Enquête 18/11/2011 à 12h44

Institut pour la justice : hold-up à droite sur les victimes

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Mis à jour le mercredi 23 novembre 2011 à 19h04
Rectificatif à la demande de l'IPJ : l'association n'a pas acquis des fichiers d'adresses e-mails, mais loué des fichiers d'adresses postales.

Idéologie, méthodes, finances : enquête sur cette association opaque qui a recueilli 900 000 signatures en dix jours à son « Pacte 2012 pour la justice ».


Capture d’écran du site de l’Institut pour la justice

L’histoire de Joël Censier est triste, comme à chaque fois qu’un crime touche une famille. Mis en ligne le lundi 7 novembre, son témoignage parlé a été écouté plus d’un million de fois en onze jours. Ce policier raconte le meurtre de son fils Jérémy, en 2009, et les suites très insuffisantes que lui donne la justice, selon lui – le meurtrier présumé a été libéré après un vice de forme, en attendant de comparaître aux assises.

Lorsqu’il parle, Joël Censier a parfois des sanglots dans la voix. On ne trahira pas son sentiment en considérant qu’une phrase le résume bien :

« Dès les premières heures de la procédure, la justice s’est rangée du côté des assassins. »

Un million, c’est le nombre approximatif de « J’aime » de ce témoignage sur Facebook, dont l’effet viral joue à plein. L’histoire de Joël Censier sert d’appel à signer le Pacte 2012 pour la justice de l’Institut pour la justice (IPJ). Plus de 900 000 personnes l’auraient fait, toujours entre le 7 et le 18 novembre.

Ce pacte, qui tient en cinq points, sera soumis à tous les candidats à la présidentielle, en avril. D’ici là, à ce rythme, plusieurs millions de Français l’auront signé.

« Nous n’avons pas encore envoyé de mailing à nos 350 000 sympathisants, de peur que nos serveurs ne résistent pas », raconte Xavier Bébin, le délégué général de l’IPJ, ébahi par ce « succès incroyable ».

Depuis la publication de l’histoire de Joël Censier, les serveurs mails de Rue89 sont aussi très sollicités. Des dizaines de riverains nous demandent ce qu’est l’IPJ, qui est derrière cette association en passe de réussir son pari : peser sur la présidentielle de 2012. Les avocats, magistrats, criminologues ou policiers contactés pour cette enquête constatent le même phénomène : leurs proches les interrogent.

La réponse n’est pas simple : l’IPJ s’affiche « apolitique », mais défend des idées marquées à droite et phosphore pour l’UMP ; ses méthodes et ses finances suscitent des soupçons d’opacité, il jure être transparent ; son discours est jugé simpliste, voire populiste, il rétorque « études » et « experts ».

  1. « Apolitique » mais associé à l’UMP
  2. Un marketing efficace, des défections de poids
  3. Une expertise « un peu instable », des experts disparus

Le blogueur Maître Eolas a longuement analysé le témoignage de Joël Censier, d’un point de vue rhétorique et juridique, et avec les éléments en sa possession. Il dénonce une « manip ». L’IPJ et Joël Censier lui ont répondu en lui retournant l’accusation. Censier estime que l’avocat se trouve « à hauteur du caniveau parisien ».

Voilà la rhétorique de l’association résumée : la France contre les élites parisiennes ; un « institut pour la justice » qui défend les victimes contre la justice telle qu’elle est pratiquée actuellement.

Association loi 1901, l’IPJ a été créé en avril 2007, notamment par Marie-Laure Jacquemond et son mari, Vincent Laarman, déjà créateur de l’association conservatrice SOS-Education. Son oncle, François Laarman, était le fondateur de Contribuables Associés, une structure classée elle aussi à droite.

Peut-on en dire autant de l’IPJ ? Son délégué général, Xavier Bébin, arrivé en 2009, répond par la négative, tout en reniant le couple Laarman-Jacquemond :

« Vous parlez de gens qui ne sont plus dans l’association. L’IPJ est complètement apolitique, nous avons des sympathisants de droite comme de gauche. Alexia a voté Hollande aux primaires. »

Il parle d’Alexia Robinet, la responsable des relations institutionnelles de l’IPJ, présente à ses côtés lors de notre entretien dans un café place du Châtelet, à Paris.

