Tribune 06/10/2011 à 17h29

Crise financière : la BCE, seul pompier de service

Thierry Jacolet | La Liberté

La zone euro en pleine crise, c’est comme un parachutiste en plein vol qui tente désespérément d’ouvrir sa toile. Le parachute – en l’occurrence la nouvelle version du Fond européen de stabilité financière (FESF) plébiscitée le 21 juillet – ne fonctionne toujours pas. L’extension de ses compétences reste pendante au vote de trois membres des Dix-Sept.

La BCE a une grande marge de manœuvre

Mais la zone euro a un ventral pour freiner sa chute, la banque centrale européenne (BCE). Sous l’impulsion de son président Jean-Claude Trichet, dont le mandat arrive à terme fin octobre, l’institution monétaire de Francfort a outrepassé sa mission première : garantir de la stabilité des prix dans la zone euro. Pour la bonne cause : sauver la monnaie unique.

« La crise de la dette aurait déjà dérapé sans ses interventions », reconnaît Philippe Bacchetta, professeur d’économie à l’université de Lausanne :

« Si la BCE sort de ses priorités, c’est parce que c’est aussi son rôle de sauver l’euro qui est l’essence-même de son existence. »

La BCE est la seule institution européenne à avoir pris ses responsabilités avec réactivité, limitant les dégâts. La force de la BCE ? Elle peut agir en toute indépendance sans le risque de veto d’un pays. Elle peut aussi mobiliser rapidement des moyens massifs, elle qui crée des liquidités de manière presque illimitée. Aucune autre institution ne dispose d’une telle marge de manœuvre au niveau financier et décisionnel.

Garante de la stabilité du système financier et bancaire dont elle entend éviter la faillite, la BCE a ainsi opté pour l’interventionnisme.Bruno Cavalier, chef économiste du courtier indépendant Oddo Securities, soutient :

« Compte tenu de l’imbrication des risques bancaires et souverains en Europe, l’achat de dette publique par la BCE se justifie par son mandat. »

Dès mai 2010, elle a racheté sur le marché secondaire de la dette souveraine de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal pour amortir la crise grecque et alléger la pression sur les banques. Au mois d’août dernier, elle a lancé son opération de rachat sur les titres italiens et espagnols. Au total, elle a dépensé déjà 160 milliards d’euros d’obligations des membres du « Club Med » européen.

Concrètement, les banques ou autre intervenants sur les marchés de capitaux vendent ces titres à la BCE. En intervenant ainsi, celle-ci fait monter le prix des obligations, de sorte que leur rendement baisse. Philippe Bacchetta observe :

« Cette action permet de limiter la hausse des taux auxquels se financent les pays et surtout de rassurer les marchés. Si on voit que la BCE est prête à intervenir, les autres agents sont plus facilement d’accord de prêter à des pays comme l’Italie et à l’Espagne. »

Le pompier de service (pour l’instant)

Prenons le cas de Rome. L’institution monétaire intervient plus ou moins massivement pour que le taux auquel le pays emprunte ne dépasse pas le seuil de 6%. « Elle a permis de réduire les tensions sur les taux italiens et d’éviter qu’il y ait des conséquences trop dramatiques pour l’économie italienne et pour le budget », relève Philippe Waechter, chef économiste chez Natixis AM.

La BCE joue-t-elle avec le feu en rachetant par paquet du papier-valeur de mauvaise qualité ? Pour certains, elle dégrade la qualité de son bilan, en particulier avec les 50 milliards d’obligations grecques qu’elle a acquises. Mais elle a acheté ces actifs en dessous de leur valeur nominale (à environ 80%). « En cas de défaut grec, la perte serait supportable », estime Philippe Waechter.

Mais l’institution monétaire ne va pas jouer les pompiers de service ad eternam. Elle souhaite laisser le fonds de stabilité de 440 milliards d’euros prendre le relais – qu’elle juge par ailleurs juste assez calibré pour aider les petits Etats fragiles, mais pas l’Italie ou la Grèce.

