Carte d'électeur 24/10/2011 à 17h01

Pro-Bayrou en 2007, ils regrettent DSK et hésitent


Benjamin trouve « incroyable » ou alors « triste » de militer à droite quand on est jeune. Même si, ajoute-t-il, il peut l’être « à certains égards ». Ce dont il est sûr, c’est « qu’on prend conscience des difficultés en se frottant à la vie ». Il a créé sa boîte sur le Web et il est centriste. Il rectifie : il a voté François Bayrou en 2007. Il avait 20 ans, c’était sa première élection présidentielle :

« Je n’ai pas une particulière empathie pour l’homme. Je vote en étant rationnel par rapport à des idées et des valeurs. [...] Mais surtout, je ne pouvais pas glisser un bulletin Sarkozy par rapport à toutes les questions sociales, à la stigmatisation des immigrés, au discours radicalement à droite sur les valeurs morales. »

« Dépasser les clivages »

A l’époque, François Bayrou (18,5% au premier tour) avait créé la surprise en ralliant à sa candidature une nouvelle clientèle électorale, notamment des enseignants et de jeunes urbains d’une vingtaine d’années. Ce fut le cas de Benjamin comme d’Elsa, connue en fac d’économie à Dauphine (Paris).

Plus par souci du « consensus », par soif de « dépasser les clivages » pour ce qui concerne cette Parisienne de 24 ans, qui démarre dans la publicité après une première expérience dans le micro-crédit. Avoir deux parents de bords opposés, et une certaine lassitude des vieilles lunes de la politique à la française l’avaient décidée à voter au centre.

Elsa comme Benjamin sont représentatifs de ce nouvel électorat centriste que le MoDem a aujourd’hui la plus grande difficulté à conserver, comme l’explique Julien Fretel, professeur en sciences politiques et spécialiste du centre, invité de « Carte d’électeur » pour décrypter leurs témoignages.

Les électeurs de Bayrou en 2007 orphelins ?

Entretien avec Julien Fretel

« Centristes, on passait pour des Bisounours »

Quand Elsa et Benjamin étaient à Dauphine, ils se sont fait taxer de « Bisounours “. Parce qu’ils ne votaient pas à droite, contrairement au gros de cette fac où l’association étudiante de gauche venait de baisser le rideau. Elsa se souvient que ses congénères pouvaient la trouver ‘trop immature parce que soi-disant pas assez pragmatique’.

Tous deux excluaient pourtant de voter à gauche. Pour Benjamin, la chose était entendue lorsque Royal avait battu Dominique Strauss-Kahn à la primaire socialiste en 2007.

Malgré tout le mal qu’il pense du quinquennat de Nicolas Sarkozy, Benjamin pense que Royal n’aurait pas fait une meilleure Présidente. Que Nicolas Sarkozy était ‘un moindre mal’. Royal incarnait selon lui ‘le populisme’.

Passés le discours de Grenoble et une série de ‘mesures brutales’, Benjamin et Elsa envisagent encore moins de voter Sarkozy l’an prochain. Aucun des deux ne sait pour qui il votera en mai 2012, mais tous deux ont suivi avec une attention soutenue la primaire à gauche.

‘Orphelin de DSK, j’ai voté Valls’

Elsa n’était pas à Paris mais aurait bien voté Arnaud Montebourg. Benjamin, lui, préfère Manuel Valls :

‘Je suis orphelin d’une candidature de Strauss-Kahn, c’est celui qui porte le plus mes valeurs. Je ne suis pas de gauche, pas socialiste. Je me définis comme social-démocrate même si c’est une notion très floue en France malheureusement. Je ne me reconnais pas dans le Parti socialiste mais j’aime certaines idées, comme la régulation et la lutte contre les inégalités.

Mais d’un certain côté, j’ai aussi beaucoup de valeurs qui font que je me reconnais à droite. Par exemple le désir d’entreprendre : c’est mon métier, et ça reste très stigmatisé par le Parti socialiste.’

Benjamin, qui hait l’étiquette ‘gauche caviar’, trouve que les leaders du PS ‘se culpabilisent eux-mêmes’. Ils n’assument pas le confort dans lequel ils vivent : DSK tranchait en cela.