« Entre la Droite populaire et le Front national »

Que l’IPJ ait participé début 2011 au « conseil des clubs et think tanks » associés à l’UMP n’entacherait donc pas cet apolitisme. Que l’attaché de presse Yannick Twarogowski ait travaillé auparavant à l’UMP et à l’UNI, et qu’il se définisse comme « militant engagé à droite » sur son compte Twitter, non plus (Twarogowski nous a répondu qu’il n’était « pas habilité à s’exprimer », ce qui est atypique pour un chargé de communication).

Présidente de l’IPJ après Marie-Laure Jacquemond, en 2009-2010, l’ex-PDG de la revue Le Nouveau Détective Catherine Nemo estime « qu’on aurait tout à gagner à parler des idées plutôt que de cataloguer ». Mais la question de l’apolitisme revendiqué par l’IPJ se pose quand on constate les éléments cités plus haut, non ? Sa réponse tient en deux points :

« Xavier Bébin est, à mon avis, plutôt de sensibilité de gauche que de droite. »

Puis elle ajoute :

« Il y a à gauche une “prolophobie”, un mépris des petites gens, qui fait qu’elle les abandonne à eux-mêmes au lieu de chercher à les comprendre. »

Virigine Valton, vice-présidente de l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire et apolitique), estime que les idées de l’IPJ se situent « entre la Droite populaire et le Front national ».

Un criminologue réputé, qui préfère garder l’anonymat, voit dans les membres de l’IPJ « les penseurs de la Droite populaire “. L’un des fondateurs de cette tendance de l’UMP, le député de la Gironde Jean-Paul Garraud, a été le rapporteur de la loi pénitentiaire de 2009, qui a repris des propositions de l’IPJ. ‘Ce sont des absolutistes du tout-répressif’, estime Martine Lebrun, présidente de l’association nationale des juges d’application des peines.

Pour Xavier Bébin, il n’est pas question de politique : ‘Ce qui compte, c’est qu’on ait des résultats.’ Alexia Robinet note, elle, que ‘Manuel Valls reprend pas mal de nos propositions’.

MERCI RIVERAINS ! Dosna
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  • Mr_Gutsy
    Mr_Gutsy
    Etudiant
    • Posté à 12h55 le 18/11/2011
    • Internaute 123963
      Etudiant

    J’en ai tellement marre de voir ce lien posté sur Facebook par des zozos sans une seule once d’esprit critique.

  • SaintJust
    SaintJust
    Soigné de tous les mots
    • Posté à 13h07 le 18/11/2011
    • Internaute 152832
      Soigné de tous les mots

    J’ai lu leur Pacte2012, on est à pas grand chose de la démagogie. Ce que je trouve vraiment dangereux, c’est en effet cette mise en place de la victime au centre du procès, la responsabilisation des magistrats, l’ouverture au public des audiences des peines d’application, élire les procureurs, ils tentent à mon sens de transformer la Justice française en une sorte de justice de vengeance de la victime envers son agresseur, ce que justement on tente d’éviter. La victime n’est pas censée avoir un droit à la vengeance, c’est la société qui poursuit les criminels, pas la victime.

    La question de l’impunité zéro est à mon sens complètement démagogique : comment mettre en place l’impunité zéro (clairement précisée dans le pacte) pour les atteintes aux biens et aux personnes sans augmenter de manière très importante le budget de la Justice. Alors génial on fout tout le monde en taule, c’est très bien ça, l’impunité zéro mêlée à l’augmentation de la taille des prisons (au demeurant nécessaire), et on se tape des bons gros mitards bien criminogènes, miam !

    Et surtout, et c’est pour moi la raison pour laquelle je refuse de signer cette pétition, c’est ce « ministère de la sécurité ». C’est une blague ? Joindre en un seul ministère la politique pénale et des membres de force de l’ordre ? C’est quoi le pas suivant, on file aux flics le droit de juger directement et de te foutre en taule ? Et même si on garde un ministère du droit, comme ils le disent, pour former les magistrats, ça change quoi au fait qu’on mêle le pouvoir exécutif et judiciaire ? On notera au passage la phrase typiquement démagogique à « d’autres grandes démocraties » qui ont mis en place quelque chose de similaire. Comme disait Carbonnier, si ça fonctionne chez les autres ça veut pas dire que c’est bien pour nous.

