Sur le terrain 05/11/2011 à 20h16

A La Défense : « Les Français ne sont pas indignés, ils sont résignés »

François Krug | Journaliste Rue89

Vendredi, les « Indignés » ont été délogés par les forces de l'ordre, qui ont démonté leurs tentes. Ce samedi, une centaine d'entre eux sont revenus devant la Grande Arche de la Défense, toujours déterminés à occuper le quartier des affaires.

Le rendez-vous avait été fixé à 14 heures. A l'heure dite, une trentaine de personnes est présente. Leur nombre gonflera au fil de l'après-midi, pour atteindre dépasser une petite centaine. Loin des rassemblements observés à Madrid, New York ou Londres.

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​« Un peu frustré des réactions françaises »

Willy, 35 ans, porte autour du cou un panneau « Nous sommes les 99% », le slogan des « Indignés » du monde entier, réponse au 1% qui contrôlerait les richesses et les pouvoirs. Il explique :

« On est un peu frustré des réactions françaises. On est plus victime que dans d'autres pays de la communication des médias : on nous fait croire que la crise, c'est quelque chose qu'on ne peut pas combattre. Avant d'être indignés, les Français sont résignés. »

Willy croit pourtant en ce mouvement qui se veut apolitique. Cadre dans une entreprise spécialisée dans les logiciels de ressources humaines, il n'est « pas gauchiste », ni militant. Mais il veut faire passer le message, sur Internet et dans son entourage :

« J'en ai même parlé à ma boulangère ce matin, en lui demandant si elle viendrait, elle a rigolé. On a inculqué aux gens un pessimisme ambiant, qui fait qu'ils n'y croient plus. Mais c'est déjà une victoire : on parle de nous, même sur TF1. »

« On ne nous a pas laissés nous installer »

Les « Indignés » attirent les médias, mais aussi les forces de l'ordre. Une dizaine de camionnettes de gendarmes mobiles stationnent de chaque côté de la dalle de La Défense, des policiers en civils veillent à la sortie de la station de métro.

La consigne ? Empêcher une nouvelle tentative de campement nocturne. A partir de la fin de l'après-midi, les policiers contrôlent les sacs des arrivants, à la recherche de sacs de couchage et de tentes. Les rares pancartes sont confisquées et stockées dans un camion.

Pour Justine, 19 ans, c'est justement une des explications du nombre relativement faible d'« Indignés » en France. Cette étudiante en histoire de l'art a participe au mouvement depuis le 29 mai et une tentative d'occupation place de la Bastille :

« En France, on ne nous a pas laissés nous installer. En Espagne, le mouvement est parti d'un appel de Democracia Real Ya pour une manifestation, et d'un petit groupe de gens qui ont décidé de rester camper. La base du mouvement, c'est de se réapproprier l'espace public. »

« Déçus par les partis et les syndicats »

L'autre particularité du mouvement, poursuit Justine, c'est « un côté horizontal, quelque chose de collectif mais qui respecte l'individualité ». Pendant deux heures, l'étudiante a d'ailleurs officié avec d'autres comme secrétaire de l'assemblée générale de l'après-midi.

Au programme : le bilan de la veille, des conseils sur le dépôt de plaintes en cas de violences policières, le plan B en cas de nouvelle éviction (rendez-vous dimanche près de l'église Saint-Eustache, dans le quartier des Halles), et la répartition du travail – logistique et intellectuel – en commissions.

Dans un coin, une dizaine d'« Indignés » comparent ainsi les mérites des coopératives et des entreprises traditionnelles, assis en tailleur sur la dalle... et à l'ombre des tours d'Areva, GDF Suez et SFR.

C'est cette spontanéité qui a séduit Nicos, 29 ans, chef de projet dans le web :

« Avec ce qu'on fait à La Défense, même s'il n'y a pas 8 000 personnes, on parle de nous, et il y aura de plus en plus de monde. J'ai été impliqué dans des syndicats étudiants, dans des partis de gauche. C'est très compliqué, très lourd, pas forcément efficace.

