Vos réactions 14/12/2011 à 10h54

La BAC vue par Fassin ? « Donnez aussi la parole aux autres policiers »

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89


Un policier de la BAC lors d’un contrôle d’identité près de Paris en mars 1998 (Philippe Wojazer/Reuters)

Notre grand entretien du 3 décembre avec l’anthropologue Didier Fassin a fait couler beaucoup d’encre (numérique) : environ 115 000 lectures et 700 commentaires, mais aussi des réactions en direct par e-mail ou sur Facebook.

En voici une sélection – évidemment non-exhaustive – qui sera soumise à Didier Fassin. Le chercheur pourra y répondre s’il le souhaite.

Des policiers de la BAC font bien leur boulot

Cette réaction reçue sur Facebook s’adresse à Rue89 :

« A quand un papier sur des policiers qui font bien leur boulot pour un salaire misérable relativement aux risques qu’ils prennent chaque jour ? J’en connais un, un ami, dont l’engagement m’impressionne. C’est un mec bien comme on en voit peu, intègre et bon. Et croyez-moi, ses heures de sommeil sont proportionnelles aux euros sur son compte en fin de mois, autrement dit peu nombreuses. Il peut être régulièrement appelé au milieu de la nuit sur une affaire en cours. Donnez aussi la parole aux autres, à ceux de cette trempe-là, sinon c’est dégueulasse, il n’y pas d’autre mot. »

Une première réponse à cet internaute se trouvait dans la version initiale de notre entretien avec Didier Fassin, coupée à l’édition car trop longue. Je lui demandais d’expliquer pourquoi, selon lui, « le cycle de la policiarisation de la politique a peut-être commencé à s’enrayer », il répondait ceci :

« A l’intérieur-même de la police, parmi les gardiens de la paix, leurs supérieurs, les syndicats, il y a un questionnement sur ce sale rôle qu’on fait jouer aux policiers, qui n’est pas celui pour lequel ils s’étaient engagés. »

L’ami de cet internaute fait certainement partie de cette dernière catégorie.

A Paris XVIIIe, je n’ai pas fait le même constat

Par e-mail, le photographe Rémi Dussert compare son expérience de terrain avec celle de l’anthropologue :

« Photographe, j’ai passé près de deux ans en immersion dans le commissariat de la Goutte-d’Or dans le XVIIIe arrondissement, haut lieu de polémiques en tout genre. Si je partage quelques constats de l’auteur notamment concernant la pression engendrée par la politique du chiffre, je ne partage pas du tout ses déclarations concernant les missions quotidiennes des policiers de la BAC, entre autres. Pourtant, j’ai particulièrement suivi les 70 fonctionnaires de la BAC XVIII de jour comme de nuit.

Mais peut-être que leur travail n’est absolument pas le même que dans le 93, peut-être aussi que la topographie n’est pas la même, la population non plus, tout comme les directives. J’ai moi aussi publié un livre, intitulé “Police 75018 : flics à Barbès” et pas “Police” ou encore “Brigade anti-criminalité”. Parce que je ne connais pas le métier de tous les “flics” de France. Seulement celui des » flics » du XVIIIe... Donc, pas d’amalgame. »

Déconnecter la police du politique

Sous l’entretien, parmi les centaines de réactions, on peut noter cet échange entre deux riverains sur le lien entre police et pouvoir politique.

Selon Innsa :

« Dans une démocratie, la police doit être citoyenne, au service du citoyen, et non au service des hommes politiques professionnels qui, pour se faire réélire, vont utiliser l’utiliser à des fins électoralistes.

La police doit être déconnectée de la politique. Elle doit avoir une présence constante et non des coups de bourre au moment des campagnes électorales ou des objectifs qui changent tous les cinq ans selon l’homme politique professionnel en place. »

Thierry Reboud lui répond dans une ligne proche de celle de Didier Fassin :

« Le problème, si vous voulez déconnecter la police de la politique, c’est que les missions qui sont confiées à la police, elles, ne le sont pas du tout.

