03/11/2011 à 16h08

Election en Kirghizie : les enseignements d'un scrutin ouvert

David Gauzere | chercheur

Le 30 octobre, l’ancien premier-ministre kirghiz, A. Atambaev a été élu président de la république dès le premier tour avec un score de 63,24 % des suffrages, devançant de loin ses principaux concurrents, A. Madoumarov et K. Tachiev.

Malgré quelques dysfonctionnements locaux au niveau de l’établissement des listes électorales, inéluctables dans une démocratie naissante, le scrutin s’est dans l’ensemble bien déroulé, faisant suite à une campagne électorale ouverte et disputée.

Le taux de participation

L’analyse sur le plan local du taux de participation et des différents scores des candidats ne fait finalement que confirmer les estimations déjà calculées par les experts politologues kirghiz et étrangers reposant sur divers points de fracture, régionale, urbaine et ethnique dans le pays.

  • La participation était forte au nord du pays avec une moyenne de 70-80% de votants (Talas, Tchouï, Yssyk-Koul, Naryn) et A. Atambaev y a été partout plébiscité avec souvent un score d’autour de 90% des suffrages exprimés, bien plus faible au sud avec un taux de participation de 40-50 % (Batken, Och, Djalal-Abad). A la vue du nombre important de voix recueillies par les candidats kirghiz nationalistes A. Madoumarov (48,73 %, Batken) et K. Tachiev (42,04 %, Djalal-Abad) et à l’arrivée souvent d’A. Atambaev en seconde position dans le sud du pays, nous pouvions en déduire que l’électorat kirghiz s’était mobilisé en masse pour le scrutin de dimanche dernier dans les régions de Batken, Och et Djalal-Abad.

  • Villes/Campagnes : Plus faible dans les capitales régionales russophones (autour de 60 %, 66,92 %, Bichkek), la participation restait très élevée dans les campagnes kirghizes et les chefs-lieux de canton du nord et du centre du pays. Elle demeurait en revanche peu basse dans le sud du pays, campagnes et villes confondues.

  • Kirghiz/Minorités ethniques : Première conclusion de cette élection, ce sont les régions kirghizophones qui ont fait preuve dimanche dernier du taux de participation le plus actif. Fort dans les régions de Talas et de Naryn, ce taux était déjà légèrement moins élevé dans les régions ethniquement mixtes d’Yssyk-Koul et de Tchouï, ainsi qu’à Bichkek ; ce qui laissait à penser que l’électorat russophone s’était moins déplacé dimanche dernier. A. Atambaev a été plébiscité dans toutes ces régions. En revanche, dans le sud du pays, où ses soutiens étaient plus faibles, il est arrivé en tête dans les villages à dominante ouzbèke, traduisant ainsi le besoin urgent de sécurité exprimé par la minorité ouzbèke, principale victime des pogroms de juin 2010.

Enseignements politiques

Les enseignements politiques du scrutin confirment une fois de plus les multiples divisions géographiques et ethniques qui traversent la société kirghize, ainsi que les profonds bouleversements que connaît actuellement la société depuis l’indépendance en 1991.

Au niveau politique, la victoire confortable d’A Atambaev démontre la lassitude d’une grande partie de la population à l’égard des révolutions et des conflits ethniques à répétition, et son aspiration à plus de stabilité.

Les autres candidats en course ont, pour la plupart, reconnu cette victoire et émis le souhait d’apporter leur collaboration au nouveau président.

Dans le sud kirghiz, en revanche, les deux principaux concurrents d’A Atambaev la contestent et en appellent à la fois aux manifestations populaires et au repli de leurs actions sur le sud, tout en jouant la carte du sentiment anti-ouzbek, populaire dans la Vallée du Fergana.

Leur attitude et le mode opératoire employé, irresponsable, prouvent bien que les responsables et les forces politiques du sud du pays conservent avant tout une base régionale et clanique et ne sont pas encore prêts à utiliser le cadre de la légalité pour parvenir au pouvoir, puis l’exercer dans un cadre démocratique.

