18/10/2011 à 12h47

Massacre du 17 octobre 1961 : des livres et des films contre l'oubli

Sabine Chevrier, documentariste


Ce cinquantenaire du massacre du 17 Octobre 1961 a été le plus médiatisé à ce jour. Parallèlement, de nombreuses parutions, la diffusion d’un livre et d’un film censurés, la réactulisation des recherches historiques, un documentaire cinéma et deux web-documentaires permettent une meilleure compréhension de ces évènements. L’absence de toute diffusion de documentaires à la télévision cette semaine n’y changera rien. Il est désormais impossible d’ignorer la réalité de ce massacre.

« Ratonnades à Paris », le premier livre censuré

Après cette nuit macabre, la journaliste Paulette Préju écrit dans l’urgence « Ratonnades à Paris ». Ses enquêtes témoignent de la violence de la répression. L’ouvrage est saisi par la police judiciaire chez l’imprimeur. Ce livre sera réédité 40 ans plus tard, en octobre 2000.

« Le 17 Octobre des Algériens », censuré

Marcel et Paulette Préju écrivent un deuxième livre de témoignages « Le 17 Octobre des Algériens ». La parution est prévu pour l’été 1962. Selon Gilles Manceron, « le gouvernement de Ben Bella demande à ce qu’il ne paraisse pas ».

Ce livre est enfin publié en octobre 2011, accompagné du texte « la triple occultation d’un massacre » de Gilles Manceron. Dans cette analyse très intéressante, l’historien décrypte les raisons du silence sur ces évènements. La première est la volonté du gouvernement de dissimuler les faits. Ensuite, la mémoire du 17 Octobre 1961 est effacée par celle de la répression de Charonne en février 1962 par la gauche institutionnelle. Enfin, il y a le silence du premier gouvernement algérien car les organisateurs de la manifestation sont devenus leurs opposants.

« Octobre à Paris », le film censuré

Jacques Panijel, ancien résistant, est témoin des évènements. Il propose l’idée d’un film, mais aucun cinéaste n’accepte de le réaliser. Le chercheur scientifique devient réalisateur. Il tourne dans la clandestinité durant six mois dans les bidonvilles et à la Goutte d’Or. Ce film documentaire est conçu comme une tragédie en trois actes. L’organisation et le départ de la manifestation sont reconstitués. Le déroulement de la manifestation est raconté par des photographies, notamment celles d’Elie Kagan. Viennent ensuite les témoignages.

Lors de sa première diffusion en salles, la police saisit les bobines. Le film est projeté clandestinement en France. Il n’obtient son visa d’exploitation qu’en 1973, suite à la grève de la faim d’un autre cinéaste, René Vautier. Mais le film ne sera jamais distribué.

« Octobre à Paris » sort en salles pour la première fois ce mercredi 19 octobre 2011.

Durant 23 ans, il n’y aura plus aucun article, aucun livre, aucun film, aucune recherche historique sur ces évènements.

« Meurtres pour mémoire », le premier roman

En 1984, c’est étrangement par la fiction que le massacre du 17 Octobre 1961 réapparaît aux yeux du public. Le roman policier « Meurtres pour mémoire » de Didier Daeninckx commence par la description de la manifestation et sa répression. L’inspecteur Cadin mène l’enquête et découvre des évènements que l’on a tout fait pour cacher…Le livre est un succès. Il sera adapté l’année suivante à la télévision.

En Octobre 2011, Didier Daeninckx a scénarisé la bande dessinée « Octobre noir », dessins de Mako, avec une préface de l’historien Benjamin Stora et en postface la liste des victimes.

« Les Ratonnades d’Octobre », le premier livre

En 1985, l’historien Michel Levine publie ses recherches dans « Les Ratonnades d’Octobre : un meurtre collectif à Paris en 1961 ». C’est un échec. Le livre est ignoré par la critique et le public. Il est aujourd’hui réédité dans une édition augmentée.

« La Bataille de Paris », Le livre qui a fait date

L’historien Jean Einaudi commence ses recherches en 1986 et publie son enquête en 1991. Il s’attache à recueillir les témoignages des victimes, souvent illettrés, qui n’ont jamais osé témoigner. Il déconstruit la version officielle. Il établit la première liste des morts, que Maurice Papon qualifiait de « morts mythiques ». En 2011, les dernières recherches de Jean-Luc Einaudi sont publiées dans un livre essentiel « Octobre 1961. Un massacre à Paris ».

« Le Silence du Fleuve », le premier documentaire

En 1991, Mehdi Lallaoui et Agnès Denis réalisent le premier documentaire historique. Les témoins sont désormais visibles. Financé par l’association « Au nom de la mémoire », le film circule dans les salles d’Art et d’Essai. Il sera diffusé 10 ans plus tard sur France 5. Il est à nouveau en salles et sur internet.

