Vos réactions 31/10/2011 à 09h09

Les progressistes tunisiens ont échoué car ils sont un « fromage importé »

Fayla | Blogger

La plupart des progressistes tunisiens, de gauche comme de droite, ont été formés dans les écoles françaises. Le parcours habituel est d’abord la Mission Française, puis l’université à Paris ou ailleurs dans l’Hexagone. L’intello progressiste type parle mieux Français qu’Arabe, s’identifie plus aux Lumières qu’à la Nahdha (le courant, pas le parti), et n’a jamais mis les pieds dans une mosquée si ce n’est pour des obligations familiales.

Ces fins personnages, dont beaucoup ont accepté la dictature mafieuse de Ben Ali, viennent de vivre une défaite historique en obtenant moins du quart des sièges de l’Assemblée Constituante. Les élections se sont passées en toute transparence et sans incidents, de l’avis de milliers d’observateurs et de journalistes locaux et internationaux ; le peuple a dit son mot, et les Islamistes ont gagné, secondés par les panarabes.

Les explications de cette défaite s’assemblent mais ne se ressemblent pas, sauf qu’on peut noter ce détail : nos progressistes vivent en dichotomie de leur société, un peu comme les Amish aux Etats-Unis.

La Tunisie de l’intérieur n’est pas différente de la Syrie des Tells ou des villages Musulmans du sud libanais ; on y est Arabe, et on y fait ses prières. La dame travaille dans les champs pour subvenir aux besoins de l’homme fainéant.

C’est ce que l’idéologie de Bourguiba a essayé de faire disparaitre et ce que la propagande de Ben Ali a voulu effacer, mais sans succès.

En s’attaquant frontalement aux Islamistes d’Ennahdha, en égratignant une fierté religieuse qui vient tout juste de se libérer des bottes des flics, en se saluant par « Bonjour » au lieu d’ « Assalam », ces braves adeptes du Modernisme (pas encore au stade Postmoderniste) se sont tout simplement grillés aux yeux de la population.

Les graffitis de Sidi Bouzid les traitent de mécréants et de traîtres et les pages du Facebook tunisien les montrent comme du fromage importé.

Les communistes soudanais des années soixante s’alignaient au premier rang de la prière du vendredi, et leurs femmes étaient voilées. Ces gens-là avaient compris le jeu politique et le langage à adopter, devenant un pion incontournable de l’échiquier arabe de l’époque. Nos progressistes devraient se souvenir de cet exemple et lire, avec Montesquieu et Voltaire, les écrits d’Ibn Khaldoun et d’Al Kawakibi.

Les élections libres du 23 Octobre nous ont démontré que Bourguiba était l’Atatürk qui n’avait justement pas réussi, et que son héritage est peut-être menacé si ses héritiers ne changent pas de stratégie.

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  • sunra7
    • Posté à 10h09 le 31/10/2011
    • Internaute 30836

    Excellent !

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 19h55 le 31/10/2011
    • 49273
      Petit agité

    Tout est dit. Nos progressistes béats, journalistes en tête, qui voyaient déjà la Tunisie devenir une démocratie scandinave se retrouvent cocufiés par la rue arabe qui à la place préfère leur coller des islamistes « modérés ».

    Si ce n’était pas tragique pour la Tunisie qui vient de faire un grand bond en arrière, ça en serait presque comique.

  • spleenlancien
    spleenlancien
    Manant, de passage sous le (...)
    • Posté à 10h36 le 31/10/2011
    • Internaute 78672
      Manant, de passage sous le (...)

    Ainsi, les nouvelles élites, formées aux EU et en GB, feront plus « terroir » car plus respectueuse de la religion. Pour cause le parti gagnant est financé par le Quatar et l’Arabie Saoudite
    Bon courage...

    • actimem
      actimem répond à spleenlancien
      • Posté à 19h57 le 31/10/2011
      • Internaute 26918

      vous dites n’importe quoi ! les pays du Golfe sont anti-islam-politique contrairement à l’orientation de Ennahda. L’Arabie héberge Ben Ali, c’est un comble.

  • Sixpatte-
    Sixpatte-
    Sur Mars
    • Posté à 10h48 le 31/10/2011
    • Internaute 77583
      Sur Mars

    Si la géopolitique vous intéresse, voici la raison des « révolutions “ arabes, et le pourquoi du comment de la présence islamiste dans les pays ‘libérés’.

    • cefrandpt77
      cefrandpt77 répond à Sixpatte-
      Retraité
      • Posté à 15h39 le 31/10/2011
      • Internaute 62588
        Retraité

      MERCI car Intéressant votre lien « révolutions »

  • saintmauxe
    saintmauxe
    Aristocrate libertaire
    • Posté à 12h11 le 31/10/2011
    • Internaute 150745
      Aristocrate libertaire

    Bien vu.