L’Histoire est à l’origine de cette fracture « tectonique » entre le nord et le sud du pays. Le sud, religieux et conservateur, était jusqu’à la colonisation russe, traditionnellement tourné vers les khanats ouzbek, notamment celui de Kokand. Le pouvoir vertical du khan et l’absence de contestation politique qu’il impliquait se retrouvent aujourd’hui dans la conception du pouvoir par les dirigeants locaux du sud de la Kirghizie.

Nous y rencontrons donc un système politique de type moyen-oriental, géographique, clanique, où la seule opposition politique sérieuse se fonde sur l’islam.

A l’inverse, le nord et le centre du pays, ont davantage été marqués par l’influence russe et européenne. Bien avant la colonisation russe du milieu du XIXe siècle, des contacts informels étaient déjà établis entre les chefs des tribus kirghizes et le pouvoir russe.

L’influence des idées européennes et l’appel au débat politique permanent se sont donc depuis progressivement installés dans cette partie du pays, où actuellement prédomine plutôt un système politique multipartite à l’européenne reposant sur des programmes reprenant l’éventail politique classique allant de l’extrême-gauche à l’extrême droite, en passant par le clivage gauche-droite et l’écologie politique.

Les principales forces politiques du nord du pays ont également une vision nationale (et non pas uniquement régionale) et disposent de représentants dans l’ensemble des régions du pays et parmi toutes les ethnies.

Il est donc évident que le nouveau président de la république a su dès le premier tour rassembler autour de lui, gagnant à sa personne l’ensemble du nord et du centre de la Kirghizie et pouvant s’appuyer dans le sud sur la minorité ouzbèke et l’élite intellectuelle citadine locale, lasse des troubles politiques et interethniques passés.

La personnalité du vainqueur

A. Atambaev possède actuellement une personnalité de rassembleur. Premier-ministre pragmatique, il a su depuis octobre 2010 conduire avec succès une coalition politique hétéroclite et aux intérêts divergents vers le rétablissement de la sécurité et de l’état de droit en Kirghizie.

Désormais élu président, il lui faudra encore rassurer par des réformes économiques et sociales l’électorat du sud du pays pour gagner petit à petit la confiance d’une population locale précarisée et désabusée et remédier aux germes latents des crises interethniques et des sentiments séparatistes.

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  • Cataphractaire
    Cataphractaire
    Keodedour ar bed
    • Posté à 11h30 le 04/11/2011
    • Internaute 58787
      Keodedour ar bed

    Extraits d’Amnesty international :

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    Au Kirghizistan, dans un climat de reproches mutuels et de montée du discours nationaliste à la suite des événements de juin marqués par la mort de centaines de personnes, les défenseurs des droits humains se sont retrouvés dans une position difficile, contraints de justifier leurs actions auprès de telle ou telle communauté. Les autorités ont par ailleurs cherché à entraver l’action de ceux qui travaillaient sur les violences de juin.

    Article du haut commissariat au droits de l’homme.

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    MME JYLDYZ MAMBETALIEVA, Vice-Ministre de la justice du Kirghizistan, a indiqué que l’histoire moderne de son pays était marquée par des changements rapides et tumultueux. Les grands mouvements de protestation récents ont été la seule manière pour la population d’exprimer son ressentiment envers les autorités. Les manifestations du mois d’avril dernier ont été encouragées par le durcissement des conditions économiques et sociales et par des violations des droits fondamentaux. Des centaines de personnes ont été victimes d’affrontements interethniques provoqués visant à déstabiliser le nouveau Gouvernement, a déclaré la Vice-Ministre. La situation est en voie de stabilisation dans le sud du pays, le Gouvernement entreprenant un travail de reconstruction. Une commission de conciliation est chargée de renouer le fil des relations entre les communautés et de faire la lumière sur les causes profondes des événements du mois d’avril. Les pouvoirs publics ont aussi décidé de lancer une enquête internationale, avec l’appui notamment des pays nordiques et des Nations Unies. Le Kirghizstan entend se muer en un État démocratique et prospère. Un référendum constitutionnel a été organisé à cet effet en juin dernier. La réforme constitutionnelle prévoit un système de contrepouvoirs et contient un chapitre élargi concernant la protection des droits de l’homme, tenant compte de l’avis des organisations non gouvernementales de droits de l’homme. La Vice-Ministre a indiqué en outre que son pays avait ratifié plus de quarante instruments internationaux et conventions de l’Organisation internationale du travail depuis son indépendance.

