Violences en Pologne : les « antifa » font barrage à la « fierté blanche »
(De Varsovie) 11 novembre 2011 : la Pologne fête son indépendance retrouvée en 1918. Un jour férié où les Polonais se retrouvent en famille pour commémorer l’histoire de leur pays. C’est ce qui devait se passer à Varsovie. Mais la journée nationale a bien vite été balayée par une manifestation d’un autre genre : celle de la haine ordinaire entre fascistes et antifascistes.
C’est la deuxième année que la mouvance d’extrême droite polonaise, patriotique, s’accapare le Jour de l’indépendance. Parmi ses modèles, le Front national français, qui a fait de la catholique Jeanne d’Arc son icône.
La « Marche de l’indépendance » est organisée par deux sections xénophobes, antisémites et homophobes : la Jeunesse polonaise (Młodzież Wszechpolska) et le Parti radical national (Obóz Narodowo-Radykalny).
Une Pologne blanche, souveraine, catholique
Dans le cortège s’affichent des émeutiers masqués aux couleurs de clubs de football, des croix celtiques et des symboles d’appartenance à l’ex-mouvance phalangiste. Leurs membres prônent la quête d’une Pologne blanche et souveraine. Ils veulent voir triompher une politique nationaliste, patriotique et anti-européenne autour de valeurs comme « la famille et Dieu ».
Le professeur Rafal Pankowski s’est spécialisé sur la question des populismes radicaux en Pologne, il parle d’une extrême droite « à la polonaise » :
« On peut parler d’ethnie polono-religieuse. Le Polonais doit être blanc et catholique. La tradition du nationalisme polonais est liée au patriotisme. Mais il est vrai que l’importance de la religion et du stéréotype du Polonais catholique peut être considéré comme un fascisme typiquement polonais. »
Même si la Constitution polonaise autorise les rassemblements d’opinion, peu importe les idées défendues, la « Marche de l’indépendance » était un affront de trop pour le Collectif antifascisme du 11 Novembre. Il s’est consolidé l’année dernière, en réponse au premier défilé nationaliste dans les rues de la capitale. Le mot d’ordre est lancé : il faut bloquer les nationalistes, leur barrer la route.
« Liquider » les fascistes
« Le fascisme ne passera pas. Varsovie est libérée du fascisme », hurlent les mégaphones. « Je ne peux pas laisser faire. On ne peut pas envisager que des fascistes se baladent librement dans les rues en diffusant leurs idées infâmes. »
Un devoir. C’est comme ça que les membres du comité de « blocage » définissent leur mission :
« Les patriotes néo-nazis gangrènent notre pays. Si ça ne tenait qu’à moi, je les liquiderais tous. »
Les « bloqueurs » polonais – « antifa », pour antifascistes – sont tout aussi cagoulés et masqués que leurs adversaires, ils sont là pour les défier.
Le patriotisme gagne du terrain
Des deux côtés du cordon de police, les manifestants écrivent leur propre Histoire. Victime du nazisme puis du communisme, la Pologne garde des séquelles. Les extrêmes s’affrontent, pendant que la population se fraye un chemin. Mais dans ce combat, le patriotisme gagne du terrain. Une aubaine pour les organisations nationales.
Les héros populaires sont catholiques et fiers de leurs racines. « Je ne vois pas ce qu’il y a de mal à aimer son pays », lance une jeune Polonaise.
La dictature stalinienne, les privations et l’oppression communiste ont eu raison de la gauche. Elle est marginalisée, voire bannie. Les dernières élections législatives lui ont laissé plus de voix, sans pour autant bouleverser la scène politique majoritairement acquise à la droite.
Alors la gauche antifasciste se sent seule, mais ne se démobilise pas. Dans ses rangs, deux mouvances : la sympathique et la belliqueuse. D’un côté, la Marche colorée des homos et féministes, de l’autre, les anarchistes d’extrême-gauche. Les deux marchent ensemble, mais avec des procédés différents.
Sous le chariot « gay friendly », on danse et on rit. Le « sitting » est idéologique mais pacifique. Quelques rangs plus loin, les « antifa » sont censés être de la même trempe. Ils forment un cordon de sécurité, mais leur attitude en dit long. A l’image du logo de leur organisation, ils veulent bouter hors du pays, et le plus violemment possible, chaque sympathisant de la « fierté blanche ».
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Des fascistes et anarchistes étrangers dans les rangs
Le Jour de l’indépendance s’est terminé, à Varsovie, en émeute urbaine. Les forces de l’ordre ont arrêté 210 émeutiers, dont la moitié venait de l’étranger : le clivage extrémiste polonais fascine hors des frontières. Des néo-nazis allemands sont venus prêter main forte aux nationalistes polonais. Les antifascistes ont pu compter, eux, sur les anarchistes ukrainiens, biélorusses et russes, habitués aux rixes avec l’extrême droite.
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Etudiant
Etudiant
Passant une année universitaire en Pologne, je constate au quotidien la séquelle invisible mais la plus durable de la période soviétique : la dépolitisation massive de la population (une abstention qui avoisine constamment les 50%, même pour le référendum d’entrée dans l’Europe en 2004) et l’indigence du spectre politique qui gère effectivement la représentation (on coupe globalement tout ce qui est à la gauche d’un Valls des meilleurs jours ; et même pas de gentils écologistes parangons de la morale Démocratique/sauveurs d’écureuils).
Autant dire qu’en terme de militantisme, autant la mettre en veilleuse.
Mais je pensais que l’aspect positif de tout ça c’était l’absence de formulation proprement politique du triptyque-nitroglycérine qui caractérise la Pologne au quotidien :
- Un fort patriotisme, partagé par tous, et meurtri par deux siècles de persécutions (paroxystiques durant la WWII, et notamment Katyn) ;
- Un État nation (et son sentiment d’appartenance) inextricablement lié à la religion catholique (plus de vingt églises - bondées le dimanche matin - dans le centre de ma ville)
- Une immigration non Européenne complètement invisible car négligeable démographiquement.
Il est vrai, cependant, que la plupart des clubs de supporters de foot sentent bons la droite « nationale », et... droite dans ses bottes, mais pas plus que certains en France (vu le gabarit du supporter polonais cependant, un après-derby qui te tombe dessus dans la rue ça fait quand même très très peur).
Mais bon, quand on voit des choses qui font froid dans le dos comme le lancement de campagne des « jeunes avec Marine » hier soir sur YT à l’échelle européenne, pas de raison que ça n’essaime pas sur ce genre de terrain.




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