Beaucoup de gens qui se reconnaissent dans ce mouvement ont été déçus par les partis et les syndicats. A Paris, il doit y avoir deux manifs chaque week-end, mais ça revient juste à faire un peu de bruit entre République et Bastille... »

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  • thierry reboud
    • Posté à 20h39 le 05/11/2011
    • Internaute

    Pour faire plaisir à l'indignation (marque déposée ? ), admettons : les Français sont peut-être résignés...

    Mais enfin, je les aime bien, les indignés, je les trouve vraiment très gentils, sympas et tout ça. Et même, tant qu'à faire, ça me fait plutôt plaisir qu'ils se bougent pour les motifs qu'ils mettent en avant. Mais n'ont-ils pas parfois l'impression d'être un chouïa pathétiques ?

    Il y a eu à Lyon un pique-nique indignatoire le 16 octobre (si je ne me trompe pas). Bon concert des Têtes raides (comme d'habitude), excellente interprétation de Notre besoin de consolation... (comme d'habitude aussi), mais pour ce qui était des interventions politiques, aïe aïe aïe... Pour le dire gentiment, c'était d'un niveau très candidement piteux.

    Alors ne le prenez pas mal, camarades indignés, mais pour l'action politique, je crois que je vais encore préférer les autres plutôt qu'un mouvement qu'un des membres présente comme apolitique (merde alors, manquait plus que ça ! ).

  • Tristan-Boreale
    Tristan-Boreale
    webdesigner
    • Posté à 20h43 le 05/11/2011
    • webdesigner

    Peut-être que le fait qu'on a l'habitude de faire des grêves ou de râler à tout bout de champs nous empêche de réagir fortement comme les autres pays. On est aussi habitué ces derniers temps à voir la corruption partout. Plus rien ne nous choque et on finit par résigner...

  • MarxForEver
    MarxForEver répond à Lucius Sergius
    L'argent n'existe pas
    • Posté à 23h15 le 05/11/2011
    • Internaute
      L'argent n'existe pas

    Entièrement d'accord, on est plutôt dans une phase de calme avant la tempête. C'est palpable.

    D'autre part, voir des gens autorisés à manifester contre le capitalisme dans le pays de Mc Carthy, c'est un fait nouveau, qui sucite la curiosité.

    Par contre, en France les mouvements anticapitalistes sont installés dans la société de très longue date. Les indignés sont plutôt « un mouvement de plus ».

  • MauvaisPoil
    MauvaisPoil répond à Société_Malikale
    bonarien
    • Posté à 11h40 le 06/11/2011
    • Internaute
      bonarien

    Si les partis existants ne vous plaisent pas, que proposez-vous pour mettre en application vos idées ? Les partis et syndicats ne sont pas parfaits, mais par quoi voulez-vous les remplacer pour faire passer dans la vie de chacun les aspirations qui vous (nous) portent.
    Vous vous dites apolitique et pourtant vous avez des revendications, vous manifestez. N'est-ce pas là une pensée et une action politique ? Si aucun parti ne vous plait, pourquoi ne pas lancer le Parti des Indignés ? Malgré ce que vous croyez, vous êtes déjà une organisation politique (vous vous organisez pour vos manifs et vous avez des opinions et vous vous rassemblez pour les faire entendre).
    Votre indignation ne peut être efficace dans une démocratie sans une organisation qui joue le jeu démocratique : présenter ses idées devant des électeurs donc avec des représentants... d'une organisation... politique. Vous êtes indignés, mais en laissant penser que la politique est impuissante à régler les problèmes, vous désespérez un peu plus les gens et c'est votre mouvement qui semble résigné.

  • LuLabY
    LuLabY répond à thierry reboud
    délicate et saine
    • Posté à 11h58 le 06/11/2011
    • Internaute
      délicate et saine

    Les « indignés » ne sont pas apolitiques mais « apartidistas » (je sais pas comment on dit en francais), c'est à dire qu'ils rejettent le système politique de partis dans l'état actuel de la constitution et du système électoral.