Institut pour la justice : hold-up à droite sur les victimes
Idéologie, méthodes, finances : enquête sur cette association opaque qui a recueilli 900 000 signatures en dix jours à son « Pacte 2012 pour la justice ».
L’histoire de Joël Censier est triste, comme à chaque fois qu’un crime touche une famille. Mis en ligne le lundi 7 novembre, son témoignage parlé a été écouté plus d’un million de fois en onze jours. Ce policier raconte le meurtre de son fils Jérémy, en 2009, et les suites très insuffisantes que lui donne la justice, selon lui – le meurtrier présumé a été libéré après un vice de forme, en attendant de comparaître aux assises.
Lorsqu’il parle, Joël Censier a parfois des sanglots dans la voix. On ne trahira pas son sentiment en considérant qu’une phrase le résume bien :
« Dès les premières heures de la procédure, la justice s’est rangée du côté des assassins. »
Un million, c’est le nombre approximatif de « J’aime » de ce témoignage sur Facebook, dont l’effet viral joue à plein. L’histoire de Joël Censier sert d’appel à signer le Pacte 2012 pour la justice de l’Institut pour la justice (IPJ). Plus de 900 000 personnes l’auraient fait, toujours entre le 7 et le 18 novembre.
Ce pacte, qui tient en cinq points, sera soumis à tous les candidats à la présidentielle, en avril. D’ici là, à ce rythme, plusieurs millions de Français l’auront signé.
« Nous n’avons pas encore envoyé de mailing à nos 350 000 sympathisants, de peur que nos serveurs ne résistent pas », raconte Xavier Bébin, le délégué général de l’IPJ, ébahi par ce « succès incroyable ».
Depuis la publication de l’histoire de Joël Censier, les serveurs mails de Rue89 sont aussi très sollicités. Des dizaines de riverains nous demandent ce qu’est l’IPJ, qui est derrière cette association en passe de réussir son pari : peser sur la présidentielle de 2012. Les avocats, magistrats, criminologues ou policiers contactés pour cette enquête constatent le même phénomène : leurs proches les interrogent.
La réponse n’est pas simple : l’IPJ s’affiche « apolitique », mais défend des idées marquées à droite et phosphore pour l’UMP ; ses méthodes et ses finances suscitent des soupçons d’opacité, il jure être transparent ; son discours est jugé simpliste, voire populiste, il rétorque « études » et « experts ».
- « Apolitique » mais associé à l’UMP
- Un marketing efficace, des défections de poids
- Une expertise « un peu instable », des experts disparus
Le blogueur Maître Eolas a longuement analysé le témoignage de Joël Censier, d’un point de vue rhétorique et juridique, et avec les éléments en sa possession. Il dénonce une « manip ». L’IPJ et Joël Censier lui ont répondu en lui retournant l’accusation. Censier estime que l’avocat se trouve « à hauteur du caniveau parisien ».
Voilà la rhétorique de l’association résumée : la France contre les élites parisiennes ; un « institut pour la justice » qui défend les victimes contre la justice telle qu’elle est pratiquée actuellement.
Association loi 1901, l’IPJ a été créé en avril 2007, notamment par Marie-Laure Jacquemond et son mari, Vincent Laarman, déjà créateur de l’association conservatrice SOS-Education. Son oncle, François Laarman, était le fondateur de Contribuables Associés, une structure classée elle aussi à droite.
Peut-on en dire autant de l’IPJ ? Son délégué général, Xavier Bébin, arrivé en 2009, répond par la négative, tout en reniant le couple Laarman-Jacquemond :
« Vous parlez de gens qui ne sont plus dans l’association. L’IPJ est complètement apolitique, nous avons des sympathisants de droite comme de gauche. Alexia a voté Hollande aux primaires. »
Il parle d’Alexia Robinet, la responsable des relations institutionnelles de l’IPJ, présente à ses côtés lors de notre entretien dans un café place du Châtelet, à Paris.
« Entre la Droite populaire et le Front national »
Que l’IPJ ait participé début 2011 au « conseil des clubs et think tanks » associés à l’UMP n’entacherait donc pas cet apolitisme. Que l’attaché de presse Yannick Twarogowski ait travaillé auparavant à l’UMP et à l’UNI, et qu’il se définisse comme « militant engagé à droite » sur son compte Twitter, non plus (Twarogowski nous a répondu qu’il n’était « pas habilité à s’exprimer », ce qui est atypique pour un chargé de communication).
Présidente de l’IPJ après Marie-Laure Jacquemond, en 2009-2010, l’ex-PDG de la revue Le Nouveau Détective Catherine Nemo estime « qu’on aurait tout à gagner à parler des idées plutôt que de cataloguer ». Mais la question de l’apolitisme revendiqué par l’IPJ se pose quand on constate les éléments cités plus haut, non ? Sa réponse tient en deux points :
« Xavier Bébin est, à mon avis, plutôt de sensibilité de gauche que de droite. »
Puis elle ajoute :
« Il y a à gauche une “prolophobie”, un mépris des petites gens, qui fait qu’elle les abandonne à eux-mêmes au lieu de chercher à les comprendre. »
Virigine Valton, vice-présidente de l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire et apolitique), estime que les idées de l’IPJ se situent « entre la Droite populaire et le Front national ».
Un criminologue réputé, qui préfère garder l’anonymat, voit dans les membres de l’IPJ « les penseurs de la Droite populaire “. L’un des fondateurs de cette tendance de l’UMP, le député de la Gironde Jean-Paul Garraud, a été le rapporteur de la loi pénitentiaire de 2009, qui a repris des propositions de l’IPJ. ‘Ce sont des absolutistes du tout-répressif’, estime Martine Lebrun, présidente de l’association nationale des juges d’application des peines.
Pour Xavier Bébin, il n’est pas question de politique : ‘Ce qui compte, c’est qu’on ait des résultats.’ Alexia Robinet note, elle, que ‘Manuel Valls reprend pas mal de nos propositions’.
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- Sur pacte2012.frLe pacte 2012 de l'Institut pour la justice
- Sur maitre-eolas.frAttention manip : le "pacte 2012" de "l'Institut pour la Justice"
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Etudiant
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J’en ai tellement marre de voir ce lien posté sur Facebook par des zozos sans une seule once d’esprit critique.




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