Mémoires 18/10/2011 à 11h34

Chine : mémoires d'outre-tombe de Zhao Ziyang sur Tian'anmen

Aujourd'hui la Chine"
Benjamin Gauducheau | Aujourd'hui la Chine


« Mémoires » de Zhao Ziyang

(De Pékin) Publiées pour la première fois à Hong Kong en 2009, les « Mémoires » de Zhao Ziyang, secrétaire général du Parti communiste chinois limogé pour s’être opposé à la répression de Tian’anmen en 1989, viennent de sortir en français.

Un document exceptionnel sur les coulisses du pouvoir chinois et du massacre de Tian’anmen, par l’ancien numéro un du parti qui paya de sa liberté son soutien aux étudiants.

Le livre de mémoires de Zhao Ziyang, initialement sorti quelques jours avant les vingt ans des événements de Tian’anmen et quatre ans après la mort de l’ancien dirigeant chinois, éclaire d’un jour nouveau l’une des pages les plus noires de l’histoire de la Chine moderne.

Plus de trente heures de confidences sur cassettes

Un témoignage qui revient de loin, et dont le parcours est en lui-même romanesque : destitué de son poste de premier secrétaire du PCC et placé en résidence surveillée pour son soutien aux étudiants qui occupaient la place Tian’anmen au printemps 1989, Zhao Ziyang n’est ressorti de chez lui que les pieds devant, en 2005.

Mais l’homme avait pris soin de raconter sa version des faits dans une trentaine d’heures d’enregistrement sur cassettes, transmises à des amis qui les ont discrètement sorties du pays.

C’est de ces enregistrements qu’est tiré le livre qui vient de sortir en français, deux ans après une première publication en chinois à Hong Kong (le livre est bien évidemment interdit en Chine continentale).

Comment a été prise la décision d’envoyer l’armée ?

Un document exceptionnel qui avait apporté des éclaircissements sur les jeux de pouvoir et les choix qui ont conduit au massacre d’étudiants pacifiques qui campaient depuis plusieurs semaines dans la capitale.

En tant que secrétaire général du PCC (la place qu’occupe aujourd’hui Hu Jintao), Zhao était au cœur des événements. Avant son limogeage, il s’était illustré en descendant sur la place (aux côtés de Wen Jiabao, alors son collaborateur, aujourd’hui Premier ministre) pour affirmer sa volonté de dialogue et conseiller aux étudiants d’arrêter leur grève de la faim avant que la situation ne tourne mal. Ce fût sa dernière intervention publique.

« La nuit du 3 juin, alors que j’étais assis dans ma cour avec ma famille, j’ai entendu des tirs nourris », écrit Zhao au sujet de la répression qui allait faire des centaines, voire des milliers de morts (le chiffre réel reste inconnu).

Un bain de sang qui aurait selon lui pu être évité, mais qui s’est tout de même produit à cause des manipulations d’ultra-conservateurs comme Li Peng, Chen Xitong (le maire de Pékin) ou Yao Yilin, le vice-premier ministre, raconte-t-il. Mais Deng Xiaoping, le patriarche à la tête de la Chine après la mort de Mao, est aussi mis en cause.

Deng Xiaoping « mettait l’accent sur la dictature »

« Deng a toujours préféré les mesures fortes pour gérer les manifestations étudiantes car il croyait que les manifestations mettaient en danger la stabilité », déclare Zhao Ziyang.

« Il s’est toujours posé parmi les caciques du Parti comme celui qui mettait en avant les moyens de la dictature. Il rappelait souvent son utilité. Chaque fois qu’il évoquait la stabilité, il mettait l’accent sur la dictature. »

Quant à lui, il se prononce clairement dans ce livre en faveur de l’établissement d’un système démocratique :

« En réalité, c’est le système occidental de la démocratie parlementaire qui a fait la preuve de la plus grande vitalité. Si nous ne prenons pas cette direction, il nous sera impos­sible de gérer les conséquences du passage à l’économie de marché en Chine. »

Une prise de position qui, 22 ans après Tian’anmen, semble toujours faire peur aux dirigeants chinois.

Publié initialement sur
Aujourd'hui la Chine
Infos pratiques
Mémoires : un réformateur au sommet de l'Etat

Par Zhao Ziyang, préface de Bao Tong, Le Seuil, octobre 2011, 346 pp.

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  • amipb
    amipb
    Chef de projet à Barcelone
    • Posté à 11h40 le 18/10/2011
    • Internaute 28823
      Chef de projet à Barcelone

    Il y a apparemment un problème sur le bouton de vote pour l’article, qui reste sans réponse aux clics (Firefox 7.0.1 / Windows 7 64 bits

  • Leon 777
    Leon 777
    artiste
    • Posté à 13h16 le 18/10/2011
    • Internaute 128120
      artiste

    J’attends les commentaires du petit Autist qui va nous expliquer les bienfaits du communisme sur la population chinoise...

    • biquari
      biquari répond à Leon 777
      Non suiveur des idéologies
      • Posté à 18h10 le 18/10/2011
      • Internaute 104426
        Non suiveur des idéologies

      Quand on compare la democratie avec elections en Iran, au Pakisthan et autres avec la Chine, je pense qu’il faut reflechir en effet.

