octobre 2005 est bien parvenu au cabinet de Monsieur le Premier Ministre.

    Après avoir pris connaissance de vos réflexions visant à faire des économies pour la sécurité sociale en réduisant le nombre des médicaments, j’ai transmis votre correspondance à Monsieur Xavier BERTRAND, Ministre de la Santé et des Solidarités, aux fins d’un examen attentif.

    Je vous prie de croire, Monsieur, à l’assurance de ma considération distinguée.

    Pour le Premier Ministre
    La Chef du Service des Interventions

    ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

    IRF !

  • FKA
    FKA
    • Posté à 15h31 le 19/12/2011
    • Internaute 131264

    Tout à fait d’accord : la vente de cachets devrait se faire à l’unité, ou par plaquette en comportant un nombre adapté (5 / 7,) qui pourraient être découpées pour donner le bon nombre.

    Ces packaging ont été définis de cette façon pour profiter aux industriels, le consommateur ne se plaint pas (normal il est remboursé, même si c’est partiellement), et ce ne sont pas les pharmaciens qui vont se plaindre. Le Médecin ? Il s’en fout, il prescrit une molécule x fois par jour pendant x jours, s’il devrait réfléchir au packaging proposé (sachant qu’il prescrit parfois une marque et que la pharmacie dispose d’une autre marque ou de génériques au packaging différent)

    En Asie, la Pharmacie de fournit exactement le nombre de pilules qui a été prescrit. Les plaquettes sont mises dans des blisters sur lesquels sont indiquées les posologies à suivre ... s’ils y arrivent pourquoi cela serait complétement délirant de le faire en France ?

    A l’année ça fait quand même pas mal de boites vides ayant très peu servi, pas mal de restes, qui pourraient éventuellement resservir en cas de rechute etc mais dans les faits ils arrivent souvent à expiration avant qu’on ait l’occasion de les réutiliser ...

    Pour le sirop, les pommades etc , effectivement cela ne fonctionne pas ...

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 06h37 le 20/12/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    C’est toujours un plaisir ce blog des dames patronnesses...

    Et les trente milliards annuels d’exonérations de charge sur ma sueur et mon dos, ça plomberait pas un peu plusse les comptes de la Sécu, dont l’objet est de rembourser les dépenses de santé des assurés, pas de faire des cadeaux aux entreprises ?

    Plusse la baisse de rémunération du travail par rapport au capital qui fait un manque à gagner important pour la Sécu.

    On ferait mieux d’aller botter le cul de nos élus politiques qui font des cadeaux aux entreprises au détriment de la Sécu, et de nos élus syndicaux pour qu’ils foutent l’Etat et le patronat à la porte de la Sécu.

    Et comme dirait Yvon, depuis les franchises on préfèrerait des boîtes de douze milles pilules...

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