Chronologie

27/11/2011 à 23h16

BlackBerry de DSK : la chronologie d’Epstein dit beaucoup mais pas tout

Emmanuelle Bonneau | Journaliste Rue89

Mis à jour le dimanche 27 novembre 2011 à 23h46
Ajout de l'information de France 2 selon laquelle les deux hommes ont affirmé aux enquêteurs avoir célébré un résultat sportif.

Rue89 expose dans une infographie l’emploi du temps minute par minute des protagonistes du Sofitel, tel que le journaliste Epstein l’a établi dans son enquête.

Rue89 a dressé ci-dessus la chronologie de la journée du 14 mai 2011, établie par le journaliste américain Edward Jay Epstein, auteur d’une enquête publiée samedi sur le site du New York Review of Books qui ravit les partisans de la théorie du complot.

Les informations qu’il a obtenues font, selon lui, de l’histoire du Sofitel une « affaire politique française ». Au cœur de sa démonstration, le téléphone BlackBerry de l’ancien directeur général du FMI, disparu et désactivé ce jour-là, et jamais retrouvé depuis.

Selon Epstein, son travail permet d’établir la liste de ceux qui auraient pu mettre la main sur ce smartphone. Une information pas anodine, puisque DSK suspectait que son téléphone était espionné par l’UMP, comme une de ses amies l’a rapporté.

« J’ai tout vu, scène par scène »

Des données inédites ont permis à Epstein de reconstituer l’essentiel de l’emploi du temps du 14 mai de la plupart des protagonistes de l’affaire du Sofitel. En plus des documents légaux, le journaliste américain a eu accès :

  • aux relevés des cartes magnétiques de Syed Haque (service de chambre du Sofitel), Nafissatou Diallo et Brian Yearwood, ingénieur en chef de l’hôtel ;
  • aux relevés téléphoniques du BlackBerry du FMI de DSK (à usage pro et perso), perdu aujourd’hui, et du portable de John Sheehan, responsable de la sécurité d’Accor, groupe propriétaire du Sofitel de New York ;
  • aux enregistrements minutés de caméras de surveillance du Sofitel, du restaurant McCormick & Schmick’s où DSK et sa fille Camille ont déjeuné.

« J’ai tout vu, scène par scène », a affirmé le journaliste samedi à Europe 1 :

« La chose la plus bizarre que j’ai vue de mes propres yeux, c’est que la femme de chambre semblait complètement laissée pour compte dans le couloir de l’hôtel.

Personne ne se souciait de lui apporter un soutien médical. Il n’y avait que quelques personnes qui lui parlaient, en essayant à mon avis de lui dire ce qu’il fallait qu’elle dise ou pas. »

L’infographie que Rue89 a réalisée permet de visualiser de façon synthétique le récit de cette journées : seul un examen détaillé de ces emplois du temps permet de tenter d’évaluer la crédibilité réelle de la thèse du complot. Mais si elles sont nombreuses et inédites, ces données n’en sont pas moins limitées.

Les relevés de cartes magnétiques du Sofitel ne sont pas à la minute près et n’enregistrent que l’entrée, pas la sortie des chambres. Impossible donc, hors témoignages, de savoir :

  • si Nafissatou Diallo et Syed Haque étaient ensemble dans la suite 2806 – Newsweek, dans sa chronologie du 24 juillet, rapporte le témoignage du dernier expliquant qu’ils n’ont fait que se croiser ;
  • si la suite d’à côté, la 2820, attribuée et dans laquelle Diallo est entrée plusieurs fois avant l’épisode DSK, était bien inoccupée lorsqu’elle y est retournée, sortant de la suite 2806 – ce dimanche, le groupe Accor affirme que « le client de la chambre 2820 a procédé au règlement de sa chambre (check-out) à 11h36 » ;
  • si Brian Yearwood (Sofitel) est bien dans la suite 2806 à 12h51 précises – heure à laquelle le BlackBerry de DSK est désactivé – ou une minute plus tard.

La vidéo de la « danse de fête » diffusée ?

Les relevés téléphoniques de John Sheehan (Accor) sont partiels :

  • Epstein dit ne pas savoir qui Sheehan appelle précisément pendant son trajet vers le Sofitel ; composant le numéro relevé, il dit tomber sur un homme « avec un fort accent français » lui demandant à qui, du groupe Accor, il désire parler ;
  • le journaliste dit ne pas savoir non plus à qui Sheehan envoie un SMS, toujours pendant son trajet vers le Sofitel et après en avoir envoyé un à Yearwood, ingénieur en chef de l’hôtel – message qui aurait conduit le personnel à (enfin) prévenir la police.

Les enregistrements des caméras de surveillance du Sofitel posent aussi question :

  • Epstein ne dit pas s’il a eu connaissance, si ceux-ci existent (aucune caméra n’est mentionnée sur le schéma de l’étage, paru dans le New York Review of Books), de ceux du couloir des suites 2806 et 2820 – bandes qui pourraient palier les manques des cartes magnétiques ;
  • dans son démenti d’un « complot », Accor, citant le Sofitel, nie la version d’Epstein : Yearwood et un homme non-identifié n’auraient été filmés que « huit secondes, sans qu’aucune “extraordinaire danse de fête” n’ait pu être constatée », contre trois minutes selon le journaliste, tape dans les mains et applaudissements compris.