    Dans un article intitulé « Crimes universalistes “ je dénonce l’hypocrisie universaliste véhiculée par les intellectuels français.

    Le modèle de 1789 est une utopie dangereuse qui s’est imposée en France au prix de millions de victimes et qui continue àç tuer dans le monde.

    • spleenlancien
      spleenlancien répond à saintmauxe
      Manant, de passage sous le (...)
      • Posté à 14h25 le 31/10/2011
      • Internaute 78672
        Manant, de passage sous le (...)

      J’y ai lu : « ...1789, cette terrifiante entreprise de destruction spirituelle, morale et intellectuelle... » et « ses principes égalitaires ont conduit à l’annihilation du Moi profond de chacun de nous... »

      Néo-droitiste, vous dîtes. Je ne vois pas ce que néo vient faire ici. Droitiste est suffisant.

  • bill kacidi
    bill kacidi
    a a d b
    • Posté à 12h43 le 31/10/2011
    • Internaute 162144
      a a d b

    je pense qu’après tant d’ années, sous un régime laïque et antireligieux,les tunisiens sont assez conscients de leur choix.si ce dernier s’avère mauvais ils auront d’autres échéances pour le corriger, mais ça doit toujours être par choix libre et surtout pas imposé.Les model européens ou autre ne sont pas parfaits et ne s’appliquent pas forcement à toute la planète.

  • Frits la Broussaille
    • Posté à 12h59 le 31/10/2011
    • 173944
      professeur

    Dans l’ensemble, je suis d’accord avec ce qu’énonce l’article. J’en défends la thèse tout du moins. Cependant, qu’on veuille montrer l’élite déconnectée du pays ne signifie pas qu’on doive généraliser cette vérité et qu’on la plaque sur le tissu social actuel. Ce serait un contre-sens.
    Je ne prendrai qu’un seul exemple pour montrer les limites de cet article (dont je salue tout de même la franchise et la lucidité) : le Pr Moncef MARZOUKI.
    Voilà un homme né à Grombalia et qui doit son accès à la formation publique à Bourguiba et ses compagnons. Sans l’école publique, il n’aurait eu aucune chance de poursuivre sa formation en médecine. De son propre aveu, il s’estime redevable à l’Etat pour son affranchissement par l’éducation. Mais c’est aussi un produit français, marié à une Française d’ailleurs. Il est diplômé de Strasbourg ce qui ne l’a nullement empêché de rentrer au pays et d’y exercer, à la campagne en plus !
    Donc, je ne pense pas qu’il faille mettre sur le compte de la double culture ou de l’acculturation d’une certaine « élite » leur échec aux dernières élections. Je pense plutôt que ces « élites » sont tout simplement ignorantes de leur propre pays parce qu’elles l’ont décidé ainsi, qui par complexe identitaire, qui par snobisme... et ça ne date pas d’hier. Il suffit de relire les récits des voyageurs occidentaux en Tunisie aux siècles derniers (Peyssonnel, par exemple) pour s’en convaincre. Un certain racisme aussi du à des « ascendants » Turcs ou étrangers les fait se détacher d’une population indigène, à laquelle ils refusent de s’identifier.
    Donc, voyez, c’est plus complexe que ça n’en a l’air. Mais sur un point, je suis d’accord. Notre « élite » se fourvoie en se pensant supérieure intellectuellement et moralement à une société civile qui retourne en force et qui a insisté pour la rappeler à sa juste place, à savoir pas grand chose !

  • Rouxel
    Rouxel
    Chercheur
    • Posté à 14h40 le 31/10/2011
    • Expert 164957
      Chercheur

    Assez pertinent dans l’ensemble : les partis qui ont remporté les élections tunisiennes sont ceux qui étaient restés « au contact » de la population malgré la répression et ils ont battu les exilés, il ne faut pas être surpris, j’estime même qu’au vu des circonstances et leur fractionnement en de multiples partis concurrents (alors que les islamistes ont été bien plus intelligents sur ce plan) les « démocrates » ont fait un bon score. Maintenant que ces derniers sont rentrés au pays ils vont pouvoir se réinsérer réellement dans la société civile (et comprendre qu’ils faut qu’ils se regroupent un minimum, ce qui est fait je pense...). Il se pourrait qu’ils se débarrassent finalement de l’image caricaturale qu’on leur donne ici, qui renvoie à l’image caricaturale qu’on donne aux partis islamistes tunisiens en France. Cela ne peut être que positif pour l’embryonnaire pluralisme politique tunisien.