    Après y a pas que des conneries, 75% de la peine purgée minimum c’est plutôt pertinent, la perpétuité réelle c’est à discuter, mais elle est où la demande d’augmentation des effectifs ? La demande d’augmentation du budget totalement indispensable à la mise en place de ne serait-ce que la moitié de ces réformes ?

  • Philippe Leclercq
    Philippe Leclercq
    dilettante
    • Posté à 14h06 le 18/11/2011
    • Internaute 64790
      dilettante

    Les associations de ce type sont dangereuses, tout comme les media qsui véhiculent ce genre de propos.
    Les victimes n’ont rien à faire dans un procès pénal : c’est le ministère public qui requiert, pas les parties civiles !
    Il requiert au nom du peuple, qui a certes des droits, mais aussi des devoirs, dont, notamment, de respecter la loi. Arguer du fait que l’éventuel coupable ne l’ait pas respectée pour tenter de l’enfreindre soi-même, n’est pas tolérable, et ne constitue certes pas une exemplarité !
    La justice pénale, en France, est au fond assez juste, malgré une dérive qui fait s’allonger dans des proportions inouïes les peines de prison ferme, au détriment de la réinsertion et favorisant la récidive.
    Il me paraît utile de rappeler que les peines prononcées contre les auteurs de crimes ou délits ne sont pas des « punitions » infligées par la victime au coupable, et ne participent pas de la vengeance.
    Heureusement...

  • Samuel_A
    Samuel_A
    Expat'
    • Posté à 14h26 le 18/11/2011
    • Internaute 112135
      Expat'

    Cette assoce a le droit de défendre les idées qu’elle veut, c’est sain en démocratie.

    Ce qui est inacceptable, c’est de le faire dans la manipulation permanente : faire croire qu’on a avec soi des experts qui n’en sont pas, ou qui ne nous approuvent pas, et pire : instrumentaliser des personnes et des faits divers pour obtenir des dons ou des signatures.

    Ce « Pacte 2012 » est une véritable honte, non pas pour ce qu’il défend, mais pour la façon dont il le fait : 95% des gens qui ont signé croient avoir signé une pétition de soutien à ce pauvre père de famille, et n’ont absolument pas conscience d’avoir signé un projet politique proche de l’extrême-droite.

    L’IPJ le sait, l’IPJ joue de ça. C’est de la manipulation la plus crade, la plus malhonnête, la plus cynique qui soit. Pour moi, ça leur donne une crédibilité zéro, quelles que soient leurs idées et ce qu’on peut en penser.

  • Lokiel
    Lokiel
    ex-étudiant
    • Posté à 14h55 le 18/11/2011
    • Internaute 129379
      ex-étudiant

    Honnêtement, le papier d’Eolas, hormis son petit dérapage sur la « barbarie » (qui se comprend dans sa position mais qui n’est pas d’un empathisme fou) , fait plaisir à lire. Des gens intelligents, on en manque trop.

    Perso, j’ai pas vraiment le temps là, donc je ne vais pas trop développer ni appuyer par des recherches ce qui va suivre (mais vous pouvez lire Brönner, Foucault ou autres, qui disent des choses peu ou prou similaires) mais je veux juste faire un petit aparté sur les raisons poussant quelqu’un à devenir criminel et sur l’efficacité supposée de la punition en fonction de la dite raison. A mon sens, je peux en oublier, mais il y a trois choses pouvant pousser quelqu’un à commettre un crime :

    - la folie. Or, que je sache, personne n’a arrêté d’entendre Dieu lui dire de tuer des petites filles parce qu’on l’a enfermé en prison et condamné à une amende. Et des fous, il y en a plus qu’on ne croit : des érotomanes obsessionnels , des paranoïaques, des sociopathes, des psychopathes, des... ces gens sont à soigner, non à punir.

    - la nécessité ou la perception de la nécessité : là, c’est plus complexe. Selon le degré de nécessité, la case prison sera plus ou moins efficace : quelqu’un volant pour manger, par exemple, ne s’arrêtera pas parce que vous le menacez de prison. Quelqu’un tuant un créditeur parce qu’il va saisir un objet auquel on tient sera plus probablement calmé par l’idée de la prison.