Epstein évoque ce dimanche sur Twitter un « retour de boomerang » contre Accor, et demande la diffusion de la vidéo. Selon France 2, Yearwood et l’homme non identifié ont affirmé aux enquêteurs qu’ils « fêtaient un résultat sportif ».

La porte ouverte à toutes les fenêtres

La principale révélation d’Epstein – DSK informé le 14 mai de l’espionnage de son BlackBerry, dont l’UMP, qui dément, aurait pu profiter, avant la disparition de cet objet ce même jour – souffre un peu des limites précédemment citées :

  • le BlackBerry de DSK est perdu par lui et récupéré par un(e) autre entre 12h13, heure à laquelle il appelle par lui sa fille Camille, et 12h51, heure à laquelle l’appareil est désactivé ;
  • il n’a jamais quitté le Sofitel, contrairement à DSK qui en part à 12h28, après être descendu en ascenseur ;
  • entre 12h28 et 12h51, la suite 2806 – dans laquelle DSK dira avoir oublié ledit portable, en appelant l’hôtel depuis l’aéroport JFK – est visitée par Diallo, Renata Markozani, femme de chambre en chef du Sofitel et Yearwood.

Ce, d’après les seules cartes magnétiques : si DSK ou les femmes de chambre ont laissé ouverte la porte de la suite, seul un enregistrement vidéo du couloir, s’il existe, pourrait achever de lister ceux qui ont pu désactiver le portable suspect de DSK.

Epstein retient que le BlackBerry ne sera sans doute jamais examiné, comme DSK en avait l’intention et en avait parlé, sur ce même téléphone, à Anne Sinclair, le matin du 14 mai.

Photos : Camille Strauss-Kahn à New York, le 19 mai 2011 (Shannon Stapleton/Reuters) ; Dominique Strauss-Kahn à Paris, le 29 septembre 2011 (Charles Platiau/Reuters) ; Nafissatou Diallo à New York, le 28 juillet 2011 (Shannon Stapleton/Reuters).

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  • asselin
    • Posté à 08h47 le 28/11/2011
    • Internaute 62896

    Ce qui rend ce rebondissement important, ce n’est pas la suite croustillante de la descente aux enfers de DSK. C’est qu’on touche peut être (pas sûre. peut être) aux origines de cette histoire où un candidat ayant de grandes chances à la mandature la plus importante est disqualifié autrement que par les urnes.
    Chacun peut se servir de l’espace de commentaire comme il l’entend. Mais reconnaissez que l’hypothèse d’un coup monté par l’équipe d’un président sortant contre son rival largement en tête dans les sondages, et qui abouti à emprisonner ce dernier, c’est un peu plus qu’une anecdote people. Je me suis complètement désinteressé des digressions multiples et variées sur la « double vie » de l’ex futur candidat. Mais comment ne pas s’intéresser à des manœuvres de disqualifications de son adversaire, si elles avaient lieux ? Tout comme je m’intéresserait aux preuves formelles de viole si elles étaient produites. Car dans ce cas, la petite histoire de DSK s’efface, et c’est un peu de la notre (2 français sur 3 avaient l’intention de voter pour cet homme ; plus d’1 sur 2 a voté pour son rival) qui s’éclaire.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 12h11 le 28/11/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « Selon Epstein, son travail permet d’établir la liste de ceux qui auraient pu mettre la main sur ce smartphone. Une information pas anodine, puisque DSK suspectait que son téléphone était espionné par l’UMP, comme une de ses amies l’a rapporté  ».

    Ce qui bien entendu, sera absolument impossible à prouver !
    Même si le smartphone avait été trouvé, rien ne dit qu’à l’instar de l’ancienne
    huile de Total au moment d’être appréhendé, DSK n’ai dévoré la (ou les) carte sim.

    J’ai du mal à comprendre qu’à partir d’un certain « niveau » de responsabilité, les appareils multimédias quelqu’ils soient ne puissent être mieux protégés.
    - Le Smartphone de DSK devait être plutôt difficile à « espionner ».

    Je doute fort qu’un mec de ce rang puisse avoir négligé sa propre « sécurisation ».

  • scarlet44
    scarlet44
    juriste
    • Posté à 13h52 le 28/11/2011
    • Expert 155615
      juriste

    On comprend bien l’intérêt qu’il y a, pour l’équipe de DSK, à pointer les « maladresses » du Sofitel. Nul doute que jusqu’au procès civil à New York, le feuilleton DSK va continuer à plein, au grand désespoir de ses amis du PS.
    Mais Il ne faut pas oublier que cette affaire risque de lui couter cher au civil et même très, très, cher avec l’irruption dans le paysage du Carlton, des textos desastreux et de Dodo La Saumure.

    Alors, il serait préférable de brouiller pour les américains, l’image d’un DSK paradant au FMI avec des prostituées fournies par Dodo La Saumure en tentant d’imposer l’image d’un homme malade (sex addict), victime d’un complot politique et qui est tombé dans un piège tendu par les gens du Sofitel.
    Que ce soit vrai, tout le monde s’en fout, a commencer par DSK qui sait bien que le seul avenir qu’il a en France, c’est de figurer en bonne place chez les humoristes. L’important c’est de le rendre crédible, le complot, pour impressionner les futurs jurés et l’adversaire.

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