Elle craint d’ailleurs que les Dix-Sept diffèrent le lancement de ce fonds élargi si elle étend son programme de rachat. Il faut dire que la classe politique s’est bien reposée sur la BCE depuis mai 2010. Mais Philippe Lambert député belge vert au Parlement européen, avertit :

« Le rachat d’obligations ne peut pas être un alibi permanent à la classe politique pour ne pas prendre de décision. »

D’ailleurs, les gouvernants européens songent sérieusement à recapitaliser les banques. De quoi les soulager en liquidités. Calquée sur le modèle de la Bundesbank, la BCE s’en affranchit en jouant la carte de l’interventionnisme, comme la Réserve fédérale américaine. C’est ce que lui reprochent ses détracteurs, à commencer par Berlin, jamais avare en piques en tous genres. La BCE a d’ailleurs perdu un futur président et un chef économiste allemands cette année, agacés par la politique de la maison.

L’Italien Mario Draghi qui succèdera à Jean-Claude Trichet le 31 octobre débarquera dans un contexte tendu. Prudent, diplomate, il devrait poursuivre dans cette voie. En tout cas à court terme.

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  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 18h44 le 13/10/2011
    • Internaute 36864
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    -« L’Italien Mario Draghi qui succèdera à Jean-Claude Trichet le 31 octobre débarquera dans un contexte tendu. Prudent, diplomate, il devrait poursuivre dans cette voie. »

    Mais monsieur Jacolet, vous savez bien qui est ce monsieur Mario Darghi, d’où il vient : il était le vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs, la quatrième banque d’affaires mondiale qui est à l’origine de ce bordel monstre !

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    Gardez vos commentaires pour vos lecteurs libéraux canadiens !

    • I.P
      I.P répond à Waldeck
      Flat4
      • Posté à 19h11 le 13/10/2011
      • Internaute 25391
        Flat4

      Je vais me répéter mais j’hallucine complètement de voir ce que publie rue89 depuis que Montebourg a fait parler de lui dimanche dernier. Quand est ce qu’on aura droit à Lordon, Sapir ou Todd ici ? Même Atlantico s’y est mis avant rue89 !

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      • Pascal Riché
        Pascal Riché répond à I.P
        Redchef Rue89
        • Posté à 21h24 le 13/10/2011
          éditeur
        • Journaliste 7
          Redchef

        Deux interviews de Todd :

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        Sapir a signé chez nous une tribune :

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        ...et nous le citons régulièrement :

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        Quand à Frédéric Lordon, nous l’interviewerons, promis...

         
        • I.P
          I.P répond à Pascal Riché
          Flat4
          • Posté à 22h43 le 13/10/2011
          • Internaute 25391
            Flat4

          Deux paragraphes sur Sapir et l’euro, OK mea culpa vous lui avez donné la parole à ce sujet. Mais avouez qu’à coté de qu’on a pu lire de lui dans marianne2 vous faites un peu léger, non ? Enfin après tout ce n’est pas mon journal et je ne suis pas journaliste, mais quand on voit que ce qu’ont prédit ces types, il y a des mois ou des années, est en train de se produire à la lettre près il y a de quoi s’interroger non ? Surtout quand Sapir nous annonce la mort inéluctable de l’Euro d’ici 2/3 ans au mieux, 2/3 mois au pire.
          J’ai hâte de lire l’interview de Lordron.

          Bien cordialement.

          P.S : pitié enlevez les emails dès qu’on a une réponse, je n’en peux plus : (

        1 autres commentaires
    • iFFLYG
      iFFLYG répond à Waldeck
      • Posté à 09h18 le 14/10/2011
      • Internaute 30165

      De plus, Mario Draghi a lui-même supervisé pour G&S le tripatouillage des comptes grecs, d’ailleurs à l’époque pour le gouvernement de droite de Caramenlis. Ce tripatouillage a rapporté 300 millions d’euros à G&S mais on sait pas quel fut le montant de la prime reçue par M. Draghi pour cette opération.

  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 18h51 le 13/10/2011
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » est une courte phrase que prononça le Président de la République française Jacques Chirac pour l’écologie.

    Peut-on redire cette phrase historique pour l’Europe ?

  • jino83
    jino83
    citoyen curieux
    • Posté à 19h36 le 13/10/2011
    • Internaute 159282
      citoyen curieux

    C’est honteux de mentir autant quand ont parle de la BCE .
    La BCE main dans la main avec le FMI contribue a privatiser l’Europe pour faire largement profiter des ventes en gros de nos services publiques dans tous les pays .
    La BCE est ses rachats d’actifs pourries , la BCE « qui peut créer des euros presque en illimités “ , non mais ont rêves la .
    Et puis peut être que Dragui va nous proposé de fusionner avec la FED aussi pendant qu’ont y est ?
    La BCE lutte contre les peuples Européens avant de lutter contre la crise qui n’est qu’un moyen de brader nos états .