Julien Fretel confirme que l’ex-président du FMI, moins complexé, séduit aussi au centre pour cette raison. Enseignant à la fac d’Amiens, il a enquêté auprès des électeurs de la cité picarde venus voter à la primaire et découvert qu’entre 10 et 15% avaient voté Bayrou en 2007.

A la primaire socialiste 10 à 15% d’électeurs MoDem

Entretien avec Julien Fretel

‘Je n’arrive pas à voir ce que Bayrou représente’

Elsa dit qu’elle ne se sent ‘ni de gauche, ni de droite, plutôt perdue sur l’échiquier politique’. Un peu déçue par celui qui avait raflé son premier bulletin présidentiel, aussi :

‘J’attendais davantage de Bayrou. Il est assez absent, il pourrait avoir des lignes plus claires. Je n’enlève pas du tout Bayrou de la liste mais je n’arrive pas du tout à voir qui il représente. J’ai l’impression que les candidats de gauche aujourd’hui sont plus forts.’

Quatre ans plus tard, elle trouve ‘inconfortable’ de ne pas trouver candidat à qui s’identifier :

‘En fait, il manque un parti, toute une équipe qui pourrait vraiment répondre aux problématiques d’aujourd’hui.’

Tout en soulignant que l’incertitude reste forte, Julien Fretel reconnaît qu’il ne sent pas ‘vraiment’ qu’un résultat aussi favorable qu’en 2007 se profile pour François Bayrou dans six mois. Mais il admet qu’on ‘ne le sentait pas non plus vraiment en 2006’, quelques mois avant la présidentielle qui allait le transformer en faiseur de roi en 2007.

‘En 2006, on ne le sentait pas non plus pour François Bayrou’

Entretien avec Julien Fretel

A l’issue du second tour, deux électeurs MoDem sur trois avaient opté pour Nicolas Sarkozy. Benjamin, lui, balaye avec un poil d’exaspération la question de savoir si le MoDem ne penche pas quand même à droite :

‘Il y a un clivage entre libéraux et conservateurs. La plupart des gens sont un peu des deux. Certains sont conservateurs à la fois sur le plan économique et sur le plan social et sociétal – par exemple les chevènementistes. Moi, je suis libéral au plan économique comme au plan social et sociétal. C’est rare. C’est peut-être ça l’électorat centriste finalement.’

Voir l’intégralité de l’interview vidéo avec Julien Fretel sur le plateau de France Info.

  • 11143 visites
  • 90 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • Maxmaxence
    Maxmaxence
    Cafetier de la Rue
    • Posté à 17h43 le 24/10/2011
    • Internaute 120649
      Cafetier de la Rue

    De nombreux jeunes ne se reconnaissent pas dans l’offre politique actuelle, et aimeraient bien pouvoir dépasser l’opposition droite/gauche traditionnelle. Si on me donnait le choix, je voterais plutôt pour des programmes : programme économique de tel parti, programme social de tel autre, programme sécuritaire d’untel, etc...
    Si, économiquement, on se sent « de gauche », mais que de l’autre coté on accepte pas la dilution de sa culture dans la mondialisation et l’immigration, ou l’on peut être « de doite » pour les question économiques (libéral, j’entend), mais être d’accord avec la gauche sur les questions sociales, notamment vis-à-vis de la stigmatisation des pauvres ou de la légalisation du cannabis, que nous reste t-il ?

  • ben86
    ben86 répond à Pi.K
    entrepreneur
    • Posté à 22h06 le 24/10/2011
    • 174316
      entrepreneur

    Etant la personne interrogée dans cet article (Benjamin), je souhaite réagir à votre commentaire. Lorsque je parle de « libéral », il s’agit du sens anglo-saxon et non du sens français de ce terme (qui a été caricaturé dans le débat politique national). La liberté d’entreprendre n’est en aucun cas une justification d’inégalité. Bien au contraire, elle doit être accompagnée pour permettent une meilleure redistribution des fruits de la création de valeur qu’elle apporte. Mais justement, il n’y a pas de redistribution sans création (de valeur). Il faut donc encourager et développer cette croissance de valeur avant de pouvoir mieux la redistribuer.