On voit bien notamment que la politique de maintien de l’ordre en banlieue n’est qu’une facette du contrôle social plus large qui vise à empêcher que les habitants de ces banlieues n’aient l’idée d’aller voir ailleurs. »

« Une recherche guidée par des intérêts partisans »

La thèse de Didier Fassin est fortement contestée par Thierry Novarese, professeur de philosophie, intervenant à l’école nationale supérieure des officiers de police (Ensop) et au CEEReV. Voici des extraits de la longue réaction qu’il nous a envoyée par e-mail :

« Qu’un anthropologue s’empare de la police comme d’un objet d’étude semble à la fois nécessaire et normal, que l’institution détentrice de la force expose ses protocoles d’interventions permet de les conforter ou de les modifier. Certainement même la frilosité du ministère de l’Intérieur à accorder des autorisations pour suivre des équipages ou observer des fonctionnements est dommageable à la recherche scientifique et probablement à ses propres progrès.

Encore faut-il que cette recherche ne soit pas guidée par des intérêts partisans ou simplement une forme idéologique. Car enfin la réception par le grand public d’un ouvrage qui se présente comme une dénonciation d’un corps de la police, la Brigade anti-criminalité, qui serait guidée dans son travail par la seule recherche de l’adrénaline, la haine des jeunes des banlieues et des étrangers, est un raccourci qui mérite une réponse.

L’ouvrage de Fassin débute par une préface qui relate, pas à pas, une “bavure ordinaire” montrant une police qui se donne des pouvoirs et se dote de l’impunité. Mais quelle surprise à la fin de ce récit d’apprendre que le fils de Fassin était un de ces jeunes et que l’histoire minutieusement restituée n’était pas saisie par l’œil du sociologue mais par celui de son fils, mélange des genres et confusion des rôles. »

Novarese semble avoir fait une lecture un peu rapide de l’ouvrage de Fassin, qui est loin d’être aussi monocolore qu’il le dit. Cependant, relever l’anecdote de son fils est pertinent, dans la mesure où sa présence dans l’ouvrage pose la question de la « neutralité axiologique “ nécessaire à toute recherche.

J’avais interrogé Didier Fassin sur ce point, sans conserver cet échange dans la version publiée de notre entretien. Il m’avait répondu que c’était pour lui ‘un moyen de montrer que cela peut concerner tout le monde’, ajoutant qu’‘il n’y a pas de neutralité absolue’. Même s’il considère ‘avoir fait un travail de chercheur, et non une analyse à charge comme l’ont écrit certains journalistes’.

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  • Cosette
    Cosette
    Délinquante amoureuse
    • Posté à 11h32 le 14/12/2011
    • Internaute 33774
      Délinquante amoureuse

    Je suis partagée,je ne conteste pas que certains flics font correctement leur boulot, mais combien ?

    Ces dernières années nous avons assistés à un rejet des flics,toute population confondue,grâce à la politique de Sarkozy et de ses ministres de l’intérieur.
    Les gens en ont marre des GAV abusives,de l’abus de pouvoir des flics qui se comportent comme des cow-boys,après ils se plaignent d’être mal aimés !

    Un policier (normalement) doit être là pour protéger et aider la population...et savoir faire preuve de discernement....

  • arsinoe
    • Posté à 11h54 le 14/12/2011
    • Internaute 101831

    Je ne comprends pas que l’on juge tous les flics de France à partir d’une enquête réalisée dans une BAC bien particulière. Si j’en crois l’article paru dans Libé pour accompagner la sortie du livre, cette BAC est réputée pour rassembler des personnalités racistes et misogynes : « Depuis sa création, il y a vingt ans, la brigade qu’a suivie Didier Fassin n’a compté en ses rangs que des hommes blancs. La discrimination sexuelle est justifiée par des arguments d’efficacité. La discrimination raciale par des arguments xénophobes. Cette discrimination, initialement imposée par un membre de la hiérarchie, en a entraîné une autre, naturelle : les volontaires pour intégrer ces unités correspondent à ce profil. »
    Ce serait un peu comme juger tous les Français à partir d’un groupe de sympathisants Front National.
    Je suis « femme de flic ». Mon mari me raconte ce qu’il vit au jour le jour, les mauvaises conditions de travail, les réactions irrespectueuses des gens dans la rue, des personnes interpellées, et aussi, oui, les mauvais flics. Il y en a, comme dans toute profession, tout groupe humain. Mais il y a aussi, comme partout, une bonne proportion de gens « normaux » et de gens bien.
    Et vous savez quoi ? Ce sont des vrais gens, comme vous et moi.
    Alors les réactions de ceux qui ne connaissent que ce qu’ils ont lu ou entendu, ou qui tirent de grandes généralités à partir d’une expérience malheureuse parce qu’ils sont mal tombés, mais qui n’ont jamais cherché à se renseigner sur le terrain, dans la vraie vie, en parlant à ceux qui exercent ce métier ou qui les côtoient... c’est pas un peu facile ?

