Mes chers compatriotes... 01/12/2011 à 16h39

A quoi reconnaît-on un « grand discours » de Sarkozy ?

François Krug | Journaliste Rue89

Le discours de Toulon était présenté comme un des plus importants du quinquennat. Mais se souvient-on vraiment des précédents « grands discours » de Sarkozy ?


Des télés diffusent le discours de Toulon de Nicolas Sarkozy en 2008 dans un magasin parisien, le 25 septembre 2008 (Charles Platiau/Reuters)

Le « grand discours », c’est un exercice à part pour un Président. Il ne s’agit plus seulement d’exposer des généralités et quelques mesures, mais de prendre de la hauteur, reprendre la main, se poser en père de la nation.

La même ville (Toulon), la même salle (le Zénith), le même thème (la crise financière), le même auteur (Henri Guaino), la même heure (18h30) : le « grand discours » de ce jeudi répondait à celui prononcé en septembre 2008. Pour l’Elysée, explique Le Figaro, ce devait être « le deuxième grand discours du quinquennat ».

Le deuxième, seulement ? Depuis 2007, Nicolas Sarkozy a en fait enchaîné les « grands discours ». Ils n’ont pas tous frappé les esprits, ou alors, pas toujours avec le résultat escompté par l’Elysée.

1

Le discours de Toulon en 2008 : la refonte du capitalisme

Le contexte. Crise financière, déficit budgétaire, menace de récession : le 25 septembre 2008, au Zénith de Toulon, Nicolas Sarkozy prend acte de « la fin d’un monde ».

Le message. Nicolas Sarkozy condamne les dérives de la finance, prépare les Français à l’austérité et réaffirme les pouvoirs de régulation de l’Etat. Le texte de ce premier discours de Toulon est rédigé, déjà, par Henri Guaino. Extrait :

« L’idée de la toute-puissance du marché qui ne devait être contrariée par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle. L’idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle. »

Extrait du discours de Toulon le 25 septembre 2008

Ce qu’il en reste. Le débat sur la toute-puissance des marchés est toujours d’actualité : la crise des dettes souveraines menace de faire éclater la zone euro, la France adopte une politique de rigueur pour préserver le fameux AAA attribué par les agences de notation.

Nicolas Sarkozy avait aussi promis de mettre fin aux rémunérations indécentes dans la finance : l’encadrement des bonus des banquiers est finalement moins contraignant que ne le laissait croire le discours très volontaire du Président.

2

Le discours de Grenoble en 2010 : la guerre contre la délinquance

Le contexte. Lors d’un échange de tirs avec des braqueurs, une équipe de la BAC abat un braqueur à Grenoble. Des violences éclatent dans le quartier de La Villeneuve. Nicolas Sarkozy décide de faire de Grenoble un symbole et s’y déplace le 30 juillet 2010. Sa nouvelle politique sécuritaire doit le réconcilier avec les électeurs de la droite de l’UMP et de l’extrême droite.

Le message. Comme à Toulon, Nicolas Sarkozy réaffirme la puissance de l’Etat. Cette fois-ci, en revanche, il réagit à chaud et présente une longue liste de mesures concrètes sur la sécurité, mais aussi l’immigration ou les jeunes en rupture avec le système scolaire. Un discours plus spontané et plus offensif, rappelant ceux qu’il tenait au ministère de l’Intérieur ou en campagne :

« Nous ne laisserons pas des caïds s’installer dans les quartiers de Grenoble, devenus à la fois leurs proies et leurs repaires [...]. C’est donc une guerre que nous avons décidé d’engager contre les trafiquants et les délinquants. »

Reportage de TF1 sur le discours de Grenoble le 30 juillet 2010

Ce qu’il en reste. Comme l’avait montré Rue89, une partie seulement des mesures annoncées a été introduite dans la loi. C’est le cas, par exemple, de l’extension des peines planchers et de la suspension des allocations sociales lorsqu’un enfant ne va plus à l’école.

Les mesures les plus spectaculaires, en revanche, ont été soit :

  • abandonnées (la déchéance de nationalité en cas de meurtre de policier ou de gendarme) ;
  • censurées par le Conseil constitutionnel (l’alignement de la justice des mineurs sur celle des adultes, la responsabilité pénale des parents) ;
  • mises en suspens (la fin de la naturalisation automatique pour les mineurs délinquants).
3

Depuis 2007, beaucoup de « grands discours » oubliés

Les discours de Toulon et de Grenoble ont rempli leur rôle et frappé les esprits. Ce ne sont pas les seuls à avoir été présentés par l’Elysée et les médias comme de « grands discours ».

Ces autres « grandes » interventions du chef de l’Etat n’ont pas bénéficié des mêmes moyens et de la même mise en scène, mais elles aussi devaient marquer un tournant dans la pensée et la stratégie présidentielles.

Depuis son élection, Nicolas Sarkozy a par exemple fait de « grands discours » sur :

Mais bizarrement, en dehors des discours de Toulon et Grenoble, ceux qui ont le plus marqué ont peut-être été ceux qui ont été prononcés à l’étranger :

  • le discours de Dakar en 2007, et sa fameuse petite phrase : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire » ;
  • le discours du Latran la même année, qui avait lui aussi suscité un vaste débat : « Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. »
MERCI RIVERAINS ! Marielb
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  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 16h44 le 01/12/2011
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « A quoi reconnaît-on un “ grand discours ” de Sarkozy ? »

    ► Au fait que Rue89 s’acharne dessus pour essayer de le rabaisser.

  • Inquisiteur
    Inquisiteur
    Chanteur de charme
    • Posté à 17h05 le 01/12/2011
    • Internaute 132321
      Chanteur de charme

    Comme une promesse, ces discours n’engagent que ceux qui les écoutent. On constate qu’au delà de la qualité relative de l’expression où de l’engagement, ce n’est la plupart du temps que du vent.

    Ça pose des thématiques, ça fait gloser dans les rédactions, mais ça ne résout rien aux problèmes rencontrés par les français... A tout prendre, je préfère qu’on l ’interviewe, au moins ça apporte la contradiction, en principe.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 17h12 le 01/12/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    A quoi reconnaît-on un « grand discours » de Sarkozy ?
    A l’habileté de Guaino pour trouver des formules d’une simplicité enfantine afin d’expliquer que seul un Sarkozy peut combattre l’insécurité, l’immigration, les déficits budgétaires, les paradis fiscaux, les patrons voyous et qu’il peut redonner la vue aux aveugles et soigner les écrouelles.
    A sa faculté de mettre à la charge des autres ce qu’il est sensé avoir réglé depuis 10 d’exercice de pouvoir dont 4 comme Président de la République.
    Bref, un grand discours de Sarkozy est un moment de détente en famille maintenant qu’il n’y a plus « Au théâtre ce soir ».

  • Fred24
    Fred24
    Rural
    • Posté à 17h37 le 01/12/2011
    • Internaute 89386
      Rural

    On le reconnait au nombre de « C’est fini »...Trop facile, quelqu’un peut il encore faire la liste du nombre de trucs qui devrait être finis ?

  • thierry reboud
    • Posté à 18h08 le 01/12/2011
    • Internaute 20923

    Un grand discours de Sarkozy, c’est un petit discours qui doit faire oublier les précédents grands discours de Sarkozy.

    Le tout aux frais de la République, cela va de soi...

  • Erka
    • Posté à 18h59 le 01/12/2011
    • Internaute 5196

    A l’excitation stérile des journalistes 3 jours avant alors que... franchement...