    Ceci dit, je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire à la fin : présenter les communistes soudanais des années 60 comme un exemple à suivre, quand on sait ce qu’il est ensuite advenu du courant progressiste au Soudan (en faisant un effort immense pour considérer comme progressiste un parti inféodé à Moscou en pleine guerre froide) et du Soudan lui-même, il fallait oser...

  • A déménagé le 6-04-2012
    • Posté à 14h46 le 31/10/2011
    • 174577
      non connue

    Et dans un même temps, les Tunisiens exportés n’ont pas tellement voté différemment.
    Donc les bobos se sont trompés plutôt deux fois qu’une.

    Par contre, je ne suis pas d’accord avec la conclusion. Les progressistes prendraient le pouvoir en s’alignant sur la prière du vendredi et en voilant leurs femmes ? Ben voyons ! D’autres font de genre d’islamiseries mieux qu’eux, et cela trahirait d’emblée les trop rares personnes qui les soutiennent.

    La politique, c’est d’abord prendre parti (ce qui est différent de choisir un parti, n’est-ce pas ?), et mieux vaut un parti pris franc qui peut remporter le débat d’idées qu’une succession de compromissions qui peut remporter le pouvoir.

    Au moins a-t-on maintenant une vision du positionnement politique des Tunisiens. À eux d’en faire ce qu’ils peuvent. À nous de faire avec.

    • sarastro31
      sarastro31 répond à A déménagé le 6-04-2012
      Allegro Fortissimo
      • Posté à 15h40 le 31/10/2011
      • Internaute 120176
        Allegro Fortissimo

      En effet, si les progressistes étaient devenus islamistes, ils auraient remportés les élections. :)

  • BBH40
    BBH40
    enseignant
    • Posté à 15h24 le 31/10/2011
    • Expert 121923
      enseignant

    Et pourquoi la Tunisie de l’intérieur n’est pas différente de la Syrie ?
    Par ce qu’il est admis que la religion doit régir la société civile.
    C’est ainsi que ces pays (Israël compris) sont bloqués, préfèrent leurs interdits à la curiosité, leurs sociétés machistes à l’égalité homme femme, l’exclusion à l’altérité, leur replis sur soi corollaire de la fuite des jeunes, des forces vives.
    Votre mépris de ceux qui étudient ailleurs, qui parlent d’autres langues est l’expression du refus de comprendre le monde des autres, et, plus graves, c’est nier les héritages des savants curieux du monde qu’étaient Avicenne, Averroès, Albategnius, Avempace, Avenzoar, Albucasis, Arzachel et Alpetraguis…
    Eux se déplaçaient pour comprendre le monde et apportaient leur pierre à l’évolution du monde. Actuellement, les bonnes âmes des frères musulmans, d’Ennahdha et consorts préfèrent stigmatiser l’apport des autres cultures pour mieux dominer leur frères et ramener leurs sœurs au rang de servantes et mères. Le tout financé par la manne pétrolière de la péninsule arabique territoire interdit aux autres religions sauf quand ça permet de ne pas travailler.

  • BBH40
    BBH40
    enseignant
    • Posté à 15h31 le 31/10/2011
    • Expert 121923
      enseignant

    (suite) Pauvres tunisiens, sans manne pétrolière, il faut accepter de produire pour exporter, accueillir des touristes (balnéaire, aventure, affaires, médical, découverte…) ou s’isoler et s’appauvrir.
    Cela arrange bien les puissances musulmanes pétrolières pour garder leur ascendant…

  • sarastro31
    sarastro31
    Allegro Fortissimo
    • Posté à 15h46 le 31/10/2011
    • Internaute 120176
      Allegro Fortissimo

    Il faut arrêter de dire que Ennahda a gagné les élections, sinon ils vont finir par le croire.
    Il n’ont obtenu que 40% des vois. Au total, les islamo-démago-conservateurs ont obtenu 50% des sièges, les laïco-progressistes 50%.

    C’est à peu près ce qui se passe dans toutes les assemblées démocratiques du monde non ? Alors j’aimerais bien qu’on arrête de parler de « victoire » des islamistes, et de « défaite » des progressistes. Ce n’est une défaite que pour ceux qui vivaient dans une Tunisie fantasmée.
    Personnellement, j’ai voté pour le Pôle Démocrate Moderniste qui n’a obtenu que 4 sièges, mais je suis agréablement surpris de voir qu’autant des tunisiens ont voté pour un programme aussi audacieux, même pour un pays occidental.

    Je ne comprends pas non plus ce procès d’occidentalisation qu’on fait aux progressistes : Chebbi et Jribi (PDP), Ahmed Brahim (PDM), Ben Jaafar (Ettakatol), Marzouki (CPR) et tous les chefs de partis progressistes s’expriment dans un arabe (dialectal et littéral) parfait. Il faudrait qu’ils s’habillent comme des bédouins pour faire plu arabe ?