  • Samuel Vimaire
    Samuel Vimaire répond à DeSuisse-
    Dipolmate morporkien.
    • Posté à 11h55 le 14/12/2011
    • Internaute 140339
      Dipolmate morporkien.

    Chacun doit respecter les règles, mais « Deux types d’individus se moquent des lois : ceux qui les enfreignent et ceux qui les promulguent. »

    Quand les politiciens et leurs amis industriels, riches, rentiers, lobbyistes, donneront déjà l’exemple et respectant les lois, on aura peut-être déjà moins l’impression d’une justice à deux vitesse et on appréciera peut-être un peu plus le travail de la police.

  • Hatamoto
    Hatamoto répond à arsinoe
    Vendeur de temps de cerveau (...)
    • Posté à 14h36 le 14/12/2011
    • Internaute 29766
      Vendeur de temps de cerveau (...)

    J’ai beaucoup bougé à Paris et en région parisienne, et même si ça doit faire une 15aine d’années que je ne suis plus contrôlé, TOUS mes contacts avec les BAC ont été tels qu’on les caricature : violence, irrespect, abus d’autorité, menaces ...

    Je parles d’être jeté sur le capot d’une bagnole en pleine rue
    Interrogatoire en pleine nuit pendant une demi heure.
    Insultes.
    Bras d’honneurs, autres gestes de provocation (ça ça m’est arrivé en 2007, après que je me sois insurgé par rapport au traitement d’un jeune en pleine rue. J’avais eu droit à un « vous allez voir, dans 1 mois ça va changer. Les gens comme vous on s’en occupera. On sait ou vous habitez. On s’occupera de vous. On vous à a l’oeil »)
    Saisie de ma carte d’électeur (« Vous avez une carte d’électeur. C’est bien. Vous allez votez BIEN au moins ! » réponse « Non. » « eh bien vous n’irez pas voter »)
    Coups de fils à 2 heures du matin chez mon père pour indiquer que j’étais un grave délinquant.
    Je n’ai jamais été mis en GAV (je suis d’une famille de juriste, ça aurai été dommage pour eux) et jamais été accusé, inculpé ou quoi que ce soit.
    Je n’ai jamais côtoyé de criminel, aucun de mes amis à jamais été arrêté.
    Imaginez si j’habitait dans une cité, ou pire que j’étais noir ou arabe ?

    Je ne peux parler que de MON expérience, mais quand je compare ces histoires, avec celles relatés par des amis, dans la presse etc ... je me dis qu’il y a une certaine concordance.

    Les BAC sont des voyous à qui on a donné une carte de flic, une arme, et une autorisation préfectorale de jouer les gros bras.
    C’est la seule conclusion logique que je peux tirer de toutes les informations dont je dispose.
    J’aimerais qu’on me démontre le contraire.

  • HSEHNAMAP
    HSEHNAMAP
    Votre commentaire a été (...)
    • Posté à 14h41 le 14/12/2011
    • Internaute 132226
      Votre commentaire a été (...)

    « C’est un mec bien comme on en voit peu, intègre et bon. »
    L’internaute le dit lui-même : comme on en voit peu. Ça ne me semble absolument pas contradictoire avec ce que disait Fassin.

  • Goetz
    Goetz répond à Hatamoto
    Être supérieur
    • Posté à 14h54 le 14/12/2011
    • Internaute 125682
      Être supérieur

    Je suis sur que les commerçants,ou les citoyens lambdas qui ont subis des agressions, ont aussi des anecdotes croustillante sur les jeunes de banlieue.

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