      De meme pour 1989....comparons cela avec 1961 à Paris. Il y a juste un facteur 10 entre le nombre de morts...mais nous sommes une democratie :)

  • boboland
    boboland
    ex-o'placard
    • Posté à 15h38 le 18/10/2011
    • Internaute 104841
      ex-o'placard

    le communisme en France serait respectable, le communisme russe un echec, le communisme vietnamien nous laisse nostalgiques, le communisme chinois trés méchant etc, c’est selon les pays et le temps quipasse
    Ayant personnellement souffert des communistes, je ne suis pas un fana de ce régime, mais le temps et l’Histoire passent...
    Une anecdote chinoise pour justement relativiser les choses selon l’angle de vision : à la veille des élections française en 2007, j’étais en Chine et ça faisait bien rigoler les chinois que QUATRE de nos candidats à la présidentielle française se réfèrent directement ou indirectement au communisme. Il devait y avoir Buffet, Arlette, Besancenau et Chivardi, dans l’intitulé de leurs partis il y avait « communisme ». Mes amis chinois étaient surpris et amusés que la France ait autant de candidats communistes alors qu’eux -en aparté- trouvaient qu’avec UN PCC c’était suffisant.

  • LaoJinHu
    LaoJinHu
    ουκ ελαβον πολιν, αλλα γαρ (...)
    • Posté à 16h39 le 18/10/2011
    • Internaute 161554
      ουκ ελαβον πολιν, αλλα γαρ (...)

    « En réalité, c’est le système occidental de la démocratie parlementaire qui a fait la preuve de la plus grande vitalité. Si nous ne prenons pas cette direction, il nous sera impos­sible de gérer les conséquences du passage à l’économie de marché en Chine ».
    Comme quoi on peut être secrétaire général du PCC et se tromper ...

  • LienRag
    • Posté à 18h13 le 18/10/2011
    • Internaute 34767

    D’après la version que j’avais via des militants qui soutenaient les Chinois à l’époque, la direction étudiante avait négocié avec le pouvoir l’évacuation de la place Tien-an-men, justement pour éviter un massacre qui ne servait personne.

    Mais c’est le moment qu’ont choisis les ouvriers pour se rallier en masse à l’occupation de Tien An Men, évidemment incontrôlables par des organisations étudiantes...
    Il paraît que les dirigeants étudiants, qui avaient compris ce qui allait se passer mais n’avaient plus le contrôle du mouvement, étaient désespérés.

  • A déménagé le 04-03-2012
    • Posté à 18h54 le 18/10/2011
    • Internaute 89071
      non connue

    Moi qui pensait que les incidents de 1989 n’étaient qu’une propagande désespérée des capitalistes pour déstabiliser les fondamentaux du socialisme, idéologie que l’humanité entière devrait adopter, source de bonheur et de joie, j’en tombe des nues.

    Déjà que j’ai du mal a m’en remettre depuis que mon voisin m’a raconté que le mur de Berlin n’avait pas été construit pour empêcher les capitalistes de l’Ouest d’immigrer en URSS.

  • Féline
    Féline
    fée
    • Posté à 19h45 le 18/10/2011
    • Internaute 111221
      fée

    22 ans après Tian’anmen, la Chine est à deux doigts de ravir aux USA la place de 1ère puissance mondiale.

    Qui sait, si les autorités chinoises avaient laissé ce mouvement étudiant s’épanouir et transformer leur pays, peut-être que la Chine serait aujourd’hui aux mains de très riches chinois américanophiles, tous « ex-étudiants de Tian’anmen », et bien sûr soucieux avant tout, pour toute prise de décision, des intérêts de l’Oncle Sam.

    • Super Nova
      Super Nova répond à Féline
      XX
      • Posté à 21h38 le 18/10/2011
      • 173876
        XX

      Bien dit

    • A déménagé le 13-01-2012 6
      A déménagé le 13-01-2012 6 répond à Féline
      non connue
      • Posté à 22h44 le 18/10/2011
      • Internaute 171250
        non connue

      « la Chine est à deux doigts de ravir aux USA la place de 1ère puissance mondiale. »

      Même pas en rêve, c’est encore pour longtemps sans commune mesure.

    • Leon 777
      Leon 777 répond à Féline
      artiste
      • Posté à 14h59 le 19/10/2011
      • Internaute 128120
        artiste

      Et avec des « si » on peut en faire des choses et en prédire des aneries...

  • We want a shrubbery
    We want a shrubbery
    Fonctionnaire. A voté!
    • Posté à 09h43 le 19/10/2011
    • Internaute 100046
      Fonctionnaire. A voté!

    « Mémoires » est masculin : Lien

    • boboland
      boboland répond à We want a shrubbery
      ex-o'placard
      • Posté à 09h26 le 19/10/2011
      • Internaute 104841
        ex-o'placard

      OUI C’EST VRAI dès lors que c’est un écrit
      J’ai verifié sur le dico, (je n’ai pas réussi à ouvrir le lien)
      Merci +++