Berlusconi le cancre fait sourire ses profs Merkel et Sarkozy
Si vous n’y comprenez rien, regardez l’image. Toute la crise européenne (enfin, disons une bonne partie) est dans cet échange de sourires, entre Sarkozy et Merkel, à propos de Berlusconi, sourires qui ont déchaîné mardi la presse italienne (on la comprend).
Admirons d’abord le tempo : Merkel, à l’évocation de Berlusconi par une journaliste, sourit d’abord en solo, sans regarder Sarkozy, avant de réprimer son sourire.
Reprenant son visage officiel, elle se tourne vers Sarkozy et c’est lui (sans avoir vu le premier sourire de Merkel) qui, par son propre sourire, autorise donc la chancelière à sourire « officiellement ». C’est lui qui ouvre les vannes : pas la peine de faire encore de la langue de bois et de se la raconter, l’heure est grave.
La France, du côté des vertueux du Nord
Jusqu’ici, la séquence conforte donc le message souhaité à l’évidence par les metteurs en scène : la complicité franco-allemande, construite sur la symétrie. Symétrie des pupitres, des regards, des sourires. Cette (exceptionnelle) conférence de presse conjointe a été montée pour ça : afficher, entre les deux partenaires de « l’axe », du « moteur » franco-allemand en perdition, complicité, égalité et symétrie.
La France n’est pas « le caniche de l’Allemagne » (thème qui monte dans « lémédias » français), Sarkozy n’est pas « un partenaire junior » (Moscovici). Egalité parfaite, duumvirat dirigeant, et aux incrédules, on exhibe en live le golem Merkozy.
La France est du côté de l’Allemagne, du côté des vertueux du Nord au AAA indemne, pas des loqueteux du Sud maudit, et l’Allemagne, bonne pâte, accepte de valider le scénario.
Complicité de profs
Celui qui fait naître chez eux ces sourires symétriques, c’est donc l’icône du Sud maudit, Berlusconi. Cavaliere, combinazione, belles paroles, mandoline et « bunga-bunga “ : c’est toute cette Italie des clichés, qui passe en gondole dans le duo de sourires. On sent qu’il les a squattées, leurs conversations téléphoniques, le lascar.
Ces sourires sont ceux des deux profs principaux au conseil de classe, à l’instant d’aborder le cas du cancre emblématique, de la légende vivante du lycée, tellement cancre, tellement filou, mais tellement sympa, au fond, qu’il est impossible de lui en vouloir. Oui, sympa.
A la complicité des profs, se superpose une étrange complicité virtuelle avec le cancre lui-même. Car enfin, ils sourient. En toute logique, ils ne devraient pas. Si vraiment c’est l’Italie qui risque de faire plonger définitivement l’euro, et l’Europe avec, si c’est l’Italie qui risque de faire capoter le grand rêve, alors ils devraient cracher la fumée, fulminer, exhiber leur désespoir impuissant. Mais non.
Tous, nous filoutons, comme Berlusconi
‘Ce vieux filou de Silvio’ : voilà ce que dit le sourire des deux dirigeants conservateurs, à l’instant où s’allume dans leurs yeux l’image du troisième. Ce vieux filou avec ses filouteries, mais qui sont aussi les nôtres, puisque nous faisons tous, tous autant que nous sommes, filouteries communes depuis toujours, depuis qu’on triche avec les règles communes que nous fixons pourtant ici, à Bruxelles, et oublions sitôt rentrés chez nous.
Tous nous filoutons ce système commun, ce surmoi étouffant de nos règles, que personne ne respecte (ou tout au moins, dans le cas de l’Allemagne, nous fermons les yeux). Et à minuit moins cinq, à quoi bon le cacher encore ?
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Working class bléro
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C’est bien sûr le sourire du mépris, qui évacue Bunga Bunga d’un revers (et le victimise en Italie, cette crapule !)
Un sourire qui montre aussi combien Merkel et Sarko sont minuscules devant le mur qui nous arrive dans la gueule. Ils rient jaune comme les mômes qui font des conneries irréparables mais qui d’un sourire forcé tentent de nous faire comprendre que ce n’est pas grave puisque c’est foutu. Le système s’autodétruit, nos gouvernants continuent de l’alimenter et de le gérer avec les moyens de cette autodestruction. On détruit des pays mais on protège le système financier qui les détruit et sur lesquels il repose. On protège une Europe qui n’existe pas, tout en pensant se créer grâce à elle un pare feu protégeant son propre pays.
Ils ont tout faux, mais récitent la leçon unique, la seule qu’ils connaissent, avec le sourire pincé des gens importants s’adressant à la plèbe.
Petits comptables privés de toute vision politique, puisque la seule qu’ils connaissent ne leur sert à rien. Leur dogmatisme leur interdit de sortir de leurs dogmes.
Plus dure sera la chute. Pour tous, eux, vous et nous.




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