Dans les coulisses du marché de l'angoisse scolaire
Cours particuliers par Acadomia, aide en ligne, coaching ou radiesthésie : en matière de soutien scolaire, les parents sont prêts à tout. Enquête réalisée avec le CFPJ.

Lors de l’épreuve de philosophe du bac en juin 2011, au lycée Clémenceau de Nantes (Stéphane Mahé/Reuters)
« L’école gratuite ? Ça n’a plus de sens », constate le sociologue de l’éducation François Dubet, à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) :
« Entre les fournitures, les livres, le soutien scolaire, les séjours à l’étranger, le logement... le budget explose. Il faut cesser cette hypocrisie de dire qu’on peut réussir sans mettre la main au portefeuille. »
Près d’un tiers des lycéens et un collégien sur cinq prennent des cours particuliers pour suivre la cadence, ce qui peut grever le budget d’une famille. Au total, le marché approcherait les 2,2 milliards nud’euros en France, selon un rapport remis en mai à la Commission européenne. Certes, le business a toujours existé, mais il se limitait, dans 90% des cas, à de petits cours d’appoints payés au noir. En dix ans, la donne a changé.
- Le boom du soutien scolaire et du privé
- Services sur Internet et bachotage
- Le coaching pour motiver les ados
- « Prépas de prépas » et « boîtes à colle »
- Des parents de plus en plus inquiets
- Sans diplôme, 7 fois plus de chômage
- L’école, hôpital qui met ses malades dehors
Les poids lourds que sont Acadomia (côté en bourse, 110 millions d’euros de chiffre d’affaires), Complétude (20 millions d’euros), Anacours (5 millions d’euros) et consorts grignotent des parts de marché à l’économie souterraine, et empocheraient aujourd’hui entre 20 et 30% de l’activité.
Dopées par l’abattement fiscal de 50% du service à la personne, les entreprises de soutien scolaire affichent des taux de croissance insolents (+10% à 20% par an) lors de la décennie écoulée, malgré un léger ralentissement depuis la crise de 2009.
Toutes gagnent du terrain en ouvrant des boutiques franchisées sur l’ensemble du territoire. Pourtant, aucune étude ne prouve leur efficacité. Mais 70% à 80% du magot reste à prendre au marché non officiel : de belles perspectives de croissance
« L’important ce n’est plus d’être bon, c’est surtout d’être meilleur que les autres », regrette François Dubet. « C’est la conséquence mécanique de la massification de l’enseignement. » Et les parents sont prêts à tout pour forcer le destin de leur progéniture. A commencer par investir à l’année, en plaçant son enfant dans un établissement privé.
Pour la rentrée 2011, 12 000 élèves de plus ont rejoint le clan des 2 millions d’inscrits dans l’enseignement catholique privé. Cette année, faute de place, 30 à 40 000 familles ont été recalées. Au total, le privé accueille 20% des élèves, mais on estime que 40% y feront un passage au cours de leur scolarité. Agnès Cavet, chargée d’étude et de recherche à l’Institut français de l’éducation, décrit ce qui motive ce « zapping privé/public » :
« Ça relève souvent d’une stratégie de contournement des parents, qui ne sont pas satisfaits par l’établissement public du quartier ; et veulent donner toutes les chances de réussir à leur enfant. »
Pour François Dubet, les parents ont une part de responsabilité importante dans la dérive actuelle :
« La marchandisation de l’éducation ne relève pas d’une machination perverse des acteurs privés. Ces derniers surfent sur une demande, et la vraie question est : “Pourquoi cette demande existe-t-elle ?” »
Les sociétés privées prospèrent sur les failles du système public et se placent en contre-modèle. Sociologue de l’éducation et professeur à l’université de Savoie, Dominique Glasman liste les nombreux atouts des entreprises de soutien scolaire qui font défaut à l’Education nationale : la réactivité, l’individualisation de l’enseignement, le choix de l’enseignant et la garantie de résultat. Acadomia l’a bien compris avec son offre percutante : « Bachelier ou remboursé ».
Au Cours Legendre, acteur historique du marché depuis 1957, l’institution « répond à la demande des parents », affirme Jérôme Bedouk, président du groupe. Des réunions sont régulièrement organisées avec les parents d’élèves pour « identifier leurs besoins ».
C’est ainsi que les offres de séjours à la découverte d’un métier pour ados désorientés et d’une garde « ludo-éducative » pour les 3-11 ans sont venues s’ajouter au catalogue en 2010. Trois ans, « l’âge où tout ce joue », comme le disent les parents les plus stressés.
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On lui a dit, à la mère déçue du système scolaire, que l’orientation est un grand pipeau à 14 ans (ben ouais, à 14 ans, je voulais être Kurt Cobain... et je me foutais bien du métier que je ferais par la suite) et que les teste de graphologie ne servent à rien ? ? ?
Elle sort d’un système pour aller chez les charlantans ?




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