Au Maroc, les débats électoraux font d'abord rage sur internet
Les élections parlementaires auront lieu au Maroc vendredi, premier rendez-vous électoral depuis le référendum de juillet dernier qui a conduit à une série d’amendements de la constitution, présentés par le roi et destinés, officiellement, à réduire ses prérogatives en faveur d’une assemblée et d’un gouvernement élu démocratiquement.
Certains attribuent les amendements de la constitution proposés par le roi et la vitesse avec laquelle les réformes sont mises en place à la pression des mouvements contestataires, comme celui dit du 20 février, qui a été en tête des manifestations de rue depuis neuf mois.
D’autres pensent que ce mouvement a perdu de son influence et de son attraction auprès de la population depuis le referendum de juillet.
Militer pour le boycott durant une campagne électorale est illégal au Maroc. Plusieurs militants qui distribuaient des tracts avec des inscriptions comme « Je vais boycotter. Et toi ? » ont été brièvement détenus dans les villes de Casablanca, Rabat et Tanger.
Les coordinations du 20 février (le nom des comités locaux du mouvement) à Casablanca, Rabat et d’autres grandes villes, ont diffusé un communiqué appelant au boycott des élections. Dimanche dernier, des milliers de manifestants ont à nouveau manifesté dans tout le pays
Le débat en ligne
Sur internet, les discussions entre Marocains tournent autour des programmes électoraux des différents partis, de la question de boycotter ou participer, du rôle joué par les mouvements de jeunes pro-démocratie du 20 février. Le débat fait rage sur les médias sociaux et les blogs, et il n’est pas rare de voir des discussions prendre un tour violent.
Khalid Zriouli appelle à un débat plus raisonnable. Il écrit :
« Votez pour qui vous voulez, mais n’insultez pas les adversaires […]
Vous voulez boycotter ? Très bien. Mais s’il vous plait, ne jetez pas des accusations à la tête de ceux qui ont choisi de voter.Défendez vos idées et rassemblez les gens autour de vous. Si vos arguments sont assez solides, il n’y a pas besoin d’agresser qui que ce soit. »
Parmi les 395 sièges de la future chambre, 60 sont réservés à une liste nationale de femmes.
Houda dit qu’elle votera. Elle doute que les mesures prises pour augmenter la représentation des femmes au parlement puissent fonctionner si les femmes ne votent pas vendredi. Elle écrit ceci à ses compatriotes marocaines qui peuvent voter :
« On nous leurre avec une égalité de surface et une parité chimérique. On nous promet constitutionnellement un droit qui n’a plus besoin d’être argumenté […]
Votez citoyennes, les citoyens qui comptent vous gouverner, ont maintenant la conscience tranquille. »
Le Programme 2011 de développement des Nations unies et son Index du développement humain (IDH) classe le Maroc à la 130ème place, derrière beaucoup de pays arabes comparables.
En visitant la Norvège, le pays qui arrive en tête du classement de l’UNDP, Ayman n’a pas pu s’empêcher de faire la comparaison. Il dit qu’il votera, mais déplore le bilan du gouvernement sortant. Il écrit :
« La Norvège m’a fait pâlir de jalousie à un point où je suis devenu allergique aux déclarations ridicules d’un gouvernement qui nous a fait perdre 4 places en 4 ans et qui continue de nous faire rougir de honte par les programmes électoraux flous de ses ministres qui ont mis maintenant la casquette de leurs partis périmés. »
De nombreuses initiatives citoyennes ont vu le jour durant la période des élections, comme Wlad Cha’ab (Enfants du peuple), une plateforme de podcasts co-fondée par Khaled Abjik et qui offre la possibilité aux participants de donner leurs arguments pour ou contre la participation aux élections parlementaires.
La vidéo suivante est la première d’une série. Certains participants appellent au boycott, d’autres disent qu’ils voteront pour changer l’establishment politique. D’autres parodient les campagnes électorales des partis politiques.