    - la désocialisation. Bien plus fréquente qu’on ne croit, cette problématique est celle des gens en rupture avec la société et ayant adopté des valeurs différentes de celle ci (violence, machisme, ... ) , une vrai contre culture de criminels, en quelques sortes. C’est notamment vraisemblablement le cas d’une part substantielle de la petite délinquance et du crime organisé. Or l’expérience a prouvé que sur ce type là, la punition est inefficace : en fait, elle les braque et les enferme dans leurs schémas. Deux exemples : un pays arabe (l’arabie saoudite, il me semble) a mis en place une expérience pour lutter contre le terrorisme. Il ne s’agissait pas de torturer les terroristes ou quoi que ce soit : les terroristes capturés étaient emmenés faire des sports d’équipes (du beachvolley et du football, souvent) , étaient présentés à des filles et voyaient leur mariage subventionné par l’Etat. Résultat des courses ? Un taux de récidive si bas que plus d’un ministre de l’Intérieur tuerait pour l’avoir sur la délinquance ordinaire. Un autre exemple plus connu était celui de cette fameuse île prison où les prisonniers participaient à des activités champêtres et allaient chercher les gardes le matin (ils étaient donc libres de s’échapper) . Pareil, un taux de récidive incroyablement bas. Le fait est que, si une certaine dose de bâton est probablement nécessaire à un moment ou à un autre, il est infiniment plus efficace contre cette dernière catégorie (celle contre laquelle on s’insurge le plus souvent) de jouer de la carotte.

    A cet égard, donc, l’appel de l’IPJ me paraît incroyablement contre productif et manquer sérieusement de recul. Ils se placent uniquement du côté de la punition sans réfléchir à une question simple : « pourquoi punir ? » , c’est à dire « qu’est ce qu’on veut faire de ces criminels ? » . Au moins là dessus, je rejoins parfaitement Eolas : ce n’est pas une position rationnelle, c’est purement émotionnelle. C’est donc plus largement le rôle de la justice et les valeurs républicaines qui le sous tendent que cette pétition interroge. Rappelons qu’il y a plus d’un siècle, déjà, Victor Hugo dans son discours contre la peine de mort disait que la vengeance relève de l’individu, la punition de Dieu et que la société n’étant ni l’une ni l’autre, elle n’a pas à assumer ces rôles.

  • miles.v
    miles.v
    Matheux
    • Posté à 15h12 le 18/11/2011
    • Internaute 80105
      Matheux

    Il faudrait aussi se demander pourquoi ce type d’officine prospère, et là, les médias ont un rôle non négligeable en n’offrant pratiquement aucun regard critique sur l’actualité judiciaire ou les faits divers, se ruant sur tout ce qui alimente le discours des partisans du tout répressif.
    Par exemple en insistant lourdement sur les, heureusement, très rares cas de criminels récidivistes, oubliant de dire que le risque d’être tué par sa compagne ou son compagnon est considérablement plus élevé, ou sur les pédophiles, omettant le fait que les agressions sexuelles sur les mineurs sont majoritairement commises dans le cadre familial.
    Par ailleurs, s’ils n’oublient pas de s’indigner quand un accusé dont la culpabilité ne fait guère de doute est relâché par erreur, les quelques 200 personnes incarcérées à tort (et il s’agit de celles dont l’innocence a été reconnu) chaque année ne font pas souvent la une des informations.
    Pour finir, la vitesse à laquelle on met parfois en garde à vue semble moins les concerner que l’exploitation du fait divers. Par exemple, dans le meurtre récent d’Océane, je n’ai pas entendu un seul journaliste s’interroger sur l’attitude d’un procureur prolongeant la garde à vue d’un homme dont il admettait qu’il n’existait aucun élément objectif contre lui.

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 15h50 le 18/11/2011
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    ==> Par une justice aux procédures alambiquées et qui de reports en reports met deux ans à aboutir à un jugement demandant 30 secondes de réflexion,

    un jugement que les parties civiles n’ont aucun moyen de faire appliquer,

    de fait, la France est devenue un pays de non-droit
    où il faut et faudra passer par des gros bras pour obtenir réparation.

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