Cette semaine, sur vos écrans, 50 ans après, aucun documentaire ne sera diffusé ou rediffusé à la télévision. Il faut plus de temps, a-t-on dit au réalisateur Mehdi Allaoui. Les moyens sont mis dans des documentaires plus généralistes pour le cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, en 2012, a-t-on répondu aux producteurs.

C’est donc au cinéma que le spectateur pourra voir, ce mercredi 19 Octobre, « Ici, on noie les algeriens » de Yasmina Adi. Ce film n’est pas un documentaire historique classique mais une immersion dans ces évènements par l’alternance de témoignages et d’archives, sans voix off. Le film a bénéficié d’un important travail sur les archives sonores et photographiques inédites, avec notamment les images de cette salle de commandement glaciale, d’où partait les ordres.

La dizaine de documentaires et de fictions réalisés depuis vint ans sera à nouveau en salles dans le cadre du festival Le Maghreb des Films, à Paris, région parisienne, Lyon, Lille,…

Cette année, Internet devrait changer la donne médiatique avec notamment deux web-documentaires :

« La Nuit Oubliée »est un web-documentaire très complet, au graphisme superbe, construit sur quatre thèmes : les récits des témoins, les coulisses du pouvoir, les dates-clés de la Guerre d’Algérie, le combat pour la vérité de l’historien Jean-Luc Einaudi. Une page Facebook « La nuit oubliée – le 17 Octobre 1981 » est créée pour recueillir les témoignages.

« 17.10.1961 » propose une carte interactive avec huit témoignages recréés en voix off par des comédiens dont Simon Abkarian, Jean-Pierre Darroussin, Ariane Ascaride, sur des images d’archives. Ce dispositif simple place l’humain au centre. Interviews d’historiens et archives complètent ces récits.

Tous ces livres et ces documentaires ont un point commun : la lutte contre le déni et l’oubli. Face à ces témoignages, il y a le silence de l’Etat. En 2011, la version officielle est toujours celle de Maurice Papon : 2 morts.

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  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 14h39 le 18/10/2011
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « Ce cinquantenaire du massacre du 17 Octobre 1961 a été le plus médiatisé à ce jour. »

    ► Evidemment,
    des nombreux anniversaires d’opérations de massacres en Algérie,
    les médias de gauche français, pro fellagas,
    ne choisissent que ceux qui ne sont pas accusateurs des assassinats atroces commis par leurs amis fellagas..

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 14h58 le 18/10/2011
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    Le sort réservé par les fellagas aux algériens qui leur résistaient :

    C’est ce qui attendaient les algériens qui ne seraient pas allés ce 17 octibre à la manifestation organisée par les fellagas :

    Celui-ci a été assassiné à l’Arba, le 27 février 1956. Les tortionnaires du FLN lui ont lentement coupé le nez et les lèvres, le laissant lentement mourir devant sa famille… pour l’exemple.

    ..On ne discute pas devant une menace fellaga.. on ferme sa gueule et on s’exécute.

    C’est ainsi d’ailleurs que le Hamas impose sa loi Bande de Gaza, avec l’appui de ces mêmes médias occidentaux qui se font le relais de toute propagande anti occidentale.

    • DiaboloSatanas
      DiaboloSatanas répond à Pierrrrre
      Fou du volant
      • Posté à 15h05 le 18/10/2011
      • Internaute 79165
        Fou du volant

      Toutes les guerres, civiles ou non ont leurs lots d’atrocités de la part de tous les beligerants.
      Merci de nous le rappeler Pierrrrrrre...

  • spleenlancien
    spleenlancien
    Manant, de passage sous le (...)
    • Posté à 15h02 le 18/10/2011
    • Internaute 78672
      Manant, de passage sous le (...)

    Acrimed s’est interessé au traitement médiatique à l’époque des faits.
    Pour ce faire, Henri Maler s’est très largement inspiré des travaux de Mogniss H. Abdallah qui étudia la question dans un article paru dans la revue bimestrielle Hommes & Migrations de novembre-décembre 2000 sous le titre « Le 17 octobre 1961 et les médias. De la couverture de l’histoire immédiate au “travail de mémoire” »
    Les médias et le massacre du 17 octobre 1961

  • La Fabrique
    La Fabrique
    Production
    • Posté à 20h13 le 18/10/2011
    • 173779
      Production

    « OCTOBRE NOIR ou Malek, Saïd, Karim et les autres... » de Florence CORRE et AUREL. Le premier film d’animation sur le 17 octobre 1961. Lien : Où voir le film ?

  • Big Pat
    Big Pat
    retraité
    • Posté à 06h42 le 19/10/2011
    • Internaute 155849
      retraité

    RAZ le bol de ce 17/10/61. Propagande du FLN.

  • Big Pat
    Big Pat
    retraité
    • Posté à 06h42 le 19/10/2011
    • Internaute 155849
      retraité

    RAZ le bol de ce 17/10/61. Propagande du FLN.