Les pour et les contre les élections ne sont pas à court de créativité et se livrent à une constante bagarre sur les réseaux sociaux.
Sur YouTube, les pro-élections et les pro-boycott téléchargent des vidéos. L’une d’elles, pro-participation, mise en ligne par the3doors, demande aux spectateurs de participer au vote « parce qu’une voix ne suffit pas » :
Dans la vidéo suivante de DIRIKTEtv, tournée durant une manifestation pro-boycott, les personnes interrogées expriment les différentes raisons pour lesquelles ils s’abstiendront vendredi. Parmi elles : la corruption endémique et le manque de confiance dans la classe politique.
Surveillance des élections
Les élections seront surveillées localement, ainsi que par des observateurs étrangers accrédités. Il y a aussi des initiatives citoyennes. Marsad.ma est une plateforme de suivi lancée par l’Organisation marocaine des droits de l’homme (OMDH). On peut y envoyer des messages si l’on remarque des irrégularités dans le processus électoral par Twitter ou SMS. Le site profite de l’expérience de la plateforme Ushahidi née au Kenya.
Riad Zany interviewe Mounir Bensalah, un membre de l’équipe de Marsad :
« Cette année, étant donné les changements qui s’effectuent dans cette région du monde et l’importance qu’a pris l’internet en tant qu’outil de citoyenneté, nous avons décidé de nous approprier la technologie et les nouveaux média. »
Les partis politiques tentent également de prendre avantage de l’utilisation très répandue des médias sociaux par les jeunes. De nombreux partis et dirigeants politiques ont maintenant une page Facebook et un compte Twitter .
Mais selon Marouane Harmachis, ils arrivent bien tard dans ce « jeu »« . Il écrit :
“La forte pénétration des médias sociaux parmi les jeunes (merci le printemps arabe), a poussé les organisations désireuses d’audience large : les entreprises, les organisations associatives, les partis politiques et... les politiciens, à utiliser ces canaux dans leur communication à l’adresse des militants et du large public.
Au Maroc, les politiciens et les organisations politiques ont compris – un peu tardivement – l’intérêt des médias sociaux et ont commencé à l’investir de manière très souvent gauche et maladroite.
La raison de cette ‘ gaucherie ’ est la déconnexion des politiciens des attentes et des pratiques des catégories les plus ‘ connectées ’.”
Ces élections parlementaires créent un débat passionné au Maroc, surtout chez les jeunes. Et une partie toujours plus importante de ce débat a lieu sur le Net.
On ne sait pas encore quel rôle Internet a sur les politiques réelles au Maroc, mais une chose est certaine : partis et associations politiques comme activistes et opposants en dépendent de plus en plus.
Les révolution des pays voisins peuvent bien sûr avoir joué un rôle dans cette nouvelle donne.
Les électeurs éliront les membres de la chambre basse du parlement marocain, l'assemblée des représentants, pour un mandat de cinq ans. Les élections ne concernent pas la chambre consultative, ou Assemblée des conseillers, qui est élue au suffrage indirect lors d'une consultation séparée par les syndicats et les conseils locaux. La nouvelle Constitution prévoit que le roi choisira le futur premier ministre dans le parti arrivé en tête durant les élections. Le gouvernement sera alors formé dans la majorité parlementaire et par le jeu d'alliances. La chambre basse est élue par un système de listes, à la proportionnelle. Les électeurs voteront pour des listes, et non des candidats individuels. Selon les statistiques officielles, 13 millions de Marocains sont inscrits sur les listes électorales.
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Gabriel Nadeau-Dubois, talentueux porte-parole des étudiants québécois 








À la recherche du bonheur..
À la recherche du bonheur..
La démocratie marocaine n’est pas la meilleure du monde, loin de là, on pourrait la critiquer de mille manière, je le concède.
Mais au delà de tout ça, je ne pense pas que l’abstention soit le meilleur service que l’on puisse rendre à notre pays. Le chemin sera long, pénible mais avançons ou essayant d’avancer .




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