Tribune 10/11/2011 à 15h06

Berlusconi et Murdoch dans le même vieux bateau qui coule

Traduction de l'article original depuis l'italien par Marthe Machorowski. Révision : Andrée Steidel.


La quasi coïncidence de la chute des deux raïs des médias parmi les plus symboliques et politiquement influents des trente dernières années ne peut être détachée de l’émergence des nouveaux médias, qui ont largement ébranlé les fondations des leurs édifices médiatiques.

La naissance dès les années 80 des empires médiatiques, qui se constituent en multinationales signe le début du déclin de l’époque industrielle.
Murdoch et Berlusconi en ont été des promoteurs en intégrant leurs projets entrepreneuriaux à la stratégie d’un nouveau capitalisme global et financier.

Le « Fouille-merde » et le « Caïman »

Certes, l’idée de la manipulation de masse via les médias n’est pas nouvelle. Elle gagne considérablement en efficacité grâce à l’« infotainment », qui combine information et divertissement, et à la technique du cadrage, manipulation permettant de créer des schémas d’interprétation et des associations d’idées politiquement orientées dans l’esprit des téléspectateurs.

Ainsi « la violence transmise par les réseaux de communication devient un vecteur de la culture de la peur », des images de violence martelées jusqu’à l’obsession, surtout après le 11 Septembre, sont diffusées en boucle. Cela a pour but d’éveiller émotions et sentiments primaires, égoïstes et porteurs des concepts-clés des idéologies totalitaires : le patriotisme, l’intégrisme religieux, la xénophobie, chère à nombre d’actuels dirigeants « démocratiques » européens.

« Dirty Digger », le fouille-merde, surnom de Murdoch et le « Caïman », le Berlusconi singé dans le film de Moretti, ont la même intuition : la puissance de la télévision à son apogée est déterminante dans leur projet personnel. Tous deux sont les premiers à mettre au service de l’establishment politique ces manœuvres de persuasion subliminale et compulsive propices à l’idéologie dominante.

Quand ils s’approprient le médium télévisuel, les conditions sont favorables, selon Patrick Le Lay ex-PDG de TF1, pour exploiter « le temps du cerveau disponible » au profit des annonceurs et, de fait, au service des amis politiques de son patron M. Bouygues.

L’un choisit la politique, l’autre la finance internationale

Certes, l’itinéraire des deux tycoons diverge selon leur sphère géopolitique. Pour éviter faillite et prison, Berlusconi, utilisant son assise financière, profite du contexte de l’Italie des années 90 et de son emprise médiatique pour s’emparer du pouvoir politique.

Ces trois pouvoirs sont si étroitement imbriqués qu’il ne peut que les perdre tous ensemble comme l’actualité de ces jours va nous le confirmer. Murdoch, devançant largement Berlusconi dans la hiérarchie des hommes influents, joue, quant à lui, la carte de l’internationale politique et financière pour accroître un pouvoir moins ostentatoire, mais bien plus ramifié.

Tous deux instrumentalisent leurs pouvoirs au profit d’une corruption généralisée jusqu’à faire voter des lois dédiées à leur propre bénéfice tandis que leurs médias se gargarisent d’un discours sécuritaire qui prône la loi et l’ordre !
Convaincus de leur impunité, ils s’obstinent dans le déni de leur descente aux enfers.

La revanche de la communication horizontale

Les mouvements, partis de Tunisie et puis d’Espagne, qui atteignent les portes mêmes des fiefs névralgiques tel Wall Street ou La Défense ont pour dénominateurs communs : refus massif de l’exploitation et des injustices, d’une représentativité politique contestée et de la dictature des marchés et aspirent à de nouvelles formes de démocratie tournant le dos à la « gouvernance financière ».

Le 15 octobre 2011 a montré que la propagation des mots d’ordre et des actions des multitudes « Indignées » s’étend jusque dans nos supposées démocraties. C’est la force de la communication horizontale grâce aux réseaux, mobiles et internet, qui permet l’expression nouvelle, en même temps qu’elle ébranle les édifices déjà fissurés des empires médiatiques verticaux.

La chute des Mordusconi sonne l’effondrement de leur système : une multitude composée de jeunes en majorité, rejoints par des personnes de toutes générations, professions et classes sociales, ou presque, génère sur ces nouveaux media, où elle a acquis des compétences techniques, une immense force nouvelle.