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 19h40 le 13/10/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    La BCE, pompier pyromane.

  • Féline
    Féline
    fée
    • Posté à 20h18 le 13/10/2011
    • Internaute 111221
      fée

    « La zone euro en pleine crise, c’est comme un parachutiste en plein vol qui tente désespérément d’ouvrir sa toile. Le parachute – en l’occurrence la nouvelle version du Fond européen de stabilité financière »

    Continuons sur cette image : le type qui nous a poussé dans le vide, c’est la loi de 1973 et ses équivalentes dans les traités de Maastricht et de Lisbonne ?

  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 20h26 le 13/10/2011
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    c’est bien la crise financière
    l’affaire banon aussi
    un bel enfumage
    mais à la lecture de quelques breves de l’afp j’ai l’impression qu’on nous prepare une nouvelle guerre
    contre l’iran cette fois ci
    c’est curieux comme on remet sur le tapis la question de la bombe A iranienne en meme temps qu’on accuse ce pays de terrorisme
    l’angleterre comme pour l’irak condamne deja l’iran avant quelques formes de preuve
    ça promet

  • viva zebda
    viva zebda
    Ni maître, ni croquettes
    • Posté à 20h48 le 13/10/2011
    • Internaute 25029
      Ni maître, ni croquettes

    ... »...à commencer par Berlin, jamais avare en piques en tous genres. »...
    Vous êtes gonflé , Monsieur Thierry Jacolet

  • Sixpatte-
    Sixpatte-
    Sur Mars
    • Posté à 23h08 le 13/10/2011
    • Internaute 77583
      Sur Mars

    Bullshit.

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 07h28 le 14/10/2011
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    un particulier ou un chef d’entreprise ,qui demande un prèt à une banque, si il y a le moindre risque, la banque refuse

    pourtant certaines ont pris d’énormes risque avec la Grèce, c bien la preuve qu’ils sont couvert par ? au cas où

    au final ce sont que des incapables , aussi bien que l’trichet
    vu qu’il vasy avoir , un effacement important de la dette, de la Grèce

    bande de conard ! ! !

  • Le Renifleur
    Le Renifleur
    On attend des actes
    • Posté à 09h55 le 14/10/2011
    • Internaute 136986
      On attend des actes

    Bonjour à tous et à toutes,

    Au risque de me répéter : la seule solution consiste à changer nos institutions sinon, on l’aura tous plus que profond !

    Bonne journée,

    Le Renifleur
    http://lerenifleur.blogspot.com

    • informateur-
      • Posté à 12h06 le 14/10/2011
      • Internaute 147312

      @ Renifleur , salut a toi , excellent commentaire , c’est comme cela qu’il faut informer , et internet est une force qui impose certains intervenants dans les médias dominants , je vois todd , sapir , lordon a la télé .
      avant c’était les agents de la propagande elie cohen , bouzou et chevallier .......

      un nouveau qui demande a être connu
      Olivier Delamarche :

      Olivier Delamarche - Le FESF (MES), c'est la... par MinuitMoinsUne

      • Le Renifleur
        Le Renifleur répond à informateur-
        On attend des actes
        • Posté à 15h12 le 14/10/2011
        • Internaute 136986
          On attend des actes

        Ah oui, il est pas mal en effet...

         ; -)

        J’aime bien également le chroniqueur éco de BFM, Nicolas Doze... Il est trop pertinent pour ne pas se faire éjecter de BFM un jour ou l’autre...

        @+

  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 10h01 le 14/10/2011
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    1 -Les parachutistes civils n’ont plus de ventral depuis longtemps
    2 -Le mot crise est entré dans le vocabulaire de tous les politiques depuis 1974 et chacun des gouvernants depuis, à promis de nous en sortir, à commencer par tous ceux qui ont avalisé cette Europe qui n’existe qu’à travers l’€ .
    3 -Bref, on en enfume depuis des dizaines d’années avec des systèmes à la con qui ne fonctionnent que pour certains et qui laissent sur le bord de la route la majorité et bien sur , les plus faibles.
    4 -Qui a le pouvoir dans cette pagaille : les peuples, les gouvernements, les banques ? plus personne n’y comprend rien et chacun détient la vérité !
    5 -Tout cela rend la vie impossible, l’avenir invivable . A gerber.