Made in Italy : cherche stagiaire longue période pour pas un rond
« Nous tenons à préciser que, hélas, pour au moins huit à dix mois, le dédommagement pour un stagiaire qui a tout à apprendre est minime voire inexistant. » Irritée par l’annonce de ce magazine italien sur l’art contemporain, une jeune femme a envoyé un e-mail à l’éditeur. Sa réponse fleurie illustre bien l’arrogance de certaines entreprises vis-à-vis des stagiaires.
un internaute
Caterina de Manuele, 28 ans, diplômée de l’Ecole polytechnique de Milan en design d’intérieur, tombe un jour sur une annonce dans un magazine d’art contemporain :
« Flash Art recherche toujours une stagiaire assistante de rédaction. [...] S’il vous plaît, répondez à cette annonce uniquement si vous possédez les conditions nécessaires et si vous pouvez rester pendant plusieurs mois à Milan. »
« Vous n’avez jamais dû travailler pour vivre »
Irritée, Caterina interpelle le rédacteur en chef et éditeur Giancarlo Politi par e-mail. Extraits de leur échange daté du 12 octobre :
Caterina de Manuele : « Pourquoi mes parents devraient payer pour moi alors que je travaille pour vous ? Seules des personnes riches peuvent se permettre de travailler chez Flash Art ? Vous n’avez jamais dû vous trouver dans la situation désagréable de devoir travailler pour vivre. [...] »
Giancarlo Politi : « Si tu étais apte à travailler pour nous, nous t’offririons tout de suite 2 000 à 3 000 euros par mois. [...] Aujourd’hui, travailler à haut niveau est un luxe. Si tu ne le comprends pas, va travailler à Mc Donald’s. [...] PS : demande à l’Etat de t’aider. Je n’ai pas une entreprise de bienfaisance. C’est ce que tu cherches. »
« Même les putes savent parler quatre langues »
Caterina déroule alors son épais CV qui colle impeccablement à l’annonce :
- elle sait écrire et mettre en page sur le logiciel de mise en page InDesign ;
- elle parle couramment quatre langues ;
- elle a une parfaite connaissance de l’art contemporain.
Elle ajoute :
« Je vis et travaille à l’étranger depuis des années et vu votre annonce, pour rien au monde je ne voudrais travailler pour vous. »
Réponse fine et fleurie de Giancarlo Politi :
« Caterina, maintenant même les putes savent parler quatre langues et connaissent l’art et InDesign. La globalisation fait des miracles. Bon travail. »
Mauvaise foi
La conversation se retrouve postée sur Facebook sur le groupe « Manifeste du stagiaire ». Elle est ensuite relayée dans plusieurs journaux italiens. Caterina de Manuele s’est même fendue d’une lettre au président italien, Giorgio Napolitano.
Giancarlo Politi a lui publié une réponse sur son site. Elle vaut le détour : l’éditeur se justifie laborieusement et accuse Caterina, « particulièrement agressive et sournoise », d’être de mauvaise foi. Et d’avoir voulu dénoncer l’exploitation par le travail, « ignorant que le stagiaire, initialement, représente un coût et un fort investissement pour l’entreprise. »
Giancarlo Politi regrette aussi son allusion aux prostituées et assure que chez lui, les stages débouchent – en général – sur des contrats. Ah bon ? The Independent a interrogé une personne qui a continué de travailler pour Flash Art après son stage : un mois plus tard, le magazine lui a dit ne pas avoir d’argent pour la payer...
Mais finissons sur les mots du rédacteur en chef italien, fin observateur de son époque :
« Malheureusement, le manque d’opportunités pour les jeunes les rend souvent (à tort) indignés et frustrés. »
- Sur Rue89Offre de stage au Medef : jusqu'à un an à 500 euros par mois
- Sur Rue89Chômage, stages, précarité : les jeunes, ces « esclaves modernes »
- Sur ilfattoquotidiano.itIndignée par un stage gratuit, il la traite de pute. "A l'étranger, j'ai un vrai contrat" (en italien)
- Sur independent.co.ukUn stagiaire, un magazine d'art et l'exploitation secrète en Italie (en anglais)
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Plante verte, rouge et noire.
Plante verte, rouge et noire.
Quelle honte. Quel scandale. Quelle bande de...non, je ne continue pas, cela va être trop grossier. C’est indigne, parfaitement indigne.
Tout travail mérite salaire, même (et surtout) le travail d’un stagiaire. Quand on sait qu’un stagiaire effectue le plus souvent le travail d’un véritable salarié, on a encore plus la rage et les nerfs en pelote en lisant ce genre de réaction ignoble et insultante.
Je ne parle malheureusement pas italien, donc je ne peux pas vérifier l’exactitude des propos tenus (une mauvaise traduction est vite arrivée), mais si tout cela s’avère vrai, j’espère que les deux concernés qui ont tenu ces propos odieux auront de quoi le regretter amèrement un jour ou l’autre. Tout se paie...
« Et d’avoir voulu dénoncer l’exploitation par le travail, “ ignorant que le stagiaire, initialement, représente un coût et un fort investissement pour l’entreprise. ” »
C’est faux, nom d’une pipe !
Faux parce qu’un stagiaire est rarement payé avec le même salaire qu’un salarié à un poste équivalent. Donc économie de sous.
Faux également parce qu’un (bon) stagiaire se garde par la suite, pas besoin de le former à son futur poste puisqu’il est déjà sur ce travail depuis le début de son stage, donc économie de formation, d’énergie, de temps. Donc économie de sous également.




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