Elle possède une capacité de production par des voies autonomes d’information, de création (exemple : le logiciel libre), de coopération, d’échange et de construction des valeurs plus respectueuses des hommes et de l’environnement. En cela, elle brise le modèle hiérarchique, si lié au seul profit d’un pouvoir toujours plus distant et isolé.

La « bio-hypermedia » libère les énergies communicatrices

Les près de 6 milliards de téléphones mobiles constituent la pénétration technologique la plus considérable de l’histoire de l’humanité. Ce qu’il convient d’appeler le « bio-Hypermedia » est le nouveau paradigme de la rencontre d’Internet mobile et du corps. Smartphones et tablettes, interfèrent tant avec l’environnement qu’avec tous nos sens (voix, son, image, toucher, position, etc.). En interaction quasi permanente, ils libèrent l’échange d’information des limites où sont confinés télévision et PC, ouvrant des opportunités incommensurables.

Cette libération des énergies communicatrices, si dépendante des technologies, est menacée par ceux-là mêmes qui ont assemblé ces formidables outils en exploitant le logiciel libre : les capitalistes 2.0. Qu’Apple ait la même capitalisation qu’Exxon ne signifie-t-il que le nouveau carburant du monde, numérique et immatériel, prend le pas sur l’ancien ? Que Facebook veuille maîtriser notre « entire life » (vie entière) ne préfigure-t-il pas une tentative de contrôler de nos vies ?

En dépit des pleurs sur la tombe de Steve Jobs, les manœuvres de « la main invisible » de la finance font déjà face à des résistances : les signes se multiplient d’une prise de conscience généralisée, expression d’un refus global de payer une crise, virus instillé et auto-entretenu, prétexte au dépouillement et à la captation du travail commun sur les réseaux et ailleurs.

Il est d’importance vitale que cette multitude sache s’approprier son pouvoir pour devenir la force constituante d’une démocratie renouvelée et mettre un terme à ces dictatures. Nous sommes à l’aube d’un changement sans précédent qui implique tant nos esprits et notre biosphère.

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  • Moorice
    Moorice
    assis
    • Posté à 15h42 le 10/11/2011
    • Internaute 112628
      assis

    ça me semble un peu tiré par les cheveux

    l’auteur utilise le terme de Caiman tiré du film Il Caimano sur Berlusconi, mais ne semble pas l’avoir vu. Nanni Moretti le dit pourtant très clairement que tout le monde connait l’histoire de Berlusconi mais que certains refusent de l’admettre. Tout comme pour Murdoch, ce ne sont pas les énergies revolutionnaires, les infos sur internet ou je ne sais quel chevalier blanc qui les tirent vers le bas, mais le fait qu’ils sont aller trop loin, c’est tout. Soyons sûr que leurs successeurs sont déjà là.

    • Giorgio Griziotti
      Giorgio Griziotti répond à Moorice
      Auteur(e) de l'article Consultant en Technologies (...)
      • Posté à 23h12 le 10/11/2011
      • 175368
        Consultant en Technologies (...)

      Bonsoir,
      merci de votre commentaire.
      Vous avez le droit de ne pas partager mes hypothèses sur les nouveaux mouvements, l’avenir décidera. Cependant je n’ai pas écrit sur le contenu du film de Moretti que j’ai vu plus d’une fois et qui dénonçait dans sa partie finale le populisme et la dangerosité du personnage, mais juste cité le titre pour faire pendant avec le surnom de Murdoch car ils sont evocateurs de leur personnalités.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 16h10 le 10/11/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Berlue’s connerie est en train finalement de payer ses factures.
    Après tout, l’homme n’a-t-il pas environ 72 ans ? ..... qu’il dégage donc !

  • pablico
    pablico
    Co-NOBEL de la Paix
    • Posté à 17h00 le 10/11/2011
    • Internaute 14278
      Co-NOBEL de la Paix

    dure loi de la vie..
    on fini tous par être égaux.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h52 le 10/11/2011
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    « la technique du cadrage, manipulation permettant de créer des schémas d’interprétation et des associations d’idées politiquement orientées dans l’esprit des téléspectateurs »
    Donc l’entière faute des téléspectateurs. Parce que s’ils n’étaient pas totalement cons, ils regarderaient ça, s’en divertiraient, mais ne se laisseraient pas influencer aussi facilement.
    C’est même le but : trouver une émission avec une tendance politique qu’on apprécie et qui flatte les choix qu’on a fait, histoire de se faire plaisir.

    Ou si on est du genre à aimer la critique, avec une ligne politique opposée, histoire d’affuter ses arguments ou de rendre bien vénère (y’en a qui aime ça apparemment...)

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