  • Atlantis
    Atlantis
    Etudiant apolitique
    • Posté à 16h25 le 31/10/2011
    • Internaute 39710
      Etudiant apolitique

    Très bien. On sait maintenant que la majorité des Tunisiens préfère un gouvernement d’arriérés ayant quelques siècles de retard par rapport à des « zélites » (marrant, proche des thèmes bien démagos de l’extrême droite en France) qui ont eu le malheur de faire des études en France et de vouloir faire de leur pays un Etat moderne, et, osons le mot, laic.

    • Rouxel
      Rouxel répond à Atlantis
      Chercheur
      • Posté à 08h45 le 01/11/2011
      • Expert 164957
        Chercheur

      Non, une petite majorité a simplement préféré voter pour des personnes qui les ont côtoyées et qu’ils ont vu subir la répression. C’est autrement plus concret que d’imaginer la souffrance d’un exilé, même si on est a priori plus sensible aux arguments de celui-ci. De plus les formations « progressistes » étaient extrêmement divisées, chez beaucoup de personnes alors que le pays est encore instable ça peut paraître évident de voter avant tout pour la formation politique la plus cohérente, indépendamment de son idéologie.

      Laissez le temps à la gauche tunisienne encore isolée socialement de se réinsérer dans le tissu social du pays, cela ne peut pas se faire immédiatement car la société civile, comme dans toute dictature, a longtemps été compartimentée à dessein.

      Ensuite, vous qualifiez les islamistes d’« arriérés », vous caricaturez, ce n’est pas nécessairement le cas. Personnellement (même si je doute que ce soit aussi simple en Tunisie) je ne vois aucune raison à ce qu’un groupe islamiste conservateur ne se développe sur le modèle des démocrates-chrétiens conservateurs en Europe, en parallèle à des groupes progressistes plus laïcs. Où serait le problème, l’anomalie, l’absence de modernité ?

  • Hempel
    Hempel
    historien
    • Posté à 17h16 le 31/10/2011
    • Internaute 136994
      historien

    Je me fous de l’échec des bobos « progressistes tunisiens », mais pas au point de saluer la petite bourgeoisie musulmaniaque d’Ennahda et des élections aussi truquées qu’en occident (votes achetés et votes d’illettrés comme dans nos maisons gériatriques). C’est cet article qui pue le fromage de chèvre bigote au nom d’une présumée « démocratie » de « vrais arabes du terroir ». Toute concession à l’islamisme même dit démocratique est la corde qui soutient les futurs pendus comme ce pauvre NPA et son soutien au voile des croyantes aliénées (la suite sur mon blog leprolétariatuniversel : « L’islam est soluble dans la démocratie bourgeoise »).

  • Hempel
    Hempel
    historien
    • Posté à 17h16 le 31/10/2011
    • Internaute 136994
      historien

    Je me fous de l’échec des bobos « progressistes tunisiens », mais pas au point de saluer la petite bourgeoisie musulmaniaque d’Ennahda et des élections aussi truquées qu’en occident (votes achetés et votes d’illettrés comme dans nos maisons gériatriques). C’est cet article qui pue le fromage de chèvre bigote au nom d’une présumée « démocratie » de « vrais arabes du terroir ». Toute concession à l’islamisme même dit démocratique est la corde qui soutient les futurs pendus comme ce pauvre NPA et son soutien au voile des croyantes aliénées (la suite sur mon blog leprolétariatuniversel : « L’islam est soluble dans la démocratie bourgeoise »).

  • informateur-
    • Posté à 21h27 le 31/10/2011
    • Internaute 147312

    Ibn Khaldoun :

    les arabes sont d’accord pour ne pas etre d’accord .
    le problème khaldoun était un soufiste et le soufisme n’est pas apprécié du monde musulman .

  • Hempel
    Hempel
    historien
    • Posté à 21h44 le 31/10/2011
    • Internaute 136994
      historien

    ne jamais avoir mis les pieds dans une mosquée, tant mieux, foin des bigots « soumis » au CAPITALISME démocratoque et convivialement musulman !

  • Man_attends
    Man_attends
    A fini de courir
    • Posté à 00h02 le 01/11/2011
    • Internaute 169676
      A fini de courir

    février dernier, Marzouki déclarait déjà à Rue89 :
    « En Tunisie, nous avons la chance d’avoir un islamisme modéré, plus proche de l’AKP à la turque.... »

    Sauf que les journalistes français ne nous disent pas tout sur la Turquie « moderne », exemple :
    « La Cour européenne des droits de l’homme a rendu plus de 2 200 arrêts contre la Turquie entre 1995 et 2010. Près de 700 concernaient des violations du droit à un procès équitable et plus de 500 des atteintes au droit à la liberté et à la sûreté. »
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