    rapport unicef
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    Déclaration du Directeur général de l’UNICEF sur l’évolution de la situation au Sud du Kyrghyzistan

    NEW YORK, 26 juillet 2010 - La situation politique dans le sud du Kirghizistan est plus calme, mais la vie des enfants de ce pays ne l’est pas. Dès lors que leurs histoires ne font plus les grands titres de l’actualité, leur sécurité n’est plus suffisamment prise en considération.

    Nous ne pouvons permettre cela pour les 100 000 enfants déplacés par les violences. Nous ne pouvons permettre cela pour les 400 000 enfants qui doivent retourner en classe en septembre, alors que leurs écoles ont été détruites ou endommagées.

    L’UNICEF a besoin de récolter tout de suite environ 40 pour cent des quelque 11,8 millions de dollars dont ces enfants ont besoin.

    À ce jour, il a fait parvenir environ 200 tonnes de matériel dans la région, il a fourni des trousses pour l’eau et l’assainissement aux déplacés de l’intérieur et procuré des produits pédiatriques et maternels de première nécessité aux centres de santé.

    Mais l’hiver va arriver. Les enfants du Kirghizistan ont désespérément besoin d’un soutien supplémentaire. Si nous ne prenons pas des mesures dès maintenant, l’hiver rigoureux que connaît cette région ajoutera aux souffrances de ces enfants, dont beaucoup ont déjà subi des traumatismes psychologiques et connaissent des problèmes de santé.

    L’UNICEF et ses partenaires s’attachent à créer des espaces accueillants où les enfants de toutes les communautés peuvent se sentir en sécurité et recevoir de l’aide et où les femmes peuvent, elles aussi, bénéficier d’un suivi psychologique. Ces espaces permettent aussi de proposer toute une gamme d’interventions essentielles pour la santé.

    En plus de ces activités humanitaires d’urgence et de relèvement, l’UNICEF s’efforce de rétablir la confiance entre les différents groupes et communautés. Déjà, des membres des différentes communautés ont uni leurs forces pour tout ce qui concerne l’aide et les abris. Leur exemple peut servir de modèle pour une réconciliation plus large.

    Nous devons prendre des mesures pour protéger les enfants du Kirghizistan. C’est maintenant qu’il faut le faire. Si nous réussissons, non seulement nous aurons sauvé des vies d’enfants, mais nous aurons aidé à promouvoir la paix dans la région.

    Rapports onu :
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    Rapport Osce sur les élections :
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  • Cataphractaire
    Cataphractaire
    Keodedour ar bed
    • Posté à 11h32 le 04/11/2011
    • Internaute 58787
      Keodedour ar bed

    Que va faire le gouvernement pour les centaines de milliers de réfugiés en Ouzbékistan ? Ont ils eu droit au vote ?

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 12h27 le 04/11/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Très franchement, les élections en Kirghizie, je m’en tape un peu en ce moment.

    D’ailleurs, il n’y a même pas 3 jours que je sais que la Kirghizie est un pays.

    • Cataphractaire
      Cataphractaire répond à Yvon le Zébulon
      Keodedour ar bed
      • Posté à 12h55 le 04/11/2011
      • Internaute 58787
        Keodedour ar bed

      C’est le Kirghizistan, mais l’auteur francise à mort le nom. Un peu snob.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h03 le 04/11/2011
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    C’est cool de venir nous causer d’un bled perdu sur un coin de la carte qu’on regarde jamais.
    L’info chauvine bien de chez nous, c’est marrant pour se défouler, mais pour se cultiver c’est pas terrible.