    Ce que vous appelez l’« ordre naturel du marché », doit être régulé. Mais il faut prendre en compte les thématiques de compétitivité et le monde globalisé dans lequel nous vivons (c’est d’ailleurs pour cela que le thème de la démondialistion me choque terriblement).

    Vous entendre que la « liberté d’entreprendre ne profite qu’à une infime minorité de patrons » me fait froid dans le dos. Au risque de me répéter, à la base de tout, et pour une meilleure égalité, il faut de la richesse ! Et la richesse se crée en entreprenant, elle ne s’invente pas ! Vous réduisez l’entrepreneur comme un grand patron, c’est un concept qu’il faut élargir : l’inventeur, le découvreur, l’intrapreneur (qui entreprend au sein d’une structure existante), etc ...

    La compétence est au service du « savoir faire » ; l’homme de l’art, au combien utile, reste bien souvent dans une position contemplative, d’analyse qui l’empêche de rentrer en mouvement (mais qui lui permet de porter un regarde objectif sur la société, il est ainsi tout aussi important que l’entrepreneur : les deux ne sont pas incompatibles).

    Je n’érige pas l’entrepreneur comme demi dieux, je dis qu’il est essentiel à la Société. De même que le chercheur, l’enseignant, l’homme politique, ou chaque Homme qui contribue à son « entreprise » (dans le sens ici de dessein et non de société).

    Sur le reste, je suis d’accord avec vous et je le revendique même !

  • Pi.K
    Pi.K répond à ben86
    Vilain Parisien
    • Posté à 23h33 le 24/10/2011
    • Internaute 105016
      Vilain Parisien

    Je pensais surtout à l’interprétation française du « libéralisme », très teintée de conservatisme. Ceci dit, vous oubliez le rôle d’innovateur de l’entrepreneur. De ce point de vue, ma critique des patrons est un plaidoyer implicite pour l’entrepreneur au sens « noble » : celui qui apporte de l’innovation, plutôt que de rester bloqué dans le passé (la caricature étant le patron de groupe pétrolier qui dit « c’est ça ou la bougie »).

    En revanche, si je reconnais un rôle positif à l’entrepreneur, je rejette l’« idéologie de l’entrepreneur » par laquelle tout est ramené à l’idée d’entreprise.

  • Tuoma
    Tuoma
    Etudiant
    • Posté à 00h05 le 25/10/2011
    • Internaute 99694
      Etudiant

    C’est marrant comme bon nombre de contributeurs sont intolérants avec ceux qui ne pensent pas comme eux. Dès qu’on exprime une opinion « non conforme » à la bienséance politico-intellectuelle du site, on est catalogué d’une manière ou d’une autre comme « bobo », « Fasciste » ou que sais-je encore. C’est marrant ce besoin de catégoriser les gens, de rejeter tout ce qui n’entre pas dans les valeurs du groupe dans lequel on se situe. Pourtant l’article essaye de faire comprendre les causes, mais la plupart des lecteurs semblent bloqués sur leurs préjugés et font preuve d’une intolérance qui me laisse parfois sans-voix.

  • Guyd77
    Guyd77
    le passant qui passe
    • Posté à 15h49 le 25/10/2011
    • Internaute 36702
      le passant qui passe

    Le bon résultat de Bayrou à la présidentielle est surtout venue d’un sondage qui le donnait vainqueur de Sarko au second tour alors que ségolène stagnait.

    Beaucoup d’électeurs socialistes avaient pensé que le principal était de battre Sarko avec bayrou (et d’éliminer ségolène) puis de lui imposer une cohabitation aux législatives. On a vu pas mal de « jospinistes » subitement se prononcer pour bayrou (ainsi que des chiraquiens)

    Le pb est que dans ce fameux (et unique) sondage, Bayrou ne passait pas le 1er tour. En fait les électeurs l’avaient pris en otage et aux législatives on a vu le résultat : 2 députés pour le modem. Sans parler de toutes les élections du quinquenat où le modem a été inexistant.

Verbes thématiques